MACRON : ÉCOLOGISTE UN JOUR, ÉCOLOGISTE TOUJOURS

Sarkozy avait promis d’aller chercher la croissance avec les dents. Macron nous la foutra en pleine gueule, mais avec de si belles manières qu’on ne peut qu’applaudir. Le principe de base est simple : un mot – au hasard, « vert » – et un tube de vaseline.

C’est historique : Macron est écologiste. Très, genre fondamentaliste. Dans ces conditions, la relance économique qui va déferler « sera verte » ainsi que le proclame dimanche 26 juillet son ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, dont Charlie a déjà montré la profondeur de son engagement dans ce domaine.

Notre beau président revient de loin. Quand il était chez Hollande, juste avant son coup de poignard dans le dos, il était en effet d’un avis tout différent. Ne reprenons pas tout, ça lasserait. Concentrons-nous. Le diesel, qui contribue tant à la mort de dizaines de milliers de personnes chaque année ? Macron estimait en août 2016 qu’il se trouvait « au cœur de la politique industrielle française (…) et de la mobilité environnementale ».

Le projet de mine d’or en Guyane, qui visait à détruire un morceau de forêt tropicale pour le compte d’une transnationale ? Il était à fond pour, avec de puissants arguments à la clé. Ainsi déclarait-il le en août 2015 au journal Les Échos : « Avec le projet Columbus Gold, nous sommes face à un industriel de niveau mondial qui a une grande expertise, que ce soit sur le continent américain ou de manière plus accessoire en Europe. Il sait exploiter aux meilleurs standards, et a la capacité d’investir massivement sur un site en exploitation primaire. Cet industriel est l’un des fers de lance de la mine responsable ».

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Le nucléaire ? En 2015 toujours, notre Perspicace proclamait : « Cette énergie reste pertinente et compétitive. (…) Regardez la Grande-Bretagne, qui vient de retenir l’EPR français pour ses prochaines centrales ». Comment lui en vouloir ? Le nucléaire est devenu en 2020, à l’insu de son plein gré, un boulet financier (presque) insupportable. Areva, devenu Orano, a dû recevoir en urgence 4,5 milliards d’euros ponctionnés sur le Trésor public, traîne toujours une dette de 3 milliards, et se voit menacé d’une amende de 24 milliards d’euros aux États-Unis. EDF est de son côté endettée à hauteur de 40 milliards d’euros. Le chantier de deux EPR à Hinkley Point – « regardez la Grande-Bretagne » – a commencé. L’ouverture, déjà retardée, devrait avoir lieu en 2025. Le devis initial de 11 milliards d’euros a plus que doublé à 23,5 milliards.

Écologie made in France

Qui oserait lui reprocher d’aimer l’industrie ? En 2015 encore, il donnait l’autorisation d’extraire 250 000 tonnes de sable en mer, au large de Lannion (Côtes d’Armor). Une jolie petite catastrophe écologique made in France, à quelques encablures de la réserve naturelle des 7-Îles, où se reproduisent 20 000 couples de fous de Bassan. Il déclarait alors, sur des bases éminemment scientifiques : « Les études concluent avec suffisamment de certitude à l’absence d’impact significatif sur l’environnement ».

En bref, il voit clair, et plus loin que nous tous réunis. Ne surtout pas écouter les grincheux. Les plus revanchards prétendent que le revirement en cours est purement tactique, électoraliste, politicien. Et font valoir que, lorsqu’il était encore plus jeune que jeune, Macron adorait déjà l’odeur du BTP et des grandes réalisations. Ces imbéciles ressortent même l’histoire de la « Commission pour la libération de la croissance française », créée par Jacques Attali à la demande du président Sarkozy.

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Nous sommes en 2007, et ce noble aréopage se met au travail, avec quelques idées fortes en tête, dont voici des extraits :

  • Préparer la jeunesse à l’économie du savoir et de la prise de risque ;
  • Participer pleinement à la croissance mondiale et devenir champion de la nouvelle croissance ;
  • Construire une société de plein-emploi ;
  • Instaurer une nouvelle gouvernance au service de la croissance.

Le PIB ou la planète

Donc, la croissance. La belle et saine croissance. Déjà « verte » ? Hum, presque. La Commission propose en effet de supprimer le principe de précaution adossé à la Constitution en 2005 sur décision de Chirac. Autrement dit, plus aucune barrière sur la route étoilée du « développement ». Enfin. Le texte Attali n’évoque que ridiculement peu la crise écologique, le dérèglement climatique, la sixième crise d’extinction des espèces, car ce serait le meilleur moyen de renoncer à quelques dixièmes de points de PIB, et qui serait alors gagnant ? Les Chinois.

Arrivés à ce point, les envieux et jaloux se regardent dans le blanc des yeux, et poussent leurs beuglements habituels, car disent-ils, le rapporteur de la Commission Attali n’était autre qu’Emmanuel Macron, âgé alors d’à peine 29 ans. Ces pauvres sots y voient une preuve supplémentaire que tout l’esprit de Macron, depuis le point de départ, appartient au monde d’avant. Et qu’il n’y aura pas de monde d’après. Tant de malveillance serre fatalement le cœur des gens honnêtes.

Par Fabrice Nicolino, publié le 27 juillet 2020

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