NUCLÉAIRE : EDF ANNONCE UN RETARD ET UN SURCOÛT SUR SON EPR ANGLAIS D’HINKLEY POINT C

À cause de la pandémie de Covid-19, l’EPR anglais prend six mois de retard et coûtera un peu plus de 560 millions d’euros supplémentaires, soit entre 25 et 26 milliards.

La malédiction de l’EPR semble avoir encore frappé. EDF a annoncé, mercredi 27 janvier, que le chantier anglais de sa centrale nucléaire, Hinkley Point C (HPC), allait connaître six mois de retard – la livraison de la première tranche est désormais prévue pour 2026 –, et coûter 500 millions de livres supplémentaires (563 millions d’euros), pour un total de 22 à 23 milliards de livres (entre 25 et 26 milliards d’euros). Dans un message envoyé aux employés, Stuart Crooks, le directeur de HPC, insiste : il s’agit là des conséquences de la pandémie de Covid-19, pas d’un problème avec les travaux. « C’est une crise sanitaire, pas une question de construction. »

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L’annonce du confinement, en mars 2020 en Angleterre, a forcé EDF à réduire de moitié le nombre de ses employés sur place. HPC étant construit dans la campagne du Somerset (sud-ouest de l’Angleterre), à côté de deux autres centrales, les regroupements de personnel sont difficiles à éviter. Le problème ne se situe pas tant sur le chantier en lui-même, qui est en extérieur, que dans les parties communes. Certains ouvriers vivent dans des préfabriqués situés à proximité. Les autres sont amenés en bus jusqu’au chantier. Les portillons de sécurité installés à l’entrée, ou encore la cantine, provoquent nécessairement des rassemblements. Quelques ouvriers avaient d’ailleurs contesté, en mars 2020, la poursuite des travaux.

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EDF a dû se réorganiser, espaçant les places dans les bus et les vestiaires, multipliant les tests et systématisant les prises de température. Mais surtout, l’électricien français a été contraint de limiter le personnel pendant les premiers mois de la crise sanitaire. HPC est désormais repassé de 2 000 à 5 000 employés, mais l’objectif d’augmenter la cadence pendant la deuxième partie de 2020 n’a pu être réalisé. M. Crooks estime le retard à trois mois pour 2020, et à trois mois pour 2021, en espérant qu’un retour à la normale soit possible après Pâques.

Longue liste de déconvenues

Une telle annonce pour cause de pandémie passerait sans doute inaperçue sur la plupart des chantiers, mais dans le cas de l’EPR, la nouvelle s’ajoute à une très longue liste de déconvenues. Le chantier mené en Finlande, qui devait être connecté au réseau en 2005, est désormais prévu pour 2022. Celui de Flamanville (Manche), prévu à l’origine pour 2012, est repoussé à 2023. Quant à HPC, la saga de son lancement a duré près d’une décennie.

Les difficultés pour boucler son financement ont provoqué une crise interne chez EDF, avec la démission du directeur financier de l’époque, et il a fallu faire entrer l’entreprise chinoise CGN à hauteur d’un tiers pour y parvenir. Le chantier a finalement débuté en 2016, mais un premier surcoût de deux à trois milliards d’euros a été annoncé en septembre 2019, ainsi qu’un « risque de retard » de quinze mois pour le premier des deux réacteurs. La seule bonne nouvelle pour la technologie EPR vient du chantier de Taishan, en Chine, où les deux unités sont désormais reliées au réseau électrique et en fonctionnement.

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L’annonce du nouveau retard d’EDF à HPC tombe au plus mal. L’électricien français est en train de négocier avec le gouvernement britannique la possible construction d’une deuxième centrale, à Sizewell, dans l’est de l’Angleterre. Pour convaincre l’État britannique de le soutenir, il promet qu’il saura réduire les coûts par rapport au chantier actuel. Londres, qui semble tenté, a ouvert en décembre 2020 des tractations officielles avec EDF sur ce dossier. Mais, même si la crise sanitaire relève de circonstances exceptionnelles, les faits sont têtus : l’annonce de ce mercredi représente encore une fois un retard et un surcoût pour un chantier d’EPR.

Par Éric Albert (Londres, correspondance), publié le 27 janvier 2021 à 10h46, mis à jour à 11h10

Photo en titre : Image de synthèse, publiée en juillet 2016 par EDF Energy, des deux réacteurs nucléaires proposés par l’électricien français pour la centrale d’Hinkley Point C (HPC), dans le sud-ouest de l’Angleterre. HO / AFP

https://www.lemonde.fr/economie/article/2021/01/27/nucleaire-edf-annonce-un-retard-et-un-surcout-sur-son-epr-anglais-d-hinkley-point-c_6067766_3234.html

NDLR: aux prochaines élections, si vous étiez tentés de votez LREM (ou Le Pen , pro nucléaire civil et militaire), vous ne pourrez pas dire que vous ne saviez pas .