PISCINE NUCLÉAIRE DANS LA HAGUE : POUR JEAN MORIN, LES MANCHOIS SONT « MIS DEVANT LE FAIT ACCOMPLI »

Le président du conseil départemental de la Manche Jean Morin juge les délais et le périmètre de la concertation sur le projet de piscine d’EDF insuffisants.

Jean Morin, le président du conseil départemental de la Manche, a adressé un courrier, en date du 6 décembre 2021, à Chantal Jouanno, la présidente de la commission nationale du débat public (CNDP).

« En accueillant sur son territoire depuis la fin des années 1970 les réacteurs nucléaires de Flamanville, l’usine d’Orano et le centre d’enfouissement de l’Andra à Digulleville, la Manche a prouvé plus que n’importe quel autre territoire de France métropolitaine son attachement à la filière nucléaire et à l’indépendance énergétique de notre pays. »

Jean Morin, Président du Conseil départemental de la Manche : « Cela n’autorise pour autant pas à considérer notre département comme un territoire où la filière nucléaire pourrait se passer de l’avis de la population. »

Comme son prédécesseur Marc Lefèvre, il trouve la procédure de concertation sur le projet de piscine d’entreposage de combustibles usés qu’EDF souhaite construire sur les emprises d’Orano la Hague « simple et trop limitée ».

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« Mis devant le fait accompli »

La concertation sur le plan national de gestion de matières et déchets radioactifs, qui a fait l’objet d’un débat public en 2019, « ne peut être brandie comme un bouclier permettant aux acteurs de la filière nucléaire de disposer du territoire national selon leurs besoins », insiste Jean Morin.

Il rappelle d’ailleurs que la CNDP elle-même a incité à pousser plus loin la réflexion sur le choix d’un ou plusieurs sites, « question très sensible au regard de leur dimension territoriale ».

Le public et les associations locales doivent y être associés dès la phase de recherche du ou des sites, afin de ne pas être mis devant le fait accompli. Force est de constater que cela n’a pas été le cas dans la Manche. La décision semble prise avant le début de la consultation du public.

Le choix d’EDF a en fait été annoncé en avril 2021. « D’autres sites avaient été envisagés avant, notamment en région Centre-Val de Loire où les élus s’étaient exprimés contre », observe au passage Valérie Nouvel, vice-présidente en charge de la transition et de l’adaptation au changement climatique, dans le magazine du conseil départemental.

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La période et le rayon en question

Jean Morin s’interroge aussi sur le calendrier de cette concertation, entre le 22 novembre et le 18 février, avec une majorité de rencontres « dans les jours qui précèdent Noël, une période au cours de laquelle, vous en conviendrez, les Français ont autre chose à l’esprit que de répondre à un questionnaire sur le nucléaire ».

Il regrette également « la faible aire géographique » retenue pour la consultation, limitée au Cotentin, « un territoire où une très large proportion de la population travaille ou connaît quelqu’un qui travaille dans le nucléaire ou chez l’un de ses sous-traitants ». Ce n’est pas dit, mais on comprend que les avis auraient pu être très différents dans le reste du département.

Aucun élu invité à la première réunion

Le propos est plus polémique quand Jean Morin évoque la rencontre avec les deux garants de la concertation, le 22 novembre. « Ils m’ont informé, sans solliciter mon avis, qu’ils seront accompagnés de deux porteurs de projets, salariés d’EDF. Cela m’interpelle fortement sur l’idée qu’ils se feraient de l’indépendance de leur mission. En outre, leur principal propos lors de cet échange a été de me convaincre du bien-fondé du projet d’EDF. »

J’ai par ailleurs appris que la concertation publique débutait le jour même, et qu’aucun élu du conseil départemental n’avait été convié à la première réunion.

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Une accusation « insupportable » pour les garants

« Dire que nous sommes inféodés au projet d’EDF n’est pas vrai et c’est insupportable », a vivement réagi Pascal Brérat, l’un de deux garants, mardi soir à l’occasion d’un atelier thématique proposé à Cherbourg.

Pascal Brérat : Il ne m’appartient pas de répondre à la place de la présidente de la CNDP, elle le fera dans les prochains jours.

Quant au rendez-vous avec Jean Morin, « la demande avait été faite un mois auparavant. Nous avions effectivement souhaité la présence de représentants d’EDF, mais nous ne sommes pas intervenus pour soutenir le projet. Et en matière d’indépendance, tous ceux qui voulaient s’exprimer l’ont fait. »

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Par Jean Lavalley, La Presse de la Manche, publié le 17 Janvier 2022 à 6h41 

Photo en titre : Le président du conseil départemental Jean Morin estime que la population et les associations doivent être associées au choix du site de la future piscine d’EDF.

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