CENTRALE NUCLÉAIRE DE GRAVELINES. PLUSIEURS SOUS-TRAITANTS EN GRÈVE RECONDUCTIBLE !

Depuis plus d’une semaine, les travailleurs d’OMS sous-traitant au CNPE de Gravelines sont en grève reconductible, rejoint en fin de semaine dernière par ceux de Daher, salariés et intérimaires revendiquent de meilleures conditions de travail dans cette industrie à risque.

Au CNPE de Gravelines comme ailleurs, EDF, les donneurs d’ordre, veut toujours pressuriser la sous-traitance, pour dégager toujours plus profit quitte à mettre en danger, l’ensemble des salariés. Une véritable volonté de la part d’EDF de sous-traiter toutes les activités qui ne sont pas rentables, en précarisant les travailleurs pour payer au prix le plus bas, aujourd’hui c’est autour de 80 % des tâches de maintenances qui sont sous-traitées dans le secteur.

La situation des travailleurs d’OMS (prestataire de Daher) est typique ; en effet l’entreprise a récemment récupéré le marché en proposant donc à EDF un prix intéressant : les conséquences sont immédiates pour les travailleurs. C’est face à cette situation qu’une partie des salariés du nettoyage de la centrale nucléaire de Gravelines sont entrés en grève reconductible depuis le 30 septembre.

Concrètement, OMS a, dès son arrivée, remis en cause l’article 7 de la convention collective du nettoyage, en ne conservant aucun des quelques acquis des travailleurs. De nombreuses choses sont pointées, dont l’annualisation du temps de travail, qui engendre d’importante perte de salaires, entre 400 et 600 euros ! La situation était déjà dégradée avant l’arrivé d’OMS, où les travailleurs demandaient une augmentation de salaire ainsi que des embauches pour effectuer correctement leur travail. L’attachement à la convention collective du nettoyage est également problématique, sur un site nucléaire, ce ne sont pas seulement des bureaux qui sont entretenus, mais une zone industrielle qui est décontaminée, assainie, des qualifications qui ne sont pas prises en compte et contraint à des conditions de travail détérioré.

Pour Daher, la logique est la même, l’entreprise est positionnée sur le marché des PGAC (Prestation Globale d’Assistance Chantier), qui inclue des interventions dans les domaines de la radioprotection ou encore de la gestion de magasin. Pourtant, les travailleurs sont aujourd’hui rattachés à la convention collective des transports… Encore une fois, un écart entre les réalités de travail et les conventions censées les encadrer.

Les grévistes dénoncent donc ces conditions et revendiquent de sortir du nucléaire « low-cost » qui met en danger les travailleurs et la population. Il est inadmissible que les conditions de travail soient autant différentes, d’autant plus dans une industrie à risque comme celle-ci. Les multiples conventions collectives de la sous-traitance nucléaire précarisent les conditions de travail, une enfreinte totale aux textes censés structurer le travail dans le nucléaire et notamment l’article 4 de la convention collective des IEG (Industrie Électrique et Gazière) qui stipule que les sous-traitants doivent avoir les mêmes avantages et statuts qu’un travailleur EDF par exemple.

Grève reconductible et combative

C’est depuis le 30 septembre, dès 5 heures du matin que la grève a débuté pour les travailleurs d’OMS, avec depuis un piquet de grève quotidien devant la centrale. C’est avec une détermination importante que la grève se poursuit depuis, d’autant plus que les sous-traitants subissent des pressions supplémentaires de par leur localisation dans les chaînes de commandements. Cela n’empêche pas les travailleurs d’affirmer leur détermination à gagner cette bataille, avec notamment une quarantaine d’intérimaire qui participent également à la mobilisation. Pour eux, se rajoute un statut encore plus précaire, pour ne donner qu’un exemple certaines agences osent facturer les EPI aux travailleurs, en toute illégalité ! Ils ont donc été rejoints jeudi dernier par les travailleurs de Daher, également en grève reconductible.

Cette grève dans un secteur relégué en seconde zone est importante, sans eux les centrales ne pourraient évidemment pas tourner. Il s’agit de la sécurité des travailleurs, de la population, mais aussi de condition de travail digne pour celles et ceux qui entretiennent cette industrie. Concernant les conventions collectives, nous devons exiger que l’ensemble des travailleurs obtiennent à minima le statut des IEG et que celles et ceux qui le souhaitent sortent de l’intérim et soit embauchés !
Si la pression augmente avec Daher qui a rejoint la mobilisation, c’est une occasion importante de remettre en cause la politique de sous-traitance dans les centrales nucléaires. Il est central que cette bataille soit rejointe par d’autres secteurs et notamment par les travailleurs d’EDF, qui avait démontré leur combativité notamment durant la réforme des retraites.

Les rassemblements quotidiens devant la centrale sont des rendez-vous importants que les grévistes ont instaurés, qui doivent permettre à la fois de décider des suites de la mobilisation mais aussi de permettre des rencontres nécessaire avec les autres ouvriers en lutte, afin d’envisager des coordinations plus larges du monde du travail qui se voit aujourd’hui attaqué de toute part et doit se donner les moyens d’une riposte d’ensemble pour ne pas payer la crise qui ne fait que commencer. Ce lundi matin, les piquets de grève d’OMS et de Daher se sont rejoints et les travailleurs ont appelé à poursuivre la mobilisation, ils ont évidemment besoin de soutien.

Par Antoine Bordas, publié le mardi 13 octobre 2020

Photo en titre : Crédits photo : Ol. D. (Voix du Nord)

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