ARMES NUCLÉAIRES : LA FRANCE TOURNE LE DOS AUX GÉNÉRATIONS FUTURES !

« Alors que le monde s’achemine vers une période de dérèglement climatique, avec des équilibres de pouvoir précaires, la menace de la bombe atomique augmente. Une insécurité qui a atteint son paroxysme avec l’invasion de l’Ukraine. Si le chemin vers le désarmement nucléaire est complexe, il n’est pas impossible  ». Par Jean-Marie Collin, Émilie Gaillard, Juliette Maillard (*).

La menace nucléaire n’est pas infondée : l’envoi d’une seule tête nucléaire (il en existe aujourd’hui plus de 13 080 dans le monde) suffirait à tuer des millions de civils et contaminerait l’atmosphère pour des décennies. Les conséquences humanitaires catastrophiques dépasseront, comme le souligne le Comité international de la Croix Rouge, les limites géographiques de l’État ciblé. Les générations futures, en raison des conséquences transgénérationnelles, seront aussi affectées. Les exemples des populations nées de parents qui ont été directement soumis à des rayonnements ionisants lors des explosions des bombes atomiques à Hiroshima et Nagasaki au Japon, ou suite aux essais nucléaires montrent bien les dommages transgénérationels sur le long terme de cette arme de destruction massive.

Un traité sur l’interdiction des armes nucléaires en vigueur depuis le 22 janvier 2021

Si la communauté internationale se mobilise, depuis les années 1960, face aux dangers de la prolifération des armes nucléaires, un tournant a été réalisé le 7 juillet 2017, pour engager l’interdiction et l’élimination des arsenaux nucléaires. Lors de cette journée historique, l’assemblée générale des Nations unies a adopté, par une large majorité (122) des États le Traité sur l’interdiction des armes nucléaires (TIAN), désormais en vigueur depuis le 22 janvier 2021.

Le TIAN s’inscrit dans la lignée de plusieurs textes multilatéraux précédents tels que le Traité de non-prolifération nucléaire, mais va plus loin, en s’appuyant notamment sur le droit international humanitaire. Il interdit aux États membres l’utilisation, le développement, la production, les essais, le stationnement, le stockage et la menace d’utilisation, le financement des armes nucléaires (article 1). Il comprend aussi des obligations à agir auprès des victimes de ces armes et sur la réhabilitation de l’environnement affecté par les essais atomiques ; ceci dans le but de protéger les générations futures.

Ce traité, juridiquement contraignant, compte aujourd’hui 86 signataires et 62 ratifications. Ce texte a également réussi à s’insérer avec succès dans le cadre légal international, car de nombreuses institutions financières (comme la banque belge KBC ou la deutsche Bank) l’ont inclus dans leur politique sectorielle de défense. Notons également le soutien important à cette nouvelle norme de nombreuses capitales (Oslo, Berlin, Bern, Paris, Sydney, Washington,…) et villes (dont 62 en France), preuve d’une prise de conscience du danger qui pèse sur les populations. Le TIAN n’est donc pas symbolique, mais contraignant et en marche.

Le triste rôle de la France

Le refus des neuf puissances nucléaires actuelles à ce traité n’a rien de surprenant. La France à ce titre joue un triste rôle. Non seulement, elle dénonce l’existence de cet instrument juridique, dont le but est d’assurer une plus grande sécurité mondiale, mais en plus elle a multiplié les démarches pour dissuader les autres États de le signer.

La première réunion des États parties au TIAN, organisée par l’ONU, se termine ce jeudi à Vienne. Les États membres ou observateurs (comme l’Allemagne, la Finlande, Singapour) étaient présents, tout comme la société civile qui comptait notamment une délégation de ICAN France. Plusieurs centaines de diplomates travailleront aussi ensemble sur les conséquences humanitaires des armes nucléaires et sur un agenda de désarmement nucléaire pour créer une pression supplémentaire sur les États responsables de cette menace.

Le réalisme ce n’est pas le fait de se reposer, comme l’affirme le président Macron (discours sur la dissuasion, le 7 février 2020) sur « l’imperfection du monde ». Non, le réalisme est comme membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU, d’occuper son siège pour affronter cette problématique, exprimée par le philosophe Paul Ricœur, du « vertige d’une non-histoire possible ». La France doit ainsi participer à cette réunion du TIAN comme État observateur pour être du bon côté de l’Histoire.

(1) du 21 au 23 juin aux Nations unies

(*)  Expert et co-porte-parole de ICAN France, Campagne Internationale pour Abolir les Armes nucléaires, organisation prix Nobel de la paix 2017,  maîtresse de conférences HDR en droit privé, Sciences Po Rennes et étudiante. Ouest-France  

Publié jeudi 23 juin 2022 à 13h52

Photo en titre : Un rassemblement contre le nucléaire à Brest, dimanche 9 janvier 2022. © Ouest-France

https://larochesuryon.maville.com/actu/actudet_-point-de-vue.-armes-nucleaires-la-france-tourne-le-dos-aux-generations-futures-_54135-5295403_actu.Htm