NEW START : LE TRAITÉ DE DÉSARMEMENT NUCLÉAIRE ENTRE WASHINGTON ET MOSCOU, EN QUATRE QUESTIONS

Le nouveau président américain Joe Biden s’est entretenu mardi avec son homologue russe Vladimir Poutine. Au menu des discussions notamment : l’avenir du traité New Start. Cet accord arrivait à échéance le 5 février. Mercredi, Moscou s’est empressé d’acter sa prolongation. L’occasion pour CQFD de décrypter les enjeux derrière cette signature.

Les États-Unis et la Russie ont d’ores et déjà prévenu qu’ils se montreraient fermes sur leurs intérêts nationaux. (Reuters)

Première avancée diplomatique depuis des années entre les États-Unis et la Russie. Le parlement russe a ratifié, mercredi, à l’unanimité la prolongation pour cinq ans du traité de désarmement nucléaire New Start. Le texte, dernier accord bilatéral du genre liant les deux principales puissances nucléaires mondiales, arrive à échéance le 5 février.

Ce vote intervient au lendemain de la première conversation téléphonique entre le président russe, Vladimir Poutine et son nouvel homologue américain, Joe Biden, pendant laquelle les deux dirigeants se sont mis d’accord sur le principe d’une prolongation du traité.

Que prévoit le traité ? Pourquoi est-il important pour les États-Unis et la Russie ? Les explications de CQFD.

1) Qu’est-ce que le traité New Start ?

Le traité New Start est un accord, entre la Russie et les États-Unis, portant sur le désarmement nucléaire. Il a été signé à Prague, en République tchèque, en 2010, par les présidents de l’époque : Barack Obama du côté des États-Unis, et Dimitri Medvedev pour la Russie. New Start a pris officiellement la suite du traité de désarmement russo-américain Start I (Strategic Arms Reduction Treaty), signé en 1991 par George Bush et Mikhail Gorbatchev, qui expirait en décembre 2009.

Les États-Unis et la Russie essayent de relancer leurs négociations nucléaires

Dans le détail, l’accord New Start limite les arsenaux des deux puissances nucléaires à un maximum de 1.550 ogives déployées chacun, soit une réduction de près de 30 % par rapport à la limite précédente fixée en 2002. Il limite aussi le nombre de lanceurs et bombardiers lourds à 800. Un chiffre qui reste suffisant pour détruire la Terre plusieurs fois. Enfin, le traité implique également une série d’inspections mutuelles de sites militaires, une manière pour les deux pays de se surveiller de près.

En 2010, le traité est alors l’une des composantes clés de la politique américaine du « reset », une tentative de remettre à zéro les relations avec le Kremlin. Plusieurs mois d’intenses négociations ont été nécessaires pour parvenir à sa signature. Les États-Unis ont notamment renoncé à un projet controversé de bouclier antimissile que l’administration Bush comptait installer en Pologne et en République tchèque. 

Selon les termes de l’accord, la durée d’application du traité est de 10 ans, ce qui portait son expiration à février 2021. Il était renouvelable pour une période maximum de cinq ans, soit la durée sur laquelle se sont entendus les États-Unis et la Russie.

2) Pourquoi c’est important ?

Ce traité est d’abord primordial d’un point stratégique. La Russie et les États-Unis détiennent, à eux deux, plus de 90 % des armes nucléaires dans le monde, selon un rapport de l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (Sipri). Les mécanismes de vérifications mutuelles et les notes d’intention, que peuvent s’envoyer les deux pays favorisent la discussion et permettent de réduire les risques de guerre nucléaire.

Navalny, désarmement et Ukraine au menu d’un entretien entre Biden et Poutine

Mais le traité New Start est aussi primordial sur le plan diplomatique. Au cours de la présidence Trump, les négociations se sont déroulées dans un climat de défiance maximum. Le président républicain souhaitait notamment voir la Chine, autre puissance nucléaire majeure, être incluse dans le traité. Le président russe Vladimir Poutine avait proposé une extension d’un an sans aucune condition préalable afin d’offrir aux deux pays la possibilité de mener des « négociations substantielles », mais les négociations n’avaient pas abouti.

Les relations entre Moscou et Washington sont au plus bas depuis la fin de la Guerre froide, entre désaccords persistants sur un nombre croissant de dossiers internationaux, accusations d’ingérence électorale, d’espionnage et plus récemment de vague massive de cyberattaques. Une situation à laquelle Joe Biden tente de remédier depuis le début de son mandat.

La ratification du traité mercredi par les deux chambres du parlement russe marque un premier signe de réchauffement. Les présidents américain et russe ont « convenu de faire travailler leurs équipes de manière urgente pour une extension d’ici le 5 février ». Les deux puissances ont néanmoins d’ores et déjà prévenu qu’elles se montreraient fermes sur leurs intérêts nationaux.

3) Comment cette prolongation est accueillie ?

Côté américain, l’enjeu était grand. Seulement quelques heures après les discussions entre Vladimir Poutine et Joe Biden, plusieurs responsables américains se sont réjouis de la prolongation à venir. « Le nouveau traité Start est essentiel pour la sécurité américaine et russe, c’est le seul traité qui réglemente les deux plus grands arsenaux nucléaires du monde », rappelle auprès de CNN, Daryl Kimball, le directeur de l’Association pour le contrôle des armements.

« Nous ne pouvons pas nous permettre de perdre les outils d’inspection et de notification intrusifs de New Start », a pour sa part estimé mardi John Kirby, le porte-parole du Pentagone. « Le traité New Start est le seul contraignant les forces nucléaires russes et constitue un ancrage de stabilité stratégique entre nos deux pays », a abondé Jen Paski, la porte-parole de la Maison-Blanche.

Côté russe, Vladimir Poutine a estimé mercredi que cet accord constituait « un pas dans la bonne direction ». Il s’est néanmoins montré prudent, estimant que la sécurité globale restait menacée du fait des tensions internationales croissantes. À travers le monde, la prolongation du traité a été saluée. Cette prolongation est une « nouvelle importante avec laquelle le nouveau gouvernement américain envoie un premier signal », a estimé Heiko Maas, le chef de la diplomatie allemande, dans un communiqué.

4) Quelles pourraient être les prochaines étapes ?

Sous l’administration Trump, Washington a quitté trois autres importants accords : celui sur le nucléaire iranien, le traité INF sur les missiles terrestres de moyenne portée et le traité Ciel ouvert de vérification des mouvements militaires et de limitation des armements. La Russie a en conséquence, elle aussi, quitté ce dernier accord.

Joe Biden pourrait choisir de se démarquer de son prédécesseur républicain. Plusieurs dirigeants à travers le monde espèrent le retour des États-Unis dans ces traités. L’annonce du retrait de Washington du traité Ciel Ouvert avait provoqué une véritable onde de choc. La France, l’Allemagne, la Belgique ou encore l’Espagne avaient publiquement regretté cette décision. Mercredi, Heiko Maas, le chef de la diplomatie allemande a réitéré son message. Il invite les États-Unis à réintégrer « d’urgence » les traités INF sur les missiles terrestres et Ciel ouvert de vérification des mouvements militaires.

Par Tifenn Clinkemaillié, publié le 28 janv. 2021 à 11h10

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