UNE ONG S’INQUIÈTE D’UN RELÂCHEMENT DES EFFORTS EN MATIÈRE DE SÉCURITÉ NUCLÉAIRE

Après plusieurs années de progrès significatifs, l’ONG américaine Nuclear Threat Initiative s’alarme de l’évolution de la situation en matière de sécurité nucléaire. L’ONG constate en effet que les mesures prises par les pays pour réduire les menaces, terroristes ou non, sont moins importantes que par le passé.

Les efforts menés sur la planète en matière de renforcement de la sécurité nucléaire ont « ralenti de manière significative », s’inquiète la Nuclear Threat Initiative (NTI), une ONG, basée à Washington qui publie, depuis 2012 et tous les deux ans, un indice global sur la sécurité nucléaire. Les pays sous revue continuent de faire des progrès, mais le nombre de ceux qui progressent dans l’index diminue, signe selon l’ONG, qu’ils prennent moins de mesures ces derniers temps.

Cette tendance, qui tient peut-être, avance l’ONG, au fait qu’il n’y a pas eu depuis 2016 de grand sommet sur la question, est d’autant plus inquiétante que la situation internationale est tendue, que les risques de cybercriminalité progressent et la capacité de la communauté internationale à gérer les menaces transfrontalières diminue. Sans oublier la crise sanitaire liée à la maladie Covid-19 qui tend à saper la coopération internationale.

Les effets du désarmement

Dans le détail, l’ONG passe au crible quelque 176 pays (en incluant Taiwan) sur plusieurs critères tels que la réglementation, le nombre des installations, leur protection. Elle s’intéresse aussi aux risques de sabotage ainsi que le vol de matériel nucléaire pouvant servir à la fabrication de bombes sales.

L’ONG concentre aussi une grande partie de son analyse sur les pays disposant d’au moins un kilo de matière nucléaire utilisable pour la mise au point d’armements. Si lors du lancement de cet index, les pays dans cette situation étaient au nombre de 32, ils ne sont plus officiellement que 22.

Une diminution révélatrice des efforts de désarmement de ces dernières années, mais aussi de la stagnation de la situation puisque ce nombre est inchangé depuis 2016. Et que depuis cette date, aucun pays n’a fait de réel effort afin de réduire les stocks d’uranium enrichi.

La France en milieu de classement

Depuis quelques années leur classement bouge assez peu. L’Australie occupe ainsi toujours la première place tandis que la Corée du Nord persiste dans son rôle de lanterne rouge.

Le Canada et la Suisse se classent au deuxième rang, l’Allemagne est au quatrième et les Pays-Bas et la Norvège se classent à égalité au cinquième rang. Quant à la France, elle se situe au 12ème rang. Derrière l’Italie mais sur la même marche que le… Kazakhstan. 

Si l’Hexagone est bien placé en termes de risques globaux, l’ONG suggère en revanche, de renforcer l’efficacité de la sécurité des sites ainsi qu’en matière de cybersécurité. Mais aussi de palier au « déficit de culture de précaution » que dénonçait il y a peu l’autorité de sûreté nucléaire (ASN).

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Parmi les pays ayant des installations nucléaires dans le classement du sabotage, le Canada, la Finlande et le Royaume-Uni se classent respectivement deuxième, troisième et quatrième, et l’Allemagne et la Hongrie sont à égalité au cinquième rang.Les efforts du Pakistan

Seule réelle nouveauté, l’amélioration du classement du Pakistan, pays qui était régulièrement pointé du doigt par l’ONG. Non seulement l’index du pays progresse de 7 points (la plus forte progression jamais enregistrée par un pays depuis le lancement de l’index) mais qui plus est, Islamabad passe devant New Delhi, faisant les choux gras de la presse pakistanaise.

L’opacité du nucléaire iranien dans le collimateur des Européens

Une progression que l’ONG justifie par la mise en œuvre, de nouvelles réglementations qui ont permis d’améliorer les mesures de sécurité tant contre les éventuelles attaques physiques que celles liées à la cybercriminalité. Mais qui laisse cependant le pays dans le peloton de queue de ce classement, puisqu’il passe à la 19ème place. Devant l’Inde, l’Iran et la Corée du Nord qui occupent les trois dernières marches de l’indice.

Par Claude Fouquet, publié le 23 juil. 2020 à 15h41

Photo en titre : La France se situe au douzième rang parmi les 22 pays qui disposant d’au moins un kilo de matière nucléaire utilisable pour la mise au point d’armements (Sébastien Bozon/AFP)

https://www.lesechos.fr/industrie-services/energie-environnement/une-ong-sinquiete-dun-relachement-des-efforts-en-matiere-de-securite-nucleaire-1225873