L’EX-AGENT SECRET QUI EN SAVAIT BEAUCOUP TROP #1 ANNE LAUVERGEON : ERREUR ATOMIQUE

Marc Eichinger était un inconnu jusqu’à ce que Denis Robert le reçoive sur Le Média, il y a quelques mois, pour un entretien qui est vite devenu la vidéo la plus regardée de notre histoire (plus d’1,6 million de vues à ce jour). Ce 18 juin, en collaboration avec les éditions Florent Massot, le Média publie sous forme d’ebook téléchargeable en ligne « L’homme qui en savait beaucoup trop. Révélations d’un agent au cœur des secrets d’État ».

Dans ce livre, Marc Eichinger poursuit ses révélations sur la corruption financière internationale et tout particulièrement sur l’énorme scandale UraMin, qui engage non seulement Anne Lauvergeon, l’ancienne Présidente du Directoire d’Areva, mais aussi une bonne partie de la classe politique française. En exclusivité, nous commençons aujourd’hui la publication, à un rythme bi-hedomadaire, d’une série d’extraits de cet ouvrage disponible à l’achat en ligne avant sa parution sur papier en septembre prochain.

Je n’aurais jamais dû quitter l’ombre qui me permettait d’agir. Mais maintenant que je suis dans la lumière, je n’ai plus de raison de me taire.

16 janvier 2012. Si elle avait su, par avance, les conséquences de ses paroles, Anne Lauvergeon aurait, très certainement, modifié son propos. Mais ce jour-là, en organisant une conférence de presse, l’ex-présidente du directoire d’Areva passe à l’offensive, la rage au cœur. Entourée par Olivier Fric, son mari, Jean-Pierre Versini, son avocat, et Anne Méaux, sa conseillère en communication, « Atomic Anne » – son surnom dans la presse au temps de sa splendeur – a décidé de régler ses comptes.

Trois semaines plus tôt, Le Canard enchaîné a dévoilé l’existence et le contenu de l’enquête dont elle et son mari ont été l’objet. Un détective privé suisse, Mario Brero, a été missionné par Sébastien de Montessus, le patron de la division Mines d’Areva – l’un de ses plus proches collaborateurs quand elle dirigeait le groupe nucléaire ! – pour enquêter sur son couple. Cette enquête sur Anne Lauvergeon et Olivier Fric n’aurait pas existé sans un premier rapport, dévastateur, remis au printemps 2010 à l’amiral Thierry d’Arbonneau, alors directeur de la sécurité d’Areva.

Ce rapport, j’en suis l’auteur.

À l’époque, je suis un inconnu dans le petit monde hexagonal du nucléaire. Pourtant, je suis le premier à pointer du doigt l’incroyable légèreté de la direction d’Areva dans le dossier UraMin, une société minière acquise en grande pompe et à prix d’or – 1,8 milliard d’euros – en juillet 2007. Le premier à pointer la possible escroquerie dont Areva a été victime. L’enquête Brero est la conséquence directe de mon rapport.

Je suis la véritable cible d’Anne Lauvergeon : elle veut me détruire pour détruire tout le reste. 

Le reste, c’est le scandale qui a éclaté en novembre 2011 quand Areva a annoncé, cinq mois après son départ de la présidence du directoire, une dépréciation massive des actifs UraMin. En 2007, les pouvoirs publics, à commencer par Nicolas Sarkozy, tout juste élu à la présidence de la République, s’étaient félicités de cette si belle acquisition. Quatre ans plus tard, c’est la déconfiture. Les gisements d’uranium s’avèrent inexploitables. Et cette si belle opération sent le soufre.

Familière des plus hautes sphères de l’État depuis son passage à l’Élysée entre 1990 et 1995, Anne Lauvergeon devait se douter qu’elle prenait un risque en m’attaquant publiquement. Mais avec sa morgue et la certitude d’être dans son bon droit, peut-être a-t-elle considéré que le jeu en valait la chandelle. Que je ne dirais rien. Perdu !

C’est Anne Lauvergeon qui a voulu à tout prix acquérir UraMin. Elle qui s’est arrangée pour que l’État donne son feu vert sans se montrer trop curieux sur la réalité des actifs de la société minière. C’est encore elle qui a délié les cordons de la bourse pour investir dans le développement du principal site d’UraMin, en Namibie, avant même que les géologues aient terminé les études sur le supposé « gisement ». C’est elle, enfin, qui s’est battue pour empêcher la Direction des Mines de déprécier la valeur des actifs d’UraMin dès 2010, évitant ainsi l’affichage de pertes importantes avant que son mandat à la tête de l’entreprise arrive à échéance quelques mois plus tard, en juin 2011.

Mais en accablant Anne Lauvergeon, tous ses amis d’hier, qui l’ont soutenue au-delà du raisonnable, espèrent voir leur rôle oublié.

Qu’ils ne se réjouissent pas trop vite, ils sont bien identifiés.

Juin 2014 : François Hollande remet la légion d’honneur à Anne Lauvergeon

Ce 16 janvier 2012, Anne Lauvergeon va sur ses cinquante-deux ans. Elle joue sa vie sur cette affaire. Depuis ses vingt-deux ans et son intégration au sein du prestigieux Corps des Mines, deus ex machina de l’économie française depuis le début du XIXe siècle, elle est programmée pour briller au firmament et perpétuer le pouvoir de cette élite.

Areva n’est pas seulement le grand œuvre d’Anne Lauvergeon. C’est aussi le rêve réalisé de générations de « mineurs », ces anciens de l’École des Mines, qui se sont toujours considérés comme les seuls héritiers spirituels et moraux du Général (de Gaulle). Les « Mineurs » ont été dépossédés de « leur » héritage en 1970, quand EDF est devenue le seul patron du programme nucléaire civil français. Sans eux, la bombe française n’aurait pas existé, ni le grand programme nucléaire des années 1970. Anne Lauvergeon leur a permis de remettre la main sur l’ensemble de la filière nucléaire. Peu importent les moyens qu’elle a dû employer à cette fin ou les compromissions qu’elle a dû accepter. L’affaire UraMin, d’ailleurs, n’est qu’une broutille à l’échelle des enjeux industriels, technologiques, financiers et diplomatiques de l’atome. Alors attaquer Anne Lauvergeon, c’est attaquer l’ensemble du Corps des Mines et vouloir détruire toute la politique nucléaire du pays.

Pour se défendre, l’ex-présidente du directoire d’Areva ne doit pas seulement répondre aux accusations. Elle doit aussi faire taire les audacieux qui osent la mettre en cause et pointer les zones troubles d’un deal qui n’aurait jamais dû être réalisé.

Pensait-elle vraiment que l’amiral d’Arbonneau aurait demandé à un débutant de faire un rapport au sujet d’un risque interne majeur ?

Alors elle s’en prend à moi. Elle balance mon nom à la presse et se moque de mon CV en me présentant comme un petit analyste financier, incompétent en matière de mines et d’uranium. A-t-elle qualifié mon rapport de « torchon » ? Peut-être pas en ces termes exacts, mais c’est ce qui ressortait de son propos.

Familière des plus hautes sphères de l’État depuis son passage à l’Élysée entre 1990 et 1995, Anne Lauvergeon devait se douter qu’elle prenait un risque en m’attaquant publiquement. Mais avec sa morgue et la certitude d’être dans son bon droit, peut-être a-t-elle considéré que le jeu en valait la chandelle. Que je ne dirais rien. Perdu !

Anne Lauvergeon avec François Mitterrand à l’époque où elle était sa conseillère à l’Elysée

Pensait-elle vraiment que l’amiral d’Arbonneau aurait demandé à un débutant de faire un rapport au sujet d’un risque interne majeur ? Areva, c’est la France. Quand un cas comme celui d’UraMin se présente, l’entreprise se tourne vers ses interlocuteurs habituels : ceux qu’on appelle, en langage châtié, « les services ». Pour leur demander s’ils n’ont pas sous la main un spécialiste capable de démêler l’écheveau.

J’étais ce spécialiste. Grâce à une première vie dans la haute finance internationale et une deuxième aux quatre coins du monde au service de la France et d’autres pays occidentaux pour remonter les pistes de la grande criminalité internationale. •••

(à suivre)

L’homme qui en savait beaucoup trop. Révélations d’un agent au cœur de secrets d’État, le livre de Marc Eichinger (avec la collaboration de Thierry Gadault) dont ce texte est extrait, est vendu en ligne sous forme d’ebook (9,99 €). Il peut être téléchargé par exemple ici.

Par Marc Eichinger, publié le 19 juin 2020 à 13H37

Photo en titre : Le siège d’Areva à La Défense, dans les Hauts-de-Seine