QUEL AVENIR POUR L’HYDRAULIQUE CHEZ EDF APRÈS L’INAUGURATION DE LA CENTRALE ROMANCHE GAVET

Inaugurée et mise officiellement en service le 9 octobre par le président d’EDF, Jean-Bernard Levy, la centrale hydroélectrique Romanche Gavet est le dernier des grands projets hydro d’EDF en France. Un contentieux avec l’Europe bloque tout nouveau développement.

Cinq barrages et six centrales remplacés par un seul ouvrage, dix ans de travaux, 400 millions d’euros d’investissement, une conduite d’eau de 10 kilomètres creusée dans la montagne, 40 % d’électricité supplémentaire, 650 entreprises impliquées sur le chantier… La centrale hydroélectrique Romanche Gavet (Isère) de 97 mégawatts, inaugurée par EDF le 9 octobre, est une réalisation autant exemplaire qu’unique. Elle doit produire 560 GWh par an en fonctionnant environ 5 000 heures, soit la consommation de 230 000 foyers, l’équivalent des habitants de Grenoble et Chambéry réunis.

Mais lors de l’inauguration, c’est l’avenir du développement de l’hydroélectricité en France par EDF qui était dans tous les esprits. À commencer par celui de Jean-Bernard Lévy, le PDG d’EDF, qui a commencé son discours en évoquant un contexte particulier où le parc hydraulique est dans l’actualité et que « peut-être se dessine une nouvelle organisation pour ce formidable patrimoine énergétique et écologique français ».

Contentieux avec l’Europe

Le problème du contentieux entre la Commission européenne et la France sur la mise en concurrence des concessions hydroélectriques suite à une directive de 2014 et deux mises en demeure en 2015 et 2019 pourrait aller jusqu’à se solder par une nouvelle organisation d’EDF, où l’hydraulique serait aussi séparée du nucléaire au sein du groupe, obligeant Jean-Bernard Levy à revoir son projet Hercule, en EDF bleu (nucléaire et hydro, et RTE) et un EDF vert (commerce, renouvelable, services…). Pour mémoire, sur les 300 concessions hydroélectriques d’EDF, 16 seront échues à fin 2020.

Et alors que l’électricien français annonce développer 4GW supplémentaires d’hydraulique dans le monde d’ici à 2030 dont 1,5 GW net (part du groupe), en France, la situation reste bloquée. Pourtant, la nouvelle feuille de route énergie, la PPE, adoptée par décret en avril 2020, prévoit l’ajout de 0,7 à 1 gigawatt supplémentaire de capacité hydroélectrique en France d’ici à 2028 et de 1,5 GW de station de transfert d’énergie par pompage (STEP) à l’horizon 2030-2035.

Un fort potentiel bloqué

Or le contentieux avec Bruxelles sur les concessions donne une « incertitude juridique » qui empêcherait à EDF la mise en œuvre de « l’important potentiel » hydroélectrique en France, et de « lancer de nouveaux projets », a expliqué Yves Giraud, le directeur hydraulique d’EDF. Dans la Vallée de la Truyère, EDF a un projet qui « pourrait aller jusqu’à 1GW avec des investissements de près d’un milliard d’euros », mais contre un renouvellement de la concession et sans mise en concurrence.

Aux incertitudes juridiques s’ajoutent des problèmes de financement récurrents chez EDF. Jean-Bernard Levy a dû préciser que 75 % des 400 millions d’euros de projets Romanche Gavet avaient été financés par des obligations vertes, alors que le groupe vient encore d’emprunter 4 milliards d’euros sur les marchés. Il n’a d’ailleurs pas hésité à regretter dans son discours d’inauguration de la centrale que le soutien au développement de l’hydraulique ne soit pas prévu dans le plan de relance de 100 milliards d’euros présenté par le gouvernement début septembre, assurant qu’EDF allait tout faire pour réparer « ce qui était sûrement un oubli ». Présent, le secrétaire d’État à la Ruralité, Joël Giraud, a néanmoins assuré qu’il irait défendre sa cause à Bercy.

Un marché déprimé

Pour EDF, il est important de débloquer la situation. À l’exception de cinq projets de petite hydro gagnés en 2017 par sa filiale Shema, la centrale de Romanche Gavet est le dernier chantier d’EDF en hydroélectrique. EDF aurait pourtant dans ses cartons 250 MW de projet sur des concessions existantes. Et « le potentiel inexploité est de plusieurs gigawatts« , avance le PDG d’EDF, sans plus de précisions.

Mais pour financer de nouveaux projets, dans un contexte de marché déprimé où les prix de l’électricité stagnent autour de 45 euros le MWh sur la place européenne et que « plus aucune capacité de production n’est construite sans garantie de prix comme pour l’éolien ou le solaire », Jean-Bernard Levy demande un nouveau cadre réglementaire pour l’hydroélectrique. Elle doit bénéficier « de mécanismes de ce type ». Alors que le soutien aux renouvelables va encore coûter près de 7 milliards d’euros au budget de l’État en 2021, il y a peu de chances qu’il soit entendu.

Par Aurélie Barbaux , publié le 09/10/2020 à 16h39

Photo en titre : Le 9 octobre, EDF a inauguré la centrale hydroélectrique Romanche Gavet de 97 MW. Elle remplace cinq barrages et six centrales sur la rivière Romanche en Isère.

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