L’ACCORD SUR LE NUCLÉAIRE IRANIEN: QUEL ACCORD?

Alors que les ultraconservateurs iraniens sont désormais au premier rang, les calculs se compliquent pour les Américains et leur président Joe Biden.

Joe Biden l’avait présenté comme l’une des grandes priorités de sa présidence. Et, a priori, ce n’était pas ce qu’il y avait de plus compliqué à réaliser. Revenir à l’accord sur le nucléaire iranien (dit le JCPOA), déchiré par Donald Trump? Quoi de plus simple en apparence: l’accord salué par tous, ou presque, avait été signé en 2015, du temps où Joe Biden était lui-même vice-président. L’Iran était demandeur, les Européens aussi, la parenthèse trumpienne ne demandait qu’à se refermer au plus vite.

Las! La réalité s’est montrée beaucoup plus complexe, a fortiori depuis que, en plaçant son homme à la présidence de l’Iran, le Guide suprême Ali Khamenei semble tirer directement les ficelles. Téhéran n’entend pas dérouler le tapis rouge aux Américains pour que ces derniers puissent à nouveau avoir un droit de regard sur ses activités en matière nucléaire.

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Plus encore: avant même l’arrivée annoncée du président Ebrahim Raïssi, les dirigeants iraniens ont tout fait pour utiliser à leur bénéfice l’incartade de Donald Trump. À force de centrifugeuses tournant à toute vitesse et d’uranium enrichi, l’Iran est aujourd’hui plus proche que jamais de l’acquisition de la bombe nucléaire. Et ses dénégations n’y peuvent rien: la découverte, par les inspecteurs de l’AIEA (Agence internationale de l’énergie atomique) de sites secrets, et la manière dont ces mêmes inspecteurs sont dédaignés depuis lors, montre que l’Iran a joué depuis vingt ans de l’ambiguïté, et du double discours, voire du mensonge.

Aujourd’hui, un «retour» au bon vieux JCPOA a perdu une bonne partie de sa pertinence. Même s’il est vrai que l’Iran peut estimer que ses progrès en matière nucléaire sont suffisants pour assurer la dissuasion et qu’il n’a donc pas besoin d’aller au-delà, la méfiance est énorme. Et les alliés des États-Unis, Israël et l’Arabie saoudite au premier rang, ne s’en laisseront pas conter.

Pour Joe Biden, l’équation est devenue d’autant plus compliquée que les États-Unis poursuivent leur retrait un peu honteux de la région, livrant maintenant l’Afghanistan aux talibans. Le président américain peut-il se permettre de se montrer faible, et de laisser l’Iran exploiter cette fragilité? Face à l’Iran qu’incarne aujourd’hui Ebrahim Raïssi – et qui affirme déjà haut et fort sa présence régionale, que ce soit dans le golfe Persique ou aux frontières d’Israël – il devra au contraire montrer une cuirasse sans faille. Les choses semblaient simples. Elles ne feront sans doute que s’envenimer encore davantage.

Par Luis Lema, publié le mercredi 11 août 2021 à 22h09, mis à jour le mercredi 11 août 2021 à 22h27

Photo en titre : Le président iranien, Ebrahim Raïssi, le 21 juin 2021.

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