POLYNÉSIE ET NUCLÉAIRE : LE TAVINI PROPOSE UNE COMMISSION D’ENQUÊTE

Tahiti, le 16 mars 2021 – Le groupe Tavini Huiraatira a déposé mardi matin au secrétariat général de l’assemblée une proposition de résolution demandant la création d’une commission d’enquête chargée d’établir un rapport sur les conséquences sanitaires des essais nucléaires. Ce texte et sa proposition de création d’une commission d’enquête ont peu de chance d’être examinés en séance plénière.

Le groupe Tavini Huiraatira a déposé mardi matin au secrétariat général de l’assemblée une proposition de résolution “tendant à solliciter transparence et vérité de la part de l’État dans la reconnaissance des conséquences sanitaires et environnementales des essais nucléaires français en Polynésie française”. Cette proposition de texte suggère aussi la création d’une commission d’enquête à l’assemblée qui serait chargée d’établir un rapport sur les conséquences sanitaires des essais nucléaires.

Une initiative présentée comme consécutive à la publication, la semaine dernière de la série d’enquêtes publiée par le site Disclose et d’un ouvrage (Toxique, 2021, PUF) qui démontrent l’ampleur des retombées radioactives qui ont frappé la Polynésie durant la période des essais nucléaires. Ce travail montre surtout comment les autorités françaises, notamment le Commissariat à l’énergie atomique (CEA), ont dissimulé l’impact réel de ces retombées sur la santé des Polynésiens, durant la campagne des essais atmosphériques de 1966 à 1974.

Analyse des rares données déclassifiées sur le nucléaire que le président Fritch a largement discréditée, un peu plus tôt mardi matin lors de son intervention en ouverture de la 3e séance de la session extraordinaire : un “tapage médiatique” relayé par le “tam-tam des réseaux sociaux”. Mais le chef de l’exécutif polynésien a peu après admis aussi rechercher “la vérité” et la “transparence” sur les essais nucléaires : “Il est proprement insupportable que les données sur les essais soient remises régulièrement en cause. Tous les trois ans nous avons droit à ça. Il faut arrêter, et que l’on soit tous d’accord sur les chiffres. (…) Cette recherche de vérité et de transparence, c’est ce qui guide notre majorité depuis que j’ai accédé à la présidence du pays en 2014.”

Elle ne servira à rien

Des déclarations dont les élus Tavini ont choisi de ne retenir que la fin pour constater ce qui leur apparait comme un consensus politique au plan local. “Sans concertation, on arrive aux mêmes conclusions”, s’est réjoui Richard Tuheiava, mardi en conférence de presse.

Mais, pour la présidence, c’est bien à Paris que cette question doit être évoquée. “Le seul élément nouveau apporté par cette enquête est celui de la dosimétrie. Une commission d’enquête de l’assemblée de Polynésie française n’a pas le pouvoir de convoquer le CEA. Elle ne servira à rien”, rejette-t-on à la présidence. Autant dire que dans ces conditions la proposition de résolution du Tavini a peu de chance d’être évoquée et a fortiori adoptée en séance plénière à Tarahoi. D’autant qu’avant d’y arriver, la procédure d’inscription de ce texte dépendra en grande partie de la bonne volonté de ses jalons institutionnels.

Après son enregistrement au secrétariat général, le règlement intérieur de Tarahoi prévoit que les propositions de texte soient transmises par le président de l’assemblée à la commission compétente, accompagnés d’un exposé des motifs. Ce transfert à la commission des institutions est aujourd’hui du ressort de Gaston Tong Sang.

Et ce n’est qu’une fois examiné en commission, voire amendé, que le texte de la proposition aura sa chance d’être transmis à la conférence des présidents pour proposition d’inscription à l’ordre du jour.

Par Jean-Pierre Viatge, publié le mardi 16 Mars 2021 à 19:h59

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