« FESSENHEIM, LE DÉBUT DE LA FIN DU NUCLÉAIRE ? », LE LOURD FARDEAU DU DÉMANTELEMENT

La disparition de la doyenne de nos centrales signifie sans doute qu’une page se tourne dans l’histoire énergétique française. Mais ce fardeau, la France devra le traîner encore un long moment. 

Après quarante-deux années d’exercice, la centrale de Fessenheim, dans le Haut-Rhin, a officiellement fermé ses portes en juin dernier – une promesse de François Hollande réalisée par Emmanuel Macron. La disparition de la doyenne de nos centrales signifie sans doute qu’une page se tourne dans l’histoire énergétique française. Serait-ce « le début de la fin du nucléaire ? », s’interroge ce documentaire. Officiellement, EDF devra fermer 12 réacteurs d’ici à 2035, possiblement compensés par la construction de six nouveaux EPR. Le pays des 75 % d’électricité d’origine nucléaire ne change pas de logiciel. Mais c’est peu de dire que, face à l’arrivée des énergies renouvelables, tout paraît désormais désigner celle issue de l’atome comme appartenant à un siècle révolu.

Cette enquête sur Fessenheim le prouve : les autorités se sont montrées irresponsables en édifiant une installation aussi dangereuse sur une zone sismique, en contrebas du canal du Rhin (avec les risques de submersion qu’on imagine) et à quelques mètres seulement au-dessus de la plus grande nappe phréatique d’Europe. Il s’agissait d’obtenir une électricité « peu onéreuse », dont on entrevoit désormais le vrai coût… exorbitant. Car quel sera le prix du démantèlement de Fessenheim, qui durera vingt ans ? EDF, surendettée, fournit un chiffre probablement de trois à quatre fois inférieur à la réalité – et c’est le contribuable, bien entendu, qui paiera la différence. Quel sera celui de l’enfouissement des milliers de tonnes de déchets radioactifs durant des millénaires ? Les projections sont, là encore, nébuleuses.

Pour alléger l’addition, EDF aimerait pouvoir obtenir le droit de faire refondre ses aciers faiblement irradiés pour d’autres usages. Mais qui voudra d’une poêle ou d’une lampe de bureau radioactives ? Ce genre de question, saugrenue, ne devrait même pas être posée. Le nucléaire nous y contraint pourtant. Qu’on ne se fasse pas d’illusions : ce fardeau, la France devra le traîner encore un long moment.

À la télévision, jeudi 16 juillet à 20h30 sur LCP. Documentaire français de Jean-Charles Deniau (2020). 52 min. (Disponible en replay sur le site de LCP).

Par Arnaud Gonzague, publié le 16 juillet 2020 à 17h00

Photo en titre : « Fessenheim, le début de la fin du nucléaire ? » (LCP)

https://www.nouvelobs.com/ce-soir-a-la-tv/20200716.OBS31266/fessenheim-le-debut-de-la-fin-du-nucleaire-le-lourd-fardeau-du-demantelement.html