TRANSITION ÉNERGÉTIQUE : QUELLE PLACE POUR LE NUCLÉAIRE ?

Quels sont les avantages et les inconvénients du nucléaire pour engager la France dans la transition énergétique ?

La transition énergétique consiste à prendre en compte les enjeux environnementaux dans la production et la consommation d’énergie. Il s’agit de repenser le modèle énergétique français pour limiter les émissions de gaz à effet de serre et plus globalement la pollution. Depuis les années 1970, la France a fait le choix de se tourner vers un modèle basé sur l’énergie nucléaire. Bien que peu carboné, elle suscite de nombreuses questions d’un point de vue écologique. Si bien que beaucoup militent pour sortir du nucléaire. À l’heure du développement des énergies renouvelables, quelle peut être la place de l’atome ? Selectra fait le point.

Sommaire :

  1. Le nucléaire, première source de production d’électricité en France
  2. Les énergies renouvelables : une solution économique ?

Le nucléaire, première source de production d’électricité en France

Aujourd’hui, le nucléaire domine le mix énergétique. Il représente 70,6% de l’électricité produite en France. En effet, il présente notamment deux avantages :

  • Il rejette peu de CO², gaz responsable en grande partie du réchauffement climatique  ;
  • Il permet à l’Hexagone de ne pas dépendre du cours du pétrole, du charbon ou du gaz.

 

Énergie nucléaire : quels impacts sur l’environnement ?

On l’a dit, le nucléaire reste l’une des sources d’énergie les moins carbonées. Selon l’ADEME, le nucléaire émet 6 grammes de CO² par kWh produit. À titre de comparaison, c’est bien moins qu’une centrale à charbon (1058 gCO2e/kWh) ou qu’une centrale à gaz (418 gCO2e/kWh).

Le bilan carbone de l’atome reste également un peu meilleur que l’éolien (14,1 gCO2e/kWh) et que le solaire photovoltaïque (55 gCO2e/kWh).

Pour autant, si son bilan carbone demeure bas, le nucléaire fait preuve de certaines limites. D’un point de vue environnemental, la gestion des déchets pose question. En effet, chaque année, selon l’ONG Greenpeace, l’industrie nucléaire génère 23 000 m3 de déchets radioactifs. Enfouis dans les sols ou sous la mer, leur dégradation sur le long terme aura forcément des conséquences sur les écosystèmes. (NDLR : et sur les êtres humains qui font partie de l’écosystème !)

D’autre part, outre l’aspect écologique, le nucléaire soulève des interrogations au niveau de la santé et de la sécurité. En effet, le parc français étant vieillissant, les risques d’accidents apparaissent donc de plus en plus importants.

En France, de nombreux accidents, incidents et anomalies sont révélés régulièrement sur les centrales nucléaires. Et les installations nucléaires sont vieillissantes : deux tiers des réacteurs approchent la date fatidique de durée de vie pour laquelle ils ont été construits (40 ans).Greenpeace

Atome et indépendance énergétique

La France n’ayant pas ou peu de réserves de gaz ou de pétrole, le choix du nucléaire lui garantit une certaine indépendance énergétique. C’est d’ailleurs pour cela qu’elle a décidé de construire des centrales atomiques. Les réacteurs permettent de limiter les importations de combustibles. (NDLR : pour mémoire, la dernière mine d’uranium française a fermé il y 20 ans à quelques mois près et depuis, nous importons 100 % de nos besoins en uranium. Est-ce là notre indépendance énergétique ?)

À la différence de ses voisins, la France ne dispose pas d’assez de ressources énergétiques (gaz, pétrole ou charbon) pour produire son électricité. C’est, combinée au choc pétrolier des années 70, la raison qui explique le développement de l’énergie nucléaire dans l’Hexagone. (Société Française d’Énergie Nucléaire)

(NDLR : la vraie raison, ne serait-elle pas que pour faire une bombe H, il faut du plutonium et que pour faire du plutonium, il faut des réacteurs nucléaires ?)

Le nucléaire, une énergie compétitive ?

À l’heure actuelle, d’un point de vue économique, le nucléaire apparait comme assez bon marché. En effet, le montant de l’Accès Régulé à l’Énergie Nucléaire Historique (ARENH) est porté à 42 €/MWh. Pour rappel, le dispositif de l’ARENH oblige EDF à vendre 100 TWh d’électricité atomique à la concurrence. Il permet aux fournisseurs d’électricité d’acheter de l’électricité à un tarif relativement bas et d’assurer une stabilité des prix pour les consommateurs.

Pour autant, il ne faut pas se limiter à l’ARENH pour mesurer la compétitivité de l’atome. Comme le rappelle le Ministère de la Transition Écologique : « L’ARENH reflète une vision du parc nucléaire historique qui n’est pas actualisée depuis 2012 ». EDF milite d’ailleurs régulièrement pour que le montant soit relevé.

D’autre part, les coûts liés au nucléaire devraient augmenter dans les années à venir et entrainer la hausse des tarifs de l’électricité. Cela s’explique, entre autres, pour deux raisons :

  • La maintenance du parc nucléaire, le grand carénage. Estimé à 55 milliards d’euros par EDF, il pourrait coûter 100 milliards d’euros selon la Cour de Comptes ;
  • Le chantier de l’EPR de Flamanville qui accuse les retards de calendrier et les allongements de budget. Il devrait voir le jour en 2022 et coûter plus de 11 milliards d’euros contre une ouverture initialement prévue en 2012 et un budget de 3,3 milliards d’euros. (NDLR : selon la Cour des Comptes le prix final tout compris serait de l’ordre de 19 milliards et non 11 milliards)

D’après la Cour des Comptes, avec le nouveau nucléaire, le prix de l’électricité sera compris entre 110 et 120 € /MWh.

Les énergies renouvelables : une solution économique ?

Si le nucléaire est indéniablement une énergie bas carbone, il perd en compétitivité chaque année. À l’inverse, les énergies renouvelables sont de moins en moins chères et n’engendrent aucune production de déchets toxiques.

En effet, si l’on regarde le Levelized Cost Of Energy (LCOE) 2019 de la banque Lazard, l’an dernier, un MWh d’électricité éolienne valait 41$ contre 135$ en 2009. La baisse des coûts liés au photovoltaïque est encore plus spectaculaire. Un MWh d’énergie solaire en 2019 coutait 40 $ contre 359 $ en 2009.

Passer à 100% d’énergies renouvelables : c’est possible ?

Les énergies vertes apparaissent donc comme le fer de lance de la transition énergétique. Mais, pourquoi ne pas recourir uniquement aux solutions renouvelables ? Simplement parce qu’au niveau technologique, cela reste compliqué. Le stockage de l’électricité demeure encore très difficile. Il faut donc consommer l’électricité au moment de la production.

Or, les énergies renouvelables ne permettent pas une production en continu. Par exemple, la nuit, les panneaux solaires ne fabriquent pas d’énergie. À moins de revenir aux centrales thermiques, extrêmement polluantes, il n’est pas possible pour le moment d’abandonner le nucléaire. (NDLR : de très nombreuses solutions existent pour stocker de l’énergie et il suffirait de les mettre en place pour régler ce problème. Mais cela enlèverait un argument aux pro-nucléaires donc on ne fait rien ou si peu!)

Le développement du stockage de l’électricité : un enjeu de la transition énergétique

Le passage au 100% renouvelable n’est probablement qu’une question de temps. Il est conditionné par le développement des batteries. De nombreuses entreprises investissent dans ce domaine. C’est par exemple le cas de Tesla qui cherche à élaborer des systèmes de stockage.

En attendant, de nombreux acteurs font le pari de verdir le mix énergétique en déployant plus d’infrastructures renouvelables. Il ne s’agit pas forcément de grands parcs éoliens ou hydrauliques. L’autoconsommation solaire, promue par des fournisseurs tels qu’Urban Solar Energy, ekWateur, Planète Oui, Plüm Énergie ou Enercoop permet aux consommateurs français de bénéficier d’une électricité verte à moindre prix. En installant des panneaux photovoltaïques sur leur toit, ils peuvent faire baisser leurs factures d’électricité tout en s’engageant dans la transition énergétique.

[l’autoconsommation solaire permet de] produire une énergie qui va me revenir à 9 centimes par kWh. 1kWh que j’achète au réseau, avec Enercoop ou EDF me coûte entre 15 et 18 centimes par kWh. Donc déjà je produis une électricité qui est moins chère que celle que j’achète. Toute l’énergie que je ne consomme pas sur ma maison, je peux la revendre 10 centimes par kWh au réseau.’) Philippe Blanc, directeur de recherches à Mines Paris Tech

Par Caroline Dusanter , publié le 18/08/2020

https://selectra.info/energie/actualites/evolutions/nucleaire-transition-energetique