LE REDÉMARRAGE DE LA CENTRALE NUCLÉAIRE BRITANNIQUE DE DUNGENESS, À 50 KM DE BOULOGNE-SUR-MER, DOIT-IL NOUS INQUIÉTER ?

Suite à de nombreux dysfonctionnement, la centrale nucléaire de Dungeness, en Grande-Bretagne, avait stoppé sa production depuis 2018. Après deux ans de travaux, le site s’apprête à reprendre du service. Ce qui n’est pas sans inquiéter certains observateurs des deux côtés de la Manche.

À Boulogne-sur-Mer, dans le Pas-de-Calais, ils sont peu nombreux à connaître l’existence de cette centrale vieillissante. Il faut dire que Dungeness est difficilement visible depuis la ville, à moins de monter en hauteur un jour de beau temps, équipé de jumelles ou du téléobjectif d’un appareil-photo. Pourtant, en cas d’accident nucléaire, les Boulonnais pourraient bien se retrouver en première ligne. La faute « aux vents marins dominants, des vents d’ouest » comme nous l’explique Denis Buhagiar, élu Europe Écologie Les Verts (EELV). « On nous dit que le nucléaire est une technologie hyper sûre et sécurisée. Donc ce n’est pas surprenant et illogique que l’opinion publique soit peu sensible à cette question”.

La probabilité d’un accident nucléaire à Dungeness est peut-être minime, mais “les conséquences peuvent être importantes, parmi elles, la contamination du Sud de l’Angleterre et du Nord de la France”, détaille Pete Roche, directeur du Conseil en énergie et environnement d’Édimbourg et responsable du site d’information anti-nucléaire No2NuclearPower.

Mais Dungeness abrite-t-elle vraiment une centrale à risque ?

Les rapports d’incidents de ces quinze dernières années n’inspirent guère confiance. Prévue pour être exploitée jusqu’en 2008, la centrale de Dungeness a vu sa durée de vie prolongée de dix ans par EDF Energy. Mais des problèmes majeurs sont apparus très rapidement, conduisant à plusieurs mises à l’arrêt de la production : un incendie en 2009, un défaut sur le condensateur de turbine en 2013 puis sur une soupape de sûreté pour la vapeur en 2014. La présence de rouille, de corrosion et des fissures signent son arrêt en 2018, ordonné par l’Office britannique de régulation nucléaire (l’équivalent de l’Autorité de Sûreté Nucléaire en France). La centrale est vieille, il faut la réparer.

Pourtant, l’Office britannique de régulation nucléaire décide dans le même temps de renouveler son exploitation pour dix années supplémentaires ! Une décision contestée par John Large, ingénieur en chef de la centrale, pour qui Dungeness est trop vieille pour marcher. Quelques temps avant son décès l’an dernier, il s’était dit inquiet par rapport à sa sécurité de l’installation. “Il pensait qu’elle ne devait pas être remise en marche à cause des nombreux dysfonctionnements et du dépassement de l’âge limite d’exploitation, raconte le journaliste britannique Paul Brown.

Si même l’ingénieur en chef vous dit de fermer la centrale, c’est inquiétant !” (Paul Brown, journaliste)

Pour le journal britannique Guardian, Paul Brown a enquêté sur la centrale de Dungeness depuis son ouverture en 1983. Il s’y est rendu plusieurs fois et a lui-même constaté les dégradations au fil des années. « Une centrale qui est à l’arrêt pendant deux ans pour des réparations, ça n’est vraiment pas bon signe« . Selon lui, le risque de submersion des eaux est également à prendre en compte. La centrale “est construite sur des bancs de galets, et avec la montée des eaux due au changement climatique, on risque d’avoir bientôt une centrale dans la mer”, comme pour celle de Fukushima, frappée par un tsunami en 2011.

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Pas de réouverture avant que tout danger soit écarté

Bien sûr, l’office britannique de régulation nucléaire assure qu’il n’autorisera la réouverture et le fonctionnement de la centrale « que s’il est certain qu’elle ne présente aucun danger« . C’est ce que nous a expliqué l’un de ses représentants. L’Autorité de sûreté nucléaire française (ASN) précise aussi que “les autorités ont des accords bi-latéraux, avec des pays frontaliers, des accords de partage d’information.” Chaque autorité de sûreté nucléaire a des obligations de notification en cas d’incident.

Les autorités ont des accords bi-latéraux, avec des pays frontaliers, des accords de partage d’information.

Mais pourquoi prolonger la vie d’une centrale qui présente des signes de faiblesse évidents, si ce n’est pour des raisons économiques ? “Beaucoup de centrales sont trop vieilles et devraient être fermées. Mais les exploitants du nucléaire ne veulent pas se trainer un boulet qui ne fonctionne plus et qui coûtera cher« , conclut Paul Brown. Car même si le prolongement et l’entretien des infrastructures nécessitent plusieurs centaines de millions d’euros, mettre la centrale de Dungeness définitivement à l’arrêt coûterait encore plus cher. Malgré les mises en garde, le vieillissement et les dysfonctionnements, EDF Energy persiste donc à la garder ouverte. 

Par Anas Daif, publié le 19/02/2021 à 11h32, mis à jour le 19/02/2021 à 11h42

Photo en titre : © Wikimedia Commons

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