UKRAINE : LA MENACE NUCLÉAIRE TOUJOURS AUSSI PRÉOCCUPANTE

Lviv, le vendredi 8 avril 2022 – Six semaines après le début du conflit, la crainte d’un accident ou même d’une attaque nucléaire continue d’inquiéter Ukrainiens et Européens.

L’image a fait le tour du monde et a particulièrement marqué les esprits. Le 24 février dernier, au premier jour de l’invasion russe de l’Ukraine, les troupes de Vladimir Poutine se sont emparées de la centrale nucléaire de Tchernobyl, à 15 km de la frontière avec la Biélorussie, centrale tristement célèbre pour avoir été le théâtre du pire accident nucléaire de l’histoire le 26 avril 1986. Cette prise de guerre symbolique a ravivé la crainte que les combats puissent provoquer un accident nucléaire, alors que l’Ukraine compte quatre centrales nucléaires actives (en plus de Tchernobyl, à l’arrêt depuis 2000).

L’inquiétude a été ravivée de nouveau le 4 mars lorsque l’armée russe a occupé la centrale nucléaire de Zaporija, dans le sud-est de l’Ukraine. Au cours des combats, l’installation a été bombardée et partiellement incendiée, sans qu’aucune fuite radioactive ne soit heureusement à déplorer. À cette occasion, l’Agence Internationale de l’énergie atomique (AIEA) et de nombreux responsables politiques occidentaux ont appelé la Russie à cesser toute opération de combat à proximité des centrales nucléaires, afin d’éviter un accident aux conséquences gravissimes.

Des soldats russes irradiés à Tchernobyl ?

Six semaines après le début du conflit et alors que la guerre semble partie pour durer encore longtemps, le risque d’un accident nucléaire est toujours réel.

À Tchernobyl, le drapeau ukrainien flotte à nouveau sur la centrale, les forces russes ayant quitté la zone le 31 mars. Désormais, les 200 employés de la centrale qui ont été retenus prisonniers par les russes pendant un mois racontent leur calvaire, obligé de travailler sans relâche et sans relève pour maintenir la sécurité de l’installation sous la menace des fusils russes.

Surtout, ils détaillent le manque total de précaution des envahisseurs face aux risques de radiations. Les soldats russes se sont ainsi installés sans aucune protection dans la zone d’exclusion, région de 30 km autour de la centrale totalement inhabitée depuis 36 ans. Pire encore, les Ukrainiens expliquent, image satellite à l’appui, que les Russes ont creusé des tranchées dans la « forêt rouge », un bois où tous les pins sont morts des radiations et qui est considéré comme l’un des endroits les plus irradiés au monde. Selon les autorités russes, de nombreux fantassins russes auraient présenté des symptômes d’une irradiation aiguë (vomissements, diarrhée…) et ont dû être rapatriés vers le centre de radiothérapie de Gomel.

L’UE se prépare à « l’urgence nucléaire »

Un récit livré par les autorités ukrainiennes mais à prendre avec prudence. En effet, selon Karine Herviou, directrice générale adjointe de l’IRSN (Institution de radioprotection et de sureté nucléaire), « il est peu probable que le départ des forces russes ait été motivé par des questions de radiation ». « Même si l’environnement autour de Tchernobyl reste fortement contaminé, les niveaux de radiations ne sont pas suffisamment élevés pour craindre des effets immédiats sur la santé » explique-t-elle. Malgré sa réputation sulfureuse, la centrale de Tchernobyl, à l’arrêt depuis 2000, « ne représente pas la même menace qu’une centrale classique ». Aucune augmentation de la radioactivité n’a d’ailleurs été constatée depuis l’invasion russe.

Le risque nucléaire continue en tous les cas d’inquiéter les Européens. Ce mercredi, l’Union Européenne a annoncé dans un communiqué, qu’elle allait débloquer un budget de 540 millions pour constituer un stock de médicaments et d’équipements sanitaires destiné à faire face aux « urgences nucléaires, bactériologiques et chimiques ». « Nous prenons des mesures concrètes pour mieux préparer l’Europe face à des menaces potentielles » a expliqué le commissaire européen Janez Lenarcic, qui a également précisé que 3 millions de comprimés d’iode ont été livrés à l’Ukraine par la France et l’Espagne.

Par Quentin Haroche, publié le 08 avril 2022

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