AMÉRICAINS ET RUSSES NÉGOCIENT DE NOUVEAU SUR LE CONTRÔLE DES ARMEMENTS NUCLÉAIRES

Les négociations sur la prolongation de New Start, dernier traité bilatéral de contrôle des armements nucléaires, ont repris, lundi 22 juin, à Vienne en Autriche. L’administration Trump insiste sur l’inclusion de la Chine dans les négociations, ce que Pékin refuse. 

Américains et Russes se retrouvent lundi 22 juin à Vienne, en Autriche, pour deux jours de négociations sur le contrôle des armements nucléaires. Sur la table, l’éventuelle reconduite, pour cinq ans, du New Start, dernier traité bilatéral de maîtrise des armements nucléaires entre les États Unis et la Russie.

Conclu en avril 2010, cet accord limite à 700 le nombre de lanceurs nucléaires stratégiques et à 1 550 le nombre de têtes nucléaires, tout en permettant des inspections mutuelles intrusives. Sans accord pour le prolonger, New Start expirera le 5 février 2021, juste après la fin de l’actuel mandat de Donald Trump.

Accord qui n’inclut pas la Chine

La Russie affirme vouloir la reconduite du traité. Donald Trump, lui, n’apprécie guère cet accord, en partie parce qu’il a été signé par son prédécesseur Barack Obama, mais aussi parce qu’il n’inclut pas la Chine. L’arsenal nucléaire chinois reste très inférieur, – 320 ogives nucléaires contre 5 800 aux États Unis et 6 375 à la Russie –, mais le programme de modernisation de Pékin vise au développement d’une « triade nucléaire », composée de nouveaux missiles terrestres et maritimes ainsi que d’avions à capacité nucléaire. La Chine se dit ouverte à des négociations multilatérales, mais n’a aucun intérêt à se laisser ligoter dans une négociation tripartite avec Washington et Moscou. L’insistance de l’administration Trump pour des pourparlers à trois pourrait, selon certains experts, n’être qu’un prétexte pour abandonner le traité et avoir les mains libres pour moderniser l’arsenal américain.

Une excuse pour abandonner le traité

« L’administration Trump n’a aucune intention de prolonger New Start à ce stade et cherche à utiliser le désintérêt de la Chine pour des négociations trilatérales comme une excuse cynique », en vue d’abandonner le traité, estime Daryl Kimball, directeur de l’organisation indépendante américaine Arms Control Association. Donald Trump a déjà retiré les États-Unis de trois accords internationaux de désarmement : l’accord sur le nucléaire iranien, le traité FNI sur les missiles terrestres de moyenne portée et le traité « Ciel ouvert » de vérification des mouvements militaires et de la limitation des armements.

Les alliés des États-Unis plaident, eux, en faveur d’une prolongation du traité New Start, un moyen de gagner du temps, disent-ils, pour négocier un accord plus large impliquant la Chine, et, peut-être, incluant les autres types d’armes nucléaires. De son côté, la Russie pourrait insister pour que les arsenaux britanniques et français soient pris en compte dans de telles négociations.

Une nouvelle course aux armements nucléaires

Sauf surprise à Vienne, la fin annoncée du traité New Start risque donc de relancer une nouvelle course aux armements nucléaires, avec la menace émergente d’armes hypersoniques. « L’impasse sur New Start et la fin du traité FNI suggèrent que l’ère des accords bilatéraux de contrôle des armes nucléaires entre les États-Unis et la Russie pourrait toucher à sa fin », souligne Shannon Kile, directrice du programme désarmement nucléaire, contrôle des armements et non-prolifération de l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm Sipri).

Les neufs États dotés d’armes nucléaires (États-Unis, Russie, Royaume Uni, France, Chine, Inde, Pakistan, Israël et Corée du Nord) « développent ou déploient de nouveaux systèmes d’armes ou ont annoncé leur intention de le faire », souligne un récent rapport du Sipri.

Par François d’Alançon, publié le 22/06/2020 à 15h03

Photo en titre : Le vice-ministre des affaires étrangères russe arrive à Vienne, le 22 juin 2020. JOE KLAMAR/AFP

https://www.la-croix.com/Monde/Americains-Russes-negocient-nouveau-controle-armements-nucleaires-2020-06-22-1201101169