LE PROGRAMME NUCLÉAIRE DE LA CORÉE DU NORD EST PLUS AVANCÉ QUE VOUS NE LE PENSEZ

De gros missiles qui inquiètent.

Le 10 octobre 2020, les expert·es en armement du monde entier levaient un sourcil interrogateur voire inquiet. Lors de la parade militaire se déroulant à Pyongyang pour célébrer les soixante-quinze ans du Parti du Travail de Corée, d’imposants missiles balistiques intercontinentaux (ICBM) étaient présentés au bon peuple –ainsi qu’aux gouvernements du monde entier.

Ces engins de mort montés sur roulettes, «sans doute les plus gros au monde» comme l’a expliqué au Financial Times Ankit Panda, expert en armements pour le Carnegie Endowment for International Peace, étaient la preuve (littéralement) éclatante que la Corée du Nord progressait à marche forcée dans son programme nucléaire.

Comment, malgré les sanctions internationales strictes, malgré la pauvreté économique du pays, malgré la pandémie, le pays était-il capable de continuer à avancer si vite? A priori, ce n’est pas une révélation pour les expert·es, comme l’explique le quotidien britannique.

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«Les Nord-Coréens ne réinventent pas la roue», explique le même Ankit Panda, qui précise que la chape de plomb reposant sur la nation asiatique empêche les analystes d’avoir une vision fidèle de ce qui s’y déroule. Pas de réinvention de la roue, mais une capacité experte pour l’exploitation de la moindre faille dans la surveillance internationale.

Une partie des connaissances nécessaires pour monter un programme atomique a été regroupée dans les décennies précédentes, via les relations tissées par le pays avec l’ex-URSS, avec le voisin chinois ou encore avec l’Iran, avec laquelle la Corée du Nord continue d’échanger discrètement services et technologies.

Le pays a aussi savamment mis à contribution les connaissances d’Abdul Qadeer Khan, père de la bombe pakistanaise, trafiquant notoire de plans et technologies atomiques et initiateur de la prolifération internationale.

Autosuffisance

Malgré une surveillance de tous les instants, les expert·es indiquent que le pays n’a jamais cessé, sous couverture et en cachant de nombreuses petites usines, à faire avancer sur son propre sol les technologies maisons nécessaires à ces avancées atomiques –véhicules, semi-conducteurs ou systèmes informatiques notamment. Le tout est alimenté, sur le plan humain, par des scientifiques et ingénieur·es de bon niveau, formés à la réputée Université de technologie Kim Chaek.

Les relations officielles des pontes du pays sont scrupuleusement monitorées par les autorités internationales, Nations Unies en tête. La Corée du Nord compte donc sur des réseaux diplomatiques plus informels, ainsi que sur des petites entreprises aux desseins douteux, souvent chinoises, pour mettre la main sur les éléments clés qui pourraient manquer à ses fusées et bombes.

On sait également que le pays est doté d’une cyberarmée douée et puissante, qui alimente le régime en finances mais également en connaissances. Il n’est ainsi pas impossible qu’une partie de la technologie nécessaire à l’avancement du programme nucléaire de Kim Jong-il soit acquise par les hackers de haut niveau dont le pays dispose.

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Ankit Panda note que, quels que soient les apports extérieurs, les avancées internes au pays sont réelles et tangibles, et se mesurent notamment au taux d’échec de plus en plus réduit de ses tirs de missiles expérimentaux. Le pays ne repose donc pas entièrement sur l’achat ou le vol de secrets, mais sur la création de ses propres filières.

«Ils sont capables de produire des missiles en grande quantité, et de les tester d’une manière qui indique clairement au monde extérieur que ce sont des programmes solides», commente Ankit Panda dans le FT.

Qu’on se le tienne pour dit: les missiles balistiques montrés le 10 octobre ne sont peut-être pas une simple poudre aux yeux, mais le résultat –inquiétant entre de telles mains– de longs efforts du pays pour imposer sa présence à la face du monde.

Repéré par Thomas Burgel sur The Financial Times, publié le 06/11/2020 à 12h18

https://korii.slate.fr/tech/nucleaire-coree-du-nord-programme-missiles-balistiques-progres-surprenante-rapidite