BARBARA POMPILI : « NUCLÉAIRE OU RENOUVELABLES, NOUS DEVONS AVOIR PLUSIEURS OPTIONS »

La ministre de la transition écologique salue la publication, mercredi 27 janvier, d’un premier rapport technique sur l’hypothèse d’une France sans nucléaire.

Le rapport publié mercredi 27 janvier par le gestionnaire du réseau de transport d’électricité RTE et l’Agence internationale de l’énergie (AIE) a de quoi ravir la ministre de la transition écologique, Barbara Pompili. C’est sa prédécesseure à ce poste, Élisabeth Borne, qui avait commandé cette étude à l’automne 2019. À l’époque, Le Monde avait révélé que le gouvernement avait demandé à EDF une feuille de route pour la construction de six réacteurs nucléaires de type EPR.

Face aux critiques, Mme Borne avait pris l’engagement de demander à RTE de travailler à un scénario 100 % énergies renouvelables. « On est dans un moment copernicien », veut croire Mme Pompili, qui a reçu Le Monde, lundi 25 janvier, en compagnie du président du directoire de RTE, Xavier Piechaczyk. « Jamais l’option du 100 % renouvelables n’avait été à ce point approfondie : la plus haute autorité mondiale de l’énergie dit que c’est techniquement possible », s’enthousiasme la ministre chargée de l’énergie.

« Jusqu’ici, on avait toutes les difficultés à aborder cette question, car il nous était rétorqué que nous étions de doux rêveurs », rappelle l’ancienne militante Europe écologie-Les Verts (EELV). La ministre assure qu’elle veut pouvoir mener ce débat « sur des bases scientifiques », y compris dans la perspective de la prochaine élection présidentielle.

« Les éléments pour décider »

Ce rapport n’est que la première brique d’une autre série de documents qui vont être remis au gouvernement. Au printemps, EDF doit remettre une étude approfondie sur le coût de construction de six EPR dans les quinze prochaines années. À la rentrée, RTE rendra publics huit scénarios allant d’une option avec beaucoup de nucléaire à une autre avec quasiment uniquement des énergies renouvelables en 2050.

Ces documents devront détailler les coûts, les enjeux environnementaux et les questions d’acceptabilité sociale des différentes options. « Les pouvoirs publics auront alors les éléments en mains pour décider », explique prudemment M. Piechaczyk, en rappelant que l’aspect technique n’est qu’un des paramètres à prendre en compte. Le président de la République sera, in fine, appelé à se prononcer. (NDLR : si c’est « Jupiter » qui tranche, où est la démocratie ?)

Emmanuel Macron n’a jamais fait mystère de sa préférence pour le nucléaire, et il a profité de la fin d’année 2020 pour envoyer plusieurs signaux positifs à la filière. « Notre avenir énergétique et écologique passe par le nucléaire », a-t-il affirmé début décembre lors d’un déplacement à la forge du Creusot. « Je n’ai jamais été un partisan du tout-nucléaire, mais l’atome doit être un pilier dans les années à venir », avait ajouté sans détour M. Macron, en présence de Barbara Pompili et des dirigeants des grandes entreprises du secteur.

« Aucune décision ne sera prise avant la fin du quinquennat », tempère Mme Pompili, qui refuse de se positionner sur le sujet dès maintenant. « Nous devons avoir plusieurs options : si on se concentre sur une seule solution, on sera fort dépourvus en cas de problème. Il ne faut pas s’enfermer dans un corner », répète la ministre. Opposante de longue date au nucléaire, elle reconnaît ne pas partager les opinions du président sur le sujet. « Grâce à ce rapport, on entre dans un débat rationnel et documenté. On ne pourra pas nous accuser d’être dans un débat idéologique », espère-t-elle.

Par Nabil Wakim et Perrine Mouterde, publié le 27 janvier à 11h30

Photo en titre : Barbara Pompili, ministre de la transition écologique, à Paris, le 25 janvier 2021. ED ALCOCK / MYOP, POUR « LE MONDE »

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