CIGÉO, LES MASQUES TOMBENT LORS DE LA PRÉSENTATION DU DERNIER RAPPORT DE LA CNE

Communiqué du CEDRA – Les années se suivent et avec elles les rapports de la CNE (Commission nationale d’évaluation des recherches et études relatives à la gestion des déchets et des matières radioactives) mais lors de cette dernière présentation du nième rapport, des différences assez frappantes sont apparues ; l’évaporation des belles certitudes, dans la sécurité, dans les chiffrages, dans les échéances… mais aussi des divergences nouvelles entre les trois principaux acteurs présents (CNE, Andra, CLIS – Commission locale d’information et de suivi), et chacun semble maintenant dévoiler sa vrai nature :

. La CNE n’a été nommée que pour jouer un rôle de facilitateur, mais aucunement pour critiquer ou évaluer la qualité du projet,

. Le CLIS, longtemps auréolé naïvement d’informateur auprès du public, peine à s’autonomiser et ne pas devenir qu’une caisse d’enregistrement de l’Andra,

. Et l’Andra, longtemps perçue comme un organisme réputé scientifiquement, ne fait plus illusion dans ses compétences et dans ses capacités à réaliser un tel projet.

En effet, revenons sur ce qui s’est passé ce jeudi 29 octobre 2020 :

Nous étions à l’assemblée générale du CLIS de Bure à l’occasion de laquelle la CNE a présenté son rapport d’évaluation n° 14. Un spectacle désolant.

Depuis plusieurs années, les rapports annuels de la CNE se suivent et se ressemblent. Du copier-coller une année sur l’autre en substance : pour la CNE, le projet Cigéo a une maturité technologique suffisante, et il y a urgence à passer dans une phase opérationnelle.

Pourtant, la réalité est toute autre. Année après année, le projet Cigéo prend de nombreux coups. En 2017, les remarques formulées par l’ASN (Autorité de sûreté nucléaire) et l’IRSN (Institution de radioprotection et de sûreté nucléaire) sur le DOS (dossier d’options de sûreté), notamment sur l’impossibilité d’enfouir en l’état les colis bitumés (extrêmement inflammables et représentant 18% des déchets MA-VL) et sur le risque systémique d’incendie, ont conduit l’ANDRA à devoir réaliser de nouvelles études qui sont toujours en cours. Alors que la question du financement du projet est brûlante tant les producteurs de déchets sont en mauvaise santé financière, la Cour des Comptes a estimé en 2019 que le coût réel du projet était sous-évalué et qu’il était souhaitable « que la prochaine mise à jour du chiffrage du projet par l’ANDRA soit fondée sur une méthode plus réaliste que celle pour celui arrêté en 2016″. À force de prendre des coups à la fois sur le plan économique et celui de la sûreté, et si Cigéo ne se relevait pas ?

C’est la crainte non-dissimulée qui anime les membres de la CNE. Chaque remarque est formulée de manière à précipiter l’enfouissement au mépris des règles de sûreté.

Sans expliquer la raison des reports successifs du projet Cigéo, la CNE donne comme consigne à l’ANDRA de mieux maîtriser le calendrier. Pour la Commission, même des points saillants qui tiennent à la robustesse du stockage ne doivent pas retarder davantage le processus. Par exemple, il ne serait pas nécessaire de démontrer avant le dépôt de la DAC (demande d’autorisation de création) la faisabilité du creusement des galeries de grand diamètre ou l’allongement des alvéoles à 150 mètres… du moment qu’ils le sont avant la fin de l’instruction de la demande ! Autre exemple, le cas épineux des déchets bitumés. Certes, la CNE exprime qu’à ce jour, on ne sait pas si ces déchets feraient partie de l’inventaire de Cigéo. Mais alors que l’ASN recommandait de privilégier la neutralisation préalable de leur réactivité chimique (plutôt que de revoir le conditionnement de ces colis pour pouvoir les enfouir), la CNE, s’appuyant sur la revue d’un groupe international de 2019 sur les déchets bitumés, demande à ce que les recommandations de ce groupe soient mise en œuvre sans tarder afin que les résultats puissent contribuer à l’instruction de la DAC. Si ces résultats étaient probants, la CNE estime que le stockage des bitumés devrait être possible dans Cigéo.

Finalement, la CNE propose que l’ANDRA dépose sa DAC sans connaissance absolue de l’inventaire des déchets à enfouir et sans proposition définitive de la conception du stockage, quand bien même il s’agit du dossier à partir duquel serait prononcée l’autorisation du projet et le feu vert à sa construction. Pour la CNE il y a urgence à enfouir les déchets radioactifs… sans démontrer la faisabilité du projet Cigéo.

Enfin, la CNE s’assoit sur les conclusions du débat public PNGMDR (Plan national de gestion des matières et des déchets radioactifs), s’inquiétant de la création d’une commission de gouvernance autour du projet. En mettant plus de monde autour d’une même table, le risque serait que le processus décisionnel s’alourdisse et que le projet accuse de nouveaux retards. Des retards qui pourraient lui être fatal ?

La Commission résume ainsi sa position : « choisir si on veut faire du principe de précaution un principe de pollueur-payeur ou un principe de pollueur non-payeur« . En confondant attentisme et prudence, elle précipite un projet qui manque cruellement de justifications scientifiques. Positionnement inquiétant pour une commission dite « d’évaluation » !

Publié le 2 novembre 2020

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