CORÉE DU NORD : APRÈS SON DERNIER TIR DE MISSILE, PYONGYANG ACCUSE JOE BIDEN « D’INGÉRENCE »

La Corée du Nord a déclaré ce samedi que le président américain Joe Biden avait révélé « son hostilité profonde » envers Pyongyang et avait commis « une ingérence » en critiquant son dernier essai de missile.

La Corée du Nord a accusé ce samedi 26 mars le président américain Joe Biden d’avoir commis une « ingérence » et une « provocation » envers elle en condamnant le tir de missiles effectué cette semaine par Pyongyang.

Dans un communiqué publié par l’agence de presse officielle KCNA, un haut responsable nord-coréen, Ri Pyong Chol, a estimé que le président des États-Unis avait montré dans ses déclarations une « profonde hostilité » envers Pyongyang et il a prévenu que la répétition de tels propos pourrait entraîner « des conséquences » néfastes pour Washington.

La Corée du Nord, qui est une puissance nucléaire, utilise régulièrement depuis des années ses tests militaires pour faire monter la pression dans ses relations conflictuelles avec les États-Unis.

Elle a effectué jeudi un tir d’essai de ce qu’elle a décrit comme un nouveau « projectile tactique guidé » équipé d’un moteur à carburant solide.

Deux exemplaires de cet engin ont été tirés jeudi matin depuis l’est de la Corée du Nord vers des cibles situées en mer du Japon, appelée en Corée mer de l’Est.

Le Premier ministre japonais Yoshihide Suga a aussitôt déclaré que ces projectiles étaient « deux missiles balistiques », une catégorie d’engins dont le développement et le lancement sont interdits à la Corée du Nord par plusieurs résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies.

« Profonde inquiétude » de Pyongyang

Comme le chef du gouvernement japonais, Joe Biden a estimé que le test nord-coréen constituait « une violation » des résolutions pertinentes de l’ONU.

Et le président des États-Unis a lancé un avertissement à Pyongyang. « Nous consultons nos partenaires et alliés. Et il y aura des réponses si (les dirigeants nord-coréens) choisissent l’escalade. Nous répondrons en conséquence », a-t-il dit.

La réaction de Joe Biden a été sévèrement critiquée par Ri Pyong Chol, le même haut responsable qui selon l’agence KCNA avait supervisé le tir de jeudi.

« De telles remarques de la part du président américain sont une ingérence non déguisée dans le droit à l’auto-défense de notre État et une provocation à son égard », a déclaré Ri Pyong Chol dans son communiqué.

La Corée du Nord exprime « sa profonde inquiétude devant le fait que le chef de l’exécutif américain considère comme fautif un test normal, exercice du droit de notre État à l’auto-défense, en le qualifiant de violation de + résolutions + de l’ONU », a poursuivi le haut responsable.

Ri Pyong Chol a regretté que Joe Biden ait ainsi exprimé une « profonde hostilité » envers Pyongyang. « Je pense que la nouvelle administration américaine a clairement fait son premier faux pas », a-t-il écrit.

« Conséquences »

À son tour, le haut responsable nord-coréen a adressé un avertissement à Washington. « Si les États-Unis persistent avec leurs remarques irréfléchies sans penser aux conséquences, ils pourraient être confrontés à quelque chose qui ne serait pas bon », a-t-il écrit.

La Corée du Nord, pour sa part, a l’intention de « continuer à accroître (son) écrasante puissance militaire », a assené M. Ri.

Dans une dépêche où elle a évité d’utiliser les mots « missile » et « balistique », KCNA a indiqué vendredi que les deux projectiles lancés la veille avaient atteint avec précision leurs cibles en mer après avoir parcouru 600 kilomètres.

L’agence officielle a précisé que l’engin ainsi testé avec succès pouvait emporter une charge utile de 2,5 tonnes. Le test nord-coréen de jeudi n’a pas seulement suscité la préoccupation de Washington et de ses alliés régionaux, mais aussi celle de ses alliés européens.

Les membres européens du Conseil de sécurité de l’ONU ont demandé vendredi à leurs partenaires dans cette instance la convocation d’une réunion sur les tirs nord-coréens, a-t-on appris de sources diplomatiques.

Conseil de sécurité saisi

Cette réunion voulue par la France, l’Estonie, l’Irlande, la Norvège et le Royaume-Uni, devrait se tenir mardi en milieu de journée, à huis clos, a-t-on précisé de mêmes sources.

Vendredi matin, à l’initiative des États-Unis, le Comité des sanctions de l’ONU chargé de la Corée du Nord, qui réunit les 15 pays membres du Conseil de sécurité, a demandé à son groupe d’experts onusiens d’enquêter sur les tirs de jeudi, selon des diplomates.

Vendredi également, le Conseil de sécurité de l’ONU a adopté une résolution prolongeant jusqu’au 30 avril 2022 le mandat des experts de l’ONU chargés de contrôler l’application des différents trains de lourdes sanctions économiques envers Pyongyang.

Malgré une série de résolutions du Conseil de sécurité sanctionnant ses programmes d’armement nucléaire et de missiles balistiques, la Corée du Nord a considérablement renforcé ces dernières années son potentiel militaire sous la direction de son leader Kim Jong Un.

Elle a procédé à plusieurs essais nucléaires et s’est dotée de missiles balistiques de longue portée capables d’atteindre la totalité du territoire continental des États-Unis.

Sous la présidence de Donald Trump, un rapprochement spectaculaire a été opéré, marqué par deux sommets historiques entre MM. Trump et Kim. Mais cela n’a pas conduit à des avancées vers la dénucléarisation de la Corée du Nord.

Par Ouest-France avec AFP, publié le 27/03/2021 à 05h30

Photo en titre : Kim Jong Un le 23 mars 2021 à Pyongyang, (EPA-EFE/KCNA)

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