LA CENTRALE NUCLÉAIRE DU BLAYAIS, UNE DES ANCÊTRES DU PARC FRANÇAIS, PEUT REMPILER POUR 10 ANS

L’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) a donné son feu vert à l’exploitation, pour au moins 10 ans de plus, des 32 plus vieux réacteurs en France. La centrale du Blayais, qui fête ses 40 ans cette année, en possède quatre mis en service entre 1981 et 1983. Cependant, l’opérateur EDF est enjoint à réaliser des travaux pour améliorer la sécurité des installations. Pour Greenpeace, une mise à niveau « ne permet pas d’atteindre les exigences fondamentales de sûreté ».

C’est reparti pour un tour pour le vieux parc nucléaire français. Dans un communiqué publié ce jeudi 25 février matin, l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) a statué sur les conditions de la poursuite de fonctionnement des réacteurs de 900 MW (mégawatts) d’EDF. Ces conclusions permettent de prolonger d’au moins 10 ans l’exploitation des 32 plus vieux réacteurs, qui ont démarré il y a 40 ans. Parmi eux figurent les quatre du Centre nucléaire de production d’électricité (CNPE) du Blayais mis en service entre 1981 et 1983.

Cette autorisation est prise après une procédure appelée « réexamen périodique ». Celui-ci est réalisé tous les dix ans pour évaluer les conditions de la poursuite de fonctionnement de l’installation pour les dix ans qui suivent. Le quatrième réexamen « revêt une importance particulière puisqu’il avait été retenu, lors de leur conception, une hypothèse de 40 années de fonctionnement » précise la déclaration de l’ASN

« La poursuite au-delà de cette période nécessite une actualisation des études de conception ou des remplacements de matériels. […] L’ASN prescrit la réalisation des améliorations majeures de la sûreté prévues par EDF », poursuit l’Autorité.

EDF devra ainsi réaliser une série de tests et de travaux pour améliorer la sûreté de ses réacteurs. Elle doit également, sur la demande de l’ASN, rendre ces éléments publics.

Carénage pour les 40 ans du CNPE de Blaye

La centrale nucléaire du Blayais fait l’objet, comme les autres, de prescriptions personnalisées, relatives notamment à son exposition aux aléas sismiques :

« Pour les réacteurs des centrales nucléaires du Blayais, du Bugey, de Chinon, de Cruas et du Tricastin, l’exploitant étudie les possibilités de renforcement permettant de faire face à des niveaux d’aléa sismique plus élevés […] pour tenir compte des incertitudes sur la détermination de l’aléa extrême et les éventuels effets de site particuliers. »

En janvier 2021, lors de ses vœux, le directeur de la centrale nucléaire du Blayais, Sèverin Buresi, en présence de Martin Leÿs, délégué régional d’EDF Sud-Ouest, a annoncé un « grand carénage » pour cette « année symbolique ».

« Nous allons amener nos quatre réacteurs quasiment au même niveau de sûreté qu’un réacteur qui serait construit aujourd’hui. L’objectif est d’obtenir l’autorisation de l’ASN (autorité de sûreté nucléaire) pour fonctionner a minima dix années supplémentaires en toute sûreté » avait-il déclaré, le nez creux, annonçant un chantier qui peut se poursuivre jusqu’en 2029.

Greenpeace dénonce un mépris

L’ONG Greenpeace a réagi à cette décision de l’ASN. Pour Roger Spautz, chargé de campagne Nucléaire à Greenpeace France, « ce sont bien les capacités industrielles d’EDF qui dictent le calendrier de la mise en œuvre des prescriptions et non la nécessité d’améliorer la sûreté. Comme pour les mesures de renforcement du parc nucléaire français post-Fukushima, l’ASN fait constamment le choix du report au mépris de la protection des populations et de l’environnement ».

Greenpeace rappelle que la mise à niveau exigée « ne permet pas d’atteindre les exigences fondamentales de sûreté découlant des règles actuellement en vigueur, tant en France que sur le plan international ». L’ONG, comme bien d’autres associations anti-nucléaires, réclamait la fermeture des anciennes installations à l’instar de la centrale de Fessenheim (Haut-Rhin), mise hors service l’an dernier.

Publié le 25 février 2021

Photo en titre : Le CNPE de Blaye (©EDF)

https://rue89bordeaux.com/2021/02/la-centrale-nucleaire-du-blayais-une-des-ancetres-du-parc-francais-peut-rempiler-pour-10-ans/

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