DES SOLDATS AMÉRICAINS RÉVÈLENT MALENCONTREUSEMENT DES SECRETS NUCLÉAIRES

Contraints de mémoriser un grand nombre d’informations et d’acronymes, des militaires chargés de l’arsenal nucléaire ont utilisé des applications en ligne comme outils de révision, dévoilant des informations sensibles sans s’en rendre compte.

Des soldats américains qui révisaient leurs connaissances en ligne ont révélé des secrets nucléaires, selon une enquête publiée, vendredi 28 mai, par Bellingcat. Le site d’investigation a pu localiser précisément les bombes thermonucléaires américaines stockées en Europe.

Les soldats américains chargés de cet arsenal sont régulièrement soumis à des questionnaires de sécurité longs et détaillés, ce qui les oblige à mémoriser un grand nombre d’informations et d’acronymes.

En recherchant sur Google des acronymes utilisés par l’armée américaine et associés au nom de bases militaires européennes connues pour abriter des missiles nucléaires – même si le gouvernement local ne l’a jamais reconnu – Bellingcat a découvert des fiches de révision en ligne divulguant la localisation exacte des missiles, précisant même s’ils étaient « actifs », c’est-à-dire s’ils étaient bien armés de têtes nucléaires.

Par exemple, sur des bases où sont stockés des missiles nucléaires aéroportés B61, les hangars à avions (PAS, selon l’acronyme anglais) sont équipés de systèmes de sécurisation des armements (WS3) et d’une armature en béton (vault) qui peut abriter quatre bombes thermonucléaires B61, explique l’auteur de l’article de Bellingcat, Foeke Postma.

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En tapant dans la ligne de recherche Google « PAS », « WS3 » et « vault », en même temps que le nom d’une base militaire connue pour abriter de tels armements, le journaliste s’est vu proposer des applications gratuites de fiches de révision destinées aux étudiants, tels Chegg, Quizlet et Cram.

Fiches retirées des applications

Le gouvernement néerlandais n’a jamais reconnu officiellement que la base aérienne de Volkel, dans le sud-est du pays, abritait des armes nucléaires. Mais Bellingcat a découvert, sur l’application Chegg, 70 fiches de révision la concernant. On y apprend qu’il y a onze armatures de protection à Volkel, dont cinq sont « chaudes » – ce qui signifie qu’elles sont armées – et six « froides ».

D’autres fiches de révision trouvées sur l’application Cram révèlent que, sur la base d’Aviano, en Italie, l’armature 27 de la zone « Tango Loop » abrite un missile « froid ». Pis, un militaire avait renseigné, sur l’une de ces fiches de révision en ligne, les mots de passe et noms d’utilisateurs requis pour désactiver les systèmes de sécurisation WS3.

« Nous avons aussi pu trouver des détails sur (…) toutes les autres bases européennes connues pour abriter des armes nucléaires : Incirlik (Turquie), Ghedi (Italie), Büchel (Allemagne) et Kleine Brogel (Belgique) », note le site d’investigation, connu pour avoir démasqué des agents du GRU, le renseignement militaire russe, et documenté l’usage d’armes chimiques par le gouvernement syrien.

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Ces fiches de révision datent de 2012, et la plus récente a été mise en ligne en avril 2021, fait savoir Foeke Postma, qui précise avoir tenté, sans succès, d’obtenir une réaction de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord, du Pentagone et du commandement européen de l’armée américaine pour son article. Les fiches de révision ont été supprimées des applications à la suite de sa démarche.

Par Le Monde avec AFP, publié le 28 mai 2021 à 22h37, mis à jour le 29 mai à 05h42

Photo en titre : Le Pentagone, le 27 mars 2008. CHARLES DHAPARAK/ AP

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