GRANDE-BRETAGNE : EDF GONFLE LE DEVIS DE SON PROJET DE CENTRALE NUCLÉAIRE A SIZEWELL

La demande de permis de construire pour Sizewell C publiée jeudi montre un surcoût de 2 milliards de livres par rapport à ce qu’annonçait jusqu’à présent le groupe français. Celui-ci explique l’écart par la prise en compte du coût de l’inflation. Au total, le budget s’élève désormais à 20 milliards.

C’est plus cher que prévu. Jusque-là, EDF avait toujours dit que son projet de nouvelle centrale nucléaire à Sizewell, dans le Suffolk sur la côte Est de l’Angleterre, coûterait 20 % de moins que celle qu’il est en train de construire à Hinkley Point, dans le Somerset. C’est le même partenaire chinois CGN, et le design est copie conforme.

Le budget de Hinkley Point a été revu à la hausse l’an dernier, à 22,5 milliards. Et dans sa demande de permis de construire (« planning application ») pour Sizewell C, publiée jeudi , le groupe français parle désormais d’un coût de 20 milliards de livres, soit 2 milliards de plus qu’attendu. La baisse de la facture se limiterait donc à 12,5 %.

De quoi apporter de l’eau au moulin de ceux qui contestent le projet, Greenpeace en tête. C’est un coût « totally eye-watering », autrement dit « à faire pleurer », n’a pas manqué de critiquer Stop Sizewell C, un groupe de pression local opposé à la construction de la nouvelle centrale.

CGN sur la liste noire du Pentagone

Selon le « Financial Times », qui a révélé l’information, EDF précise que ce coût de 20 milliards inclut la conception, la construction et le terrain, mais aussi « l’inflation et les événements inattendus ». Il intègre notamment le coût de l’inflation sur les 10 ans de construction, là où la fourchette de 21,5 à 22,5 milliards de livres de coût estimé pour Hinkley Point est, elle, basée sur les prix de 2015. Selon le groupe français, les 20 % d’économies d’échelle annoncés entre Hinkley Point C et Sizewell C restent ainsi valables, une fois le calcul ajusté de l’inflation.

Cet alourdissement de la facture est d’autant plus regrettable qu’une autre ombre se profile au tableau d’EDF outre-Manche : la montée de la vague anti-chinoise dans les rangs des députés et des ministres conservateurs. Alors que l’équipementier télécoms Huawei est le premier à se retrouver dans leur ligne de mire , CGN, qui s’est engagé à financer le développement de Sizewell C à hauteur de 20 % et cherche à installer sa propre technologie de réacteur dans un autre projet de centrale avec EDF à Bradwell (où il est actionnaire à 66,5 %), pourrait lui aussi être inquiété . D’autant que le Pentagone américain vient d’inscrire le groupe chinois sur la liste des 20 entreprises qu’il accuse d’entretenir des liens avec l’armée chinoise, a indiqué le « FT » mercredi .

Par Alexandre Counis, publié le 26 juin 2020 à 12h57, mis à jour le 26 juin 2020 à 16h19

Photo en titre : Les actuels réacteurs de Sizewell A, à gauche, et Sizewell B, à droite. (Chris Ratcliffe/Bloomberg)

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