L’AUTORITÉ DE SÛRETÉ NUCLÉAIRE VALET DE LA NUCLÉOCRATIE POLITICO-MILITAIRE

Tandis que RTE (Réseau de Transport d’Électricité), filiale d’EDF, lance une consultation publique sur des scénarios énergétiques techniques et complexes de long terme qui n’engagent à rien, l’Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN) valide les exigences d’EDF contraires à la sûreté nucléaire et à la sauvegarde de l’environnement et du climat. Et ce afin de faire perdurer la filière mortelle en prolongeant de 10 ans les vieux réacteurs délabrés et en couvrant les malversations de l’EPR en construction à Flamanville (Manche) par EDF. Histoire aussi de donner un temps à rallonge pour construire six nouveaux réacteurs nucléaires en France. Pendant ce temps de mascarade anti-démocratique, le public n’est pas consulté sur la seule question fondamentale qui le concerne : voulez-vous l’arrêt du nucléaire?

Pas si étonnant que cela cette consultation-bidon (1) de la filiale d’EDF de transport d’électricité RTE (2). Dans les scénarios énergétiques de long terme soumis à la consultation – et surtout pas trop médiatisée – du public ne figure aucun scénari d’arrêt du nucléaire, ni provisoire ni définitif, ni immédiat ni à moyen terme. En revanche des dizaines de pages d’exposés complexes techniques regorgent de bla-bla technocratiques où les virgules le disputent au point-virgule et alinéas en tout genre, les courbes et graphiques aux renvois de bas de page et annexes, tout en s’inscrivant dans la grande lignée des Madames Irma spécialistes de la prédiction.

N’essayez pas de participer à cette consultation elle est déjà close. Intitulée « futurs énergétiques 2050 » elle affirmait pourtant haut et fort sur son site internet : « Ce processus est public : il implique une très large concertation auprès des parties intéressées aux différents stades de construction des scénarios… »

Ils amusent la galerie, faisant croire à une réflexion collective et à une liberté de choix, alors que celui déjà mis en place depuis plus de soixante ans en est la seule finalité : la poursuite infernale de la destruction atomique. Pour la gloire, les médailles et les avantages financiers, sociaux et matériels d’une caste de nantis produite par l’école militaire de l’élitisme tricolore : « Polytechnique » et sa capsule sécessionniste « École des Mines« . Ce sont eux qui imposent au pays leurs orientations militaro-technico-technocratique en dehors de toute supervision et contrôle du peuple. Les gardiens de troupeau savent toujours ce qui est bon pour les moutons avant de les conduire à l’abattoir.

Chiche !

Puisqu’ils réaffirment cycliquement leur attachement aux valeurs démocratiques : chiche!  Que le gouvernement qui initie politiquement cette consultation et les pontes de RTE présentent une étude de scénario d’arrêt en urgence des réacteurs nucléaires car la sécurité du pays et la santé collective le requiert dès à présent. Qu’ils n’hésitent pas à s’inspirer d’ailleurs, en les dopant, des études produites par plusieurs ONG et cabinets spécialisés qui depuis plusieurs années mettent sur la table des scénarios visant à libérer le pays de sa dépendance au nucléaire et à lui redonner une perspective de vie.

EPR-Flamanville.jpg, mar. 2017

Mais, hypocrisie suprême politicienne, dans le même temps le gouvernement a demandé à EDF de se mettre en ordre de marche pour construire 6 nouveaux réacteurs nucléaires de type EPR en France. Enfin « demandé » est un grand mot puisque bien auparavant EDF avait déjà déposé auprès de l’Europe un projet de construction de… 6 EPR en France. Et investit des milliards d’argent qu’elle ne possède pas dans des pseudos « grand carénage » des vieux réacteurs délabrés de plus de quarante ans d’âge pour les faire turbiner encore et encore jusqu’à cinquante voir soixante ans. Dans le même temps le gouvernement français ne cesse d’intervenir au niveau européen pour faire considérer le nucléaire comme énergie « vertueuse pour le climat » et la faire bénéficier ainsi de privilèges financiers « vert« .

Pourtant chacun-e est à même de constater la gabegie de la filière nucléaire et de ses donneurs d’ordre depuis les premiers essais nucléaires de la bombe atomique perpétrés en Algérie puis en Polynésie par le Commissariat à l’Energie Atomique (CEA) et les hauts gradés français sous la houlette de leur général De Gaulle. Chacun-e est à même de prendre la mesure du coût exorbitant – financier, humain, diplomatique, environnemental, colonialiste – du nucléaire tricolore tout comme sa faillite technique, logistique, financière de tentative de construction d’un EPR dont les délais prévisionnels de réalisation et mise en service de 3 ans sont aujourd’hui passés à 13 ans en multipliant les coûts de six fois le budget prévisionnel.

Cet EPR de Flamanville, objet de malversation sur les dossiers techniques de fabrication de pièces, bourré de graves malfaçons* notamment sur le couvercle de cuve fabriqué par Framatome (filiale EDF après avoir été filiale Areva en faillite) au Creusot.  Ville où le 8 décembre 2020 le Président de la République annonçait que « nucléaire civil et militaire sont liés » et sa décision de construire un nouveau porte-avions à propulsion nucléaire en confiant la construction de ses réacteurs à… EDF-Framatome. Belle complicité et soumission au lobby.

Et l’ASN ferme la boucle de complicités criminelles en autorisant à nouveau EDF à se soustraire au respect des règles de sûreté

L’ancêtre de l’ASN, le SCRPI (Service central de protection contre les rayonnements ionisants) dirigée pendant 37 ans par un expert le Professeur Pellerin, avait minoré l’impact de la catastrophe de la centrale atomique de Tchernobyl en avril 1986 et empêché la protection de la population française (« le nuage radioactif s’est arrêté à la frontière« ) relayé abondamment par les médias institutionnels.

Aujourd’hui l’ASN ne fait pas autre chose en validant la prolongation des réacteurs nucléaires à bout de course (3) ainsi que la livraison à l’EPR de Flamanville, alors qu’il n’est même pas achevé et présentent des défauts rédhibitoires, de produit de fission Mox un « combustible » à base d’oxyde de plutonium (la bombe atomique). C’est la porte ouverte explicite à la construction de six nouveaux réacteurs EPR disséminés sur tout le territoire. C’est la politique du fait accompli, des complicités quasi-maffieuses au détriment du pays et du peuple.

Et ce n’est pas le dossier de sûreté qu’EDF devra soumettre un de ces jours à enquête publique pour chacun des vieux réacteurs rafistolés concerné qui empêchera l’ASN d’accorder son autorisation de prolongation. En effet pourquoi « l’Autorité » n’accorderait-elle pas son feu vert alors qu’elle continue d’accorder à EDF des autorisations de déroger aux règles de sûreté pour plusieurs réacteurs affectés de graves défauts. Alors qu’elle valide constamment le report des engagements d’EDf et d’Orano dans leurs obligations de réaliser les aménagements et correctifs post-Fukushima décidé en… 2011 et qui ne sont toujours pas pleinement réalisés. Alors qu’elle couvre les dérogations au droit commun en matière de protection de l’environnement et de la santé (accordées par les gouvernements successifs et les préfets en turn-over) de rejets radioactifs quotidiens dans l’air et dans l’eau, notre patrimoine commun.

La santé et le vivant sacrifiés pour satisfaire la mégalomanie de la nucléocratie

Les conséquences en France sont déjà dramatiques au vue des victimes des radiations quotidiennes émises par les installations atomiques jour et nuit. Cancers et atteintes aux organes se multiplient. Il n’est qu’à voir l’envolée des prescriptions médicales du médicament Lévotyrox pour traiter le post-cancer de la thyroïde ou ses corolaires génériques pour les nodules sur l’organe.  La radioactivité des installations nucléaires a fait doubler le niveau de radioactivité sur Terre. Ce n’est pas sans conséquence. Parallèlement l’IRSN (Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire) et une étude récente réalisée par l’Institut Biosphère de Genève (5) ont évalué les impacts d’une catastrophe majeure atomique en France. Immonde. La seule manière absolument sûre d’éviter un accident grave ou accident majeur de réacteur c’est de le mettre à l’arrêt définitif.

L’ASN ne prend pas les décisions nécessaires telle la mise à l’arrêt immédiat des réacteurs qui ne sont pas conformes aux règles de sûreté par crainte d’un manque d’approvisionnement en électricité. Or cette question n’est pas de la compétence de l’ASN. Son rôle est de prendre les mesures qui s’imposent pour garantir notre sécurité face au risque nucléaire. Point barre. C’est à RTE d’assurer l’approvisionnement électrique du pays y compris en hiver en achetant à l’Allemagne et aux autres pays européens, comme elle le fait déjà, l’électricité que les réacteurs nucléaires sont incapables de produire.  Et de présenter au français des scénarios qui permettrait d’organiser une consultation officielle du public sur la question fondamentale pour laquelle celui-ci est seul compétent au nom de sa souveraineté populaire : voulez-vous l’arrêt de la production d’électricité nucléaire ?

En ne prenant pas les mesures qu’elles devraient prendre, si vraiment elle était une autorité indépendante du nucléaire, et malgré les déclarations successives de ses Présidents (4) l’ASN est définitivement discréditée. De De Gaulle à Macron tous les Présidents et tous les gouvernements ses sont couchés devant la nucléocratie. Seule l’intervention déterminée de chacun-e pour contrer le bras des criminel-les et imposer l’arrêt immédiat, définitif et inconditionnel du nucléaire est la réponse rationnelle à la guerre déclarée contre le vivant par le lobby nucléaire (6). A chacun-e de s’y mettre, grand ou petit, maigre ou gros, jeune ou âgé, femme ou homme ou trans, noir ou blanc, français ou étranger, urbain ou villageois,… (7)

NOTES :

(1) Conduite avec l’Agence Internationale de l’Énergie (AIE) qui dépend de l’Organisation de Coopération et de Développement Économiques (OCDE) : https://www.rte-france.com/analyses-tendances-et-prospectives/etude-pour-un-systeme-electrique-forte-part-denergies-renouvelables-en-france-lhorizon-2050

(2) Réseau de Transport d’Électricité (RTE), filiale à 50% d’EDF elle-même propriété de l’État français à près de 84%, a pour rôle de veiller à l’équilibre permanent entre la production et la consommation d’électricité à l’échelle nationale et, dans le cadre de l’interconnexion européenne des réseaux, à se coordonner avec les autres opérateurs des réseaux interconnectés afin de pallier aux manques ou au surplus de production électrique.

* cuve fissurée, soudures défectueuses, procédures de sécurité défaillantes, …

(3) l’ASN, après avoir elle-aussi « consulté » le public sur un ensemble de considérations très techniques vient de décider des prescriptions générales permettant à EDF de prolonger de 10 ans l’exploitation de 32 réacteurs ayant atteint ou allant atteindre l’âge canonique : https://www.asn.fr/Reglementer/Bulletin-officiel-de-l-ASN/Installations-nucleaires/Decisions-individuelles/Decision-n-2021-DC-0706-de-l-ASN-du-23-fevrier-2021 

(4) selon Pierre-Franck Chevet, ancien Président de l’ASN, « un accident grave de réacteur nucléaire est possible partout dans le monde y compris en France ». Le nouveau président de l’ASN Bernard Doroszczuk confirme et réaffirme la même appréciation dont les conséquences sont terribles pour les populations et l’avenir des régions et du pays.

(5) http://www.coordination-antinucleaire-sudest.net/2012/public/pdf/2021_Modelisation _accident-majeur-nucleaire-centrale-atomique.pdf

(6) plusieurs sondages sur le nucléaire, militaire et civil, montrent que la majorité des citoyens n’en veux plus.

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Par Jean Revest, publié le dimanche 21 mars 2021 à 20h42

http://coordination-antinucleaire-sudest.net/2012/index.php?post/2021/03/21/L-Autorite-de-Surete-Nucleaire-valet-de-la-nucleocratie-politico-militaire