JAPON ET CONTAMINATION RADIOACTIVE DE LA POUSSIÈRE D’ASPIRATEUR – UNE ÉTUDE DU LABORATOIRE CITOYEN CHIKURIN

En attendant la mise en place du laboratoire citoyen d’analyse de la radioactivité, l’ACRO a, lors des deux premières années de la catastrophe nucléaire, effectué de nombreuses mesures dans des échantillons envoyés du Japon. Tous les résultats sont en ligne. Parmi les échantillons très variés analysés, il y a eu, notamment, des poussières d’aspirateur.

À l’occasion du dixième anniversaire de la catastrophe de Fukushima, le laboratoire citoyen Chikurin a effectué une nouvelle campagne d’analyse de la contamination radioactive des poussières d’aspirateur dans 153 maisons. Tous les résultats sont en ligne en japonais.

Cette étude est en complément d’autres projets de surveillance citoyenne de la radioactivité auxquels Chikurin est aussi associé :

– la cartographie de la contamination des sols par le réseau Minna no data

– le relevé des débits de dose ambiants par le Fukuichi Environmental Radiation Monitoring Project.

Ce projet a pour but d’évaluer la contamination intérieure en mesurant la concentration en césium dans la poussière des aspirateurs domestiques, 10 ans après l’accident nucléaire. L’exposition des habitants par inhalation de ces poussières vient s’ajouter aux autres expositions à la radioactivité.

Les résultats sont disponibles dans ce tableau en japonais où les sites sont classés du plus contaminé au moins contaminé. Ils peuvent aussi être visualisés sur cette carte qui indique la zone proche de la maison, de sorte que les personnes ne puissent pas être identifiées :

Les maisons numérotées 1, 3 et 7 dans le tableau sont situées dans la zone dite de retour difficile et personne n’y habite depuis 2011. Les résultats sont donnés à titre indicatif. La contamination la plus élevée, dans la maison 1, est de 45 000 Bq/kg.

Dans 5 maisons habitées, situées dans les quartiers Haramachi de Minamisôma et Komiya d’Iitaté-mura, la contamination dépasse 8 000 Bq/kg, qui est le seuil fixé après la catastrophe à partir duquel un déchet doit être géré comme un déchet radioactif. Le niveau le plus élevé, dans la maison n°2 située à Minami-Sôma, est de 29 000 Bq/kg.

Le seuil de libération fixé à 100 Bq/kg pour des matériaux issus du démantèlement des installations nucléaires est dépassé pour des poussières prélevées dans des maisons situées dans les provinces de Fukushima, Ibaraki, Niigata, Chiba, Miyagi, Iwaté et Tôkyô.

Les maisons 29 et 30, situées respectivement dans les provinces d’Ibaraki et de Niigata, ont une contamination de l’ordre de 1 100 Bq/kg, qui est élevée par rapport aux autres maisons environnantes. Mais dans les deux cas, les habitants sont originaires de Minami-Sôma et ont probablement emporté des poussières radioactives lors de leur déménagement.

Ces poussières domestiques peuvent être inhalées par les habitants et rester bloquées dans les alvéoles pulmonaires. En effet, seule une faible partie du césium est soluble. Comme décrit dans ce document en japonais, des linges en lin ont été déposés en haut de placards ou armoires dans des maisons pour collecter de la poussière. Ils ont ensuite été rincés, et l’eau de rinçage filtrée, avant d’être analysée pour déterminer la part soluble du césium dans les poussières. Il en ressort qu’environ 75 % ou plus du césium de la poussière à l’intérieur n’est pas soluble dans l’eau. Cela signifie qu’il y a une forte possibilité que du césium non soluble reste dans les alvéoles pulmonaires pendant une longue période lorsque de petites particules de poussière domestique sont inhalées.

Chikurin demande que cette voie d’exposition soit prise en compte et conteste la façon dont les doses sont évaluées pour permettre le retour dans les zones évacuées.

Publié le 14 février 2021

https://fukushima.eu.org/category/non-classe/