FRANCE-ALGÉRIE : FAIRE LA LUMIÈRE SUR LE PASSÉ : COLONISATIONS : MÉMOIRES SENSIBLES (4 ÉPISODES), ÉPISODE 1 :

Fin janvier 2021, Benjamin Stora remettait à Emmanuel Macron un rapport sur “les questions mémorielles portant sur la colonisation et la guerre d’Algérie« . Comment le rapport a-t-il été reçu, en Algérie ? Macron incarnerait-il une rupture dans la gestion mémorielle de la colonisation française ?

Mercredi 20 janvier, l’historien Benjamin Stora remettait à Emmanuel Macron son rapport sur “les questions mémorielles portant sur la colonisation et la guerre d’Algérie”, dont le Président l’avait chargé en juillet 2020. Le but : proposer des mesures, des actes, traduisant la volonté d’Emmanuel Macron de : “[s]’inscrire dans une volonté nouvelle de réconciliation des peuples français et algériens” à l’approche des commémorations des 60 ans de la fin de la guerre l’année prochaine, en 2022.

Le rapport de Benjamin Stora se compose donc d’une vingtaine de propositions, incluant notamment la constitution en France d’une commission “Mémoire et vérité”, la restitution de l’épée de l’émir Abdelkader, héros de la résistance à la colonisation française, la reconnaissance de l’assassinat de l’avocat Ali Boumendjel, ou encore la facilitation de l’accès aux archives dans les deux pays. 

En recevant le rapport, l’Élysée a tout de suite annoncé que la France ne présenterait pas ses “excuses” pour son entreprise coloniale, menée du 19ème siècle jusqu’à la fin de la guerre d’indépendance, en 1962. Des excuses que le gouvernement algérien n’a jamais officiellement demandées : une situation qui laisse penser que le travail mémoriel engagé concerne plus, finalement, la France et son propre passé.

Du côté algérien, si un historien, Abdelmadjid Chikhi, semblait avoir été nommé à l’été pour travailler en parallèle de Benjamin Stora, aucun rapport n’a été rendu et les rapports entre les deux historiens ont été très minces. La mainmise du politique sur la mémoire de la guerre d’indépendance semble bloquer tout travail historique : depuis 1962, le seul récit national du FLN est exalté, assurant la légitimité du parti.

Dans ce contexte, comment le rapport a-t-il été reçu, à Alger ? Emmanuel Macron incarne-t-il une rupture dans la gestion mémorielle entre les deux pays ? 

Une discussion en compagnie de Malika Rahal, historienne, chargée de recherche à l’Institut d’histoire du temps présent, spécialiste de l’histoire algérienne depuis l’indépendance et du Maghreb contemporain, et de Karima Dirèche, historienne et directrice de l’Institut de Recherche sur le Maghreb Contemporain.

Seconde partie – le focus du jour 

Essais nucléaires dans le Sahara : sans estimation des dégâts, pas de compensation possible

Alors que le Traité d’interdiction des armes nucléaires est entré en vigueur le 22 janvier 2021, étant parvenu à réunir 50 signatures, dont celle de l’Algérie, la question des conséquences des essais nucléaires se fait ressentir dans les relations entre la France et l’Algérie. 

En août 2020, l’ICAN publiait un rapport qui montrait l’intention délibérée de l’État français de laisser sur place, en les enfouissant, les restes de ses essais nucléaires, réalisés jusqu’en 1966 dans le désert du Sahara. Un rapport qui permet aussi, alors que tous ces documents sont encore classés secret défense, de commencer à estimer le matériel déployé, et donc les dégâts qui ont potentiellement touché les habitants et l’environnement du Sahara algérien.

Avec Jean-Marie Collin, expert et porte-parole d’ICAN France (Campagne internationale pour l’abolition des armes nucléaires).

Un panneau, portant la mention « danger » en arabe, est visible à l’entrée d’un ancien site d’essai de bombes nucléaires françaises, à Tamanrasset, à quelque 2000 km au sud d’Alger, en Algérie, le 25 février 2010. Crédits : OHAMED MESSARA/EPAAFP

Photo en titre : Le président français Emmanuel Macron pose avec l’historien français Benjamin Stora, dans le cadre de la remise d’un rapport sur la colonisation et la guerre d’Algérie au Palais de l’Élysée, à Paris, le 20 janvier 2021. Crédits : CHRISTIAN HARTMANN / POOL AFP

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