LES CONSÉQUENCES SANITAIRES DU NUCLÉAIRE : LA « SCIENCE ASSERVIE »

Notre Rapport [1] sur les pathologies génétiques, supposées d’origine transgénérationnelles, observées chez des enfants polynésiens vus en consultation pédopsychiatrique, publié en janvier 2018, mettait clairement en évidence une proportion statistiquement massive, chez les petits enfants des vétérans du centre d’expérimentation nucléaire et chez les petits enfants des habitants des atolls du sud des Tuamotu exposés à de nombreuses « retombées » des essais atmosphériques (1966-1974), d’une association de « malformations morphologiques » et de « troubles envahissants du développement » (TED, retards mentaux, retards d’apparition du langage ou des apprentissages scolaires, troubles para-autistiques…).

Nous avions, entre 2012 et 2017, à partir du Service de Pédopsychiatrie du CHPF [2], mis en place des consultations médico-psychologiques pluridisciplinaires régulières dans 21 iles des 5 Archipels polynésiens, et nous avons ainsi pu rencontrer en consultation, la grande majorité des enfants habitants dans l’ensemble de la Polynésie, présentant ce type de pathologie du développement.

Nous avons pu, pour chacun d’entre eux, faire un diagnostic différentiel entre les pathologies pédopsychiatriques « classiques », similaires aux pathologies rencontrées en métropole, ou dans les DOM, et ces « étranges tableaux cliniques », retrouvés dans des atolls où n’habitent que de petites populations d’enfants (quelques dizaines et quelques centaines d’enfants sont présents dans la majorité de ces iles ou atolls, mais nous y avons observé plusieurs pathologies rares par atolls) ; pour certains d’entre eux, nous avons pu réaliser  des diagnostics génétiques  montrant des translocations chromosomiques, et des microdélétions responsables de syndromes neurodéveloppementaux…). Un travail similaire avait été amorcé sous l’égide de l’AVEN, concernant la descendance des vétérans civils et militaires « rentrés » en Métropole à la fin des essais (1996) [3].

Notre hypothèse était donc logique : un phénomène exceptionnel avait dû « perturber » l’embryogénèse de ces enfants, ou bien, une « pollution » avait dû perturber la solidité génétique des gamètes des ascendants et/ou des parents de ces enfants.

Il est clair qu’aucune autre hypothèse de « pollution génétique » n’est à grande échelle concevable en Polynésie française, et les « pauvres » dénégations des autorités militaires coloniales, évoquant comme étiologie de ces syndromes génétiques, des pollutions par le plomb des batteries, ou la consanguinité, sont bien « faibles » (et stigmatisantes de façon bien inutile), au regard de l’hypothèse « nucléaire » de pathologies génétiques transgénérationnelles.

Deux « sous hypothèses » étaient alors concevables :

  • soit les grands parents de ces enfants, d’une part les vétérans travailleurs civils et militaires du CEP [4], qui avaient été « massivement » (quoiqu’en disent les autorités militaires françaises) exposés « in situ » à des radiations directement liées des produits radioactifs, et d’autre part les habitants exposées aux retombées des 41 essais nucléaires atmosphériques des Gambiers, du sud des Tuamotu, ainsi que des Iles sous le vent, de Tahiti ou des Marquises, avaient transmis des « bugs » génétiques à leurs enfants et à travers ces derniers, à leur petits enfants (et il convient aujourd’hui de reconnaitre, au regards des éléments mis en évidence par l’enquête de Disclose [5], que les doses de pollutions radioactives émises à l’époque des essais nucléaires, auxquelles ont été exposés les habitants des atolls et des iles où se sont produits des retombées radioactives, ont été largement sous estimées).
  • soit les parents (et leurs enfants eux-mêmes), surtout les habitants « non urbains » des atolls très exposés aux retombées nucléaires, ont été irradiés par des produits biologiques contenant encore aujourd’hui des radionucléides (en particuliers des émetteurs alpha à très longue durée de vie), tels des aliments végétaux, ou animaux (poissons, crustacés..), ou des eaux de boissons issues de citernes anciennes ou de nappes phréatiques de certains des atolls des Tuamotu. Il s’agirait là d’expositions répétées, « chroniques », à des « faibles doses», deux facteurs de pollutions par les radionucléides, qui constituent aujourd’hui des interrogations cruciales, y compris par rapport à des expositions radioactives potentielles aux environs des centrales nucléaires, ou des sites où sont stockés des déchets nucléaires

NDLR : cet article étant assez long (6 fois le texte ci-dessus), vous pouvez le lire intégralement (ce que je vous conseille) et gratuitement sur le site ci-dessous :

https://blogs.mediapart.fr/christian-sueur/blog/050821/les-consequences-sanitaires-du-nucleaire-la-science-asservie

Par Christian SUEUR (psychiatre, Praticien Hospitalier, Carcassonne, France), publié le 6 août 2021