Août 12

L’ÉTAT FRANÇAIS PROTÈGE LE TERRORISME

La citoyenne russe Maria Katasonova est une terroriste nucléaire. Elle a ses entrées à l’association « Dialogue franco-russe » de Thierry Mariani et même à l’Assemblée nationale. Son sponsor est Marine Le Pen. Le consulat français à Moscou lui délivre des visas d’entrée dans notre pays où elle circule librement sans être inquiétée.

Maria Katasonova affirme sur une vidéo que le projet de Monde russe en Ukraine « Novorossia » ne peut échouer. Elle assène : « Si nous perdons, nous détruirons la planète » et en guise d’argument, elle déclenche d’un revers du bras l’enfer nucléaire. Si un islamiste quelconque avait menacé de décapiter un otage avec son sabre, on lui aurait refusé un visa d’entrée dans notre pays. Il aurait été placé sur la liste des personnes recherchées par Interpol, et il aurait été arrêté. Mais Maria Katasonova peut menacer en toute impunité de détruire la planète, sur laquelle vous et moi vivons.

Le 6 juin, j’ai déposé plainte contre Maria Katasonova auprès du procureur de Bayonne. À ce jour, je n’ai reçu aucune réponse. Peut-être que j’en recevrai une dans les jours prochains. Si ce n’était pas le cas, je serais contraint de penser que le procureur de Bayonne ne souhaite pas affronter les réseaux qui protègent Maria Katasonova, tant en France qu’en Russie.Maria Katasonova à Paris © Maria Katasonova

Maria Katasonova est assistante parlementaire du député de la Douma d’État Eugène Fedorov, le plus ardent poutiniste parmi les députés russes et coordinateur du Mouvement de libération nationale. Cette organisation fait le coup de feu au Donbass ukrainien et le coup de poing contre les opposants à Moscou.

Maria Katasonova fait partie des personnes invitées aux cérémonies les plus prestigieuses du Kremlin. Avec fierté, elle expose son carton d’invitation à l’inauguration de Poutine pour son nième mandat présidentiel.

Son mentor international est Marine Le Pen. Elle a fait la bise et a offert des roses bleues à la candidate FN à l’élection présidentielle lors de sa venue à Moscou en 2017.

Lors de ses visites en France, Maria Katasonova fréquente l’association « Dialogue franco-russe » présidée par Thierry Mariani. Ces liens lui ont assuré un sauf-conduit à l’Assemblée nationale le 28 mars 2017. Une terroriste à l’Assemblée nationale, personne ne s’en est ému ! Personnellement, j’avais écrit l’an dernier au consulat de France à Moscou pour exprimer mon étonnement qu’un visa puisse être remis à une terroriste. Non seulement cette personne n’a pas été inquiétée par la police en France, mais son visa lui a été renouvelé par la suite. Sur sa page Facebook, la terroriste au visage d’ange pose au Trocadéro sur fond de tour Eiffel, sur des yachts luxueux à Antibes ou à Nice.

La lutte contre le terrorisme affichée par les autorités françaises est une duplicité.

Beaucoup de monde courtise Poutine en France. Macron le tutoie et l’appelle « Cher Vladimir ». Poutine est un modèle pour Philippe de Villiers, Nicolas Dupont-Aignan, nombres de frontistes et républicains. Pour Mélenchon et une partie de la gauche, Poutine est victime d’une Europe agressive, un dernier recours contre l’OTAN et notre sauveur en Syrie. Et puis, et certainement surtout, il y a le lobby des affaires. S’en prendre à Maria Katasonova serait très mal pris par le Kremlin. Combien cela coûterait en termes de rupture de contrats commerciaux ? Personne n’a envie de donner un coup de pied dans cette fourmilière en arrêtant Maria Katasonova en France. La lutte contre le terrorisme a ses limites. Il y a d’autres priorités. Je comprends tout à fait les réticences du Procureur de Bayonne à me répondre.

Mais la menace terroriste nucléaire russe est-elle réelle ?

« La Russie est invincible ! » Ce slogan est récurrent. Les cérémonies grandioses du 9 mai sacralisent la victoire de 1945. Elles ont pour but de persuader que ce postulat est éternel. Le Russe contemporain n’a pas participé à cette victoire vieille de 73 ans. Même pas Poutine qui est né en 1952. Les Russes de notre génération n’ont pas gagné la deuxième guerre mondiale en 1945, mais ils ont perdu en 1991 la troisième guerre mondiale ou première guerre froide. Leur pays, l’URSS a été battue. Elle s’est disloquée. Gagneront-ils la troisième guerre mondiale, ou deuxième guerre froide qui se déroule actuellement ? Avec les mêmes moyens, même nucléaires ? La situation est critique.

Aujourd’hui, la Fédération de Russie est un pays en difficulté sur tous les plans. Son PIB est inférieur à 2 % du PIB mondial. Celui de l’URSS était de 7 %. Elle est en conflit ouvert ou larvé avec tous ses voisins, en particulier avec la Chine qui revendique des territoires qui s’étendent jusqu’au nord du Baïkal. La corruption gangrène le pays. La Russie est isolée. Elle est soumise à des sanctions internationales. Le recours à l’arme nucléaire est le leitmotiv d’une classe politique dirigeante russe aux abois. En situation désespérée, on a recours à des moyens désespérés. Nous nous ferons hara-kiri en emportant avec nous toute la planète. C’est exactement le sens de la vidéo de Maria Katasonova. Cela s’appelle du terrorisme.  

Cet argument s’adresse avant tout à un public intérieur. Il a pour mission de rassurer la population avec l’axiome : « La Russie est invincible ! »

Maria Katasonova n’est pas la seule à banaliser la menace nucléaire russe. Les médias russes retransmettent les vantardises de Poutine. On se rappelle le téléfilm publié à l’occasion du premier anniversaire de l’annexion de la Crimée. Il a été une déclaration formelle de la nouvelle doctrine militaire russe que l’on appellera la « doctrine Poutine ». Elle peut être résumé ainsi : « Je brandis seul la menace nucléaire, quand et contre qui je veux ! » Cette conception personnelle de la dissuasion est fondamentalement opposée à la précédente qui autorisait son utilisation uniquement en cas de danger réel pour l’existence de l’État. La décision devait être prise par un triumvirat : le chef de l’État, le ministre de la Défense et le chef d’état-major. En 2014, Poutine a décidé tout seul de mettre ses forces nucléaires en état d’alerte pour annexer un territoire étranger : la Crimée. Dans le film « Ordre mondial 2018 », il pose la question : « Avons-nous besoin d’un tel monde sans la Russie » ? Chacun a compris que la Russie dont il parle est la Russie avec Poutine au pouvoir. Poutine est prêt à utiliser l’arme nucléaire pour rester au pouvoir. La classe politique reprend cet argument sans retenue. Vladimir Jirinovsky affirme en direct sur les médias nationaux qu’il faut bombarder non pas seulement Berlin, mais toute l’Allemagne, qu’il faut brûler Paris. Le « Centre de lutte contre l’extrémisme » si zélé avec l’opposition n’a pas encore inquiété Jirinovsky pour de tels propos. La population reprend en cœur cette rhétorique. J’ai discuté avec des chauffeurs, des gardiens d’immeuble et des femmes de ménage. Leur argument final est la dissuasion nucléaire. Le peuple russe se sent fort et invincible parce que leur chef peut détruire la planète. Cette année, devant l’assemblée fédérale présentant ses nouvelles armes Poutine l’a dit en ces termes : « Maintenant, on doit compter avec nous ! »

Le culte de la violence est profondément ancré dans la culture russe actuelle héritée de l’ère soviétique. Ces menaces intempestives en sont l’expression. Hélas, les transformations démocratiques de 1991 n’ont pas été une révolution culturelle. Nous nous en sommes aperçus dès 1993, lorsque le premier président de la Russie, Boris Eltsine, a résolu les contradictions entre le pouvoir exécutif et législatif en faisant bombarder ce dernier. L’Histoire de la Russie actuelle est émaillée de guerres sanglantes, Tchétchénie, Géorgie, Ukraine, Syrie, et d’une répression intérieure croissante. L’accession de Poutine au pouvoir est le révélateur de cette violence en tant que seul instrument de gouvernance. La vulgarisation de la menace nucléaire en est un de ses développements.

Les compagnies militaires privées comme « Wagner » ou « Patriot », bien qu’interdites, se multiplient en Russie. Elles expriment la privatisation de la violence réservée à l’État. En période de crise économique, les salaires offerts par ces compagnies sont une aubaine pour les hommes ayant une expérience militaire.

La dislocation de la Fédération de Russie est inévitable. En sus des conflits post soviétiques non résolus à ce jour apparaîtront les conflits consécutifs à la déconfiture de la Fédération de Russie. Ce sera le monde des seigneurs de la guerre comme au Donbass. Le dictateur tchétchène Kadyrov possède une armée personnelle forte de 30.000 soldats. Le Russe Igor Girkin alias Strelkov, ex-ministre de la Défense de Donetsk, est prêt à reprendre du service en Russie. Les mercenaires comme Motorola sont devenus des héros nationaux.

La dissémination illégale des armements russes est un fait actuel démontré par l’apparition en Ukraine d’un missile « Buk ». Ce dernier a abattu un Boeing civil à 10.000 mètres d’altitude. Le Kremlin nie sa responsabilité. Demain, un obus nucléaire tactique peut être projeté par un des obusiers automoteurs russes qui combattent actuellement en Ukraine. Les missiles « Iskander » en position actuellement à Kaliningrad menacent l’Europe.

En situation de crise, qui contrôlera les arsenaux russes ? Sera-t-on aussi impuissant qu’en Syrie avec les armements chimiques ? Laissera-t-on la situation pourrir comme en Yougoslavie, en Syrie jusqu’au feu d’artifice final ?

Aujourd’hui, en refusant de poursuivre les terroristes russes, les autorités françaises commettent un crime. Elles contribuent à élever le niveau de cette menace. Les tergiversations politiciennes doivent cesser. La justice doit faire son travail sans être entravée par le pouvoir politique, quel qu’il soit !

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Pour retrouver l’article ainsi que la vidéo de Maria Katasonova, cliquer sur : https://blogs.mediapart.fr/pierre-haffner/blog/110818/l-etat-francais-protege-le-terrorisme