ACCIDENT NUCLÉAIRE : FAUT-IL DISTRIBUER DES PASTILLES D’IODE À TOUS LES SUISSES?

Isabelle Pasquier-Eichenberger (Verts/GE) veut faire étendre les zones à risque nucléaire à l’ensemble de la Suisse et faire distribuer des comprimés à tous les Helvètes. Le bassin lémanique est mal protégé, selon la conseillère nationale.

Des comprimés d’iode sont distribués tous les dix ans à la population résidant autour des 5 centrales nucléaires du pays. But: protéger les Suisses en cas d’incident survenant à Beznau 1, Beznau 2, Gösgen, Leibstadt et Mühleberg.

Dix ans après la catastrophe nucléaire de Fukushima, la question de la protection face à l’atome revient au Parlement. En effet, la conseillère nationale Isabelle Pasquier-Eichenberger vient de déposer deux motions à ce sujet. La première demande que Berne fasse distribuer des comprimés d’iode à titre préventif à tous les Suisses. La seconde demande au Conseil fédéral de revoir la définition des zones de protection d’urgence et de l’étendre à l’ensemble du territoire.

Dans son argumentation, la Genevoise rappelle que suite au drame au Japon en mars 2011, la Confédération a élargi le cercle de distribution de comprimés à la population vivant dans un rayon de 50 km autour des centrales. Au-delà de cette zone, c’est aux cantons d’assurer l’approvisionnement de la population dans les 12 heures suivant un accident nucléaire. Problème: ce sont les citoyens qui devront aller chercher eux-mêmes des pastilles sur les lieux de distribution des cantons. «Ce qui est en contradiction avec la mesure de confinement stricte ordonnée en cas de passage de nuage radioactif sur le territoire», met en garde Isabelle Pasquier-Eichenberger.

Rien pour le bassin lémanique

Elle souligne encore qu’une distribution préventive a été réalisée dans les agglomérations de Bâle, Lucerne et Zurich qui ne sont pourtant pas dans les zones de protection d’urgence. Mais rien n’a été prévu pour la région lémanique, pourtant l’une des plus denses de Suisse.

«C’est d’autant plus incompréhensible que Genève est à 70 km de la centrale du Bugey (F) qui comprend le plus vieux réacteur de France, construit en 1965», s’inquiète la Genevoise. En outre, le commandant du Service d’incendie et de secours de la Ville de Genève a indiqué récemment qu’il était irréaliste de distribuer des pastilles d’iode en moins de 12 heures aux 500’000 Genevois, surtout après un ordre de confinement. Raison pour laquelle, elle juge plus simple que tous les Suisses reçoivent des comprimés d’iode à titre préventif.

Zones radioactives possibles bien au-delà des centrales

Dans la foulée, Isabelle Pasquier-Eichenberger demande que toute la Suisse soit considérée comme une zone de protection d’urgence. Actuellement, le concept de protection en cas d’accident nucléaire, revu en 2015, reconnaît deux zones de protection d’urgence autour des centrales nucléaires: la première, dans un rayon de 3 à 5 km autour de la centrale, la seconde dans un rayon de 20 kilomètres.

Or selon l’étude de l’Institut Biosphère EUNUPRI en 2019, en cas de catastrophe nucléaire, la radioactivité ne se limite pas à̀ ce cercle, plaide-t-elle. En fonction des vents et de la pluie, des communes situées à des centaines de kilomètres de la zone accidentée peuvent être gravement contaminées, souligne-t-elle. Il peut alors se former des «hotspots» qui nécessitent l’évacuation de population pourtant située à des centaines de kilomètres de la centrale accidentée.

Par Christine Talos, publié le 16 mars 2021 à 11h28

https://www.lematin.ch/story/faut-il-distribuer-des-pastilles-diode-a-tous-les-suisses-256778654119