SNLE-3G : LE PRIX DES SOUS-MARINS FRANÇAIS EST « CLASSIFIÉ »

La ministre des armées Florence Parly annonce une étape essentielle du renouvellement de la dissuasion avec le lancement d’une nouvelle classe de sous-marins.

Le prix des sous-marins nucléaires lanceurs d’engins (SNLE) est « classifié », indique-t-on dans l’entourage de la ministre des armées. La question du coût d’un tel programme majeur se pose, alors que Florence Parly annonce aujourd’hui 19 février 2021 le lancement de la « phase de conception générale » de la troisième génération de SNLE français. Le contrat de « plusieurs milliards » sur une durée de cinq ans a été notifié hier. Il sera suivi par d’autres contrats, les premières tôles devant être découpées en 2023, pour une livraison « à partir de 2035 ». Le rythme de livraison sera d’un bateau tous les cinq ans, ce qui nous amène à 2050…

S’il est « trop tôt », dit-on à l’Hôtel de Brienne, pour estimer le coût d’un tel programme, étalé sur plusieurs décennies, il reste impossible de savoir combien à coûté la génération actuelle – la classe Triomphant en service. Ces chiffres relèvent du secret-défense. Seul, l’ « agrégat » des dépenses pour la dissuasion figure au budget. Il s’élève à 4,12 milliards en 2021, un chiffre en nette augmentation comme le prévoit la loi de programmation militaire, qui vise les 6 à 7 milliards en 2025. La part des crédits de la dissuasion nucléaire (12% aujourd’hui) va progressivement augmenter dans le budget des armées. Les sommes exactes destinées à la fabrication des armes sont elles aussi « classifiées » et ne figurent pas dans les documents budgétaires.

Il est difficile d’estimer le prix d’un sous-marin : le chiffre de 9 milliards pour les 6 SNA classe Suffren est régulièrement avancé, soit 1,5 milliard par unité. Les SNLE sont des bateaux plus gros et plus complexes, donc plus chers. Au coût de développement puis de fabrication, il faut ajouter celui de « possession » – c’est-à-dire sa mise en œuvre et son entretien tout au long de son existence. On estime généralement le coût annuel de possession d’un bateau à 10% de son prix d’acquisition. Sachant que la durée de vie d’un SNLE est d’une quarantaine d’années, c’est donc quatre fois l’investissement de départ.

Le coût du programme SNLE-3G n’inclut pas celui des missiles M-51, ni celui de leurs têtes nucléaires.

Le développement d’une nouvelle génération de SNLE représente 15 millions d’heures de travail, indique-t-on au ministère des armées, et la construction de chacun d’eux 20 millions.

Cette troisième génération de SNLE français ne marquera pas une rupture radicale par rapport à la classe actuelle, même si elle intègrera des innovations importantes. Elle doit rester en service jusqu’en 2090.

Comme ses prédécesseurs, les classes Redoutable et Triomphant, le SNLE-3G mettra en œuvre seize missiles stratégiques. Le choix a été fait de conserver les actuels M-51 qui bénéficieront d’ « améliorations et d’évolutions incrémentales ». Mais l’architecture du bateau ne sera donc pas modifiée pour l’essentiel. Tout comme le fait qu’il doit pouvoir être accueilli dans les infrastructures actuelles, en particulier dans la base de l’Ile Longue (Finistère). Le ministère des armées assure simplement que les SNLE-3G « un peu plus gros et un peu long » que les Triomphants (14 000 tonnes en plongée et 138 mètres). Comme pour les Suffren, ses barres de plongée seront en forme de croix de Saint-André (X).

Pour la propulsion, il n’y aura pas non plus de révolution, puisqu’elle sera basée sur les actuelles chaudières nucléaires K15.

L’essentiel de la performance d’un SNLE est lié à sa discrétion acoustique. Celle-ci devrait être améliorée par rapport à la génération actuelle, déjà jugée comme « l’une des meilleures du monde » au ministère. La ministre Florence Parly se rend aujourd’hui à DGA-Techniques hydrodynamiques (Val-de-Reuil, Eure), l’ancien Bassin d’essais des carènes, où la discrétion des sous-marins est testée, soit de manière numérique, soit par des expériences réelles dans l’eau. L’un des problèmes à résoudre est celui de la « cavitation », c’est-à-dire de la production de microbulles par l’hélice du bateau.

Le nom des SNLE-3G n’a pas encore été choisi. Depuis les années 60, la tradition veut qu’ils portent des noms exaltant la puissance : Triomphant, Vigilant, Téméraire, Terrible, Redoutable, Foudroyant, Indomptable, Tonnant, Inflexible.

L’équipage des SNLE-3G sera d’ « une centaine » de marins (112 pour les Triomphant) et dès sa conception « ils seront capables d’accueillir un équipage mixte » d’hommes et de femmes.

Le choix de construire quatre SNLE est fondé sur l’idée de garantir la « permanence à la mer d’au moins un sous-marin » susceptible à tout moment de procéder à une « frappe en second » après une première attaque visant les « intérêts vitaux » de la France.

Reste la question des conséquences de la désindustrialisation de la France, illustrée par les difficultés de l’EPR de Flamanville, ou les vaccins dans un tout autre domaine. Le programme de SNA Suffren avait pris trois ans de retard, en particulier pour des problèmes de tuyauteries. À ce sujet, « on n’est jamais tranquille, mais le risque – permanent – reste maîtrisable », reconnait-on au ministère des armées.

La maîtrise d’ouvrage du programme est confiée à la DGA (Direction générale de l’armement) et au CEA (Commissariat à l’énergie atomique) et la maîtrise d’œuvre à Naval Group et Technicatome.

Par  Jean-Dominique Merchet, publié le 19 février 2021

Photo en titre : Vue d’artiste d’un sous-marin nucléaire lanceur d’engins de 3e génération. © Sipa Press

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