CONTRADICTION CANADIENNE SUR LE DÉSARMEMENT NUCLÉAIRE

Le 24 octobre dernier, Le Devoir rapportait que le Traité sur l’interdiction des armes nucléaires (TIAN) venait d’être ratifié par un 50ème pays, le Honduras, et qu’il allait donc pouvoir entrer en vigueur le 22 janvier 2021. Il avait été approuvé par l’Assemblée générale des Nations unies en juillet 2017 avec le soutien de 122 pays, cependant sans les États qui détiennent l’arme nucléaire.

Le TIAN prohibe l’utilisation, le développement, la production, les essais, le stationnement, le stockage et la menace d’utilisation de telles armes. Il lie juridiquement les pays qui s’y joignent.

Aucune mention n’est faite du Canada dans l’article mentionné plus haut. Et pour cause. Notre pays ne faisait pas partie des signataires. À l’instar des autres membres de l’OTAN. Au début des négociations, notre gouvernement avait qualifié ce projet d’«inutile ». Puis de « prématuré » lors de son adoption aux Nations unies.

Pourtant, une lettre ouverte diffusée en guise d’appui au TIAN comptait parmi ses signataires canadiens l’ancien premier ministre Jean Chrétien et l’ex-ministre Lloyd Axworthy en compagnie d’un important groupe d’anciens hauts responsables politiques internationaux, dont les pays sont aussi membres de l’OTAN.

Officiellement, le Canada se prétend un acteur pleinement engagé sur la scène du désarmement, conventionnel ou nucléaire. Rappelons-nous que c’est le gouvernement canadien qui avait pris l’initiative exceptionnelle et joué un rôle de premier plan pour conclure le Traité sur les mines antipersonnel en 1997.

L’absence du Canada sur la liste des États signataires du TIAN s’explique sans doute par le rejet de celui-ci par l’OTAN, y compris bien entendu le gouvernement Trump. La position canadienne contredit notre aspiration de leader dans le domaine du désarmement.

Depuis octobre, il semble cependant que l’approche d’Ottawa évolue, lentement. Ainsi, selon Affaires mondiales Canada, le gouvernement appuie pleinement le désarmement nucléaire mondial et comprend la grande frustration à l’égard de la lenteur des efforts internationaux dans ce dossier, motivation derrière la négociation du TIAN.

Dans ce même élan, on ajoute cependant que c’est le Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP) qui reste le socle de la politique canadienne.

En fait, le Traité sur l’interdiction des armes nucléaires ne vise pas à remplacer le TNP, mais plutôt à stigmatiser ce type d’armement, qui se trouve à l’écart du droit humanitaire international. Les instigateurs du TIAN espèrent qu’il incitera à de véritables négociations internationales, y compris avec les États ayant l’arme nucléaire, pour en arriver à leur élimination complète, comme demandé par le TNP.

On ne peut s’attendre à ce que le Canada fasse bande à part et rompe avec la position de l’OTAN. Ce serait trop demandé et contre-productif. Mais Ottawa devrait profiter de l’arrivée du nouveau gouvernement à Washington pour faire évoluer la réflexion de l’organisation afin d’éliminer une fois pour toutes ce terrible danger pour la survie de l’humanité.

Le président Obama avait fait du désarmement nucléaire une de ses ambitions. Son successeur démocrate voudra peut-être faire de même. Le Canada devrait l’y encourager, notamment à l’OTAN.

Ce processus de désarmement, si jamais il se concrétise, ne se fera pas du jour au lendemain. Il sera complexe, difficile et il faudra que la Chine, la Russie, Israël, l’Inde et le Pakistan, en plus des Occidentaux, acceptent d’y participer, sans oublier la Corée du Nord. L’arrivée du nouveau traité envoie un signal fort de la part d’une majorité de pays des Nations unies pour que ce dossier progresse enfin.

Tandis que le monde en a plein les bras avec les défis pandémiques et les changements climatiques, ne serait-ce pas une bonne chose que l’épée de Damoclès de la destruction totale de la planète par l’arme atomique soit éliminée une fois pour toutes ?

Se poser la question, c’est y répondre.

Par François LaRochelle (Ancien diplomate canadien), publié le 6 janvier 2021

https://www.ledevoir.com/opinion/idees/592737/contradiction-canadienne-sur-le-desarmement-nucleaire