HISTOIRES (À DORMIR DEBOUT) DE DISSUASION NUCLÉAIRE

Hiroshima, Nagasaki, qui ne connaît pas ces deux villes synonymes de drames ? Les 6 et 9 août, cela fera 75 ans que ces 2 villes ont subi le feu nucléaire. Triste anniversaire. L’occasion pour Le Peuple breton de parler de la prétendue dissuasion nucléaire…

Si tout le monde connaît Hiroshima et Nagasaki, si personne ne peut ignorer Tchernobyl et Fukushima, qui connaît Damascus dans l’Arkansas ou le lieutenant-colonel Stanislav Petrov ? On peut remercier Arte de nous en parler au travers de deux documentaires, récemment diffusé pour l’un, rediffusé pour l’autre.

Commençons par Stanislav Petrov. Ceux qui suivent l’histoire du nucléaire en ont, eux, sans doute entendu parler. La nuit du 25 au 26 septembre 1983, le dysfonctionnement d’ordinateurs à bord d’un satellite militaire fit croire à l’URSS que 1 puis 5 missiles américains étaient en route vers la Russie, et qu’il fallait donc riposter de toute urgence. Mais sur les radars russes, aucun missile n’était visible !

Le lieutenant-colonel Stanislav Petrov était de service cette nuit-là. Il refusa de croire à une attaque, et résistant héroïquement à la pression de ses subalternes, il refusa de déclencher ce qui aurait pu devenir une apocalypse nucléaire. Selon les estimations, il y aurait eu de 100 millions à 1 milliard de morts dans les minutes à suivre, et à terme peut-être, la disparition de la vie sur Terre. Lors d’un voyage longtemps après aux États-Unis, le lieutenant-colonel Stanislav Petrov affirma « qu’une mauvaise décision, et tout est réduit en poussière. Dans une nouvelle guerre mondiale, personne ne gagnera, nous disparaîtrons ».

Trois plus tôt, dans la nuit du 18 au 19 septembre 1980, c’est une partie des États-Unis qui a failli être rayée de la carte. Remontons à 1960 : les États-Unis avaient en stock 32000 têtes nucléaires, alors que 50 à 200, suivant diverses estimations, suffisaient à détruire l’URSS. En 1980, suite à des accords avec l’URSS, il n’y en avait plus « que » 7000. Mais il y avait parmi l’arsenal US, et en particulier à Damascus, les fusées Titan 2, des missiles balistiques intercontinentaux, 150 tonnes, 3 m de diamètre. Chacun pouvait emporter une ogive de 9 mégatonnes (contre environ 15 kilotonnes pour Hiroshima, 20 pour Nagasaki), soit 3 fois la puissance de toutes les bombes lâchées pendant toute la guerre 39-45.

Chaque missile était enterré dans un silo, il y en avait 18 à Damascus. Lors d’un contrôle de routine, la simple chute accidentelle du haut en bas d’un des silos d’une douille d’outil de 4 kg eut des conséquences impensables : l’outil cogna la paroi et perça un des réservoirs de combustible du missile. Le propergol s’échappa dans le silo, et à terme une explosion violente se déclencha. Or, dès le début de l’incident, les techniciens craignaient justement qu’une explosion déclenche en réaction la mise à feu de l’ogive nucléaire, ce qui aurait réduit en cendres une grande partie des États-Unis. Par miracle, l’explosion expulsa l’ogive qui retomba sans dommages à 200 mètres du silo sans déclenchement du feu nucléaire. Il n’y eut « que » 1 mort et 21 blessés. Les USA faillirent ne pas avoir besoin des Russes pour ce qu’on aurait pu appeler alors une autodestruction !

Le documentaire nous apprend aussi qu’aux États-Unis, depuis le début de l’ère de la dissuasion nucléaire, il y a eu environ 1000 « incidents ou accidents », qu’il y a eu parmi eux 32 accidents nucléaires graves, et que la plupart des membres de la classe politique américaine n’en ont jamais été informés ! Pour reprendre une phrase de Télérama, le tandem de réalisateurs du documentaire qui raconte minute par minute l’accident de Damascus « atomise le mythe de la sûreté nucléaire ».

Plus près de chez nous, tout près de chez nous peut-on dire, qu’en est-il du trop fameux mythe de la sûreté nucléaire ? La force de dissuasion de la France comparée à celles des USA ou de la Russie est ridicule. À qui fait-elle peur puisque c’est son rôle ? Aux terroristes dans le Sahel ? Forcément non ! En cas de conflit (avec qui ?), le 1er endroit visé par l’ennemi ne serait-il pas l’île Longue ? Que resterait-il de la Bretagne après une telle attaque ? Pas grand-chose…

Cela remet en mémoire le fait qu’il y a une quinzaine d’année, un site breton disparu depuis proposait des vues aériennes de toute la Bretagne sauf l’Île Longue qui y était floutée, alors que pendant le même temps, Google Maps en donnait déjà des vues si précises qu’on pouvait compter les voitures sur les différents parkings… Depuis fin 2018, Google Maps et Google Earth ont décidé d’en flouter les images, comme celles de 4 autres lieux en France comme le site de recherches nucléaires de Marcoule (et… la prison des Baumettes à Marseille).

À quoi cela avance-t-il ? Pourquoi flouter la surface de la base ? Les sous-marins de la « force de dissuasion » ne sont pas garés sur ces parkings ! Et des États « ennemis » qui voudraient prendre des clichés de la base n’ont pas besoin de Google Maps, ils disposent pour cela de satellites en orbites basses avec des résolutions de l’ordre de 50 cm !

Le nucléaire est donc plus une menace qu’autre chose…

Par Christian Pierre , (Le Peuple Breton. BZH), publié le 24/7/2020

Photo en titre : Un documentaire diffusé sur Arte.tv du 14 juillet au 18 septembre 2020

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