CENTRALE DE CHINON : UNE ANOMALIE À L’ORIGINE DU REJET IMPORTANT D’EFFLUENTS RADIOACTIFS

Un lâcher trop important de liquides radioactifs a été détecté, pendant 48 heures, à la centrale nucléaire de Chinon. Les seuils sanitaires n’ont cependant pas été dépassés.

Le Centre nucléaire de production d’électricité (CNPE) de Chinon a révélé, le 1er octobre, qu’une anomalie dans le rejet de liquides radioactifs dans la Loire avait eu lieu du 19 au 21 septembre. Celle-ci n’a pas entraîné de conséquences sur la santé des employés ou des habitants, assure le CNPE.

Une « erreur d’analyse »

Pendant 48 heures, le contenu de cuves d’effluents radioactifs, c’est-à-dire des eaux radioactives contenant notamment du tritium (un isotope de l’hydrogène), ont été reversées dans la Loire à un débit supérieur à ce qu’il aurait dû être pour respecter la réglementation. Après investigation au sein de la centrale, « une erreur d’analyse du réservoir de collecte d’effluents liquides a été détectée, indique une publication sur le site d’EDF, ce qui a occasionné une sous-estimation de l’activité contenue dans le réservoir ». Sollicité, le CNPE n’apporte pas plus de commentaires.

Selon Michel Fiszbin, membre du Collectif Chinonais Environnement et à ce titre, membre de la Commission locale d’information (CLI, qui réunit différents acteurs institutionnels ou non autour de l’activité de la centrale nucléaire), l’activité des eaux rejetées dans la Loire a atteint 60 becquerels par litre et par heure, contre 20 attendus. Mesuré grâce aux moyens de contrôle de la centrale dans la Loire, le rejet a atteint 140 bq/l/h, au-delà des seuils réglementaires. Au-delà de 100 bq/l/h, les autorités déclenchent une enquête pour en déterminer les causes. 600 m3 d’effluents ont ainsi été rejetés. « Cela met en lumière que la centrale rejette continuellement ses déchets radioactifs dans la Loire », estime Michel Fiszbin.

Et si ce niveau de contamination n’est pas jugé inquiétant par les autorités (l’OMS estime que l’eau n’est plus potable à partir de 10.000 bq/l), les associations s’inquiètent d’une radioactivité sur le long terme : les eaux de la Loire sont captées en aval, dont à Saumur, pour approvisionner les réseaux d’eau potable. La présence de tritium, à des niveaux faibles, y est constamment mesurée, assure Michel Fiszbin.

 À suivre

L’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) et l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) doivent entamer des mesures quotidiennes des niveaux de tritium à partir de novembre, afin d’approfondir leurs modélisations concernant le rejet de cet élément radioactif dans les eaux fluviales. L’Association pour le contrôle de la radioactivité dans l’Ouest (ACRO), qui a opéré des prélèvements à plusieurs niveaux du fleuve sur plusieurs mois, affirme que le mélange entre les eaux tritiées et les eaux classiques de la Loire n’est pas conforme aux modélisations de l’IRSN. L’IRSN et l’ASN n’ont pas répondu à nos sollicitations.

Publié le 14/10/2020 à 11h40

Photo en titre : 600 m3 d’effluents radioactifs ont été rejetés à des débits jugés trop importants par la centrale. © (Photo archives NR)

https://www.lanouvellerepublique.fr/indre-et-loire/ccentrale-nucleaire-de-chinon-une-anomalie-conduit-au-rejet-important-d-effluents-radioactifs

(NDLR : avec 10 000 Bq/litre, on peut reprendre le dicton : les parents boivent et les enfants trinqueront). Santé !