ARRÊTS DE RÉACTEURS: PROLONGEMENTS EN HAUSSE DE 44% EN 2019

(Montel) EDF a prolongé de 1075 jours supplémentaires les arrêts planifiés de 54 de ses 58 réacteurs nucléaires en 2019, soit un bond de 44% par rapport à la durée d’arrêt initialement prévue, indique un rapport publié jeudi.

Une seule tranche – Dampierre 3 (890 MW) – a été redémarrée comme prévu après un arrêt de 82 jours, tandis que les arrêts des deux tranches de Fessenheim (1,8 GW), fermées depuis lors, ont été raccourcis, révèle le World Nuclear Industry Status Report dans sa mise à jour annuelle de la situation des réacteurs dans le monde.

Les rallongements d’arrêts des réacteurs d’EDF ont varié de 1,3 à 175 jours, les plus longs d’entre eux ayant eu lieu à la centrale de Flamanville (2,6 GW). Les tranches 2 et 1 sont toujours hors service et devraient redémarrer le 31 octobre et le 15 décembre, respectivement, ce qui devrait ajouter 305 et 350 jours d’arrêts pour chaque réacteur en 2020.

La disponibilité ou l’indisponibilité de la capacité nucléaire française peut affecter les prix de gros de l’électricité en France ainsi que dans les pays voisins.

« Malgré le fait que le parc nucléaire d’EDF soit le plus standardisé au monde, chaque réacteur est différent », a déclaré à Montel Mycle Schneider, expert indépendant dans le domaine de l’énergie et critique du secteur nucléaire, qui est l’un des principaux auteurs de cette étude de 360 pages.

Celle-ci explique, en citant EDF, que les prolongements des arrêts ont été causés « dans une mesure égale par des problèmes de maintenance et de qualité opérationnelle, des défaillances techniques et des lacunes dans la gestion du projet ».

Quatre unités à l’arrêt par jour

En prenant en compte les arrêts « forcés » ainsi que ceux qui ont été « planifiés », les réacteurs nucléaires ont connu au total 5580 jours de production « zéro » en 2019, soit une augmentation de 500 jours ou de 10% par rapport à 2018, selon le rapport.

Les 58 réacteurs ont tous été soumis à des arrêts allant de 5 à 356 jours, ce qui signifie « une moyenne de 96,2 jours [de production zéro] par réacteur », ceci sans compter les situations de suivi de charge ou autres situations opérationnelles réduisant la production, comme cela s’est produit en périodes de canicule et de sécheresse, ajoute-t-il.

« Au moins quatre réacteurs (4,8 GW) ont été à l’arrêt (capacité zéro) simultanément à n’importe quel jour de l’année [et] un maximum de 24 (27,9 GW) des 58 unités se sont trouvées hors service en même temps. Sur 303 jours, soit 83% de l’année, au moins 10 unités ont été stoppées le même jour ».

EDF a expliqué que sa production nucléaire a été affectée par des contraintes environnementales, comme le séisme du Teil, dans le sud du pays, en novembre, qui a conduit à l’arrêt temporaire de la centrale de Cruas (3,7 GW) ou comme des restrictions dues à un manque d’eau de refroidissement ou à des températures élevées des cours d’eau.

« Performance dramatiquement basse »

La production nucléaire de l’électricien public –379,5 TWh l’année dernière, soit une baisse de 3,5% par rapport à 2018 – a été inférieure à 400 TWh pour la quatrième année consécutive. Et elle a fourni la plus faible part du mix électrique français depuis 1989, à 70,6%.

« La production était déjà mauvaise en 2019, et elle semble s’annoncer dramatique cette année, la crise du coronavirus venant s’ajouter au dysfonctionnement des réacteurs », a commenté M. Schneider. Pour limiter les dégâts, « EDF a raccourci et reporté les interventions sur les réacteurs mais cela va probablement générer des problèmes de sûreté », a-t-il ajouté.

Depuis le début de l’année, l’impact du coronavirus a forcé EDF à revoir à la baisse son objectif de production nucléaire pour 2020, à 315-325 TWh, une baisse significative par rapport aux estimations précédentes de 375-379 TWh. 

Débat public

Dans un contexte de prolongations de la durée de vie des réacteurs au-delà de 40 ans qui nécessiteront « d’importantes mises à niveau supplémentaires », « la mauvaise performance avec les durées d’arrêt […] est particulièrement coûteuse », selon le WNISR.

« EDF doit publier ses coûts réacteur par réacteur, car il existe de grandes disparités en termes de productivité d’une unité à l’autre », a souligné M. Schneider. Et ces informations « devraient faire partie des orientations fournies aux décideurs politiques avant la prise de décision ».

L’ASN doit lancer une consultation publique concernant sa position sur les prolongations à la fin de 2020 et publiera son arrêté générique en 2021. 

Par Leila Fernández Thévoz (Londres), publié le 24 sept 2020 à 11h00 CET

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