LE NUCLÉAIRE A UN AVENIR EN FRANCE, MÊME SANS NOUVEAUX EPR

EDF a dévoilé le choix de la centrale de Penly (Seine-Maritime) pour y construire deux des six nouveaux EPR prévus dans son plan de nouveau nucléaire pour la France détaillé dans un rapport qui doit être remis au gouvernement mi-2021. Il n’en reste pas moins que la décision de construction ne sera pas prise avant 2023, a rappelé à la filière Emmanuel Macron. (NDLR : ben voyons…)

On le sait depuis deux ans déjà. La décision de lancer la construction de six nouveaux réacteurs nucléaires de type EPR n’interviendra pas avant 2023. EDF vient quand même d’annoncer qu’il envisageait de construire les deux premiers sur le site de Penly (Seine-Maritime), où il exploite déjà deux réacteurs de 1 300 MW.

Emmanuel Macron a repoussé le feu vert après l’élection présidentielle de 2022. Toujours dans l’attente de la mise en service de l’EPR de Flamanville 3 (Manche), dont l’ouverture a été repoussée de deux ans pour cause de soudures à refaire, l’exécutif n’en prépare pas moins le terrain. «Notre avenir écologique et énergétique passe par le nucléaire», a affirmé le chef de l’État, le 8 décembre sur le site de Framatome du Creusot (Saône-et-Loire), dans un discours sur la politique énergétique au cours duquel il a pris soin de souffler le chaud et le froid.

Le nucléaire, c’est «l’énergie non intermittente qui émet le moins de CO2». Lui seul permet à la France de produire massivement «sur son territoire de l’hydrogène décarboné», a rappelé le président de la République. Une énergie qu’il juge indispensable à la transition énergétique. Mais la France doit maintenant «compléter son ambition nucléaire par des énergies renouvelables, indispensables quels que soient les scénarios et qui doivent augmenter, car la France aujourd’hui n’est pas au rendez-vous ni de ses engagements, ni de ses ambitions», a-t-il pris soin d’ajouter. (NDLR : de la faute à qui ?…)

Une option tout renouvelables sur la table

Deux scénarios principaux sont sur la table pour l’après-2035, quand la part du nucléaire dans le mix électrique français aura été ramenée à 50 %, comme le prévoit la loi énergie et climat de novembre 2019. «Il faut étudier un mix électrique avec un très haut niveau d’énergies renouvelables», a souligné Emmanuel Macron. Le gouvernement a commandé un rapport sur ce scénario à l’Agence internationale de l’énergie (AIE) et au gestionnaire du réseau électrique français RTE.

Les premières conclusions ont été présentées au gouvernement lors du conseil de défense écologique, le 8 décembre. «Il sera publié dès le début de l’année prochaine et il précisera l’ensemble des conditions de mise en œuvre pour y parvenir à l’horizon 2050», a promis le Président. Ce scénario impliquerait, schématiquement, de ne pas construire de nouveau réacteur nucléaire après Flamanville 3 et de laisser baisser progressivement la part de l’atome dans le mix électrique à mesure que les centrales actuelles arriveront en fin de vie, après prolongation ou non de leur fonctionnement au-delà de quarante ans.

Nouveau nucléaire , enjeu pour 2022

L’autre scénario serait de maintenir au-delà de 2035 la part de 50 % de nucléaire dans le mix électrique. Cela nécessiterait de construire au moins six nouveaux réacteurs de type EPR. Le gouvernement a demandé à EDF il y a deux ans de lui fournir un dossier complet, avec tous les éléments de décision pour la mi-2021. «Ce travail d’étude sur la construction de nouveaux réacteurs est indispensable. Et je souhaite qu’il se poursuive et s’achève dans les prochains mois afin que tous les éléments nécessaires soient disponibles avant la fin du quinquennat», a rappelé Emmanuel Macron. L’enjeu est énergétique, mais également politique. Le chef de l’État souhaite que «ce travail documenté» soit «partagé à l’ensemble des Français. Nous pourrons choisir en connaissance de cause. Choisir en parfaite transparence».

La propulsion nucléaire atout de la filière

Le choix d’un scénario à très haut niveau d’énergies renouvelables ne marquerait pas la mort de la filière nucléaire. Emmanuel Macron lui a esquissé de nouvelles perspectives d’avenir. Il y a bien sûr le nucléaire militaire. Le 8 décembre, il a annoncé que le futur porte-avions français, qui doit remplacer le Charles-de-Gaulle en 2038 et naviguer jusqu’en 2080, serait, comme son prédécesseur et les sous-marins conventionnels et d’attaque, à propulsion nucléaire. Et que «l’usine du Creusot [en] produira plusieurs pièces majeures». Framatome n’est pas le seul fournisseur dual de la filière nucléaire. «Opposer nucléaire civil et nucléaire militaire en termes de production et en termes de recherche n’a pas de sens pour un pays comme le nôtre, a souligné le président de la République. La filière vit de ses complémentarités.»

50 millions d’euros pour un SMR français

L’avenir de la filière passera aussi, peut-être, par les petits réacteurs nucléaires modulaires (ou SMR). Ils pourraient remplacer des centrales électriques à énergies fossiles, mais également produire chaleur et électricité au plus près des besoins de chauffage urbain, de production d’eau douce ou d’hydrogène vert, à l’export comme en France. Sur les 470 millions d’euros du plan de relance fléchés vers la filière nucléaire, une enveloppe de 50 millions d’euros est prévue pour financer sur deux ans un avant-projet sommaire du SMR français baptisé Nuward [lire l’encadré page 8]. Cet investissement «engage la France dans la compétition mondiale sur les SMR. Il nous faut rapidement rattraper le retard, considérer toutes les options de partenariats envisageables et nous positionner sur ce segment », a reconnu Emmanuel Macron. Même sans EPR, la filière nucléaire aurait donc un avenir.

Par Aurélie Barbaux , publié le 21/12/2020 à 10h00

Photo en titre : Le 8 décembre dans l’usine du Creusot de Framatome, Emmanuel Macron a détaillé ses attentes à la filière nucléaire.

https://www.usinenouvelle.com/article/le-nucleaire-a-un-avenir-en-france-meme-sans-nouveaux-epr.N1039879

NDLR : J’ai publié cet article qui ne semble pas particulièrement critique vis-à-vis du nucléaire, pour que, lorsque les décisions d’appliquer ce programme seront officielles, on ne puisse pas dire « on ne savait pas ! »