SORTIR DU NUCLÉAIRE POINTE « LES POLLUTIONS INVISIBLES DES CENTRALES NUCLÉAIRES »

Le réseau Sortir du nucléaire pointe les rejets chimiques de la centrale nucléaire de Belleville. Une enquête publique va s’ouvrir à l’automne.

Comme les chasseurs qui nettoient les berges de la Loire de ses déchets, le réseau Sortir du nucléaire traque un autre gibier : « Les pollutions invisibles liées aux rejets autorisés en Loire des centrales de production nucléaire d’électricité. »

Dans le viseur, les cinq centrales le long de la Loire et de la Vienne, notamment celles de Dampierre-en-Burly (Loiret) et Belleville-sur-Loire. Chiffres à l’appui, l’association militante, qui a édité un tract pour alerter l’opinion, cible les autorisations de rejets dans le fleuve royal et dans l’air.

Il s’agit de diverses pollutions liées aux rejets chimiques (acide borique, détergents, chlorures, zinc…), radioactifs (tritium, iodes…) et gazeux (ammoniac, chlore…). Sortir du nucléaire pointe aussi les risques sanitaires liés aux légionelles et amibes, les pertes de fluides frigorigènes et les prélèvements d’eau.

« Impact pernicieux »

Le réseau militant s’attaque à l’image d’énergie propre souvent assimilée au nucléaire, évoquant « un impact pernicieux sur les biotopes ligériens ».

Sortir du nucléaire chiffre à 480 les tonnes de polluants déversées en 2020 dans la Loire par les deux centrales.

Belleville-sur-Loire, réflexion engagée pour l’accueil de deux réacteurs nucléaires de nouvelle génération

Dans son rapport d’information du public, EDF, exploitant des centrales, montre qu’en 2020 l’activité rejetée a « respecté les limites réglementaires annuelles » à Belleville. De même, les volumes de rejets d’effluents radioactifs gazeux « mesurés à la cheminée et au niveau des sols sont restés très inférieurs aux limites de rejet. » La direction de la centrale confirme ne pas avoir « connu de problème de dépassement des concentrations autorisées. » Selon elle, « des efforts importants sont engagés pour réduire au maximum leur volume et leur impact ». En 2020, plus de 18.000 analyses ont été réalisées.

Légionelles, des écarts

Mais l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN), dans son rapport 2020 sur l’état de la sûreté nucléaire et de la radioprotection en France, juge que « les performances (de la centrale nucléaire de Belleville-sur-Loire, NDLR) en matière d’environnement sont en retrait par rapport à la moyenne nationale ». Le gendarme du nucléaire relève notamment « la gestion insuffisante du confinement des eaux d’extinction des incendies survenus sur le site et plusieurs écarts ont été constatés sur la prévention du risque lié aux légionelles ». La centrale précise mettre en œuvre « un dispositif de traitement dans les circuits de réfrigération des condenseurs ». Mais explique ne pas demander « d’augmentation de ses autorisations de prélèvements d’eau en Loire ».

Enquête publique cet automne

Par ailleurs, en juillet 2018, le site de Belleville a déposé auprès de l’ASN « un dossier de demandes de modifications des installations et de certains arrêtés de rejets pour harmoniser les pratiques du site sur celles des centrales du parc nucléaire français du même palier (1.300 MWe) ». Un dossier qui va faire l’objet d’une enquête publique à l’automne.

Cette demande doit, notamment, permettre « d’augmenter modérément les rejets de tritium (rejet radioactif, NDLR) sous forme liquide et de réduire d’autant les rejets de tritium gazeux qui sont moins favorables sur le plan environnemental », répond la centrale.

« Réduire les prélèvements d’eau »

L’Autorité de l’environnement (AE) a, dans un avis délibéré du 23 juin dernier, apporté de gros bémols, évoquant des « prélèvements d’eau, considérables (jusqu’à 10,5 m3/s) et apparemment supérieurs à ceux d’autres CNPE. L’AE recommande de réduire les prélèvements d’eau. » Mais pour l’Autorité de l’environnement, « les rejets chimiques sur une année sont importants ». L’AE recommande de « prévoir des mesures complémentaires d’évitement et de réduction de ces rejets ». Face aux demandes « d’ajustements des normes de rejets, le plus souvent des augmentations (azote, métaux, composés organiques toxiques, tritium) », l’AE rappelle que « l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire considère que certaines de ces demandes d’ajustement ne sont pas justifiées ». 

Par Thomas Migault, publié le 24/09/2021 à 06h01

Photo en titre : Comme la plupart des industries, la centrale nucléaire émet des rejets liquides et gazeux. © Pierrick DELOBELL

https://www.leberry.fr/belleville-sur-loire-18240/actualites/sortir-du-nucleaire-pointe-les-pollutions-invisibles-des-centrales-nucleaires_14017397/