LA SITUATION DE LA CENTRALE NUCLÉAIRE ANGLAISE DE DUNGENESS FAIT RÉAGIR LES ÉLUS SUR LA CÔTE D’OPALE

Notre enquête sur la centrale nucléaire anglaise de Dungeness a révélé les faiblesses de cette unité, située à 50 km de Boulogne-sur-Mer, et envisagé les conséquences d’un éventuel accident pour la Côte d’Opale. Pour refermer ce dossier, nous avons posé trois questions à deux élus boulonnais et à un ancien conseiller régional :

  1. Connaissez-vous la situation de la centrale de Dungeness ?
  2. Êtes-vous inquiet par rapport aux risques que représente cette centrale ?
  3. Quelles sont les solutions et les mesures de protection à mettre en œuvre selon vous ?

Serge-Paulo Lopes : « Le premier problème concernant les centrales, c’est leur vieillissement ». Photo Sébastien JARRY – VDNPQR

« La sécurité ne doit pas avoir de frontières »

Par Paulo-Serge Lopes, ancien conseiller régional EELV et membre de la Commission locale d’information (CLI) de la centrale nucléaire de Gravelines, président de l’association Virage énergie (1)

  1. « Côté français, on n’a pas d’éléments sur l’activité de ce site nucléaire. C’est un problème général, il y a comme une coupure d’information entre les centrales. Chacune travaille sur son propre périmètre d’intervention, limité à un rayon de 20 km, mais pas au-delà. Il faut que ces périmètres soient élargis à l’échelle régionale et prennent en compte aussi les pays limitrophes.»
  2. « Si vous habitez le Boulonnais et qu’un incident survient à Dungeness, avec les vents dominants, la Côte d’Opale sera la première concernée. Or, jusqu’ici, les autorités locales n’ont pas été associées à des plans d’urgence. Le même problème se retrouve entre Gravelines, la côte belge et la Flandre occidentale, où sont implantées trois autres centrales. La sécurité ne doit pas avoir de frontières. »
  3. « Le premier problème concernant les centrales, c’est leur vieillissement. Et celles situées en bord de mer sont menacées par l’érosion, les effets du dérèglement climatique et de l’augmentation du niveau de la mer, il va falloir rehausser leur niveau. Il faut aussi mieux sensibiliser régulièrement la population à la manière de réagir en cas d’accident à Gravelines ou Dungeness. Mais le seul moyen d’éviter une catastrophe, c’est de fermer des réacteurs. »

Jean-Pierre Pont : « C’est le même problème avec toutes les centrales, le risque zéro n’existe pas. » Photo archives PATRICK JAMES – VDN

« Il faut que tout soit bien contrôlé »

Par Jean-Pierre Pont, Député LREM de la 5e circonscription du Pas-de-Calais

  1. « Non, j’ai déjà visité Gravelines, tout me semblait bien sous contrôle. Même s’il y a toujours des risques, les centrales françaises sont bien sécurisées. Mais je suis moins connaisseur des centrales anglaises. »
  2. « C’est le même problème avec toutes les centrales, le risque zéro n’existe pas. On n’imagine jamais le pire. Même si nous ne sommes pas dans une zone particulièrement sismique, on sait que même un tsunami qui se formerait dans les Canaries pourrait arriver jusque dans la Manche. Mais je fais confiance aux gens qui dirigent ces structures pour qu’un accident n’arrive pas. »
  3. « Le nucléaire est une bonne source d’énergie, qui n’émet pas de carbone, mais il faut que ce soit carré. Alors prolonger l’exploitation des centrales, oui, à condition que tout soit bien contrôlé. En cas de nuage toxique, c’est la prise de comprimés d’iode qui serait importante. Mais j’ignore où se trouvent les stocks régionaux, je vais poser la question au ministre de la Santé.»

Frédéric Cuvillier : « En cas de problème à Dungeness, nous n’aurions que quelques minutes pour réagir. » Photo archives – VDNPQR

« Je vais demander un état des lieux des procédures »

Frédéric Cuvillier, Maire PS de Boulogne, président de la Communauté d’agglomération du Boulonnais

  1. « À l’époque où j’étais parlementaire, Dungeness posait déjà question, et j’étais intervenu à l’Assemblée pour demander des précisions sur son exploitation et sur le dispositif d’urgence. Je m’étais également rendu sur le site avec l’association des élus du littoral pour étudier la problématique de la présence de cette centrale sur un terrain pas forcément adapté. Mais j’ignorais les difficultés récentes de Dungeness, c’est bien d’avoir remis un coup de projecteur sur cet enjeu pour notre territoire. »
  2. « Nous ne sommes pas dans un territoire exempt de risques, d’autant que nous sommes à la croisée des rayons entre les centrales de Gravelines et Dungeness. Sans parler des risques de pollution ou d’accident maritime dans le détroit. Or, en cas de problème à Dungeness, nous n’aurions que quelques minutes pour réagir. Ce sont des scénarios que nous devons anticiper au maximum. »
  3. « Même si la chaîne de commandement ne nous appartient pas à l’échelle locale, il faut savoir si l’on est prêt en termes d’organisation. Je vais donc demander aux adjoints et aux agents de la ville et de la CAB de dresser un état des lieux des procédures, en lien avec les services de l’État, et de voir quelles mesures complémentaires nous pourrions prendre. »

 

Note 1. Virage Énergie est une association de prospective énergétique et sociétale, qui cherche à « démontrer la faisabilité au niveau régional de respecter les objectifs de diminution de gaz à effet de serre et de préparer la sortie du nucléaire ».

Par Sylvain Delage, publié le 01/10/2020

Photo en titre : À l’arrêt depuis deux ans, la centrale nucléaire de Dungeness fait l’objet de lourds travaux, avant sa remise en service. Photo EDF

https://www.lavoixdunord.fr/873091/article/2020-10-01/la-situation-de-la-centrale-nucleaire-anglaise-fait-reagir-les-elus-sur-la-cote?&pwback