EDF : L’ÉTAT CHIFFRE À 10 MILLIARDS D’EUROS LE RACHAT DES MINORITAIRES

PARIS (Reuters) – L’État chiffre à environ 10 milliards d’euros le rachat des parts détenues par les actionnaires minoritaires au capital d’EDF qu’il envisage dans le cadre du projet de réorganisation du groupe, ont déclaré à Reuters deux sources syndicales.

Le projet, que Paris négocie avec la Commission européenne et qui suscite une vive opposition des syndicats, prévoit la création d’une société-mère EDF SA incluant le parc nucléaire, l’ingénierie et les fonctions transversales, qui serait intégralement renationalisée alors que l’État détient aujourd’hui 83,7% du capital d’EDF.

« On nous dit que l’État va investir 10 milliards d’euros pour racheter les parts détenues par les actionnaires minoritaires afin qu’EDF SA soit à 100% publique« , a déclaré à Reuters Sébastien Ménesplier, secrétaire général de la Fédération Nationale Mines Énergie de la CGT.

Selon une autre source syndicale, ce chiffre a été évoqué mardi par le ministre de l’Économie Bruno Le Maire lors d’une réunion avec les syndicats, à laquelle participaient également la ministre de la Transition écologique Barbara Pompili et le PDG d’EDF Jean-Bernard Lévy.

Bercy et EDF n’ont pas souhaité commenter ces informations et personne n’était disponible dans l’immédiat au ministère de l’écologie.

Un montant de 10 milliards d’euros pour près de 16% d’EDF serait sensiblement plus élevé que la valeur de cette participation selon la capitalisation boursière actuelle du groupe, qui représenterait quelque 6 milliards.

Dans le cadre du projet de réorganisation, nommé à l’origine Hercule, la maison-mère EDF SA détiendrait elle-même un deuxième ensemble incluant la commercialisation, les services, les énergies renouvelables, la distribution (Enedis) et les activités à l’international, dont le capital pourrait être ouvert à hauteur de 30%, ce qui réduirait le coût final du projet pour l’État.

EDF SA posséderait aussi 100% d’une troisième entité créée pour l’hydroélectricité, placée sous le contrôle de l’État dans un système de quasi-régie permettant d’éviter une mise en concurrence des barrages du groupe et mettant fin à un contentieux de longue date avec Bruxelles.

« RIEN NE NOUS RASSURE« 

Paris tente depuis plusieurs mois de finaliser ses négociations avec Bruxelles en vue d’une nouvelle régulation du parc nucléaire d’EDF, qui passerait par une hausse du prix de vente de sa production et accompagnerait la refonte du groupe, pour lui permettre notamment d’investir davantage dans les énergies renouvelables. (NDLR : mais surtout dans de nouveaux EPR nucléaires !)

La Commission européenne a cependant demandé des garanties strictes afin que la nouvelle régulation du nucléaire ne bénéficie pas aux autres activités d’EDF.

Selon les sources syndicales interrogées par Reuters, l’État souhaite obtenir le soutien des syndicats pour défendre son projet auprès de la Commission.

« Ils nous disent ‘sans vous on n’ira pas’. C’est une manière de dire ‘appuyez notre projet, sinon ce sera votre faute si EDF est en difficulté‘ », selon la deuxième source syndicale.

L’État envisage toujours de conclure ses discussions avec Bruxelles « dans les semaines qui viennent« , a de son côté déclaré Sébastien Ménesplier alors que des sources gouvernementales évoquaient déjà cette échéance début mars.

« Rien ne nous rassure, au contraire. Nous sommes à 48 heures d’une journée de grève et nous avons tous les bons ingrédients pour réussir cette mobilisation« , a-t-il ajouté alors que les syndicats prévoient jeudi une nouvelle grève contre le projet de réorganisation.

Par Benjamin Mallet, édité par Claude Chendjou et Jean-Michel Bélot, publié le 06/04/2021 à  21h06

Photo en titre : Crédits : Pascal Rossignol

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