ATTAQUE NUCLÉAIRE : RISQUES, SURVIVRE, QUE FAIRE ?

Le président américain Joe Biden a mis en garde jeudi 6 octobre contre un risque d’ « apocalypse » nucléaire dans la guerre entre la Russie et l’Ukraine suite aux menaces de Vladimir Poutine. Quels risques pour l’homme en cas d’attaque nucléaire ? À quelle distance se propage la bombe nucléaire ?

En plein conflit entre la Russie et l’Ukraine, la possibilité d’une guerre nucléaire hante les esprits. Jeudi 6 octobre, le président des États-Unis, Joe Biden, a mis en garde, contre un risque d‘ « apocalypse » nucléaire suite aux menaces du président russe Vladimir Poutine. Vladimir Poutine  » ne plaisante pas quand il parle d’un usage potentiel d’armes nucléaires tactiques ou d’armes biologiques ou chimiques, car son armée, on pourrait le dire, est très peu performante » a déclaré Joe Biden, lors d’une collecte de fonds à New York. « Nous n’avons pas été confrontés à la perspective d’une apocalypse depuis Kennedy et la crise des missiles cubains » en 1962, a-t-il ajouté. Concrètement quels sont les risques pour les populations en cas d’attaque nucléaire ? Jusqu’à quelle distance peut-on être touché ? Quels effets en cas d’accidents ? Le point avec Abraham Behar, président de l’AMPFGN, Association des médecins français pour la prévention de la guerre nucléaire, branche française de l’IPPNW, Association internationale des médecins pour la prévention de la guerre.

Quels sont les effets et risques d’une attaque nucléaire pour l’homme ?

« En cas d’attaque nucléaire, s’il s’agit d’un missile unique, impossible de survivre si on se trouve dans la zone létale absolue » explique d’emblée, Abraham Behar, ancien médecin nucléaire à Paris, président de l’AMPFGN, ancien médecin nucléaire à l’AP-HP et directeur d’un laboratoire de radiobiologie. Pour les autres, tout dépend de la taille du missile, du niveau et du temps d’exposition aux radiations notamment. Les populations les plus exposées souffrent :

du syndrome d’irradiation (ancienne maladie des rayons). « Le syndrome aigu d’irradiation (SAI) est une combinaison de plusieurs syndromes. Il apparaît après une irradiation du corps entier à forte dose. L’importance du SAI dépend non seulement de la dose absorbée totale, de la durée de l’irradiation et du type de rayonnement, mais aussi de la distribution de la dose dans l’organisme », explique l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN). On souffre d’abord du syndrome initial dans les premières 24 heures. En fonction des doses absorbées, les symptômes sont :

  • nausées
  • vomissements
  • asthénie
  • diarrhée
  • hyperthermie
  • hypotension
  • céphalées
  • érythème précoce

Apparaît ensuite une phase de latence. Enfin une phase d’état comprenant  » des manifestations cliniques et biologiques qui peuvent aboutir au décès « .

 Le syndrome hématopoïétique : la moelle osseuse, qui fabrique les cellules sanguines, cesse de fonctionner, ce qui entraîne une aplasie pouvant causer le décès du malade.

Le syndrome gastro-intestinal : « Il se caractérise par l’apparition de diarrhées, de crampes abdominales, parfois même d’hémorragies digestives et de septicémie du fait de la rupture de la muqueuse intestinale et des ulcérations digestives. Il peut entraîner la mort en une à deux semaines » précise l’IRSN.

 Le syndrome neurovasculaire « létal en quelques jours, il se caractérise par une désorientation temporo-spatiale, une ataxie, des crises convulsives et un coma, causés par la présence d’un œdème cérébral, d’une hypertension intracrânienne et d’une anoxie cérébrale », explique l’IRSN.

À court terme, il existe également ce qu’on appelle le syndrome d’irradiation localisée, toujours selon l’IRSN. Il s’agit d’une brûlure radiologique, qui, à la différence des brûlures thermiques, est extensive en surface et en profondeur. Elle peut conduire à une nécrose.

Des maladies radio-induites : les effets sont variables à plus ou moins long terme,  » impossible de prévoir « , souligne Abraham Brehar. « Elles sont responsables de nombreux cancers, de cataractes dites radioactives et peuvent apparaître des décennies après l’exposition ! », ajoute-t-il. Cancers du sein, de la thyroïde, leucémies, cancers cutanés, cancers du poumon, du côlon… De nombreuses maladies sont dites radio-induites. En cas d’attaque nucléaire, ces maladies concernent les populations qui ont survécu mais ont été irradiées. Après les attaques d’Hiroshima et Nagasaki, les Japonais qui ont survécu ont été exposés à des risques très élevés de cancers de la thyroïde, glande très sensible aux rayonnements. Une étude menée en 2012 et publiée dans l’International Journal Of Cancer montre que les enfants et les adolescents étaient très exposés aux risques de développer un cancer, 50 ans après avoir été irradiés. Après l’âge de 20 ans, les chercheurs ont observé qu’il n’y avait pas de preuve d’augmentation de ce type de cancer.

Le syndrome aigu d’irradiation (SAI) apparaît après une irradiation du corps entier à une forte dose de rayonnements ionisants et sur une période très courte. Agnès François, ingénieur chercheur à l’IRSN, au Laboratoire de Radiobiologie des Expositions Médicales, nous explique ce phénomène.

Certaines personnes sont-elles plus sensibles aux rayons ?

« Les effets des radiations seront extrêmement différenciés en fonction de la puissance du missile et aussi très hétérogènes en fonction de ce qu’on appelle la radiosensibilité individuelle aux rayonnements ionisants. La répartition des sujets sensibles, très sensibles ou résistants est totalement aléatoire », explique Abraham Behar. « On sait toutefois que les personnes les plus sensibles sont les femmes enceintes et l’embryon ou le fœtus. Les bébés qui naissent après une exposition in utero ont quatre fois plus de risques de générer une maladie radioactive, tout au long de leur vie. » Les enfants puis les adolescents font également partie des populations les plus à risque.

À quelle distance se propage la bombe nucléaire en cas d’explosion ?

« Tout va dépendre du calibre du missile utilisé. Pour une bombe qui aurait deux fois la puissance de celle envoyée sur Hiroshima et qui serait envoyée sur Paris, l’ensemble des arrondissements serait touché. Surtout, il s’agit de projection pour 20 Mégatonnes (Mt) mais actuellement, la plupart des missiles ont une puissance bien supérieure. Ce n’est plus une cible unique qui est prévue mais des cibles multiples. Par exemple, un projectile peut tomber place Vendôme, un autre en Seine-et-Marne, un autre en Seine-Saint-Denis. Ces fusées à tête multiple ont une puissance au moins dix fois supérieure à la puissance d’Hiroshima » développe le président de l’AMPFGN. Le simulateur Nukemap, un logiciel de simulation en ligne créé par Alex Wellerstein, historien des sciences et des armes nucléaires, permet de se rendre compte des dégâts causés par une explosion nucléaire. On renseigne la ville ciblée et la puissance de la bombe. Il est aussi possible de choisir parmi la liste de missiles nucléaires connus. Pour une bombe de 100 Mt, tout serait vaporisé dans un rayon de 117 km2 constituant la boule de feu nucléaire. Dans un rayon de 3 350 km2, les bâtiments s’effondrent et de multiples incendies se déclarent, le nombre de morts est considérable. Le risque de développer un syndrome d’irradiation s’étend sur 17 080 km2. Le souffle de l’explosion peut causer l’explosion de fenêtres jusqu’à 26 450 km2 alentours. « Concernant l’exposition aux radiations pour les populations périphériques qui auraient survécu, les conséquences sont très imprévisibles car les circonstances atmosphériques, et surtout le vent, changent tout« , souligne Abraham Behar. « Après une explosion atomique, on observe la montée d’un nuage mixte dans lequel il y a des éléments radioactifs et tous les débris possibles. Selon le vent, ce mélange se déplace dans l’atmosphère et retombe dans des régions variables. » Ces retombées sont dangereuses pour la santé des populations concernées.

Que faire en cas d’attaque nucléaire ?

Ce qu’il faut faire en cas d’attaque, c’est fuir très loin si on le peut.

« Les populations périphériques qui ont survécu à Hiroshima et Nagasaki ont dû boire de l’eau radioactive. C’est dans cette population qu’on a observé le plus grand nombre de maladie radio-induites. En effet cela ne suffit pas de survivre à une explosion, il faut encore créer les conditions de vie pour ne pas surajouter à la radioactivité : réserve d’eau, de nourriture… « , prévient l’ancien médecin nucléaire. Ce qu’il faut faire en cas d’attaque, c’est fuir très loin si on le peut. « Mais comme on l’a vu lors de la catastrophe de Fukushima, il y a tellement de monde sur les routes, les embouteillages sont tels, qu’en réalité, on sait que ce n’est pas une véritable option sur le terrain » ajoute le médecin retraité. Les abris creusés en profondeur peuvent permettre la survie des populations. « Pratiquement dès les premières minutes, tout ce qui entoure la zone est radioactive. Les abris sont alors efficaces, contre les neutrons notamment capables de rendre radioactifs tout ce qu’ils touchent, ce qu’on appelle l’activation neutronique qui démultiplie les effets secondaires à une explosion. En outre, le caractère persistant de la radioactivité ruine les espoirs de survie de ceux qui ont pu se mettre à l’abri. Selon les calculs les plus récents, il faudrait attendre des mois avant de pouvoir sortir d’un abri. Dans cette perspective, on ne peut pas garder nos stocks durant une si longue période ou alors il s’agit d’une solution pour une poignée de personnes uniquement » détaille Abraham Behar. Si toutefois on atteint un abri, il faut retirer ses vêtements, ses chaussures et passer à l’eau la totalité de son corps pour bien retirer toutes les particules radioactives.

En cas d’alerte nucléaire, le gouvernement français recommande de :

  • Se mettre rapidement à l’abri dans un bâtiment en dur
  • Se tenir informé via les médias et les réseaux sociaux
  • Ne pas aller chercher les enfants à l’école
  • Limiter ses communications téléphoniques
  • Prendre des comprimés d’iode stable sur instruction du préfet et selon la posologie
  • Se préparer à une éventuelle évacuation

À quoi sert l’iode en cas d’attaque nucléaire ?

Lors d’une attaque nucléaire, de l’iode radioactif est libéré dans l’atmosphère. Il se retrouve dans l’organisme, inhalé ou ingéré via l’eau ou les aliments contaminés. La glande thyroïde stocke l’iode jusqu’à saturation. S’il s’agit d’iode radioactif, la personne est alors exposée à un risque accru de développer un cancer de la thyroïde. En cas de menace nucléaire, les autorités peuvent recommander de prendre de l’iode non radioactif, disponible sous forme de comprimés. « L’objectif est de saturer la thyroïde en iode stable afin qu’elle ne stocke pas l’iode radioactif en cas d’attaque ou d’accident. La thyroïde est très active durant l’adolescence et diminue avec le temps, mais chez les sujets plus âgés, la thyroïde étant déjà au repos, cela ne sert à rien. Toutefois quand bien même la population a accès à l’iode, c’est finalement dérisoire en cas d’attaque nucléaire« , explique le spécialiste.

Pastille d’iode : nucléaire, peut-on en acheter en pharmacie ?

IODURE DE POTASSIUM. Le président américain, Joe Biden, a mis en garde contre un risque d' »apocalypse nucléaire » dans la guerre qui oppose l’Ukraine à la Russie. Par crainte d’un tel accident, des comprimés d’iode (iodure de potassium) peuvent être distribués aux populations à risque d’exposition.

En effet, cette iode ne protège pas des autres éléments radioactifs pouvant être libérés lors d’un accident ou d’une attaque nucléaire : l’uranium, le plutonium, le tritium, le lithium… Et il faudrait prendre le comprimé avant l’attaque nucléaire et l’exposition aux radiations. « La prévention est véritablement la seule possibilité : notre mouvement l’AMPFGN est né dans la folie du nucléaire, quand chacun des deux pays, URSS et USA, détenait à eux deux de quoi détruire 10 fois la planète. Et dans mon métier, on sait que parfois, le curatif est impuissant, c’est le cas après une explosion nucléaire » conclut Abraham Behar.

Par Dorothée Duchemin, mis à jour le 07/10/22 à 10h06

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