NUCLÉAIRE. ORANO LA HAGUE : QUE DEVIENNENT LES COMBUSTIBLES USÉS EN PROVENANCE DE L’ÉTRANGER ?

Lors de la commission locale d’information du site Orano, ce 29 juin 2022 dans La Hague (Manche), le traitement des combustibles usés en provenance de l’étranger a été abordé.

Le traitement sur le site Orano-La Hague (Manche) des combustibles usés en provenance de l’étranger était un des nombreux sujets débattus, ce mercredi 29 juin 2022, à Beaumont-Hague (commune déléguée de La Hague), lors de la Cli (Commission locale d’information) présidée par Gilles Lelong.« Conformément aux accords en vigueur, les déchets sont destinés à être restitués aux propriétaires des combustibles, qui sont responsables de leur mise en stockage dans leur pays respectif. » (Ivan Bocquet, Directeur sûreté, sécurité, environnement et protection du site Orano-La Hague)

Les conteneurs appartenant aux clients étrangers doivent être expédiés vers le pays d’origine des combustibles usés selon trois formes : les CSD-C (déchets de structure et technologiques compactés) ; les CSD-V ou CSD-U (produits de fissions vitrifiés) ; les CSD-B (boues et effluents vitrifiés de moyenne activité, correspondant à l’utilisation des installations de la Hague).

Équivalence avec l’Allemagne, blocages avec l’Italie et l’Espagne

Sous certaines conditions et après autorisation du ministre chargé de l’énergie, il peut être fait recours à un équivalent afin de restituer aux clients les déchets radioactifs. C’est ce texte du code de l’environnement qu’Orano Recyclage a utilisé en 2021 pour le retour des derniers déchets radioactifs allemands. « Ces derniers seront restitués sous la forme de CSD-V et d’emballages de transport usés », apprend Orano-La Hague. 

« Ces discussions-là sont aussi dans la main des gouvernements. Il y avait une volonté de traiter cette question du retour des déchets allemands avant fin 2024. » (Ivan Bocquet)

Au 31 décembre 2021, 2 698,5 tonnes (soit 95 %) des CSD-V produits sur le site avaient été renvoyées : 53,1 % vers l’Allemagne ; 23,1 % vers le Japon ; 7,7 % vers la Suisse ; 6,9 % vers la Belgique ; 3,9 % à destination des Pays-Bas et 0,4 % vers l’Australie. « Ça représente 5 397 conteneurs vitrifiés renvoyés », chiffre Ivan Bocquet. Il en reste 168 en stock, notamment l’intégralité de ce qui doit retourner en Espagne et en Italie, deux pays qui ne sont visiblement pas prêts techniquement et sociétalement.

En chiffres

Le directeur adjoint d’Orano La Hague assure que l’impact de l’usine sur un an est l’équivalent de seulement 2 jours de radioactivité naturelle.

La dose moyenne des salariés d’Orano recyclage en 2021 est de 0,14 millisievert. « On est très en deçà de la dosimétrie maximale pour un travailleur du nucléaire », assure Ivan Bocquet, directeur sûreté, sécurité, environnement et protection du site où 34 exercices de préparation à la gestion de crise ont été réalisés en 2021. « Les gens ont deux dosimètres. On a plus de 800 000 pointages par an en zone. En terme de ratio, c’est une dizaine sur plus de 800 000 donc on est sur des taux de défaillance extrêmement faibles », assure le directeur adjoint Jean-Christophe Varin.

295 tonnes d’uranium 

Yannick Rousselet (Greenpeace) s’interroge sur ces deux pays mais aussi sur l’Australie. Selon lui, l’Espagne paye 650 000 € par jour d’indemnités. 

 « Effectivement, l’Espagne n’est pas en mesure de recevoir les déchets. Des pénalités significatives sont appliquées. Aujourd’hui, on ne peut pas mettre sur la route un transport de déchets si l’Espagne n’est pas en mesure de les stocker d’où les pénalités fortes. L’Italie, c’est à peu près la même chose sachant que la date de butée est 2025. »

Ivan Bocquet

Pour la partie des déchets compactés (CSD-C) : 38 % soit 1 076 tonnes ont été renvoyés. Les premiers retours de déchets compactés ont commencé en 2009. Les 10,2 tonnes espagnoles et 207,4 tonnes italiennes n’ont pas pu être renvoyées pour les mêmes raisons. Mais le Japon non plus n’en a pas encore récupéré. « Du retard a été pris chez les Japonais » à la suite de l’incident de Fukushima. Au global, 1 740,8 tonnes (soit 2 048 conteneurs compactés) restent à renvoyer dans leurs pays d’origine.

Toujours au 31 décembre 2021, 295 tonnes d’uranium sous forme de nitrate d’uranyle (dont 98,1 % appartenant à la France) et 80 tonnes de plutonium sous forme oxyde (dont 83 % pour notre pays) étaient entreposées sur le site Orano-La Hague. La majeure partie du plutonium restant appartient au Japon. « Ce tonnage de plutonium appartient au client et à pour vocation de fabriquer du combustible Mox », explique Jean-Christophe Varin.

Par Jean-Philippe Massieu, publié le 1er juillet 2022 à 07h40

Photo en titre : La totalité des déchets espagnols et italiens restent stockés sur le site Orano-La Hague. Une partie des déchets allemands, néerlandais, suisses, belges et australiens sont encore à réexpédier. (©Archives La Presse de la Manche)

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