BAISSE DU NIVEAU DE LA LOIRE : QUELLES RÉPERCUSSIONS À LA CENTRALE NUCLÉAIRE DE CHINON ?

À cause des fortes chaleurs et de la sécheresse qui sévissent en cet été 2022, la Loire va être placée en état de crise. Si la production d’électricité de la centrale nucléaire de Chinon ne sera pas impactée, le site n’est pas pour autant épargné.

Des bancs de sable à perte de vue. Face à la sécheresse qui frappe tout le territoire français, son plus grand fleuve, la Loire, n’en sort pas indemne, affichant des débits jamais vus depuis quarante ans.  Quelles répercussions, alors, sur le fonctionnement de la centrale nucléaire de Chinon, alors que certains sites dans le sud du pays voient leur production ralentie ?

« Aucun impact sur la production »

« Aucun impact sur la production« , assurait le service communication du site EDF d’Indre-et-Loire, contacté le 8 août dernier. « Il n’y a aucune raison de baisser la production de la centrale nucléaire de Chinon, confirme Arthur Neveu, chef de division de l’Autorité de sûreté nucléaire à Orléans. Si toutes les centrales puisent de l’eau dans la mer ou dans un fleuve pour refroidir leurs réacteurs, certaines rejettent ensuite cette eau chaude directement, explique Arthur Neveu. C’est le cas par exemple de celles en bord de Rhône, qui sont obligées de réduire leur production au risque de trop réchauffer le fleuve en aval.« 

« En 2020, 45 millions de mètres cubes ont été transformés en vapeur d’eau à la centrale. Quand on sait qu’il y a des restrictions de l’usage de l’eau… » (Pascal Hoyau, membre du Collectif chinonais environnement qui siège à la commission locale d’information de la centrale nucléaire de Chinon)

À Chinon, l’eau est puisée dans La Loire et s’évapore en partie. « Ce qui fait qu’on ne réchauffe pas la Loire en aval« , poursuit Arthur Neveu. Un fonctionnement que déplore néanmoins Pascal Hoyau, en cette période de sécheresse et de restriction d’usage de l’eau.

« Il faut savoir qu’un quart de l’eau qui est prélevée est transformée en vapeur d’eau, précise ce dernier, membre du Collectif chinonais environnement ainsi que de la commission locale d’information (CLI) du CNPE (1) de Chinon. En 2020, 45 millions de mètres cubes ont été transformés en vapeur d’eau à la centrale. Quand on sait qu’il y a des restrictions de l’usage de l’eau… Selon les projections, les débits des petits cours d’eau risquent de diminuer de 30 % à l’horizon 2060. Ça va poser de gros problèmes pour le fonctionnement de la centrale sur la période estivale.« 

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C’est, en degrés et selon le service communication de la centrale nucléaire de Chinon, la hausse de température de l’eau de la Loire générée par les rejets du site EDF en juillet 2022. Sachant que le seuil à ne pas dépasser est d’un degré supplémentaire.

Pas d’impact sur la production… mais sur le fonctionnement

Car, si la production du CNPE de Chinon n’est pas impactée par la sécheresse (2), « il y a quand même un impact sur son fonctionnement« , rebondit Arthur Neveu. Au niveau des rejets dans la Loire, interdits si le débit du fleuve royal venait à descendre sous les 54 mètres cubes par seconde (m3/s).

Un seuil atteint un peu plus tôt dans le mois, selon Pascal Hoyau : « On était à 50 m3/s entre le 4 et le 6 août et à 54 m3/s entre le 11 et le 16 août, assure ce dernier. Dans ce cas-là, les effluents rejetés par les réacteurs sont stockés dans des réservoirs qui ont une capacité limitée à quelques semaines. Pour l’instant ça tient, mais on est limite. »

Loire : un niveau qui devrait baisser dans les prochains jours

Si avec l’épisode pluvieux du week-end du 15 août le débit de la Loire est remonté à 56 m3/s (3), le répit devrait être de courte durée. Une nouvelle vague de chaleur est annoncée sur l’ensemble du pays dans les prochains jours. Face au manque de précipitations, un étiage encore plus sévère devrait se mettre en place pour faire passer le débit du fleuve en dessous du seuil de crise.

Les barrages en amont de la Loire sont, depuis le début de l’été, ouverts mais de façon régulée pour maintenir le niveau de la Loire, explique Arthur Neveu. Aujourd’hui, l’objectif est de soutenir l’étiage à 38 m3/s. » Ce dernier annonce alors « un impact à moyen terme d’organisation pour EDF« . 

Une adaptation jugée nécessaire alors que plus de la moitié des 56 réacteurs du parc nucléaire français sont actuellement à l’arrêt. Comme l’unité de production n°3 à Chinon. Les réseaux B1, B2 et B4 tournent, eux, à plein régime.

NOTES

(1) Centrale nucléaire de production d’électricité.

(2) Il faut que le débit de la Loire soit inférieur ou égal à 26 m3/s pour que les réacteurs du CNPE de Chinon soient arrêtés.

(3) Débit calculé à la station de Langeais, vingt kilomètres en amont de la centrale nucléaire de Chinon.

Publié le 19/08/2022 à 14h00, mis à jour le 19/08/2022 à 16h20

Photo en titre : Malgré un niveau de la Loire historiquement bas en raison de l’épisode de sécheresse, la production de la centrale nucléaire de Chinon n’est pas impactée.
© (Photo NR)

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