EUROPÉENS ET AMÉRICAINS DISCUTENT DU SAUVETAGE DE L’ACCORD NUCLÉAIRE IRANIEN

Le gouvernement iranien prévoit de restreindre l’accès des inspecteurs de l’AIEA à ses installations si Washington ne lève pas ses sanctions imposées depuis 2018.

Le président iranien Hassan Rohani a critiqué mercredi «les performances européennes» pour faire respecter les engagements prévus par l’accord de 2015 depuis le retrait américain du texte. – / AFP

Les chefs de la diplomatie française, britannique et allemande discutent jeudi 18 février avec les États-Unis du sauvetage de l’accord encadrant le programme nucléaire de Téhéran, qui pourrait d’ici quelques jours limiter l’accès des inspecteurs internationaux à certaines de ses installations. Le Français Jean-Yves Le Drian reçoit à Paris l’Allemand Heiko Maas et le Britannique Dominic Raab, rejoints en visioconférence par le secrétaire d’État américain Antony Blinken pour une réunion «principalement consacrée à l’Iran et à la sécurité régionale au Moyen-Orient», selon le ministère français des Affaires étrangères.

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La dirigeante allemande Angela Merkel a exprimé mercredi son «inquiétude» à propos des multiples entorses de Téhéran à l’accord international sur le nucléaire, lors d’un entretien téléphonique avec le président Hassan Rohani. Ce dernier a en retour «critiqué les performances européennes» pour faire respecter les engagements prévus par l’accord de 2015 depuis le retrait américain du texte. Et mercredi, le président américain Joe Biden et le premier ministre israélien Benyamin Netanyahou ont évoqué l’Iran lors de leur premier échange téléphonique. Les deux dirigeants ont souligné «l’importance de la poursuite d’une étroite consultation sur les questions de sécurité régionale, en particulier l’Iran», a indiqué la Maison-Blanche.

Cette intensification des échanges diplomatiques intervient quelques jours avant une échéance qui alimente les inquiétudes: conformément à une nouvelle loi adoptée en décembre, le gouvernement iranien prévoit de restreindre l’accès des inspecteurs de l’AIEA à des installations non nucléaires, y compris des sites militaires suspectés d’avoir une activité nucléaire, sous certaines conditions, si les États-Unis ne lèvent pas leurs sanctions imposées depuis 2018. Il s’agirait d’un nouveau manquement à l’accord nucléaire de 2015. Depuis le retrait des États-Unis de ce texte décidé par l’ancien président américain Donald Trump, l’Iran a cessé de respecter la plupart de ses engagements clés.

« Il existe encore une toute petite fenêtre d’opportunité pour limiter les dommages qui découleraient des prochaines actions iraniennes. » (Ellie Geranmayeh, du Conseil européen des relations internationales (CEFR))

Le directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), Rafael Grossi, est attendu samedi à Téhéran pour «trouver une solution mutuellement acceptable», selon l’organisation basée à Vienne, qui s’inquiète du «sérieux impact» des limitations prévues par l’Iran. Le président iranien s’est dit prêt à le recevoir. «S’il veut négocier, il peut négocier», a-t-il affirmé mercredi, en assurant qu’il «ne s’agit pas de laisser notre activité nucléaire sans inspection».

Depuis le retrait de Washington de l’accord et la réimposition de sanctions draconiennes qui étouffent son économie, l’Iran s’est affranchi progressivement de nombre de limites qu’il avait accepté d’imposer à son programme nucléaire. L’arrivée le 20 janvier de Joe Biden à la Maison-Blanche a laissé espérer une reprise du dialogue, après la politique de «pression maximale» exercée par son prédécesseur. Mais la nouvelle administration américaine exige que Téhéran se conforme en premier lieu aux termes de l’accord censé empêcher l’Iran de se doter de l’arme atomique. Téhéran doit garantir «une coopération entière et rapide» à l’AIEA, a insisté mercredi le porte-parole de la diplomatie américaine, Ned Price. «L’Iran devrait faire marche arrière et ne pas prendre d’autres mesures qui auraient un impact sur les garanties de l’AIEA sur lesquelles comptent non seulement les États-Unis, non seulement nos alliés et partenaires dans la région mais le monde entier», a-t-il ajouté.

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La République islamique, en retour, réclame d’abord la levée des sanctions et rejette les appels à élargir les termes de l’accord. Vendredi, la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni ont averti Téhéran qu’il «compromettait» tout retour à des négociations pour sauver l’accord de 2015 avec ses violations répétées de ce texte, dernièrement encore sur la production d’uranium métal pouvant être utilisé dans la fabrication d’armes nucléaires.

«Il existe encore une toute petite fenêtre d’opportunité pour limiter les dommages qui découleraient des prochaines actions iraniennes», selon Ellie Geranmayeh, du Conseil européen des relations internationales (CEFR). «Ce qu’il faut désormais, ce sont des gestes américains concrets qui montrent véritablement à l’Iran que les États-Unis prennent leurs distances avec la politique de pression maximale du mandat Trump», juge l’experte, en estimant que «les Européens devraient presser l’administration Biden d’annoncer clairement sa détermination à réintégrer l’accord» de Vienne. Enfin, suggère-t-elle, «États-Unis et Europe devraient travailler ensemble pour fournir un peu de répit économique à l’Iran sur le court terme» en vue de reprendre le chemin du respect des termes de l’accord nucléaire de 2015, alors que le pays, asphyxié par les sanctions américaines, souffre aussi des conséquences économiques de la pandémie de Covid-19.

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Par Le Figaro avec AFP, publié le 18 février 2021

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