NUCLÉAIRE : QUATRE QUESTIONS SUR LE PROBLÈME DE CORROSION QUI TOUCHE PLUSIEURS RÉACTEURS

Cinq réacteurs nucléaires sont concernés par des problèmes de corrosion. Un évènement qui plombe les capacités du parc français, déjà bien mal en point.

La tension s’accroît sur le parc nucléaire français. L’Hexagone, qui en tire la grande majorité de son électricité, comptait jeudi dix réacteurs indisponibles sur 56 et était privé de 20% de ses capacités nucléaires, au moment où la consommation est élevée avec la baisse des températures. 

Parmi eux, quatre font état de problèmes de corrosion sur un système de sécurité et un autre est soupçonné. EDF passe actuellement en revue et jusqu’à la fin du mois l’ensemble du parc nucléaire français à la recherche de nouveaux problèmes de ce type, a indiqué ce vendredi l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN), qui ne sait pas à ce stade si de nouveaux arrêts de réacteurs seront nécessaires en cas de soupçons. 

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Mais ces complications sont déjà pesantes. En raison de ces arrêts, EDF a dû revoir à la baisse jeudi soir son estimation de production nucléaire en 2022, descendant de 330/360 TWh à 300/330. Craignant de possibles coupures cet hiver, le gouvernement compte déjà mettre à contribution ses dernières centrales à charbon. Pendant ce temps, EDF chute de nouveau en Bourse : à la mi-journée, le titre perdait plus de 16%. 

Où et quand sont apparus ces problèmes de corrosion ?

« Lors de contrôles de maintenance préventive sur le réacteur n°1 de la centrale nucléaire de Civaux (Vienne), programmés dans le cadre de sa visite décennale, des défauts ont été détectés à proximité de soudures des tuyauteries du circuit d’injection de sécurité (RIS)« , retrace EDF dans un communiqué publié jeudi. Ces vérifications ont eu lieu le 21 octobre dernier. Les résultats ont par la suite été rendus publics le 16 décembre, par l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN). 

« Au regard de l’origine inattendue des fissurations constatées, EDF a pris la décision de mettre à l’arrêt, dans les meilleurs délais, les réacteurs de conception similaire« , commente cette autorité. Soit la famille des réacteurs les plus puissants (1450 MW) d’EDF, comprenant aussi également Civaux 2, mais aussi « Chooz 1 et 2 » (Ardennes). Des défauts de même sorte apparaissent alors, même si « des contrôles et expertises sont toujours en cours sur le réacteur de Chooz 1 et vont se poursuivre jusqu’à l’obtention d’un bilan complet« . Au total quatre réacteurs étaient donc concernés fin décembre. Tous du même type. 

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Rebelote, ce jeudi, mais cette fois au sein d’une famille différente, celle des réacteurs 1300 MW. « Dans le cadre de la visite décennale du réacteur n°1 de la centrale nucléaire de Penly (Seine-Maritime), des contrôles de maintenance préventive ont fait apparaître des défauts similaires sur le circuit RIS« , relaye EDF. Une information qui suscite l’inquiétude. Il existe en France vingt réacteurs de 1300 MW, dont douze sont exactement de la même génération (ou palier) que celui de Penly. 

À quoi sont dus ces soucis ?

« C’est un phénomène qui n’était pas attendu pour ce type d’acier à cet endroit et les causes de ces défauts ne sont pas aujourd’hui bien comprises, donc il y a un travail d’expertise qui est en cours« , a résumé Julien Collet, directeur général adjoint de l’ASN, à l’AFP. Celui-ci « devrait se poursuivre jusqu’à la fin du mois, a-t-il complété. Sur cette base, EDF va proposer à l’ASN un programme de contrôle des réacteurs du parc« . 

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« L’ASN, avec l’appui technique de l’IRSN, suit avec attention les investigations menées par EDF et les conclusions qui en seront tirées, notamment vis-à-vis du suivi en service sur ces équipements« , a également commenté l’Autorité de sûreté nucléaire. 

Quand les réacteurs concernés pourraient être remis en marche ?

Pas avant longtemps. Le redémarrage du réacteur numéro 2 de la centrale de Chooz (Ardennes) est désormais prévu le 31 décembre, selon le gestionnaire du réseau RTE. Début janvier, son arrêt avait déjà été prolongé jusqu’au 20 avril. Le redémarrage des deux réacteurs de Civaux (Vienne) est attendu le 31 août pour le premier réacteur et le 31 décembre pour le second.  

Les investigations se poursuivent pour déterminer si le réacteur numéro 1 de Chooz est également concerné. Il doit pour l’instant redémarrer le 11 février.  

Penly 1, lui, est arrêté jusqu’au 30 mai. 

La France risque-t-elle des ruptures d’approvisionnement ?

On le comprend : avec de nombreux réacteurs de 1450 MW et 1300 MW à contrôler, le parc nucléaire pourrait faire l’objet d’autres arrêts. « Cela dépendra des éléments qui vont sortir de cette revue et également de la compréhension que l’on a des phénomènes« , tempère néanmoins Julien Collet.  

« Ce qui pose un problème difficile pour les autorités, qui est de savoir si on applique la même logique (que pour les réacteurs de 1450 MW) et on ferme préventivement les réacteurs ou si on privilégie la sécurité électrique« , juge entre autres Yves Marignac, expert nucléaire de l’association NégaWatt. Car « fermer davantage de réacteurs de 1300 MW conduirait inévitablement à des ruptures d’approvisionnement« . 

Le timing est particulièrement mauvais. La France a déjà stoppé une poignée de réacteurs à cause des visites décennales (nécessaires pour prolonger de dix ans la durée d’exploitation), plus nombreuses que d’ordinaire, soulignait L’Express fin décembre. Cinq visites décennales sont toujours en cours dans le pays, et sept autres sont prévues en 2022. « En comparaison, le nombre moyen de visites décennales démarrant dans l’année était inférieur à cinq par an entre 2016 et 2019« , nous expliquait le gestionnaire du réseau RTE. 

Par M.R. avec AFP, publié le 14/01/2022 à 13h09, mis à jour à 13h43

Photo en titre : Photo d’archives de la centrale nucléaire de Penly (Seine-Maritime), le 6 avril 2012. afp.com/Charly TRIBALLEAU

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