NUCLÉAIRE IRANIEN : WASHINGTON VEUT RÉIMPOSER DES SANCTIONS À TÉHÉRAN AU NOM DE L’ONU

La menace brandie par Donald Trump ne fait pas l’unanimité au sein du Conseil de sécurité des Nations unis, alors que les États-Unis veulent prolonger l’embargo sur les armes.

Le président américain Donald Trump s’est dit prêt samedi 15 août 2020 à recourir à un moyen de riposte controversé pour réimposer de façon unilatérale des sanctions de l’ONU sur Téhéran, après le rejet par le Conseil de sécurité d’une résolution américaine visant à prolonger l’embargo sur les armes en Iran.

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La menace d’un « snapback » ou veto à l’envers

Après le camouflet subi par Washington, le locataire de la Maison Blanche a promis une réponse sous la forme d’un « snapback », un mécanisme qui est une sorte de droit de veto à l’envers.

« Nous connaissions l’issue du vote, mais nous ferons un « snapback ». Vous verrez la semaine prochaine. »

Les détracteurs de la démarche américaine soupçonnent l’administration Trump de vouloir parvenir avant l’élection présidentielle de novembre aux États-Unis à cette réimposition controversée des sanctions de l’ONU, au risque de plonger le Conseil dans l’une des pires crises diplomatiques de son histoire.

Sommet suspendu à l’élection américaine

L’Iran a crié victoire après ce rejet, qui a déjà des répercussions sur l’accord nucléaire iranien : Donald Trump ne participera « probablement pas » au prochain sommet des cinq membres permanents du Conseil de sécurité avec l’Iran proposé par son homologue russe Vladimir Poutine.

« Je pense que nous allons attendre jusqu’à après l’élection », a affirmé Donald Trump, interrogé sur son éventuelle participation à ce sommet.

Le Conseil de sécurité de l’ONU a rejeté une résolution américaine pour prolonger l’embargo sur les armes en Iran. (©AFP/Archives/Johannes EISELE)

Seuls deux des quinze membres du Conseil ont voté vendredi pour la résolution, mettant en exergue les divisions entre Washington et ses alliés européens depuis que le président Donald Trump a retiré unilatéralement les États-Unis de l’accord international sur le nucléaire iranien en mai 2018.

Division chez les alliés américains

Plusieurs pays pourtant a priori favorables à une prolongation de l’embargo, à l’instar des Européens, ont en effet refusé de jouer le jeu américain.

Téhéran a raillé Washington pour son incapacité à obtenir plus qu’une seule voix de soutien, celle de la République dominicaine. Les alliés européens de Washington se sont tous abstenus.

Pour le président iranien Hassan Rohani, les États-Unis n’ont pas réussi à mettre fin à ce qu’il a appelé l’accord « à moitié vivant » de 2015 avec les grandes puissances qui a permis à l’Iran d’échapper aux sanctions en échange d’une réduction de son programme nucléaire.

« Les États-Unis ont échoué dans cette conspiration, humiliés », a déclaré M. Rohani lors d’une conférence de presse retransmise à la télévision.

À mon avis, ce jour restera dans l’histoire de notre pays et dans l’histoire de la lutte contre l’arrogance mondiale.

Les Iraniens, entre joie et perplexité

« Pendant les 75 ans d’histoire des Nations unies, l’Amérique n’a jamais été aussi isolée », a renchéri le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères Abbas Moussavi.

Le vote a donné lieu à des réactions mitigées d’habitants de Téhéran.

« Il s’agit juste d’un autre jeu politique américain. Un jour, ils présentent une résolution au Conseil de sécurité, le lendemain ils disent qu’ils ont saisi » des pétroliers iraniens, a déclaré Ahmadi, 61 ans, à Téhéran.

Abdoli, 56 ans et employée de pharmacie à Téhéran, se dit « heureuse » que l’Iran ait gagné. Mais la République islamique « devrait interagir avec les États-Unis et établir des relations. »

Le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo, le 25 mars 2020 à Washington. (©AFP/Archives/ANDREW CABALLERO-REYNOLDS)

Épreuve de force

Le secrétaire d’État américain Mike Pompeo a dénoncé une « grave erreur ».

Je regrette que le monde entier ne se soit pas associé à la lutte contre le plus grand État sponsor du terrorisme pour s’assurer qu’il ne puisse pas avoir de systèmes d’armements présentant un risque, un risque pour le cœur de l’Europe.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a jugé « scandaleuse » la décision de ne pas renouveler l’embargo. « Au lieu de s’opposer aux ventes d’armes, le Conseil de sécurité les encourage », a-t-il fustigé.

Le ministre israélien de la Défense Benny Gantz a parlé de « mauvaise décision ».

Dans sa tentative incessante de se doter d’armes nucléaires et ses efforts d’alimenter la terreur et la violence, l’Iran nuit à la paix dans la région et dans le monde.

Cette décision devrait poser les jalons d’une longue épreuve de force avec des répercussions sur l’accord international conclu en 2015 pour empêcher Téhéran de se doter de l’arme nucléaire.

L’embargo sur les armes arrive à expiration le 18 octobre.

Or, bien que Donald Trump ait retiré les États-Unis de l’accord sur le nucléaire iranien qu’il jugeait insuffisant, la diplomatie américaine menace désormais d’invoquer son statut de pays « participant » à ce même texte pour imposer unilatéralement le rétablissement des sanctions de l’ONU levées en échange de l’engagement iranien à ne pas se doter de l’arme nucléaire.

Une telle manœuvre, sur la base d’un argument juridique contesté par de nombreux membres du Conseil, risquerait de pousser l’Iran à claquer définitivement la porte de l’accord nucléaire, dont il a déjà commencé à se désengager.

La fin de l’embargo « pourrait avoir de graves conséquences pour la sécurité et la stabilité régionales », a reconnu Anne Gueguen, représentante permanente adjointe de la France auprès des Nations unies.

Publié le 16 Août 20 à 8h20

Photo en titre : Le président américain Donald Trump lors de sa conférence de presse le 15 août 2020. (©AFP/JIM WATSON)

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