EN FRANCE, ENTRE L’ÉNERGIE NUCLÉAIRE OU LES ÉNERGIES RENOUVELABLES, UN JOUR IL FAUDRA CHOISIR

Doit-on renouveler nos vieilles centrales nucléaires ? Ou tenter le 100 % énergies renouvelables, désormais possible ? Alors que le besoin de la France en électricité va croître, il faut trancher.

La France court contre le réchauffement climatique : en 2050, elle doit diminuer drastiquement ses émissions de gaz à effet de serre, sauf 80 millions de tonnes de CO2 « incompressibles », qui devront être absorbés par davantage de forêts et de prairies.

Elle est déjà en retard, avec 65 millions de tonnes de CO2 en trop en 2015-2018. Mais ses émissions ont tout de même chuté de 546 millions de tonnes de CO2 en 1990 à 445 millions en 2018. Avec 6,4 tonnes annuelles de CO2 par tête, les Français semblent de bons élèves. Du moins si on omet de compter le bilan carbone de ce qui est importé. Auquel cas, leur « empreinte » double…

Le droit chemin est décrit dans la « Stratégie nationale bas carbone » d’avril 2020. Objectif : en 2050, on doit se débarrasser des fossiles, et aussi être économe. Il faut se contenter de 1 060 térawattheures par an, toutes énergies confondues. C’est 40 % de moins qu’en 2018.

Mais dans cette diète, l’électricité, elle, progresse. Elle est si pratique : on la produit aussi bien avec des barrages que des centrales nucléaires, des panneaux solaires ou des éoliennes. Elle chauffe des logements et des hauts-fourneaux, propulse des voitures et des trains, produit de l’hydrogène, lui-même transformable en carburant de synthèse ou, de nouveau, en électricité.

La France veut donc faire progresser d’un tiers sa production d’électricité, de 470 térawattheures aujourd’hui à 630 térawattheures en 2050. Elle représentera alors plus de la moitié de notre énergie globale, contre un quart actuellement.

Évolution de la consommation d’électricité prévue par l’État, selon la stratégie nationale bas carbone. | INFOGRAPHIE OUEST-FRANCE

(NDLR: Ces prévisions sont faites pour justifier un nouveau développement de réacteurs nucléaires type EPR ou autres. D’autres prévisions ont été réalisées et montrent qu’un autre avenir énergétique est possible sans nucléaire. Pour mémoire, je rappelle qu’en 1974 les prévisions d’EDF concernant la consommation d’électricité   pour l’an 2000 étaient de 1 000 milliards de kWh, alors qu’à l’époque on en était à 170 et qu’en réalité, en 2000, nous avons consommé 470 TWh c’est à dire même pas la moitié des prévisions!) (source: https://www.lajauneetlarouge.com/un-point-de-vue-critique/ )

Un gigantesque défi

À la mutation qu’imposent les véhicules électriques et la production d’hydrogène « vert » s’ajoute un gigantesque défi : la relève du parc de centrales nucléaires qui fournit 70 % de l’électricité de l’Hexagone.

La filière tricolore est parée du statut qu’apporte aussi son versant militaire : les missiles nucléaires emportés par des sous-marins qui le sont aussi constituent l’arme absolue. Ainsi, l’atome façonne à la fois l’industrie, les armées et la politique étrangère de la France, qui, au Sahel, tient les djihadistes à distance de ses mines d’uranium du Niger.

Naguère prestigieuse, la filière traverse une passe difficile. EDF, premier exploitant nucléaire mondial, avance vers une falaise : ses cinquante-huit réacteurs ont été construits en vingt-cinq ans et vingt-sept d’entre eux, conçus pour fonctionner trente ans, doivent passer l’examen des quarante ans dans les cinq prochaines années (lire ci-contre). Puis, la quasi-totalité du parc, qui a trente-cinq ans d’âge moyen, sera mise à l’arrêt avant 2050. La loi de programmation pluriannuelle de l’énergie prévoit déjà qu’en 2035, la moitié seulement de l’électricité française sera nucléaire.

Un sujet pour la présidentielle

Et si l’on se passait totalement de nucléaire ? C’est possible, au prix d’un fort développement des panneaux solaires, des éoliennes terrestres et marines, d’une adaptation du réseau et de l’installation d’équipements stabilisant la production, a indiqué, en janvier, un rapport commandé par le gouvernement à l’Agence internationale de l’énergie et à RTE (le gestionnaire du réseau électrique français, filiale à 51 % d’EDF). Il confirme des études antérieures du Cired, de l’Ademe et de Négawatt.

À l’heure du réchauffement climatique, la conquête spatiale a-t-elle encore un sens ?

Alors, quel futur pour l’électricité française ? Huit scénarios, allant de 50 % à 100 % de « renouvelables » et de 0 % à 50 % de nucléaire, sont soumis à consultation du public par RTE. Dans tous les cas, la France doit anticiper, tout en s’attaquant au démantèlement du parc qui a fait sa fierté mais pourrait devenir son cauchemar. RTE et l’Agence internationale de l’énergie doivent publier un nouveau rapport, plus complet, à l’automne. Pile pour la campagne présidentielle.

En France, entre l’énergie nucléaire ou les énergies renouvelables, un jour il faudra choisir (NDLR : et plus on attend, et plus le 100 % renouvelable deviendra inatteignable, ce qui a été le but de tous nos gouvernants passés et actuels. Et si on en changeait ? Chiche !)

Par André THOMAS (Ouest-France), publié le 25/02/2021 à 07h01

Photo en titre : La centrale du Blayais, en Gironde, a été victime d’une submersion qui aurait pu avoir des conséquences comparables à celles de la catastrophe de Fukushima. Depuis, des travaux d’adaptations sont en cours dans l’ensemble du parc français. | EDF

https://www.ouest-france.fr/environnement/nucleaire/en-france-entre-l-energie-nucleaire-ou-les-energies-renouvelables-un-jour-il-faudra-choisir-7166988