LE PLAN D’EDF ENERGY POUR FINANCER LA CENTRALE NUCLÉAIRE SIZEWELL C AU ROYAUME-UNI

Une nouvelle centrale nucléaire de 3,2 GW doit être construite par EDF et CGN sur le site de Sizewell, au Royaume-Uni. EDF et le gouvernement britannique ont une idée pour la financer.

Contrairement à la France, le Royaume-Uni a un plan pour construire de nouvelles centrales nucléaires. Il n’a pas trop le choix. Outre-Manche, avec 15 réacteurs en service, l’atome fournit 20 % de l’électricité. Mais d’ici à 2024, quatre des huit centrales nucléaires du pays auront fermé. Impossible de les prolonger. EDF Energy vient d’annoncer l’arrêt de sa centrale nucléaire Hinkley Point B de manière anticipée, avec un déchargement du combustible d’ici au 15 juillet 2022. Trois de plus fermeront d’ici à 2030.

Les deux EPR de 1600 mégawatts (MW) chacun en construction à Hinkley Point C ne suffiront pas à les compenser. Et même si dans son plan vert le gouvernement de Boris Johnson annonce la construction de 40 GW d’éolien, il lui faudra encore du nucléaire. Il l’a confirmé dans un communiqué du 14 décembre sur le plan pour créer 220 000 emplois grâce à une révolution industrielle verte, en annonçant qu’il allait entamer des négociations avec EDF concernant le projet Sizewell C dans le Suffolk. Il souhaite étudier « les options permettant d’investir dans au moins une centrale nucléaire d’ici la fin de cette législature« .

20 milliards de livres sterling

Parmi les différents projets de nouvelles centrales nucléaires au Royaume-Uni, celui d’EDF Energy et de son partenaire chinois CGN dans la société de Projet (à 20%) est en effet le plus avancé. Le projet a reçu l’aval du gouvernement en mai 2020. Reste l’épineux problème du financement. La construction de deux EPR de 1600 MW coûtera environ 20 milliards de livres sterling (environ 22 milliards d’euros), coût de l’inflation sur les dix ans de la construction compris.

C’est, certes, 30 % de moins que le coût d’Hinkley Point C, un projet similaire chiffré entre 21,5 et 22,5 milliards de livres hors inflation. Mais, cette fois, l’option d’un contrat pour différence, dans laquelle EDF et CGN financent la construction et le gouvernement leur garantit un revenu au mégawattheure vendu (92,5 livres de 2015, soit plus de 100 livres par MWh après inflation) sur la durée de vie de la centrale, soit 60 ans, ne sera pas retenue.

Base d’actifs régulés

EDF n’a de toute façon pas les moyens d’investir. Et, avec l’éolien offshore qui a fait chuter les prix de la production d’électricité autour des 40 à 50 livres par MWh, le gouvernement britannique ne pourra plus justifier des tarifs d’achats si élevés, même pour une énergie non intermittente. L’idée, poussée par EDF, serait de faire entrer d’autres investisseurs dans le projet, en les rémunérant sur les actifs immobilisés pendant la durée de construction de la centrale.

C’est ce que l’on appelle la base d’actifs régulés (BAR, ou RAB pour regulated assets base). Un mécanisme qui a été utilisé pour le tunnel sous la Manche. Les investisseurs, comme EDF, qui prendraient des parts dans une nouvelle société à créer, rentabiliseront ensuite leur investissement avec la vente de l’électricité au prix du marché. Reste à convaincre des investisseurs, comme les fonds de pension, avec un tarif de rémunération suffisamment attractif comparé aux projets d’énergies renouvelables. C’est tout l’enjeu des négociations que veut ouvrir le gouvernement avec EDF. À ce stade, l’option RAB, poussée par EDF, n’est néanmoins pas officiellement validée.

Par Aurélie Barbaux, publié le 15 décembre à 17h20

Photo en titre : Pour financer la construction de deux EPR à la centrale de Sizewell C, le gouvernement britannique ne veut plus du contrat pour différence appliqué pour la centrale nucléaire d’Hinkley Point C. © EDF Energy

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