DANS QUEL ÉTAT SE TROUVE ACTUELLEMENT LE PARC NUCLÉAIRE FRANÇAIS? [CARTE]

L’hiver qui s’annonce va mettre à rude épreuve le système électrique français. Pour éviter le black-out, le bon fonctionnement du parc nucléaire hexagonal sera déterminant. Au 1er septembre, seuls 25 réacteurs sur 56 produisent de l’électricité. Plusieurs d’entre eux ne pourront pas redémarrer tout de suite.

Le phénomène de corrosion sous contrainte (CSC) qui touche de multiples réacteurs nucléaires français et complique la vie de l’exploitant EDF a été détecté pour la première fois mi-décembre sur le réacteur numéro 1 de la centrale de Civaux (Vienne).

Le risque de coupures d’électricité au cours de l’hiver 2022-2023 inquiète les pouvoirs publics. Outre la «sobriété» en faveur de laquelle le gouvernement milite, on entend désormais parler d’interruptibilité, d’effacement et même de délestage tournant. Autant de dispositifs activables par les autorités, mais qui risquent malheureusement de ne pas suffire à assurer l’équilibre du réseau électrique français en période de pointe. A tel point que le gestionnaire RTE lance l’alerte. Il invite les Français à réduire de 15% leur consommation électrique et sera d’une «vigilance particulière» durant les mois hivernaux.

Les raisons sont multiples : une réserve hydraulique en berne, une sécurité d’approvisionnement en gaz toujours incertaine (même si Engie annonce que les stockages souterrains seront remplis sous peu)… Mais également, une disponibilité du parc nucléaire français historiquement faible.

Au 1er septembre 2022, seuls 25 des 56 réacteurs hexagonaux produisent de l’électricité. 31 sont fermés, dont 29 pour maintenance ou rechargement de combustible. Deux réacteurs (Dampierre 1 et Saint-Laurent 2) sont également à l’arrêt pour économie de combustible en prévision de la période hivernale, pratique régulièrement utilisée pour ménager les réacteurs en prévision de l’hiver et ne les recharger qu’au printemps suivant.

Surtout, 13 unités de production sont fermées en raison de problèmes de corrosion sous contrainte (CSC). Le phénomène a été détecté pour la première fois mi-décembre sur le réacteur numéro 1 de la centrale de Civaux (Vienne). Cette anomalie se traduit par des microfissures au niveau des soudures des coudes des tuyauteries d’injection de sécurité (RIS) reliés au circuit primaire, qui servent à refroidir le réacteur en cas d’accident. EDF mène actuellement des contrôles par «un procédé de contrôle non destructif par ultrasons» afin d’identifier la cause du problème.

Éviter le recours au charbon

L’état de fonctionnement du parc nucléaire hexagonal sera pourtant déterminant pour éviter le black-out lors des pics de consommation hivernaux. La Première ministre, Élisabeth Borne, en est bien consciente. «Je compte vraiment sur EDF pour assurer son programme de redémarrage dans les prochaines semaines, dans les prochains mois, et ça nous éviterait de devoir redémarrer une centrale à charbon», a-t-elle déclaré le 1er septembre au micro de France Inter, invitée de la matinale.

En raison notamment de la faible disponibilité de son parc nucléaire, la France a régulièrement importé de larges volumes d’électricité depuis le Royaume-Uni, l’Espagne, l’Allemagne, la Belgique, la Suisse et l’Italie au cours du mois d’août 2022. Crédit : RTE

Rien n’est moins sûr. Les déboires d’EDF se multiplient depuis plusieurs mois, et cela s’en ressent sur les importations d’électricité depuis nos voisins européens, qui ne sont eux-mêmes pas à l’abri de coupures d’électricité. D’ordinaire, la France est structurellement exportatrice d’électricité les mois d’été. Or, cette année, la tendance s’est inversée au mois d’août. Rien de dramatique pour l’instant. Mais la situation pourrait vite devenir intenable quand nos voisins n’auront plus forcément de surplus d’électricité à nous vendre au cœur de l’hiver.

Par Antoine Vermeersch, publié le 5 septembre à 8h00

Photo en titre : Le phénomène de corrosion sous contrainte (CSC) qui touche de multiples réacteurs nucléaires français et complique la vie de l’exploitant EDF a été détecté pour la première fois mi-décembre sur le réacteur numéro 1 de la centrale de Civaux (Vienne). © EDF

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