L’ARRÊT DE LA CENTRALE NUCLÉAIRE DE FESSENHEIM VA-T-IL CONDUIRE À UNE HAUSSE DES ÉMISSIONS DE CO2 ?

Pour les partisans de la filière nucléaire, l’arrêt de la centrale de Fessenheim va conduire à un surcroît d’émissions de CO2. Une vision contestée par les opposants.

La fermeture de Fessenheim est-elle une mauvaise nouvelle pour le climat ? C’est ce qu’affirment les partisans de l’atome, alors que la plus ancienne centrale nucléaire a cessé définitivement de fonctionner.

Selon la Société française d’énergie nucléaire (SFEN), cette mise à l’arrêt va entraîner des émissions additionnelles de l’ordre de 10 millions de tonnes de CO2 par an. À l’échelle européenne, les moyens de production d’électricité sont en effet « appelés » sur le réseau selon un ordre de priorité fondé, globalement, sur le coût du combustible. Selon cette logique, les renouvelables sont sollicités en premier : une éolienne ou un panneau solaire ne coûte pas plus cher qu’il produise ou non de l’électricité. Viennent ensuite le nucléaire, le gaz, le charbon puis le fioul.

Que se passera-t-il après l’arrêt des réacteurs de Fessenheim, qui disposaient d’une capacité de production annuelle de 1,8 GW ? Elle verra sa production remplacée par celle de centrales au charbon ou au gaz quelque part en Europe, affirme la SFEN. Or la production d’électricité d’origine nucléaire est très faiblement émettrice d’émissions de CO2, contrairement à celle d’origine fossile.

Le gaz, moins émetteur

« On peut estimer, approximativement, que la production de Fessenheim sera remplacée par la production d’une centrale au gaz, précise Valérie Faudon, déléguée générale de la SFEN. Toutes choses égales par ailleurs, les émissions de CO2 vont augmenter en Europe. Ou autrement dit, elles ne vont pas baisser autant que si Fessenheim n’avait pas été fermée. »

Pour le réseau Sortir du nucléaire, ce raisonnement et ce calcul, qui présuppose « que la production de la centrale se substituait, en permanence, à celle des pires centrales fossiles », apparaissent « fantaisistes ». « La fermeture de Fessenheim peut conduire à un surcroît d’émissions, précise Nicolas Goldberg, analyste énergie chez Colombus Consulting. Mais les émissions du parc électrique français ne vont pas augmenter pour autant car en parallèle, on utilise moins les centrales à charbon. » La France s’est engagée à fermer ses quatre dernières centrales à charbon d’ici à 2024, voire 2026, et à accélérer le développement des énergies renouvelables.

En 2019, la baisse de la production hydroélectrique et nucléaire a bien entraîné une hausse du recours aux énergies fossiles dans le pays. Mais en parallèle, les émissions de CO2 liées à la production d’électricité (19,2 millions de tonnes) ont diminué de près de 6 % par rapport à 2018 : la production à partir de charbon a en effet fortement diminué au profit du gaz, moins émetteur de gaz à effet de serre. Les émissions de CO2 liées à la production d’électricité ont aussi baissé, l’an dernier, au niveau européen et au niveau mondial.

Mix énergétique

Dans son Bilan prévisionnel pour 2019, le groupe Réseau de transports d’électricité (RTE) assure que la réduction des émissions de gaz à effet de serre associées à la production d’électricité devrait se poursuivre pour se stabiliser, à l’horizon 2025, à un niveau compris entre 10 et 15 millions de tonnes de CO2 – l’un des plus faibles d’Europe. Un scénario qui prend en compte une baisse de la production nucléaire prévue pour les prochaines années.

Au-delà de l’impact précis de la fermeture de Fessenheim, c’est la question de la place du nucléaire dans la transition énergétique qui est en jeu. Pour les partisans de la filière, se priver en partie de cette source d’énergie à faibles émissions de CO2 est une aberration en pleine crise climatique. La part du nucléaire doit passer de 70 % à 50 % du mix énergétique français d’ici à 2035. En Europe, elle pourrait aussi passer de 25 % en 2017 à 5 % en 2040, selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE). « L’Europe n’a pas le luxe d’exclure une technologie bas carbone, a souligné Fatih Birol, le directeur de l’AIE, le 25 juin. Nous avons tous notre “technologie zéro carbone préférée”, toutefois il ne s’agit pas de booster notre ego mais bien de réduire les émissions de CO2. »

« Un système électrique plus diversifié est plus résilient à un choc externe », estime-t-on au ministère

De son côté, le ministère de la transition écologique assure que la fermeture de Fessenheim ne conduira pas à une hausse des émissions de CO2, et surtout qu’elle permettra de diversifier les sources de production et d’approvisionnement. « Il n’a jamais été question de se passer totalement du nucléaire, explique-t-on au ministère. Mais un système électrique plus diversifié est plus résilient à un choc externe, comme par exemple une baisse de la capacité de production des réacteurs suite à un incident, à un défaut générique ou à une longue période de maintenance. » Anticiper l’arrêt de réacteurs doit aussi permettre d’éviter « l’effet falaise » – tous les réacteurs ayant été construits sur une période de quinze ans, ils risqueraient d’être tous amenés à fermer en même temps – et permettre une reconversion progressive des territoires.

« Pour réduire les émissions de CO2, la priorité n’est pas de maintenir en fonctionnement à grands frais des centrales vieillissantes, mais plutôt d’agir sur les transports et la rénovation thermique des logements, où notre pays est très en retard », ajoute le réseau Sortir du nucléaire.

Par Perrine Mouterde, publié le 30 juin 2020 à 10h15

Photo en titre : l’entrée de Fessenheim, le 26 juin 2020. Sébastien Bozon pour «Le Monde»

https://www.lemonde.fr/planete/article/2020/06/30/l-arret-de-la-centrale-nucleaire-de-fessenheim-va-t-il-conduire-a-une-hausse-des-emissions-de-co2_6044672_3244.html

(NDLR pour rappel : SFEN : association dont le rôle essentiel est de faire la promotion du nucléaire.)

Note d’un des facteurs de l’actu : » Dans l’avalanche des articles sur la Fin de Fessenheim tout et n’importe quoi est dit ou redit montrant la pauvreté intellectuelle des articles produits et  la force du lobby nucléaire en France qui pourrit la réflexion…

Dans l’enquête d’Utilité Publique de la Centrale de Golfech la durée de vie de ces réacteurs étaient de 25 ans....Aujourd’hui le coût du mégawatt d’électricité est de 135 euros pour le nucléaire   (les 2 EPR anglais), pour l’énergie solaire autour de 15 euros, l’éolien terrestre 35 euros, l’éolien en mer 70 euros..et les coûts des énergies renouvelables continuent à baisser, alors que le coût de l’énergie nucléaire ne cesse de monter ; depuis 50 ans notre haute technologie ne sait toujours pas que faire des déchets nucléaires de nos centrales… et les accidents nucléaires qui ne devaient pas se produire ne cessent d’arriver  (Tchernobyl, Fukushima etc.).. Le nucléaire n’a pas d’avenir…Et nos 56 réacteurs en France sont de véritables bombes à retardement »