SUISSE : UN COMITÉ DE DROITE VA LANCER UNE INITIATIVE POUR RELANCER LE NUCLÉAIRE

Les Suisses pourraient à nouveau se prononcer sur les centrales nucléaires. Un comité d’élus de partis de droite et de représentants de l’économie va lancer une initiative visant à lever l’interdiction de construire de nouvelles centrales nucléaires en Suisse, fait savoir la presse dominicale. Un débat sur l’atome qui va crisper les fronts politiques à un an des élections fédérales.

Intitulé « De l’électricité pour tous en tout temps. Stop au black-out« , l’initiative populaire veut inscrire dans la Constitution que « toute forme de production d’électricité respectueuse du climat est autorisée ».

La collecte de signatures doit commencer la semaine prochaine, selon Le Matin Dimanche et la SonntagsZeitung et le texte de l’initiative sera publié mardi dans la Feuille fédérale officielle

Ce texte pourrait trouver un important soutien à droite. Il y a un an, l’UDC avait en effet annoncé vouloir relancer le nucléaire, y voyant un « pilier fiable» de l’approvisionnement de la Suisse. Et, en février, l’assemblée du PLR a adopté une résolution visant à ne pas fermer la porte à l’atome, certes au terme d’un débat sous tension.

À gauche, en revanche, on demeure fermement opposé au nucléaire, alors que Le Centre, qui pourrait jouer les arbitres dans ce débat, est plus discret sur le sujet.

Lire aussi: L’UDC se positionne sur le dossier énergétique et veut relancer le nucléaire et Le PLR ne veut pas fermer la porte à l’énergie nucléaire

Ne pas « interdire bêtement certaines technologies »

La stratégie énergétique de la Suisse, qui mise sur les importations en hiver, est un échec, indique dans les journaux dominicaux Vanessa Meury, présidente du Club Énergie Suisse, l’association à l’origine de l’initiative.

Et cette membre des Jeunes UDC d’expliquer la prise de position du comité: « Selon l’Office fédéral de la protection de la population, une pénurie d’électricité représente le risque le plus important, le plus coûteux et le plus dangereux pour la Suisse. Au lieu d’interdire bêtement certaines technologies, notre pays a besoin d’un approvisionnement en électricité sûr, respectueux de l’environnement et du climat, financièrement abordable et autonome. »

Les précisions de Valérie Gillioz dans le 12h45:

La revue de presse de Valérie Gillioz, correspondante à Berne. / 12h45 / 1 min. / aujourd’hui à 12:45

Pour Vanessa Meury, construire une centrale en Suisse serait tout à fait possible si on lève l’interdiction: « La preuve, c’est qu’à l’étranger, plus de 50 réacteurs sont en construction et il existe de nouvelles technologies. Quant à la durée, si la Suisse s’en donne les moyens, elle peut raccourcir les délais. En fonction de la taille de la centrale, il est possible d’en avoir une en huit à quinze ans. »

Interrogé par la RTS à ce sujet au printemps, le président du Conseil des États, le PLR de Glaris Thomas Hefti, estimait qu’il fallait « sortir des préjugés sur le nucléaire« . Et d’ajouter: « On a arrêté une centrale, mais on en a toujours quatre et il faut dire que c’est une énergie qui n’émet pas de CO2. Même si elle a des inconvénients et si les centrales qu’on a datent du siècle passé (…) il faut peut-être avoir l’esprit plus ouvert qu’on l’avait les 20 ou 30 dernières années. »

Revoir l’interview de Thomas Hefti dans La Matinale:

L’invité de La Matinale – Thomas Hefti, président du Conseil des États / La Matinale / 11 min. / le 17 mars 2022

Lire aussi: Thomas Hefti: « Sur le nucléaire, il faut peut-être avoir l’esprit plus ouvert « 

La gauche s’insurge

Une alliance interpartis de parlementaires rejette « fermement » l’initiative sur le nucléaire qui va être lancée. Des conseillers nationaux PLR (Jacqueline de Quattro VD), du Centre (son président Gerhard Pfister ZG), du PS (Roger Nordmann VD), des Verts (Bastien Girod GE) et des Vert’libéraux (Jürg Grossen BE) défendent la Stratégie énergétique 2050, adoptée il y a cinq ans par les électeurs.

Interrogé dans Le Matin Dimanche, le chef du groupe socialiste aux Chambres fédérales Roger Nordmann pointe du doigt les dangers du nucléaire, relevant que « 3% des centrales finissent leur vie par une avarie grave ». Le Vaudois estime toutefois que le texte « n’a aucune chance », notamment parce que compte tenu des votes nécessaires, des recours et des délais liés aux travaux, il ne serait pas possible de compter sur une nouvelle centrale avant 2067. Et de souligner enfin le problème des déchets, qui n’est toujours pas résolu.

Sur Twitter, la conseillères aux États Adèle Thorens (Verts/VD) s’est de son côté insurgée, estimant que d’autres solutions existent: « Nos enfants et descendants devront déjà supporter les conséquences irréversibles de la crise climatique, faut-il encore leur léguer plus de déchets toxiques sur des milliers d’années? »

Interdiction depuis 2017

La construction de nouvelles centrales atomiques est interdite en Suisse depuis 2017 après une votation populaire. Et les quatre centrales nucléaires en activité voient leur date de fermeture se rapprocher, en partie pour une question de rentabilité, puisque leurs propriétaires doivent investir toujours plus pour garantir la sécurité.

Ce printemps toutefois, plusieurs organisations économiques avaient proposé de prolonger la durée de vie des centrales encore en fonction, quitte à financer les réparations avec l’argent public.

Également membre du comité d’initiative, l’ancien président du Forum nucléaire suisse Bruno Pellaud juge qu’il est possible de maintenir en activité les centrales actuelles, le temps d’en construire une nouvelle. « Aujourd’hui, on comprend bien leur comportement technique. Une durée de vie de soixante ou septante ans est réalisable en toute sécurité. »

Par boi avec ats, publié le 28 août 2022 à 12h07 modifié à 14h39

Photo en titre : Les Suisses pourraient à nouveau se prononcer sur les centrales nucléaires

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