LA CORÉE DU NORD SERAIT À L’ORIGINE D’UNE CYBERATTAQUE CONTRE UN INSTITUT NUCLÉAIRE SUD-CORÉEN

Les hackers du groupe Kimsuky sont connus des experts en cybersécurité. Par ailleurs, cette attaque n’est peut-être que la face immergée d’une vaste opération en cours.

Selon le rapport publié par IssueMakersLab, l’institut de recherche sud-coréen pour l’énergie atomique, le KAERI (Korea Atomic Energy Research Institute), aurait été victime d’une cyberattaque. Les experts en cybersécurité affirment que les hackers sont originaires de la Corée du Nord. Des membres du gouvernement sud-coréen ont reconnu que le think tank nucléaire gouvernemental a bien été piraté en mai 2021 par des pirates informatiques opérant pour Kimsuky.

Le KAERI, institut nucléaire sud-coréen, victime d’une cyberattaque

L’attaque sur le le Korea Atomic Energy Research Institute se serait produite le 14 mai 2021. Les hackers du groupe Kimsuky ne sont pas des débutants pour les experts en cybersécurité qui scrutent le web depuis des années. Ces pirates informatiques sont bien connus et identifiés comme étant affiliés à la Corée du Nord. Le pays est connu pour ses attaques régulières, comme récemment sur 28 membres de l’ONU. Selon la CISA (Cybersecurity and Infrastructure Security Agency), le groupe de hackers serait à la disposition du gouvernement nord-coréen pour collecter des renseignements à l’échelle mondiale, et cela depuis 2012.

Le cybergang Kimsuky, qui se fait aussi appeler Velvet Chollima, Black Banshee et Thallium, serait aussi responsable de nombreuses cyberattaques à l’aide de logiciels malveillants. Les hackers auraient notamment ciblé par le passé des chercheurs sud-coréens spécialistes du vaccin contre le Covid-19 et déjà, des chercheurs spécialisés dans les réacteurs nucléaires. Le plus souvent, le groupe utilise le phishing pour imiter les pratiques de certaines plateformes, comme GMail, Outlook, ou encore Telegram.

La face immergée d’une vaste opération en cours ?

Dans un communiqué officiel, le ministère coréen des sciences et des technologies de l’information a déclaré qu’une vulnérabilité dans un VPN utilisé par KAERI aurait pu permettre aux hackers d’accéder à l’un des serveurs de l’agence. L’institut nucléaire sud-coréen n’aurait découvert l’attaque que le 31 mai, deux semaines après l’intrusion… Au moment de cette découverte, les hackers éthiques de l’institut ont pris des mesures pour bloquer les adresses IP et installer des correctifs de sécurité.

Les infrastructures de KAERI ont vraisemblablement été violées à l’aide d’une adresse électronique d’un ancien conseiller du président Moon Jae-in, Moon Chung-in, dont les identifiants ont été volés au cours d’une cyberattaque en 2018, déjà attribuée à Kimsuky. Selon les autorités locales, l’attaque contre l’institut nucléaire sud-coréen pourrait faire partie d’une grande campagne de cyberattaque toujours en cours. Au début du mois, plusieurs attaques contre des universités et des entreprises de Corée du Sud ont été signalées. Elles ont toutes été attribuées à Kimsuky.

Par Valentin Cimino@ciminix, publié le 21 juin 2021 à 15h47

Photo en titre : Des hackers nord-coréens seraient à l’origine de l’attaque. Image : KAERI

https://siecledigital.fr/2021/06/21/coree-du-nord-cyberattaque-institut-nucleaire-sud-coreen/

ACCIDENT NUCLÉAIRE DE FUKUSHIMA : LE REGARD DES ENFANTS JAPONAIS RACONTÉ À CHERBOURG

Dix ans après la catastrophe nucléaire de Fukushima, au Japon, des enfants japonais racontent à leur façon. C’est le thème d’une exposition actuellement visible à Cherbourg (Manche), jusqu’au 23 juillet 2021.

Il y a dix ans en mars 2011, avait lieu l’accident nucléaire de la centrale de Fukushima, au Japon. Dix ans après, en 2021, le CRILAN (Comité de réflexion d’information et de lutte antinucléaire) a voulu marquer l’anniversaire de cette catastrophe en proposant une exposition à Cherbourg (Manche), issue du travail universitaire de Akiko Ida, ethnologue de l’enfance, illustrée par Misato Yugi.

Douze panneaux pour raconter la vision des enfants de Fukushima

Une exposition qui donne la parole aux enfants de Fukushima en douze panneaux, sur leur vécu et leurs interrogations depuis cet accident nucléaire majeur. Un regard différencié de celui des adultes qui interpelle la conscience de chacun sur le danger nucléaire. Toucher à la sensibilité de chacun et notre intelligence, tel est l’objectif de cette exposition centrée sur les enfants japonais et leurs interrogations sur le futur et l’inconnu.

L’exposition est à découvrir jusqu’au 23 juillet 2021 à la MJC de Cherbourg, du lundi au vendredi. Elle devrait être diffusée dans les collèges à la rentrée prochaine.

Par Ouest-France, publié le 22/06/2021 à 17h59

Photo en titre : Marie-Françoise Lebomois, Marie-Cécile Broc et Monique Dupuis, du CRILAN (Comité de réflexion, d’information et de lutte antinucléaire). | OUEST-FRANCE

https://www.ouest-france.fr/normandie/cherbourg-en-cotentin-50100/accident-nucleaire-de-fukushima-le-regard-des-enfants-japonais-raconte-a-cherbourg-f511b4f8-d371-11eb-90d1-b45c9e5d0aab

EPR DE FLAMANVILLE : DES GROUPES ANTINUCLÉAIRES DEMANDENT À EDF DE NE PAS CHARGER LE RÉACTEUR

Après la révélation sur l’incident sur un réacteur EPR en Chine, des groupes antinucléaires demandent à EDF de ne pas charger le réacteur de Flamanville (Manche).

Alors que le dernier convoi de livraison de combustible nucléaire a été livré à Flamanville (Manche) cette semaine, cinq organisations, l’Acro, le Crépan, le Crilan, Europe Écologie-Les Verts et Greenpeace, demandent à EDF de ne pas charger le réacteur EPR de Flamanville, le même que celui de Taïshan.

Lundi 21 juin, la chaîne américaine CNN a en effet révélé un incident sur le réacteur EPR numéro 1 de la centrale nucléaire de Taïshan en Chine. Le même jour, EDF, actionnaire à 30 % de TNPJVC, l’exploitant de cette centrale, a indiqué avoir été informé de l’augmentation de la concentration de certains gaz rares dans le circuit primaire du réacteur n° 1.

« Cette présence est un phénomène connu, étudié et prévu par les procédures d’exploitation des réacteurs », explique EDF, qui a néanmoins demandé la tenue d’un conseil d’administration extraordinaire de TPNJVC (Taishan Nuclear Power Joint Venture Company Limited) « pour que le management présente l’ensemble des données et les décisions nécessaires ».

Rupture des gaines du combustible

« Si les événements en cours sur le site chinois, dans l’état actuel de nos informations, semblent se limiter à des ruptures de gaines de crayons combustibles (environ cinq selon les autorités chinoises) ayant amené à une contamination du circuit primaire, la question des rejets « contrôlés » au seuil relevé pour la circonstance reste à préciser. » dixit les cinq organisations.

Ces combustibles sont fabriqués, comme pour Flamanville, par l’usine Framatome de Romans-sur-Isère (Drôme).

TPNJVC a décidé de laisser le réacteur fonctionner, a priori, jusqu’à l’arrêt programmé en février 2022, « ouvrant la voie à l’augmentation permanente de la radioactivité de l’eau du circuit primaire et l’augmentation des gaz dans les cuves de rétention avant rejets. Les taux de contamination relevés dans le circuit auraient amené EDF dans un pareil cas à arrêter le réacteur depuis longtemps » observent-elles.

Pour elles, si cet incident semble avoir des conséquences limitées, « ces ruptures de gaines pourraient amener à un mauvais refroidissement et à un accident beaucoup plus grave ».

Des anomalies constatées par l’ASN

« Ce qu’il faut faire maintenant, c’est étudier et comprendre le phénomène qui a pu générer ces ruptures dans un réacteur neuf. Les leçons doivent être tirées pour Flamanville, Hinckley Point et Olkiluoto. »

Trois causes sont évoquées : un problème de qualité des assemblages combustibles, un corps migrant dans le réacteur ayant provoqué des dégâts ou encore, « plus grave encore », un problème de conception de l’EPR.

Très récemment, lors de son audition au Sénat, le président de l’Autorité de sûreté nucléaire Bernard Doroszczuk a indiqué qu’« en Chine, un certain nombre d’anomalies a été relevé sur la distribution de la puissance dans le cœur, appelant des investigations et donc une vigilance particulière de la part d’EDF ».

Pour les organisations antinucléaires, l’EPR de Flamanville, « des études doivent être menées afin de mieux comprendre les événements qui se déroulent en Chine et doivent être présentées en réunion de la CLI de Flamanville ».

Par la Rédaction La Presse de la Manche, publié le 23 Juin 21 à 9h06 

Photo en titre : Les organisations se manifestent après la révélation d’un incident sur un réacteur nucléaire en Chine. (©Jean-Paul BARBIER/ La Presse de la Manche)

https://actu.fr/normandie/flamanville_50184/epr-de-flamanville-des-groupes-antinucleaires-demandent-a-edf-de-ne-pas-charger-le-reacteur_42830854.html

FUITE DE L’EPR DE TAÏSHAN : UNE MANIPULATION MÉDIATIQUE DES ÉTATS-UNIS ?

Le reportage de la chaîne de télévision américaine CNN du lundi 14 juin 2021 sur l’EPR de Taïshan a suscité un incroyable emballement médiatique en France et dans le monde. Il semble résulter d’une manipulation du Gouvernement américain à des fins géopolitiques visant le nucléaire chinois, à partir d’un lanceur d’alertes incongru, le constructeur français Framatome, père de l’EPR.

Une étrange démarche

Selon CNN, cette entreprise française travaillant également aux Etats-Unis aurait informé début juin 2021 le Département de l’énergie américain (DOE) de fuites radioactives à l’extérieur de l’installation de l’EPR de Taïshan. Elle dénonçait également le laxisme de l’autorité de sûreté chinoise qui aurait cherché à cacher le problème en ayant modifié les normes d’émissions radioactives extérieures.

La revue « Nuclear engineering international » du 17 juin 2021 résume bien toute l’histoire :

« CNN a rapporté le 14 juin que Framatome avait averti le DOE d’une “menace radiologique imminente” et accusé la NNSA (l’autorité de sûreté chinoise) de relever les limites acceptables de radiation à l’extérieur de la centrale pour éviter de devoir la fermer. Un rapport de CNN citait une lettre de Framatome de début juin au DOE tirant la sonnette d’alarme et demandant un soutien international. CNN a conclu “Bien qu’il y ait une chance que la situation devienne une catastrophe, les responsables américains pensent actuellement qu’il est plus probable qu’elle ne le devienne pas ».

Donc, c’est un « non-évènement »…

De quoi s’agit-il ?

Quelques pastilles d’éléments combustibles (une dizaine sur 60 000) ont laissé passer un gaz (du krypton et du xénon produits pendant la réaction nucléaire et temporairement radioactifs) en dehors de leurs gaines. Ces deux gaz se retrouvent dans l’eau circuit primaire à des doses infimes. Il n’y a eu aucune hausse de la radioactivité dans l’installation. Cette dernière est restée bien en deçà du seuil défini par l’autorité de sûreté chinoise.

Ce problème « assez rare » et n’est même pas côté dans l’échelle des incidents de 0 à 7. Dans un tel cas, l’exploitant et l’autorité de sûreté ont le choix entre attendre l’arrêt pour rechargement pour corriger le problème d’étanchéité de ces quelques éléments-combustibles ou d’arrêter le réacteur pour procéder à cette correction.

L’autorité chinoise a choisi la première option en maintenant une surveillance tandis qu’en France l’ASN (autorité de sureté nucléaire française) aurait choisi l’arrêt des réacteurs pour rectification.

Pourquoi l’entreprise Framatome a-t-elle effectué cette démarche sans connaître précisément les détails du problème puisqu’elle n’a pas d’expert dans la centrale EPR chinoise ?

S’est-elle rendu compte qu’en initiant un puissant processus international de dénonciation, elle se tirait une balle dans le pied en disqualifiant la technique de l’EPR qui est son bébé ?

Comme titrait une newsletter française sur l’énergie le 15 juin 2021 : Les problèmes de la centrale nucléaire chinoise de Taïshan mettent en péril l’avenir de l’EPR français.

Pourquoi Framatome serait-elle entrée d’elle-même dans un jeu qui a conduit à détériorer l’image de l’EPR, sa propre technologie ?

Après sa lettre alarmiste de début juin 2021, Framatome s’est contredit à Paris dans un communiqué du 14 juin 2021 ou elle reconnaît qu’il n’y a pas de problème d’émissions radioactives en dehors du réacteur et que “selon les données disponibles, la centrale fonctionne dans le cadre des paramètres de sécurité“. Pourquoi cette contradiction ?

Pourquoi les dirigeants de Framatome NP n’ont-ils pas désavoué leur établissement américain qui a envoyé cette lettre au DOE ?

Un scénario possible est que les Américains avaient eu connaissance d’un problème à Taïshan et qu’ils avaient besoin d’un tiers crédible pour annoncer une situation potentiellement critique en Chine. Ils ne pouvaient pas délivrer directement cette information.

Vers une explication géopolitique

Après son emballement du lundi 15 juin 2021 avec son titre “Alerte nucléaire à l’EPR chinois de Taïshan“, le journal Le Monde, prenant du recul, s’est risqué le jour suivant à avancer une hypothèse lumineuse permettant l’emboîtement de toutes les pièces du puzzle :

“L’évènement est sans doute plus complexe en termes politiques qu’en termes industriels ou environnementaux (…) Le propriétaire de Taïshan CGN, leader du secteur nucléaire chinois avec CNNC, a été placé par les États-Unis, en août 2019, sur la liste noire des groupes avec lesquels les sociétés américaines n’ont plus le droit de travailler. Ce qui n’est pas le cas pour l’État français et les sociétés françaises : CGN est partenaire d’EDF depuis 40 ans et finance un tiers des deux EPR d’Hinkley Point au Royaume Uni”.

Il est à noter qu’EDF et CGN seront aussi partenaires pour la construction de deux autres EPR à Sizewell C, ainsi que dans un troisième projet de deux réacteurs à Bradwell, basé sur la technique chinoise de l’Hualong, avec une majorité chinoise.

Ne serait-ce pas un moyen de gêner le développement des intérêts technologiques chinois à l’étranger, et celui de ces co-entreprises de construction de réacteurs nucléaires au Royaume-Uni ?

Dans cette perspective, les États-Unis ont intérêt à disqualifier les entreprises nucléaires chinoises, ainsi que la technologie de l’EPR. La mise en perspective géopolitique du journal Le Monde suggère que la manipulation américaine jouant habilement de la méfiance vis-à-vis de la Chine, est probable. Cet emballement médiatique constitue un chef d’œuvre digne des meilleurs techno-thrillers géopolitique.

La défiance des médias français vis-à-vis du nucléaire et de l’EPR est un ingrédient majeur de la dramaturgie. Toujours prêts à sonner l’alarme, et admiratifs des médias américains, ils se sont enflammés instantanément sous l’effet du reportage de CNN et de cette manipulation habile de Washington. Ce qui n’a pas manqué de ravir toute la nébuleuse antinucléaire qui a pu agiter ses épouvantails habituels avec de grands effets de manche. Ils peuvent se réjouir : le résultat en France est une défiance accrue vis-à-vis du nouveau nucléaire et de l’EPR.

« Désinformez, désinformez, il en restera toujours quelque chose ! », disait Staline.

NDLR : Staline n’a fait que plagier la formule célèbre de Francis Bacon ((1561 – 1626) qui écrivit : Calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose !

Par Dominique Finon et Michel Gay, publié le 23 juin 2021

https://www.lemondedelenergie.com/epr-taishan-manipulation-etats-unis/2021/06/23/

« JANCOVICI… UNE IMPOSTURE ÉCOLOGIQUE ? »

Pour les auteurs de cette tribune, parmi lesquels Attac et le réseau Sortir du nucléaire, l’industrie d’État qu’est le nucléaire tente d’imposer ses « avantages » pour préserver le climat, au prix d’informations souvent tronquées, approximatives ou mensongères. Au centre de ce travail de réhabilitation, les auteurs désignent Jean-Marc Jancovici et ses réseaux.

Cette tribune est publiée conjointement par Mediapart, Regards, et La Mule du pape.

En France, s’appuyant sur l’inquiétude liée à la crise climatique, une industrie d’État — le nucléaire — tente d’imposer ses « avantages » pour préserver le climat, en diffusant des informations souvent tronquées ou approximatives, voire mensongères.

Parmi les personnalités au centre de ce travail de réhabilitation d’une industrie pourtant très malmenée (plusieurs accidents à travers le monde, en crise financièrement, l’impossible gestion des déchets…), Jean-Marc Jancovici et ses réseaux, structurés autour d’une entreprise, Carbone 4, et d’une association : Le Shift Project.

Un idéologue bien au-delà de l’urgence climatique

La pensée de Jean-Marc Jancovici structure celle du Shift Project et de Carbone 4. Ces dernières sont en fait des outils au service de la vision de la société que développe Jancovici. Il part d’un point de vue d’ingénieur pour arriver à une position idéologique qui va bien au-delà d’un discours sur l’urgence climatique. Au-delà du discours de Jancovici, c’est cette vision de la société que nous dénonçons.

C’est en pensant à nos ami·es, avec qui nous partageons de nombreux combats écologistes (au sens large), que nous avons écrit les lignes qui suivent, car l’influence de Jean-Marc Jancovici traverse plusieurs de ces courants se réclamant de l’écologie, les influençant parfois. Nous pensons que ces camarades doivent aborder les arguments de cet expert avec à l’esprit un certain nombre d’éléments :

. Qui finance les entreprises (et associations) liées à Jancovici . . D’où parle-t-il ?

. Que dit-il vraiment ?

. Quel intérêt peut-il en tirer ?

. Quelle vision du monde y a-t-il derrière ce discours ?

Premier de cordée

Qui est Jean-Marc Jancovici ? Diplômé de l’École Polytechnique et de l’École Nationale Supérieure des Télécommunications de Paris, il enseigne à Mines Paris Tech. Il est membre du Haut Conseil pour le climat. Il conseille à ce titre les dirigeants politiques. Au cœur de l’élite, il est un premier de cordée ! Ce parcours qui lui permet d’asseoir sa place dans les cercles du pouvoir, lui permet aussi de se faire respecter des médias (même quand il les malmène), dans un monde où la place des experts techniques, des « savants » l’emporte sur le reste.

À noter, à ce stade, l’implication historique considérable des grandes écoles (Polytechnique, l’École des mines) dans la fabrique des futures élites du nucléaire français. La plupart ont été formées dans ces incubateurs du nucléaire, sans jamais remettre en question cette énergie. Cette élite aura été déterminante dans le lancement du programme nucléaire en France. Remettre en cause le nucléaire serait reconnaître que cette élite nous a conduit dans l’impasse qui est la nôtre aujourd’hui. Seules quelques personnalités issues de ces Hautes Écoles, comme Albert Jacquard et Bernard Laponche, ont remis en cause ce modèle dominant.

Jean-Marc Jancovici à droite, lors d’un colloque à l’École polytechnique, intitulé « RéfleXions : Chercher, former et agir pour le développement durable ». Wikimedia Commons/Jérémy Barande/École polytechnique université Paris-Saclay/CC BY-SA 2.0

Jean-Marc Jancovici est aussi cofondateur et codirigeant de l’entreprise Carbone 4, un cabinet de conseil indépendant spécialisé dans la stratégie bas carbone et l’adaptation au changement climatique. Ceci n’est pas anodin, car quand il fait une conférence devant des dirigeant·es ou des cadres d’entreprises, il est devant sa potentielle clientèle, et n’hésite pas, par ailleurs, à leur proposer de la formation. Le Shift Project, qui est derrière ? Selon sa propre présentation, The Shift Project est un groupe de réflexion qui œuvre en faveur d’une économie libérée de la contrainte carbone. L’objectif du Shift Project est donc en premier lieu économique. À l’image de son président, Jean-Marc Jancovici, The Shift Project défend le climat en présentant le nucléaire comme une énergie non carbonée (nous y reviendrons plus loin).

Un Shift Project truffé d’ »élites« 

Qui dirige le Shift Project ? La plupart des dirigeant·es et collaborateur·ices viennent des Hautes Écoles (ingénieur·es, polytechnicien·nes, énarques, HEC…), du monde de l’entreprise, de l’industrie, du milieu bancaire. Certain·es sont d’ancien·nes hauts-fonctionnaires ayant travaillé dans des ministères. On trouve dans le conseil d’administration des représentant·es d’EDF, de Bouygues, de Vinci… (entreprises étroitement liées au nucléaire).

Qui finance le Shift Project ? Entre autres… EDF, Bouygues, Vinci, BNP Paribas, Enedis, Vicat (un cimentier international lié à l’industrie nucléaire). Le Shift Project ne s’adresse pas à n’importe qui : l’adhésion en tant que membre est réservée aux entreprises, avec lesquelles le Shift signe une convention. Le montant, supérieur à 25 000 €, est défini par un barème en fonction du chiffre d’affaires. Ainsi managée par plusieurs acteurs du monde de l’économie et notamment du nucléaire, cette association est en situation de conflit d’intérêts, beaucoup de ses acteur·ices étant à la fois juge et partie.

Jancovici, capitaliste décomplexé

Jean-Marc Jancovici défend le système économique et politique responsable de la crise écologique que nous vivons. Étudions ce qu’il dit. Usant d’une rhétorique parfois fine, il semble défendre une forme de décroissance… tout en s’appuyant financièrement sur les plus grosses entreprises. Mais s’élever contre la croissance, sans remettre en cause le système industriel, financier, économique et au final politique, n’a pas de sens. Il est incohérent de défendre une forme de sobriété sans critiquer la société productiviste responsable des émissions de gaz à effet de serre… surtout en s’appuyant sur les plus grands acteurs du monde industriel !

Jean-Marc Jancovici est d’ailleurs un fervent défenseur de l’économie capitaliste, sur un mode « décomplexé » : « Chez Carbone 4 on est des sales capitalistes. Est-ce que vous pensez que je ferais mieux mon travail si j’étais fonctionnaire ? Je peux vous dire que non. » Il préconise une société autoritaire pour sauver la planète : « Il faut être capable de s’imposer des efforts extrêmement significatifs, et il faut un pouvoir très fort pour faire respecter ces efforts. »

« Même les Français modestes consomment trop d’énergie »

Son idée de la décroissance ne tient aucunement compte des nécessaires transformations sociales pour éviter un accroissement des inégalités, déjà considérables : « Il va falloir accepter de payer plus cher nos déplacements. », déclare-t-il. Ou bien encore : « Il est tout à fait impossible de concilier trajectoire 2 °C et hausse du pouvoir d’achat. » Sur la taxe carbone : « Tout le monde, même les Français modestes, va devoir faire des efforts parce que même les Français modestes consomment trop d’énergie. »

Sa vision de la société est élitiste. Il appelle de ses vœux un gouvernement d’experts. Le ou la citoyen·ne serait, après un apprentissage… avec un enseignant du Shift, en capacité de comprendre “l’expert” à défaut de participer lui-même, ou elle-même, aux décisions. « En matière de climat et d’énergies, tout citoyen doit être capable de comprendre ce que dit l’expert, et cela demande au moins 5 à 10 heures de formation. » Citation signée : Jean-Marc Jancovici, président du Shift… et enseignant !

Un discours profondément sexiste

Sa vision des hommes et des femmes est patriarcale : « Le technicisme est une affaire d’homme. […] Le discours féminin […] est globalement un discours de douceur. C’est une des raisons pour lesquelles je suis favorable à ce qu’il y ait plus de femmes dans les instances dirigeantes des entreprises. C’est pas pour une raison d’égalité homme femme. […] Je m’en fous sincèrement, au sens (où) une femme qui a vraiment envie, elle fait ses preuves et elle avance. » « Arriver dans les hautes sphères politiques c’est un parcours de brutes, et ça ne correspond pas à l’essentiel de la psychologie féminine. […] Un certain nombre de femmes politiques très visibles sont des hommes en jupe. »

L’ensemble de ces citations, sur divers sujets, permettent déjà de comprendre à quel endroit Jean-Marc Jancovici se situe et quelle société il défend. Mais encore… Le nucléaire pour remplacer le charbon ! Une position parfois sidérante et incohérente.

Sidérant, son négationnisme. Avec toujours le même aplomb, il minimise totalement l’impact des accidents de Tchernobyl et Fukushima : « Fukushima aura surtout été un problème médiatique majeur, avant d’être un désastre sanitaire ou environnemental majeur. » « Du point de vue des écosystèmes, et ce n’est pas du tout de l’ironie, un accident de centrale est une excellente nouvelle, car cela crée instantanément une réserve naturelle parfaite. »

Contestable jusque dans les chiffres

Incohérente, sa proposition sur la suppression du charbon grâce au nucléaire. La production d’électricité mondiale est assurée à 40 % par le charbon et à 10 % par du nucléaire, celui-ci représentant 2 % de la consommation finale d’énergie. Remplacer le charbon par du nucléaire d’ici 2040 nécessiterait que la part du nucléaire dans cette consommation finale d’énergie passe de 2 à 10 %. Mais il faudrait construire plus d’un millier de réacteurs (et sans doute beaucoup plus) pour atteindre cet objectif d’ici une vingtaine d’années ! Dans ses bonnes périodes, le nucléaire a connecté au réseau en moyenne quinze réacteurs environ par an. Le nucléaire est totalement hors délai pour sauver le climat !

Jean-Marc Jancovici lors d’une conférence à Genève, le 17 septembre 2020. Capture d’écran YouTube/Jean-Marc Jancovici

La présentation du nucléaire comme énergie non-carbonée est biaisée et ne tient pas compte du bilan carbone de l’ensemble de la chaîne : l’extraction et la transformation de l’uranium, la construction et l’entretien des installations, les tonnes de déchets, ainsi que les innombrables transports tout au long de la chaîne industrielle… et la gestion des accidents qui durera encore de nombreuses années. Tout cela ne fera jamais du nucléaire une énergie décarbonée. Et puis, désormais, les épisodes climatiques croissants, extrêmes et imprévisibles (tempêtes, sécheresses, inondations, tremblements de terre…) menacent toutes les industries à risque. Les réacteurs nucléaires ont un besoin vital d’eau pour être refroidis en permanence sous peine d’accident majeur pouvant entraîner la fusion du cœur du réacteur. Sans oublier, l’eau rejetée par les centrales qui réchauffe fleuves et rivières, mettant en danger la faune et la flore, ni la production de déchets ingérables, d’une dangerosité extrême, légués aux générations futures.

Non, le nucléaire n’est décidément pas une énergie compatible avec l’écologie ! Jancovici, un écologiste ? Un discours social inégalitaire, la défense du système économique et politique en place, l’appel à une gouvernance autoritaire, conduite par des élites sous influence d’« experts », un discours patriarcal, la connivence avec les multinationales, la négation des plus importantes catastrophes industrielles, la promotion du nucléaire dont la crise climatique renforce les dangers… devraient rendre incompatible la vision de Jean-Marc Jancovici avec une vision écologiste du monde.

Si le doute subsiste, alors il nous faut proposer notre vision de l’écologie.

Nous défendons :

  • Une relocalisation qui permettrait de poser les besoins énergétiques au plus près des territoires en évitant les gaspillages.
  • Une écologie basée sur la démocratie, le respect de la terre et de ses habitant·es dans leur globalité et leur diversité. Antiraciste, féministe, sociale et rendant enfin justice aux populations colonisées.
  • Une écologie non confisquée par les experts. Il ne s’agit pas de nier le rôle important de la science dans nos sociétés, ni son rôle de conseil, mais les grands choix de société appellent une véritable démocratie où un peuple informé et qui débat, est acteur des décisions qui pèsent sur la vie de chacun·e.
  • Une écologie basée sur la sobriété, et non pas sur la continuité de l’infernal couple production/consommation.
  • Une écologie qui se débarrasse du nucléaire, cette énergie centralisée et anxiogène, menace permanente, liée depuis toujours à la culture guerrière, au nucléaire militaire et à l’opacité de ses noirs secrets défense.

Non, le Shift Project et Jean-Marc Jancovici ne nous proposent pas de véritables alternatives écologistes et politiques à la crise que nous traversons. Oui, il nous faut, organisations, citoyen·nes, continuer à réfléchir ensemble et démocratiquement aux solutions que nous souhaitons mettre en place, sans nous laisser confisquer notre pouvoir par des élites autoproclamées expertes.

Premiers signataires :

Amis de la Terre Poitou, Anv-Cop21 Montpellier, Arrêt du nucléaire Hérault, Attac France, Attac Alès, Attac Flandre, Attac La Ciotat, ATTAC Montélimar, Attac Montpellier, Chang (Collectif halte au nucléaire Gard), Collectif alarme nucléaire de l’orléanais, Collectif antinucléaire de Vaucluse, Collectif Arrêt du nucléaire, Collectif Contre l’Ordre Atomique (Adn75), Collectif des Faucheuses et faucheurs volontaires d’OGM de l’Hérault, Comité soutien Bure Hérault, Confédération Nationale du Travail Hérault (éducation santé social), Coordination Antinucléaire Sud-est, Coordination Stop Cigéo, Décroissance Ile-de-France, Eau Secours 34, Ensemble Hérault, Fédération Sud rail, Fédération des travailleur-se-s de la CNT (FTE-CNT), Greenpeace Montpellier, Maison Commune de la Décroissance, Mouvement contre le crime atomique, Nouveau Parti Anticapiltaliste Hérault, Réseau Sortir du nucléaire, Sortir du nucléaire Aude, Sortir du nucléaire Berry-Giennois-Puisaye, Sortir du nucléaire Pays nantais, Sortir du nucléaire 49, Sortir du nucléaire 72, Stop Nucléaire Drôme-Ardèche, Tchernoblaye, Technologos, Théâtre de l’Adn, Union Communiste Libertaire Hérault, ,Vivons sans nucléaire (Poitiers), …

Photo : Capture d’écran YouTube/TEDxTalks

– Dans les tribunes, les auteurs expriment un point de vue propre, qui n’est pas nécessairement celui de la rédaction.
–  Titre, chapô et intertitres sont de la rédaction.

Lire également : Qui est Jean-Marc Jancovici ? L’enquête de Reporterre

Par Un collectif d’associations, syndicats et partis, publié le 22 juin 2021 à 15h36, mis à jour le 22 juin 2021 à 17h24

https://reporterre.net/Jancovici-une-imposture-ecologique

INQUIÉTUDES AU JAPON SUR LE REDÉMARRAGE D’UNE ANCIENNE CENTRALE NUCLÉAIRE

TOKYO (Reuters) – Le redémarrage mercredi au Japon d’un réacteur d’une centrale nucléaire vieille de 44 ans inquiète Tatsujiro Suzuki, directeur d’une commission d’enquête sur la catastrophe de Fukushima, qui estime que le secteur et les autorités n’ont pas suffisamment tiré les leçons du passé.

Le réacteur numéro 3 de la centrale de Mihama, dans l’ouest du Japon, exploité par l’opérateur Kansai Electric Power, doit reprendre du service mercredi et desservir Osaka et ses environs.

Ce réacteur, le plus ancien à être remis en service depuis la catastrophe de 2011 qui avait mis en lumière des défaillances en matière de réglementation et de surveillance, nécessite une autorisation spéciale pour que sa durée de vie soit prolongée au-delà de la limite habituelle de 40 ans.

Pour Tatsujiro Suzuki, également ancien conseiller du gouvernement, des doutes subsistent sur la manière dont la centrale a obtenu sa dérogation en vue d’un redémarrage.

Il relève notamment un manque de transparence dans le processus d’approbation et le versement de subventions aux communautés locales pour obtenir le feu vert au redémarrage du réacteur.

« Il semble que le secteur et le gouvernement n’aient pas tiré les leçons de Fukushima« , a-t-il déclaré à Reuters.

Tatsujiro Suzuki fait partie du conseil consultatif d’une commission parlementaire sur la sûreté nucléaire.

En 2019, les dirigeants de Kansai Electric ont admis avoir reçu de l’argent et des cadeaux d’une valeur de 360 millions de yens (2,73 millions d’euros) d’un responsable d’une ville abritant l’une de ses autres centrales nucléaires.

« Ils n’ont pas changé, c’est mon impression, malgré le scandale des pots-de-vin« , a déclaré Tatsujiro Suzuki.

Kansai Electric a pleinement mis en œuvre un plan d’amélioration de ses opérations depuis le scandale, a déclaré à Reuters un porte-parole du groupe, refusant de commenter le feu vert donné par les autorités locales au redémarrage de la centrale Mihama.

(Reportage Aaron Sheldrick, avec la contribution de Yuka Obayashi; version française Claude Chendjou, édité par Sophie Louet)

Par Aaron Sheldrick et Reuters, publié le 22 juin 2021 à 16h12

Photo en titre : Le redémarrage mercredi au Japon d’un réacteur d’une centrale nucléaire vieille de 44 ans inquiète Tatsujiro Suzuki, directeur d’une commission d’enquête sur la catastrophe de Fukushima. Photo d’archives/REUTERS/THOMAS WHITE

https://www.challenges.fr/monde/inquietudes-au-japon-sur-le-redemarrage-d-une-ancienne-centrale-nucleaire_770180

40 ANS ÇA SUFFIT ! DÉBRANCHONS LA CENTRALE DU TRICASTIN ! JOURNÉE D’ACTION LE 26 JUIN !

Communiqué commun du 22 juin 2021 – Alternatiba Valence, Attac, CNT Drôme, Collectif AntiNucléaire 84, Collectif Halte aux nucléaires Gard, Confédération Paysanne Drôme, EELV, Extinction Rebellion Valence, France Nature Environnement Auvergne-Rhône-Alpes, FRAPNA Drôme Nature Environnement, Greenpeace France, La France Insoumise,Réaction en Chaîne Humaine, Réseau « Sortir du nucléaire », Sortir du nucléaire Bugey, Sortir du nucléaire Isère, Stop Nucléaire Drôme-Ardèche, Stop Tricastin

Alors que les quatre réacteurs de la centrale nucléaire du Tricastin (Drôme) viennent de dépasser les 40 ans de fonctionnement, 18 organisations se mobilisent pour exiger la fermeture du site. Une grande manifestation est organisée le 26 juin à Montélimar.

Des réacteurs à arrêter en urgence

Les réacteurs nucléaires français n’ont pas été conçus pour fonctionner au-delà de 40 ans, sachant que certaines pièces, comme la cuve, ne sont pas réparables ni remplaçables. Pourtant, EDF souhaite prolonger leur fonctionnement jusqu’à 50, voire 60 ans ! En 2019, le réacteur 1 du Tricastin a été le premier à subir sa « 4ème visite décennale » en vue de cette prolongation et reste en attente des prescriptions de l’Autorité de sûreté nucléaire. Le 12 juin 2021, le réacteur n°4 a dépassé à son tour les 40 ans de connexion au réseau électrique.

Nos associations dénoncent fermement cette prolongation du risque nucléaire. La cuve du réacteur n°1 est affectée de fissures [1]. Alors que les canicules se multiplient, la tenue de certains équipements à de fortes chaleurs n’est toujours pas garantie. Par ailleurs, le site du Tricastin est implanté en zone sismique, en contrebas du canal de Donzère-Mondragon. En 2017, un défaut de tenue au séisme a été détecté sur la digue du canal ; au vu de la mauvaise volonté d’EDF à effectuer les travaux de renforcement, qui peut garantir que ce risque est écarté ? Enfin, la poursuite du fonctionnement des réacteurs engendrerait la poursuite des rejets quotidiens de radioactivité dans l’air et dans l’eau, ainsi que la production de déchets radioactifs ingérables supplémentaires.

Le bon sens exigerait de prendre dès maintenant le virage vers un autre système énergétique sûr, sobre et renouvelable, tout en assurant la reconversion des personnes travaillant dans l’industrie nucléaire. Pas de prolonger à grands frais le fonctionnement de ces réacteurs vieillissants, ni de construire des réacteurs EPR pour les remplacer, comme le souhaite EDF !

Une journée d’action le 26 juin pour débrancher la centrale du Tricastin !

Pour refuser cette prolongation du risque, Alternatiba Valence, Attac, CNT Drôme, Collectif AntiNucléaire 84, Collectif Halte aux nucléaires Gard, Confédération Paysanne Drôme, EELV, Extinction Rébellion Valence, France Nature Environnement Auvergne-Rhône-Alpes, FRAPNA Drôme Nature Environnement, Greenpeace France, La France Insoumise, Réaction en Chaîne Humaine, Réseau « Sortir du nucléaire« , Sortir du nucléaire Bugey, Sortir du nucléaire Isère, Stop Nucléaire Drôme-Ardèche, Stop Tricastin appellent à se mobiliser dans la vallée du Rhône ce samedi 26 juin.

Le matin, une vélorution partira de Valence à 9h et, après une halte déjeuner à Cruas, arrivera à Montélimar. À partir de 14h, le rassemblement commencera place de Provence (caserne Saint-Martin), puis se déploiera en manifestation dans le centre-ville. Des animations festives et musicales auront lieu tout au long de la journée à Montélimar.

Ce même jour, des rassemblements se tiendront également dans plusieurs autres villes de France situées non loin des réacteurs vieillissants des centrales de Chinon, Gravelines, Blayais, Cruas, Dampierre.

Cette mobilisation sera aussi l’occasion d’apporter un soutien aux militant.es de Greenpeace France qui doivent passer en procès à Valence le 29 juin pour avoir pénétré sur le site du Tricastin pour commencer à démanteler symboliquement la centrale. Parmi les personnes prévenues, plusieurs auront l’occasion de s’exprimer lors de cette journée de mobilisation à Montélimar, ainsi que d’autres personnes qui font face à la justice pour avoir dénoncé le modèle énergétique actuel (décrocheurs et décrocheuses de portrait d’Emmanuel Macron, opposant.es au projet de poubelle nucléaire à Bure mis en cause pour « association de malfaiteurs« …)

Retrouvez toutes les informations pratiques sur la manifestation : https://www.sortirdunucleaire.org/26juin

Contacts presse :

Alain Volle (Stop Tricastin) – 06 85 12 40 62

Marie Liger (Réseau « Sortir du nucléaire ») – 07 60 15 01 23

Guillaumine Lickel (Greenpeace France) – 06 73 89 48 90

[1] Voir cette enquête publiée dans Libération

Publié le 22 juin 2021

https://www.sortirdunucleaire.org/40-ans-ca-suffit-Debranchons-la-centrale-du

REJETS NON CONTRÔLÉS À LA CENTRALE NUCLÉAIRE DE GRAVELINES : EDF SANCTIONNÉE PAR LA JUSTICE !

Ce 21 juin 2021, suite à l’action menée par nos associations, le tribunal judiciaire de Dunkerque a sanctionné EDF pour l’installation de tuyauteries de rejets illégales à la centrale nucléaire de Gravelines. Nos associations se réjouissent de cette condamnation.

En avril 2016, l’Autorité de sûreté nucléaire avait remarqué que la centrale de Gravelines s’était dotée de 11 canalisations de rejets illégales. Malgré les risques de pollution, les substances charriées par ces canalisations qui se déversaient dans le canal d’amenée (eaux susceptibles d’être contaminées, déchets liquides provenant d’aires de dépotage d’acide chlorhydrique ou d’hydrocarbure…), ne faisaient donc l’objet d’aucune évaluation environnementale.

Bien qu’EDF ait été sommée de régulariser la situation, les faits observés fin 2017 témoignaient toujours d’un laisser-aller : dévoiement des rejets vers des canalisations légales non opérationnelles, pompes hors d’état de fonctionner, absence de contrôle de la radioactivité des effluents liquides sur les canalisations concernées (dont l’une n’était d’ailleurs pas étanche)… Une telle situation aurait pu déboucher sur une pollution chimique ou radioactive des eaux du canal d’amenée, puis de la mer.

Le 25 janvier 2018, le Réseau “Sortir du nucléaire“, l’ADELFA*, les Amis de la Terre Dunkerque, France Nature Environnement, Nord Nature Environnement et Virage Énergie ont porté plainte contre EDF et contre le directeur de la centrale pour infractions au Code de l’environnement (dont le délit de pollution des eaux) et à la réglementation relative aux installations nucléaires de base. L’affaire ayant été classée sans suite début 2019, le Réseau « Sortir du nucléaire » a déposé une citation directe à l’encontre d’EDF le 13 décembre 2019 afin que le tribunal de Dunkerque soit directement saisi de l’affaire et les associations locales se sont constituées parties civiles.

Suite à l’audience, qui a eu lieu lundi 17 mai au tribunal judiciaire de Dunkerque, le tribunal a condamné EDF pour l’ensemble des infractions à la réglementation nucléaire. Nos associations se réjouissent qu’EDF échappe à l’impunité.

Il faut dire qu’entre-temps, la situation ne s’est pas améliorée sur le site. En juin 2019, l’ASN a constaté le mauvais état de certaines installations de gestion des eaux usées, susceptibles d’entraîner des pollutions dans l’environnement ; en juin 2020, une nouvelle inspection a mis en évidence un problème de traçabilité concernant les rejets et un état des installations (entretien et surveillance) ne permettant pas de prévenir ou limiter les rejets dans l’environnement. Enfin, en janvier 2021, une autre inspection a constaté la présence d’effluents liquides radioactifs dans un caniveau, suite à plusieurs fuites sur une tuyauterie.

Cette accumulation de négligences, qui met en danger l’environnement et les travailleurs, doit être dénoncée haut et fort et doit cesser. Ce laisser-aller doit nous alerter sur la volonté d’EDF de laisser fonctionner les réacteurs vieillissants de Gravelines dix années de plus, dix années de trop. Un souhait de prolongation qui concerne également tous les autres réacteurs français. Il est urgent de sortir du nucléaire !

Retrouvez un récapitulatif plus détaillé de l’affaire et un compte-rendu de l’audience sur cette page : https://www.sortirdunucleaire.org/Gravelines-rejets-illegaux

Contacts presse :

Me Muriel Ruef : 06 84 16 63 02

Marie Frachisse, coordinatrice des questions juridiques du Réseau « Sortir du nucléaire » : 07 62 58 01 23

Paulo-Serge Lopes (Virage Énergie) : 06 62 02 15 66

Guillaume Blavette, France Nature Environnement : 06 62 29 50 48

Ce texte est un Communiqué commun – Réseau « Sortir du nucléaire« , France Nature Environnement, Adelfa, Amis de la Terre Dunkerque, Nord Nature Environnement, Virage Énergie

Photo en titre : crédit photo : Martin Leers

https://www.sortirdunucleaire.org/Rejets-non-controles-a-la-centrale-nucleaire-de

IRAN: LE NOUVEAU PRÉSIDENT VEUT UN DIALOGUE FRUCTUEUX SUR LE NUCLÉAIRE

Trois jours après son élection à la présidence en Iran, l’ultraconservateur Ebrahim Raïssi a donné le ton lundi en appelant à des négociations fructueuses sur le dossier nucléaire et en disant son refus d’une rencontre avec le président américain Joe Biden.

Durant sa première conférence de presse depuis son élection vendredi, M. Raïssi, un proche du numéro un iranien Ali Khamenei, a en revanche affirmé qu’il n’y avait « pas d’obstacles » à la reprise des relations diplomatiques avec l’Arabie saoudite sunnite, rival régional de l’Iran chiite, rompues depuis 2016.

Il a en outre dit avoir « toujours défendu les droits humains« , alors que les États-Unis et plusieurs ONG occidentales l’accusent d’être responsable de tortures et d’exécutions sommaires, entre autres violations, pendant sa longue carrière au sein de l’appareil judiciaire.

Le futur président iranien Ebrahim Raïssi donne une conférence de presse à Téhéran, le 21 juin 2021 (AFP – ATTA KENARE)

Le nouveau président iranien, qui doit prendre ses fonctions en août, a obtenu près de 62% des voix lors d’un scrutin marqué par une abstention record pour une présidentielle.

Il a pourtant salué lors de sa conférence de presse la « présence massive » et « significative » de la population iranienne dans les bureaux de vote « en dépit de la guerre psychologique menée par les ennemis de l’Iran« .

« Non« 

Le président a des prérogatives limitées en Iran, où l’essentiel du pouvoir est aux mains du guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei qui est l’ultime décideur sur les dossiers sensibles comme celui du nucléaire.

Alors que des discussions se tiennent à Vienne pour sauver l’accord international sur le nucléaire iranien conclu en 2015, M. Raïssi a affirmé que l’Iran ne permettrait « pas de négociations pour le plaisir de négocier« .

« Toute rencontre doit produire des résultats (…) pour la nation iranienne« , a-t-il affirmé.

L’accord de Vienne offre à l’Iran un allègement des sanctions occidentales et onusiennes en échange de son engagement à ne jamais se doter de l’arme atomique, et d’une réduction drastique de son programme nucléaire, placé sous un strict contrôle de l’ONU.

Mais l’accord a été torpillé en 2018 par la décision de l’ex-président américain Donald Trump de s’en retirer et de rétablir les sanctions américaines que l’accord avait permis de lever.

Le futur président iranien Ebrahim Raïssi donne une conférence de presse à Téhéran, le 21 juin 2021 (AFP – ATTA KENARE)

Les négociations actuelles à Vienne visent à un retour des Etats-Unis à l’accord. La solution passe a priori par un allègement des sanctions américaines en échange du retour de Téhéran à une application stricte du pacte, l’Iran ayant abandonné en riposte aux sanctions la plupart des garde-fous à ses activités nucléaires controversées qu’il avait acceptés dans l’accord.

Alors que le prédécesseur de M. Raïssi, le réformateur Hassan Rohani avait opté pour une ouverture envers l’Occident en favorisant entre autres l’accord de 2015, le nouveau président a répondu « non » à la question d’un média américain lui demandant s’il avait l’intention de rencontrer M. Biden dans le cas où les discussions de Vienne permettraient d’alléger les sanctions et afin de « régler » les problèmes entre les deux pays, ennemis depuis plus de 40 ans.

Renouer avec Ryad ?

Après une série de rencontres ces derniers mois entre l’Iran et l’Arabie saoudite, dont les relations ont été en dents de scie ces dernières décennies, M. Raïssi a affirmé qu’il « n’y a pas d’obstacles, du côté de l’Iran à la réouverture des ambassades« .

Concernant le dossier des droits humains, le nouveau président, actuellement à la tête de l’Autorité judiciaire, a affirmé que « tout ce qu (‘il) a fait au cours de (ses) années de service a toujours été orienté vers la défense des droits humains« , renvoyant les Occidentaux à leurs propres « violations » dans le domaine.

Le futur président iranien Ebrahim Raïssi donne une conférence de presse à Téhéran, le 21 juin 2021 (AFP – ATTA KENARE)

Interrogé en 2018 et en 2020 sur des exécutions de milliers d’opposants en 1988, M. Raïssi a nié y avoir joué le moindre rôle, comme il en est accusé en Occident, mais a rendu « hommage » à l' »ordre » donné selon lui par l’ayatollah Khomeiny, fondateur de la République islamique d’Iran, de procéder à cette épuration.

Raïssi hérite d’un pays en proie à une grave crise économique et sociale, conséquence des sanctions américaines. Il s’est présenté comme le champion de la lutte contre la corruption et le défenseur des classes populaires dans un pays riche en pétrole.

Par AFP, publié le 21.06.2021 à 13h37

Photo en titre : Le futur président iranien Ebrahim Raïssi donne une conférence de presse à Téhéran, le 21 juin 2021. AFP – ATTA KENARE

https://www.challenges.fr/monde/iran-le-nouveau-president-veut-un-dialogue-fructueux-sur-le-nucleaire_770015

LES DOCUMENTS POUR UN ACCORD NUCLÉAIRE SONT « PRESQUE PRÊTS » (NÉGOCIATEUR IRANIEN)

Le négociateur en chef du nucléaire iranien, Abbas Araqchi, a déclaré dimanche que les documents pour un accord en vue de faire revivre l’accord de 2015 sur le programme nucléaire iranien, connu sous le nom de Plan d’action global conjoint (PAGC), étaient presque prêts, a rapporté l’agence de presse officielle IRNA.

« Aujourd’hui est le dernier jour du sixième cycle de négociations (dans la capitale autrichienne, Vienne). Nous avons traversé des jours très chargés et nous sommes dans une situation où nous pensons que tous les documents pour un accord sont presque prêts« , a affirmé M. Araqchi, également vice-ministre iranien des Affaires étrangères.

« Nous sommes plus proches d’un accord qu’avant, mais réduire les écarts (…) exige les décisions des parties« , a-t-il dit, ajoutant que certaines questions avaient besoin d’être résolues.

La dernière réunion de la Commission mixte du PAGC a débuté la semaine dernière avec la participation des représentants de la Chine, de la France, de l’Allemagne, de la Russie, du Royaume-Uni et de l’Iran.

L’administration du précédent président américain Donald Trump s’est retirée du PAGC en mai 2018 et a réimposé unilatéralement des sanctions contre l’Iran. En réponse, Téhéran a progressivement cessé de respecter certains de ses engagements au titre de cet accord à partir de mai 2019.

La commission mixte du PAGC a commencé à se réunir physiquement le 6 avril à Vienne pour poursuivre les discussions précédentes concernant un éventuel retour de Washington au PAGC et sur la manière d’assurer une mise en œuvre pleine et effective du PAGC.

Par French.xinhuanet.com, publié le 20 juin 2021 à 22h37

http://french.xinhuanet.com/2021-06/20/c_1310018606.htm

L’ENVOYÉ NUCLÉAIRE AMÉRICAIN DIT S’ATTENDRE À UNE «RÉPONSE POSITIVE» DE LA CORÉE DU NORD

SÉOUL, 21 juin — Le nouveau représentant spécial des États-Unis pour la Corée du Nord, Sung Kim, a déclaré ce lundi s’attendre à ce que Pyongyang donne bientôt une «réponse positive» à la proposition de dialogue de Washington, en faisant référence à la récente déclaration du dirigeant nord-coréen Kim Jong-un selon laquelle son pays doit être prêt à la fois au dialogue et à la confrontation.

L’envoyé spécial américain a tenu ces propos lors d’une réunion avec le représentant nucléaire de Séoul, Noh Kyu-duk, à Séoul, en notant que Washington se préparera aussi bien au dialogue qu’à la confrontation.

«Nous seront prêts à tous les deux car, vous savez, nous attendons toujours d’entendre le retour de Pyongyang … proposition pour une réunion», a-t-il déclaré. «Avec espoir, la référence du président Kim au dialogue indique que nous aurons une réponse positive bientôt.»

Après la réunion, le diplomate américain a réaffirmé l’engagement commun des deux pays pour poursuivre la dénucléarisation complète de la péninsule coréenne à travers la diplomatie et le dialogue.

«J’ai réitéré aussi notre soutien au dialogue et à la coopération intercoréens significatifs, ainsi qu’à l’engagement, comme nos deux dirigeants l’ont fait à Washington, lorsque le président Moon a visité Washington», a-t-il ajouté en se référant au sommet du 21 mai.

Au cours de la réunion avec Kim, Noh a déclaré que Séoul continuerait de jouer un rôle «nécessaire» pour une reprise rapide du dialogue avec Pyongyang à travers une coordination avec Washington.

«Nous souhaitons rétablir la structure dans laquelle les relations intercoréennes et USA-RPDC (République populaire démocratique de Corée) renforcent les unes les autres de manière mutuellement bénéfique», a-t-il dit.

Au cours d’une réunion plénière du Comité central du Parti du travail de quatre jours la semaine dernière, le dirigeant nord-coréen a demandé à son pays d’être prêt «à la fois au dialogue et à la confrontation», plus particulièrement à la dernière éventualité, et souligné la nécessité d’un «contrôle stable» de la situation sur la péninsule coréenne.

Dans une interview avec ABC News, le conseiller à la sécurité nationale des États-Unis, Jake Sullivan, a qualifié les commentaires de Kim de «signal intéressant», déclarant que «nous attendrons de voir s’ils sont suivis d’une quelconque communication plus directe avec nous sur une voie potentielle à suivre».

Après cette réunion, Kim et Noh tiendront une réunion trilatérale qui impliquera également leur homologue japonais, Takehiro Funakoshi.

Kim, qui est également ambassadeur en Indonésie, est accompagné du représentant spécial adjoint Jung Pak et d’un représentant du Conseil de sécurité nationale.

Il est arrivé à Séoul samedi pour une visite de cinq jours.

Par Yonhap, publié le 21.06.2021 à 13h27

https://fr.yna.co.kr/view/MYH20210621012000884

NUCLÉAIRE IRANIEN: NOUVELLE RÉUNION À VIENNE

Vienne – Les négociateurs qui tentent de ressusciter l’accord sur le nucléaire iranien doivent tenir une dernière réunion dimanche à Vienne avant une pause, au lendemain de l’élection de l’ultraconservateur Ebrahim Raïssi à la présidentielle en Iran.

La Grande-Bretagne, la Chine, l’Allemagne, la France, la Russie et l’Iran ont entamé en avril ces réunions sous l’égide de l’UE, avec une participation indirecte des États-Unis, pour tenter de ressusciter l’accord de 2015. 

Le représentant russe à ces négociations a affirmé que cette nouvelle réunion « décidera de la marche à suivre« . 

« Une entente sur le rétablissement de l’accord nucléaire est à portée de main mais n’est pas encore finalisée« , a-t-il dit sur Twitter samedi. 

Le négociateur en chef de l’Iran, le vice-ministre des Affaires étrangères Abbas Araghchi, a indiqué pour sa part que les participants feraient une pause après la réunion de dimanche et retourneraient dans leurs capitales respectives, mettant fin au sixième round de pourparlers. 

« Nous sommes maintenant plus proches d’un accord que jamais. Mais il n’est pas facile de combler la distance qui nous sépare d’un accord« , a-t-il déclaré à la télévision nationale iranienne. 

« À ce stade, il est clair quels domaines, quelles actions sont possibles et lesquelles ne le sont pas. Par conséquent, il est temps pour toutes les parties, spécialement nos homologues, de prendre leur décision finale« , a-t-il ajouté. 

Le responsable iranien n’a pas précisé combien de temps allait durer cette interruption des pourparlers. 

L’accord sur le nucléaire a été conclu entre la République islamique et le groupe dit P5+1 (Chine, États-Unis, France, Grande-Bretagne, Russie et Allemagne) à Vienne en 2015. Il offre à Téhéran un allègement des sanctions internationales le visant en échange de garanties prouvant que l’Iran ne cherche pas à acquérir l’arme atomique. 

Mais la République islamique s’était affranchie progressivement depuis 2019 de ses obligations, en riposte au rétablissement par le président américain de l’époque, Donald Trump, de mesures punitives. 

Elle a promis de revenir dans les clous dès que les États-Unis du président Joe Biden lèveraient ces sanctions. 

L’ultraconservateur Ebrahim Raïssi a été proclamé vainqueur samedi de l’élection présidentielle iranienne, et doit succéder au modéré Hassan Rohani en août, héritant d’un pays en proie à une grave crise économique, conséquence des sanctions imposées par Washington. 

Bien qu’issu d’un courant politique se caractérisant par l’antiaméricanisme et le rejet de l’Occident, M. Raïssi a rappelé pendant la campagne que la priorité était d’obtenir la levée de ces sanctions pour sortir le pays de l’ornière. 

Les négociateurs ont estimé que son élection ne devrait pas avoir d’effet sur les pourparlers en cours. 

Par AFP, publié le 20/06/2021 à 13h55

Photo en titre : Mikhaïl Oulianov, le représentant de la Russie auprès de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) arrive au Grand Hôtel de Vienne pour une réunion sur le nucléaire iranien, le 20 juin 2021. afp.com/JOE KLAMAR

https://www.lexpress.fr/actualites/1/monde/nucleaire-iranien-nouvelle-reunion-a-vienne_2153251.html

CANADA : LE PYROTRAITEMENT DU PLUTONIUM EST DU RETRAITEMENT, POINT FINAL!

La société Moltex Energy veut extraire le plutonium des milliers de grappes de combustible nucléaire usagé stockées à Point Lepreau, dans la baie de Fundy. Elle prévoit d’utiliser le plutonium comme combustible pour un nouveau réacteur nucléaire, encore en phase de conception. Si le projet est couronné de succès, l’ensemble du paquet pourrait être reproduit et vendu à d’autres pays.

Toutefois, des scientifiques et des experts américains en matière de non-prolifération affirment que le soutien du gouvernement canadien au projet d’extraction de plutonium Moltex porte atteinte au régime mondial de non-prolifération des armes nucléaires. Le plutonium est la principale matière nucléaire explosive des arsenaux d’armes nucléaires dans le monde.

Le 18 mars dernier, le ministre fédéral des Affaires intergouvernementales, Dominic LeBlanc, a annoncé une subvention de 50,5 millions $ pour le projet Moltex, qui s’ajoute aux 5 millions $ que le gouvernement du Nouveau-Brunswick a donnés à l’entreprise, en 2018.

Lors de l’annonce, le ministre LeBlanc et le premier ministre Higgs ont décrit le projet Moltex comme un «recyclage» des déchets nucléaires, bien que moins d’un pour cent du combustible nucléaire usagé soit potentiellement disponible pour être utilisé comme nouveau combustible de réacteur, ce qui laisse beaucoup de restes de déchets radioactifs.

Le 25 mai, neuf experts américains en matière de non-prolifération ont envoyé une lettre ouverte au premier ministre Trudeau, dans laquelle ils s’inquiétaient du fait «qu’en soutenant le retraitement du combustible usé et l’extraction du plutonium, le gouvernement du Canada ne vienne saper le régime mondial de non-prolifération des armes nucléaires pour lequel il a tellement milité.»

Les neuf signataires de la lettre comprennent des scientifiques de haut niveau nommés à la Maison Blanche et d’autres conseillers du gouvernement américain qui ont travaillé sous six présidents américains: Kennedy, Johnson, Nixon, George H.W. Bush, Clinton et Obama; et qui sont professeurs à la Harvard Kennedy School, à l’Université du Maryland, à l’Université de Georgetown, à l’Université du Texas à Austin, à l’Université George Washington et à l’Université de Princeton.

Le plutonium est un élément d’origine humaine créé comme sous-produit dans chaque réacteur nucléaire. L’Inde a fait exploser sa première arme nucléaire en 1974 en utilisant du plutonium extrait d’un réacteur nucléaire canadien «pacifique» offert en cadeau plusieurs années auparavant.

Dans les mois qui ont suivi, on a découvert que la Corée du Sud, le Pakistan, Taïwan et l’Argentine – tous clients de la technologie nucléaire canadienne – étaient en passe de reproduire l’exploit de l’Inde.

Les États-Unis et leurs alliés ont agi rapidement pour empêcher ces pays de se doter des installations d’extraction du plutonium nécessaires.

Aujourd’hui encore, la Corée du Sud n’est pas autorisée à extraire le plutonium du combustible nucléaire usé sur son propre territoire en raison des risques de prolifération.

Plusieurs années après l’explosion indienne, l’administration américaine Carter a mis fin au soutien fédéral au retraitement civil du combustible nucléaire usé aux États-Unis, craignant que le fait de rendre le plutonium plus disponible ne contribue à la prolifération des armes nucléaires. À cette époque, la politique canadienne en matière de retraitement a également changé pour s’aligner sur la politique américaine.

Moltex propose d’extraire le plutonium à Point Lepreau en utilisant le «pyrotraitement», dans lequel le combustible solide des réacteurs usés est converti en une forme liquide, dissoute dans un bain très chaud de sel fondu. Ce qui se passe ensuite a été décrit par Ian Scott, président et scientifique en chef de Moltex, dans un article récent d’Energy Intelligence.

«Nous extrayons ensuite – selon un processus très, très simple – le plutonium de manière sélective de ce métal fondu. Il s’agit littéralement d’une marmite. Vous mettez le métal dedans, vous mettez du sel dessus, vous les mélangez, et le plutonium passe dans le sel, et le sel est notre combustible. C’est tout… Vous renversez le creuset et il en sort le combustible pour notre réacteur.»

D’un point de vue international, le soutien fédéral au projet Moltex peut être considéré comme un signal de la part du Canada, qui donne le feu vert à l’extraction du plutonium et au retraitement du combustible nucléaire usé.

Les experts américains craignent que d’autres pays n’invoquent le soutien du Canada au projet Moltex pour justifier leurs propres programmes d’acquisition de plutonium. Cela pourrait réduire à néant des années d’efforts visant à empêcher les armes nucléaires de tomber entre les mains de pays qui pourraient vouloir rejoindre les rangs des États non officiels dotés d’armes nucléaires.

Le projet Moltex est particulièrement irritant, car la technologie de pyrotraitement qu’il propose est très similaire à celle que la Corée du Sud essaie de déployer depuis près de dix ans.

Malgré l’alarme soulevée par les neuf experts dans leur lettre au premier ministre Trudeau, le gouvernement n’a pas encore réagi.

La seule réponse est venue de l’industrie, du PDG de Moltex, Rory O’Sullivan. Sa réponse à un journaliste du Globe and Mail: le plutonium extrait dans l’installation de Moltex serait «totalement impropre à l’utilisation dans des armes».

Mais l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) a déclaré que «les armes nucléaires peuvent être fabriquées en utilisant du plutonium contenant pratiquement n’importe quelle combinaison d’isotopes de plutonium.» Tout le plutonium est de même «sensibilité» aux fins des garanties de l’AIEA dans les États non dotés d’armes nucléaires.

De même, un rapport de 2009, provenant d’experts en non-prolifération de six laboratoires nationaux américains a conclu que le pyrotraitement est à peu près aussi susceptible d’être utilisé à mauvais escient pour des armes nucléaires que la technologie de retraitement originale utilisée par les militaires.

En 2011, un responsable du Département d’Etat américain a déclaré que le pyrotraitement est tout aussi dangereux d’un point de vue de la prolifération que n’importe quel autre type de technologie d’extraction du plutonium, disant «franchement et positivement que le pyrotraitement est du retraitement. Point final».

Et, malgré des années d’efforts, l’AIEA n’a pas encore développé une approche pour sauvegarder efficacement le pyrotraitement afin d’empêcher le détournement du plutonium pour des utilisations illicites.

Étant donné que l’histoire a montré les dangers de promouvoir une plus grande disponibilité du plutonium, pourquoi le gouvernement fédéral soutient-il le pyrotraitement?

La réponse: le lobby nucléaire canadien le veut. Dans le rapport de l’industrie nucléaire publié en mars, Feasibility of Small Modular Reactor Development and Deployment in Canada, le retraitement (qu’ils appellent «recyclage») du combustible nucléaire usé est présenté comme la clé des plans futurs de l’industrie.

Cependant, jusqu’à présent, il n’y a pas eu de débat démocratique ouvert ni de consultation publique sur la voie que le Canada emprunte en matière d’énergie nucléaire.

D’importantes questions nationales et internationales sont en jeu, et les Néo-Brunswickois consciencieux ainsi que tous les Canadiens devraient s’asseoir et prendre note.

Les représentants politiques au Parlement canadien et à l’Assemblée législative du Nouveau-Brunswick doivent à leurs électeurs d’exiger plus de responsabilités et demander pourquoi nos gouvernements appuient un projet d’extraction de plutonium qui soulève de si graves préoccupations internationales.

*Susan O’Donnell, chercheuse spécialisée dans l’adoption de technologies et les questions environnementales à l’Université du Nouveau-Brunswick, à Fredericton.

*Gordon Edwards, mathématicien, physicien, consultant nucléaire et président du Regroupement pour la surveillance du nucléaire, à Montréal.

Par Acadie Nouvelle, publié le jeudi 17 juin 2021

https://www.acadienouvelle.com/mon-opinion/2021/06/17/le-pyrotraitement-du-plutonium-est-du-retraitement-point-final/

LE COTENTIN CONCERNÉ PAR LES ÉVÈNEMENTS DE l’EPR DE CHINE

Cherbourg – Le 18 juin 2021- Alors que le dernier convoi de livraison de combustible nucléaire a été livré à Flamanville cette semaine, le lundi 14 juin la chaîne américaine CNN révélait un incident sur un EPR de la centrale nucléaire de Taïshan en Chine. Des mots effrayants, comme « menace radiologique imminente » ont été prononcés, déclenchant une vague de commentaires et d’inquiétudes à travers le monde. Si les événements en cours sur le site chinois, dans l’état actuel de nos informations, semblent se limiter à des ruptures de gaines de crayons combustibles (environ 5 selon les autorités chinois) ayant amené à une contamination du circuit primaire, la question des rejets « contrôlés » au seuil relevé pour la circonstance restent à préciser.

Les exploitants asiatiques ont décidé de laisser le réacteur fonctionner, à priori, jusqu’à l’arrêt programmé en février 2022, ouvrant la voie à l’augmentation permanente de la radioactivité de l’eau du circuit primaire et l’augmentation des gaz dans les cuves de rétention avant rejets.  Les taux de contamination relevés dans le circuit auraient amené EDF dans un pareil cas à arrêter le réacteur depuis longtemps.

Si cet incident semble avoir des conséquences limitées, ces ruptures de gaines pourraient amener à un mauvais refroidissement et à un accident beaucoup plus grave.

« Ce qu’il faut faire maintenant, c’est étudier et comprendre le phénomène qui a pu générer ces ruptures dans un réacteur neuf » a déclaré le porte-parole de nos organisations, « Les leçons doivent être tirée pour Flamanville, Hinckley-Point et Olkiluoto » a-t-il ajouté.

Rappelons que ce réacteur est exploité à 30% par EDF et que le combustible a été fabriqué à Romans-Sur-Isère par Framatome comme pour celui de l’EPR de Flamanville.

Il est impératif d’analyser les faits : soit il s’agit d’un problème de qualité des assemblages combustibles, soit encore d’un corps migrant dans le réacteur ayant provoqué des dégâts soit plus grave encore d’un problème de conception de l’EPR.

Très récemment, lors de son audition au Sénat, le président de l’ASN, Bernard Doroszczuk a déclaré : « en Chine, un certain nombre d’anomalies a été relevé sur la distribution de la puissance dans le cœur, appelant des investigations et donc une vigilance particulière de la part d’EDF »

Ne serait-ce pas la cause des défaillances ? 

Pour les organisations signataires, l’EPR de Flamanville ne doit pas charger son combustible qui est le même que celui de Taïshan. Des études doivent être menées afin de mieux comprendre les événements qui se déboulent en Chine et doivent être présentées en réunion de la CLI de Flamanville, celle-ci étant placée sous la responsabilité du Conseil Départemental.

Voir aussi: https://www.sortirdunucleaire.org/Chine-Taishan-Un-reacteur-EPR-rejette-des-gaz

Publié le 18 juin 2021

Ce texte est un communiqué des associations ACRO, CRILAN, Greenpeace, CREPAN FNE et EELV, organisations antinucléaires et critiques, membres de la CLI de Flamanville

http://crilan.fr/le-cotentin-concerne-par-les-evenements-de-lepr-de-chine/

LES PONTS-DE-CÉ (49) : UNE MANIFESTATION CONTRE LE NUCLÉAIRE LE SAMEDI 26 JUIN

Un collectif d’habitants des Ponts-de-Cé et des bords de Loire organise un rassemblement contre le nucléaire le samedi 26 juin au port des Noues.

Se disant inquiets de la pollution générée par cinq centrales nucléaires situées en amont du fleuve, un collectif d’habitants des Ponts-de-Cé et des bords de Loire appelle les organisations et les habitants mobilisés sur les enjeux d’environnement et de climat à se rassembler le samedi 26 juin 2021 à 14 h 30 au port des Noues aux Ponts-de-Cé pour un temps d’information et d’échange.

Plusieurs associations seront présentes, parmi lesquelles Sortir du Nucléaire 49, Greenpeace Angers, Youth for Climate Angers, Justice Climatique Angers, Le Cercle 49… Un intermède musical sera assuré par le groupe ponts-de-céais « Des Lions pour des Lions ».

Le collectif s’inquiète notamment de la présence de tritium dans la Loire, même s’il s’agit de quantités infinitésimales. Bien malin qui pourra prouver qu’un produit mutagène ingéré toute l’année, à faible dose, et circulant dans l’ensemble des cellules d’un organisme, n’est jamais responsable d’un cancer. Mais bien malin qui pourra prouver que tel ou tel cancer est dû au tritium. « Ce flou bénéficie aux organisateurs de cette grande loterie des cancers dans notre société » écrivent-ils dans un communiqué.

Ils rappellent par ailleurs que « les réacteurs de la centrale nucléaire de Chinon, située à moins de 80 km d’Angers et sur la rive de la Loire, auront en 2028 tous dépassé 40 ans de fonctionnement, c’est-à-dire la durée d’exploitation prévue lors de leur construction. Bien que des travaux de rénovation aient été effectués au fil du temps, certains éléments comme la cuve des réacteurs ne peuvent pas être changés. Plus la durée d’exploitation d’une centrale nucléaire augmente, plus les risques d’accidents dus à l’usure des matériaux s’aggravent.»

Par Le Courrier de l’Ouest, publié le 18/06/2021 à 16h37

Photo en titre : Le collectif s’inquiète notamment de la présence de tritium dans l’eau de Loire, même s’il s’agit de quantités infinitésimales. | ARCHIVES CO

https://www.ouest-france.fr/pays-de-la-loire/maine-et-loire/les-ponts-de-ce-une-manifestation-contre-le-nucleaire-le-samedi-26-juin-82e56b34-d03f-11eb-8f5d-bbe5719fc3b1

POLYNÉSIE et NUCLÉAIRE – LA LOI BROTHERSON REFUSÉE SANS SURPRISE

Fin de parcours pour la loi Brotherson à l’Assemblée nationale.

C’est le voile dans la voix, très ému de se retrouver à présenter cette loi devant les élus de l’Assemblée nationale, et affecté par la disparition la veille d’Eugène Tekurarere, que Moetai Brotherson a présenté sa proposition de loi visant à la prise en charge et à la réparation des conséquences des essais nucléaires français.

Une loi qui n’avait pas passé le cap de la commission de la Défense, et qui s’est heurtée, comme il était fort prévisible, au vote négatif de la majorité La République en marche. « Nous parlons d’essais qui ont laissé des victimes indirectes, un lagon pollué, avec plusieurs kilos de plutonium. Accepteriez-vous la même chose dans le bassin d’Arcachon ou le lac de Pau? », a ainsi demandé Moetai Brotherson aux élus.

Sa proposition de loi, qui veut apporter une dimension environnementale à la loi Morin, tout en élargissant les indemnisations aux malades, n’a pas rencontré le soutien, ni du gouvernement, ni des élus de la majorité. La ministre des Armées, Florence Parly, s’est bornée à opposer à la proposition de loi deux choses. La loi Morin déjà en place et les études menées de 1996 à 1998, sous l’égide de l’Agence internationale de l’énergie atomique avec l’Organisation mondiale de la santé et l’ONU, qui mettaient en exergue « de faibles concentrations de matières résiduelles, considérées sans impact d’un point de vue radiologique ». Sans ciller, elle ajoutera même que « malgré ces conclusions rassurantes, l’État a eu le souci de poursuivre la surveillance sur Moruroa et Fangataufa pour informer en toute transparence les autorités du Pays ».

Ignorant délibérément la récente enquête du site Disclose sur les conséquences des retombées lors des tirs atmosphériques et les chiffres jusqu’à dix fois plus importants de radiation, le ministre de la Santé, Olivier Véran, a poursuivi, s’arrêtant pour sa part sur l’absence de preuve de transmission transgénérationnelle. « Les études sont non concluantes pour l’heure. Mais si une étude devait mettre en exergue des conséquences transgénérationnelles, nous en tireront les conclusions qui s’imposent, comme par le passé. »

Soutenu par la gauche démocrate et républicaine, par la voix de Jean-Paul Lecocq, pour qui « la France ne sait pas reconnaître ses erreurs et ne sait pas réparer dignement », et l’extrême gauche, Moetai Brotherson verra malgré tout sa loi ne pas être votée, renvoyé vers la table ronde qui doit se tenir prochainement.

« En deux jours, on va nous faire croire que tout va se débloquer autour d’une table ronde », ironisait alors le député indépendantiste. « L’histoire jugera. »

Entre le facteur émotionnel et le facteur rationnel, l’Assemblée nationale a fait son choix.

Par Bertrand Prévost, La Dépêche de Tahiti, publié le 18 Juin 2021 à 7h57 

Photo en titre : Moetai Brotherson verra sa loi ne pas être votée et sera renvoyé vers la table ronde qui doit se tenir prochainement. (©Capture d’écran)

https://actu.fr/politique/nucleaire-la-loi-brotherson-refusee-sans-surprise_42771872.html

LOI CLIMAT: LE SÉNAT RELANCE LE DÉBAT DU NUCLÉAIRE

Le Sénat a conditionné vendredi, lors de l’examen en première lecture du projet de loi climat, l’arrêt de réacteurs nucléaires à la mise en place de capacités nouvelles de production d’énergies renouvelables équivalentes, une disposition qui a fait débat et que les députés pourront supprimer.

La ministre de la Transition écologique Barbara Pompili s’est vivement opposée à “un article ni fait ni à faire”. “J’aimerais tellement que ce soit si simple!”, s’est-elle exclamée, soulignant que “la politique énergétique est beaucoup plus complexe que ça”. La ministre a également insisté sur la question “essentielle” de la sûreté nucléaire.

Pour le rapporteur Daniel Gremillet (LR), cette mesure vise à “conforter l’objectif de décarbonisation du texte”, tout en sécurisant la fourniture d’énergie électrique.

Cet hiver on sait tous qu’on a joué avec le feu”, a-t-il noté. Mme Pompili a indiqué que les importations d’électricité “ont augmenté de 22%” en 2020 par rapport à 2019.

C’est la ceinture de sécurité cet article”, a insisté la présidente LR de la commission des Affaires économiques Sophie Primas. “Il n’y a pas ceux qui veulent du tout nucléaire, ceux qui veulent du tout renouvelable, il y a simplement dans cet hémicycle des élus de la République qui souhaitent que nous ne soyons pas en black-out”.

Le Sénat à majorité de droite a adopté un amendement précisant dans son dispositif la nécessité de respecter les règles de sûreté nucléaire.

On ne pourra pas – sauf à prendre décennie par décennie et année par année de plus en plus de risques – garder le stock actuel de centrales nucléaires, c’est une illusion française”, a averti l’écologiste Ronan Dantec.

La part du nucléaire, qui représente actuellement 70% du mix énergétique français, ne devrait plus en représenter que 50% en 2035.

Par AFP, publié le 18 juin 2021

https://www.lemondedelenergie.com/loi-climat-senat-nucleaire/2021/06/18/

CENTRALE NUCLÉAIRE DU TRICASTIN : QUELS TERRITOIRES SERAIENT TOUCHÉS EN CAS D’ACCIDENT MAJEUR ?

Montélimar, Valence, Lyon, Marseille mais aussi Bordeaux et Paris ou encore Munich, Milan et Barcelone : ces villes pourraient être affectées par un accident nucléaire majeur à la centrale du Tricastin (Drôme), en fonction des conditions météorologiques. C’est ce que révèlent les cartes de dispersion de la radioactivité réalisées par l’Institut Biosphère, en partenariat avec Greenpeace France. Le vieillissement et les dangers de la centrale nucléaire du Tricastin seront au cœur du procès des 34 activistes de Greenpeace France qui se tiendra à Valence le 29 juin prochain [1].

Le nuage radioactif s’échappant de la centrale nucléaire du Tricastin toucherait de plein fouet Lyon et Grenoble ainsi qu’une bonne partie de la Suisse et de l’Allemagne

La modélisation de plus de 1000 cartes, correspondant chacune à une situation météorologique survenue au cours des années 2017, 2018 et 2020, permet d’évaluer la direction et la dangerosité du nuage radioactif généré si un accident de type Fukushima devait se produire à la centrale nucléaire du Tricastin [2].

En moyenne, sur l’ensemble des 1096 configurations météorologiques étudiées, plus de 13 millions de personnes recevraient en quelques heures une dose de radioactivité supérieure à la limite d’exposition du public, fixée à 1 mSV par an. Selon les variations météorologiques, presque toutes les régions et grandes villes en France pourraient être contaminées ainsi que les pays voisins comme l’Italie, la Suisse, l’Allemagne ou l’Autriche.

« La centrale nucléaire du Tricastin, vieillissante et exposée au risque sismique mais qu’EDF veut faire fonctionner encore au moins dix ans, est une menace pour des millions de personnes, d’abord en Auvergne-Rhône-Alpes mais aussi à l’échelle nationale et européenne », estime Roger Spautz, chargé de campagne Nucléaire à Greenpeace France.

Greenpeace a dénoncé à plusieurs reprises les risques posés par cette centrale. La cuve d’un des réacteurs compte plus de 20 fissures. La centrale se trouve à six mètres en dessous du niveau du canal de Donzère-Mondragon. En cas de séisme, une rupture de la digue fragilisée ne peut pas être exclue. Une inondation en résultant pourrait conduire à un accident de fusion du combustible nucléaire des quatre réacteurs de la centrale.

La centrale du Tricastin se trouve dans une zone avec un risque sismique élevé, comme l’a rappelé le séisme du Teil du 11 novembre 2019. L’IRSN a publié mercredi 16 juin 2021 un nouvel avis sur les mouvements sismiques à prendre en compte pour la sûreté des installations nucléaires de Cruas et du Tricastin à la suite de ce séisme, et considère que « en l’état des connaissances, les arguments fournis par EDF ne permettent pas d’écarter un impact du retour d’expérience du séisme du Teil sur la définition de l’aléa du site du Tricastin. L’IRSN estime qu’une consolidation des connaissances relatives à l’aléa sismique de la région du site du Tricastin est nécessaire ». Près de 20 mois après le séisme du Teil, on ne sait toujours pas si la centrale nucléaire du Tricastin est conçue pour résister à un séisme de forte intensité.

« Le gouvernement français doit faire preuve de responsabilité en actant dès maintenant la date de fermeture de la centrale du Tricastin. C’est la seule façon de protéger les populations, tout en anticipant la reconversion du territoire », affirme Roger Spautz.Le nuage radioactif s’échappant de la centrale nucléaire du Tricastin toucherait de plein fouet Marseille et une bonne partie de l’Italie

Publié le 18 juin 2021

https://www.greenpeace.fr/espace-presse/centrale-nucleaire-du-tricastin-quels-territoires-seraient-touches-en-cas-daccident-majeur/

Pour plus d’informations, nous vous invitons à consulter également: https://www.greenpeace.fr/centrale-du-tricastin-le-risque-nucleaire-au-jour-le-jour/

 

LA CORÉE DU NORD DOIT SE PRÉPARER « AU DIALOGUE ET À LA CONFRONTATION » AVEC WASHINGTON, SELON KIM

Le dirigeant nord-coréen Kim Jong Un a estimé que son pays devait se préparer autant « au dialogue qu’à la confrontation » avec les États-Unis, dans une première réaction à la politique coréenne du nouveau président américain Joe Biden.

Joe Biden, dont Pyongyang dénonce la « politique hostile« , n’exclut pas de rencontrer un jour le leader nord-coréen Kim Jong Un, mais souligne qu’il ne le fera pas sans engagements clairs de ce dernier. Et les négociations entre les États-Unis et le Nord restent à l’arrêt depuis l’échec du second sommet entre Donald Trump et Kim Jong Un à Hanoï en 2019.

Kim « a souligné la nécessité de se préparer autant au dialogue qu’à la confrontation, en particulier d’être pleinement préparé à la confrontation« , dans un discours sur sa stratégie à l’égard de Washington lors d’une réunion plénière du Comité central du parti, selon l’agence officielle KCNA.

Le leader nord-coréen « a appelé à réagir de façon vive et rapide face à une situation évoluant rapidement et à concentrer les efforts sur une prise de contrôle stable de la situation dans la péninsule coréenne« , précise l’agence officielle.

En mai, Joe Biden avait critiqué la démarche de son prédécesseur Donald Trump qui avait rencontré « Chairman Kim » à deux reprises, à Singapour puis à Hanoï, sans aboutir à des résultats tangibles. « Je ne lui offrirai pas une reconnaissance internationale » sans contreparties, avait-il insisté.

Aucune illusion

Il avait alors dit ne pas se faire d' »illusions » sur la difficulté de convaincre la Corée du Nord de renoncer à son arsenal nucléaire, après un entretien à la Maison Blanche avec son homologue sud-coréen Moon Jae-in.

« Nous n’avons aucune illusion sur la difficulté, absolument aucune. Les quatre dernières administrations n’ont pas rempli l’objectif. C’est un objectif incroyablement difficile« , avait-il dit à la presse, en annonçant avoir nommé le diplomate chevronné Sung Kim comme émissaire spécial pour Pyongyang.

La Corée du Nord a effectué six essais de tirs de missiles depuis 2006. Elle fait l’objet de plusieurs séries de sanctions internationales pour ses programmes d’armement interdits.

Mais Pyongyang peut désormais accepter une « réduction progressive de son arsenal nucléaire et un gel du programme nucléaire en échange d’un assouplissement des sanctions« , analyse Cheong Seong-chang, directeur des études nord-coréennes à l’Institut Sejong.

Selon un rapport d’experts du renseignement américain publié en avril, la Corée du Nord pourrait reprendre ses essais nucléaires cette année afin de forcer l’administration Biden à revenir à la table des négociations.

Kim « pourrait prendre un certain nombre de mesures agressives et potentiellement déstabilisatrices pour remodeler l’environnement de sécurité régionale et creuser des fossés entre les États-Unis et leurs alliés« , analyse le rapport.

Cela pourrait passer par une reprise des essais d’armes nucléaires et de missiles balistiques intercontinentaux (ICBM).

Par AFP, publié le 18/06/2021 à 01h03 – Modifié le 18/06/2021 à 06h43

Photo en titre : © AFP/Archives/Jung Yeon-je

https://www.lepoint.fr/monde/la-coree-du-nord-doit-se-preparer-au-dialogue-et-a-la-confrontation-avec-washington-selon-kim-18-06-2021-2431608_24.php

NUCLÉAIRE : LES DÉCHETS DES CENTRALES ALLEMANDES RETOURNERONT BIEN OUTRE-RHIN D’ICI À 2024

Paris et Berlin ont trouvé un accord de principe afin de permettre le retour en Allemagne de déchets nucléaires qui avaient été traités en France. Des déchets français seront substitués aux déchets allemands pour faciliter les aspects logistiques.

C’est un débat ancien qui serait en passe d’être résolu. Jeudi, le ministère de la Transition énergétique a fait savoir que Berlin et Paris ont trouvé un terrain d’entente sur les conditions du retour Outre-Rhin des déchets de centrales nucléaires Allemandes qui ont été traités en France par l’usine d’Orano à la Hague jusqu’en 2008, et stockés depuis.

Prévu par des accords intergouvernementaux, le retour de ces déchets très sensibles dans leur pays d’origine était, dans ce cas, devenu très complexe à concrétiser : « les industriels concernés avaient pris un retard très important dans le développement des solutions techniques envisagées initialement pour le transport des déchets de moyenne activité à vie longue en Allemagne. En l’état actuel des choses, les derniers retours étaient susceptibles d’être reportés à l’horizon de la décennie 2040 », pointe le ministère dans son communiqué. Soit près de 20 ans après la date prévue dans les premiers accords noués entre les énergéticiens concernés (RWE, PreussenElektra, EnBW et Vattenfall) et Orano (ex-Cogema).

Les modalités de stockage font débat en Allemagne

Pour ne pas en arriver là, la France va envoyer en Allemagne des déchets français « équivalents en radioactivité et en masse » à ceux qui étaient entrés sur le territoire et qui n’avaient pas encore été renvoyés entre 1996 et 2011. Cette pratique, qualifiée de « courante » par Orano, va permettre de significativement simplifier les aspects logistiques puisque ces déchets pourront être expédiés dans un seul convoi contre 17 sans cette opération de substitution. Ainsi, la date butoir de 2024 pour effectuer ce transfert devrait être respectée.

Cet accord a obtenu le feu vert des deux gouvernements et doit être formalisé dans les prochaines semaines entre Orano et les énergéticiens concernés. Il intervient alors que Berlin s’approche de la date de 2022 fixée pour fermer ses dernières centrales nucléaires et que les modalités de stockage des déchets nucléaire fait toujours débat outre-Rhin.

Par Sharon Wajsbrot, publié le 17 juin 2021 à 18h51, mis à jour le 17 juin 2021 à 19h00

Photo en titre : Cet accord a obtenu le feu vert des deux gouvernements et doit être formalisé dans les prochaines semaines. (MICHAEL PROBST/AP/SIPA)

https://www.lesechos.fr/industrie-services/energie-environnement/nucleaire-les-dechets-des-centrales-allemandes-retourneront-bien-outre-rhin-dici-a-2024-1324624

LE GOUFFRE D’ITER NE DÉCOURAGE PAS LES PROJETS DE FUSION THERMONUCLÉAIRE (3/3)

Incendie, risque sismique, étanchéité des composants… Plusieurs dangers pourraient solder le projet Iter par un échec. L’avenir de la fusion nucléaire en serait quand même protégé, tant les États et les magnats de l’industrie de la tech ou de l’énergie financent des recherches et des projets.

Saint-Paul-lez-Durance (Bouches-du-Rhône), reportage

Vantant lors du lancement de l’assemblage d’Iter, à Saint-Paul-lez-Durance (Bouches-du-Rhône) en juillet 2020, la perspective d’une « énergie non polluante, décarbonée, sûre et pratiquement sans déchets », Emmanuel Macron a résumé ainsi la construction du plus grand réacteur de fusion nucléaire de tous les temps : « Iter, c’est précisément un acte de confiance en l’avenir. » [1] C’est le même type de discours qu’a entendu la journaliste Isabelle Bourboulon, qui vit près de Manosque, au cours de son enquête sur Iter parue en 2020 [2] : « Mes interlocuteurs disaientIter, j’y crois, comme si c’était un acte de foi. » Effectivement, les promesses de ce réacteur dont le coût de construction dépasse les 40 milliards d’euros relèvent aujourd’hui de la croyance. Aucun réacteur de fusion n’a à ce jour produit le moindre kilowatt-heure (kWh) d’électricité, et dans le meilleur des cas, si l’expérience menée à Iter fonctionnait, la puissance obtenue resterait équivalente à celle qu’auraient nécessité les installations du réacteur. Mais d’autres paramètres rendent cette expérience particulièrement hasardeuse.

La journaliste Isabelle Bourboulon a longuement enquêté sur Iter. © Celia Izoard/Reporterre

Tout d’abord, il est très difficile de prévoir comment se comportera ce plasma en régime de fusion nucléaire à plus de 150 millions de degrés Celsius (la température du centre du soleil est de 15 millions de degrés). Dans ce « quatrième état » [3], la matière est sujette à des turbulences qui, malgré de nombreuses recherches, restent imprévisibles. Dès le premier tir de plasma, le tokamak — cette enceinte de 23 000 tonnes dont l’étanchéité doit être absolue et qui a nécessité l’assemblage de 1 million de composants « au millimètre près » — pourrait être perforé par les 15 millions d’ampères qu’il faut faire circuler dans la chambre à vide pour confiner le plasma.

Le divertor, l’un de ses composants critiques, sorte de cendrier de 540 tonnes en tungstène chargé d’évacuer la chaleur, « pourrait fondre, explique dans une récente vidéo Peter Rindt, chercheur en fusion à l’université de technologie d’Eindhoven (Pays-Bas) et chargé de la conception du futur prototype de réacteur Demo, qui serait construit vers 2050. Et si le plasma est déstabilisé, il peut être détruit en une milliseconde, soit un investissement à l’échelle du milliard de dollars fichu en l’air [4] ». Chacune de ces avaries nécessiterait de revoir toute l’étanchéité de l’édifice. Mais la radioactivité y sera telle qu’aucun humain ne pourra intervenir, et il faudra remplacer les pièces et colmater les fuites de façon entièrement robotisée.

Iter étant situé sur la faille sismique de la Moyenne Durance, l’État français, déterminé à emporter la candidature de la construction du réacteur sur son sol, a financé des dispositifs parasismiques de grande envergure pour protéger l’immense réacteur. Selon les études menées par le Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA), « la quantité d’armatures métalliques dans le béton armé est telle que les bâtiments qui se déformeraient légèrement pendant le séisme reprendraient leur position initiale dès la fin du séisme. La fonction de confinement serait toujours assurée [5]. » Pourtant, on imagine difficilement qu’une machine aussi précise puisse être secouée et venir se rétablir impeccablement au millimètre près. Elle pourrait devenir inutilisable pendant des années, et les dégâts se chiffreraient là aussi en dizaines de milliards d’euros.

Le divertor. © Iter Organization

« Le principal danger, ici, c’est le feu »

« On nous parle de protections contre les séismes ou une chute d’avion sur le réacteur, mais le principal danger, ici, c’est le feu », commente-t-on dans la cantine d’Iter, à l’heure du déjeuner. Comme le site nucléaire voisin, le CEA-Cadarache, Iter se trouve au milieu d’une forêt de pins et de chênes aux confins des Bouches-du-Rhône, du Var, des Alpes-de-Haute-Provence et du Vaucluse, dans la région de France (Provence-Alpes-Côte d’Azur) la plus menacée par les incendies. En 2017, des feux ravageurs avaient atteint l’autoroute A51, qui dessert Iter. Qu’en sera-t-il en 2035, une fois la machine assemblée, sa stabilité et son étanchéité testées ?

« Une bande de végétation de 50 mètres de large a été défrichée pour protéger le site, répond à Reporterre Joëlle Elbez-Uzan, directrice de la sûreté à Iter. En imaginant qu’un incendie se propage jusqu’au tokamak, il mettrait bien deux heures à s’attaquer à ses murs, dont l’épaisseur minimale est de 60 centimètres. » Le danger est réel, et, dans la perspective des mégafeux à venir, la dispersion de tritium et de poussières de béryllium radioactives ne peut être exclue ni la nécessité d’une évacuation de la population. [6]

Aux abords du site Iter. © Celia Izoard/Reporterre

Tous ces aléas invitent à se demander si cette installation de plus de 40 milliards d’euros est assurée. « Tout ce que nous pouvons dire, répond l’Organisation Iter, c’est que des polices d’assurance standard pour la couverture des risques de construction et la responsabilité civile ont été souscrites. » Mais auprès de qui ? Une compagnie privée n’endosserait pas un tel risque. L’Organisation Iter, entièrement financée par des fonds publics, refuse d’en dire plus.

Dernier détail : il est probable qu’en 2035, Iter ne puisse pas fonctionner pendant une partie de l’année. Pour dissiper l’énorme chaleur produite par les réactions thermonucléaires, la Société du canal de Provence fournira à Iter annuellement entre 1,7 et 3 millions de mètres cubes d’eau, prélevés dans le barrage de Sainte-Croix, dans le Verdon, selon une source interne sous couvert d’anonymat — l’équivalent de la consommation annuelle de 14 000 à 25 000 foyers, et les deux tiers de cette eau de refroidissement seront évaporés. [7]

En 2006, à l’époque du débat public sur Iter, les prélèvements annoncés étaient de « 1 million de mètres cubes d’eau par an », soit deux à trois fois moins [8]. En théorie, les arrêtés sécheresse préfectoraux devraient contraindre Iter, comme tout établissement industriel, à réduire ses prélèvements, et donc à cesser ses expériences dans le tokamak pendant ces périodes. En 2035, on peut imaginer que, du fait du changement climatique, ces arrêtés seront fréquents. À moins qu’un dispositif exceptionnel n’autorise le site à refroidir des plasmas thermonucléaires expérimentaux aux moments où les particuliers n’auront plus le droit d’arroser leur jardin.

Transformateurs électriques sur le site d’Iter. © Iter Organization

Iter relance les travaux sur la fusion

Colosse aux pieds d’argile, le programme Iter pourrait donc se solder par un gigantesque gâchis, tout aléa se traduisant par des avaries et des coûts proportionnels à la taille de la machine. Mais paradoxalement, même si Iter s’avérait un fiasco, cela n’aurait peut-être pas d’incidence sur l’avenir de la fusion nucléaire. « L’enjeu d’Iter n’est pas seulement de produire le premier plasma de fusion nucléaire autoentretenu, explique Laban Coblentz, directeur de la communication. C’est de construire le savoir-faire et les capacités industrielles de la fusion dans le monde entier. »

Dans les trente-cinq pays membres de l’Organisation Iter [9], des équipes de chercheurs planchent depuis près de vingt ans sur tous les aspects de la fusion nucléaire, des turbulences du plasma à la conception d’alliages ultrarésistants. Pour produire tous les composants hors normes du réacteur, les dizaines de groupes industriels qui ont remporté les appels d’offres — Air Liquide, Veolia, Vinci, Dassault, Engie, Mitsubishi, Hyundai, etc. — ont investi pendant des années dans des prototypes, des procédés et des capacités de production. Ils vont chercher à les rentabiliser en soutenant la création d’une filière de réacteurs commerciaux.

Discours d’Emmanuel Macron lors de la cérémonie de lancement de l’assemblage d’Iter, le 28 juillet 2020. © Iter Organization

« Qu’Iter soit le premier à réaliser la fusion ou pas, tout le monde s’accorde à dire que c’est la construction de ce réacteur, longtemps jugée impossible, qui a relancé les travaux sur la fusion », relève L’Usine Nouvelle [10]. Car non seulement la production des composants d’Iter a ouvert des filières industrielles, mais le projet donne lieu à d’innombrables publications scientifiques sur les multiples facettes de la fusion thermonucléaire auxquelles les trente-cinq pays membres d’Iter ont accès.

Promesses et financements

De ce fait, s’appuyant sur les travaux menés dans la recherche publique depuis des années, l’économie des start-up s’est emparée depuis le début des années 2010 du défi de la fusion et se livre une véritable course, sur le modèle de la conquête spatiale façon Elon Musk. Financée par Morgan Stanley, Alphabet (Google) et Paul Allen, cofondateur de Microsoft, la société étasunienne Tri Alpha Energy a levé 750 millions de dollars en promettant aux financiers qu’elle serait capable d’atteindre 300 millions de degrés Celsius par collision de deux plasmas thermonucléaires et de se passer un jour de tritium en faisant réagir des protons avec du bore.

Avec l’argent de Jeff Bezos (Amazon), l’entreprise canadienne General Fusion développe un réacteur à mi-chemin entre la fusion magnétique et la fusion inertielle [11] équipé d’une paroi de métal liquide (lithium-plomb) pour convertir la chaleur. Commonwealth Fusion Systems, issue d’une équipe de l’Institut de technologie du Massachusetts et soutenue par Bill Gates, a levé 200 millions de dollars pour créer un réacteur à tokamak qu’elle promet plus compact qu’Iter grâce à 500 kilomètres d’aimants supraconducteurs en terres rares (yttrium-baryum).

Sur les 119 installations expérimentales de fusion construites ou en projet dans le monde, 22 sont désormais privées. [12] En mai 2021, ces entreprises souvent issues de laboratoires universitaires avaient levé un total de 2 milliards de dollars [13]. Les magnats de l’industrie de la tech et les fonds de capital-risque ne sont pas les seuls à les financer : on y trouve aussi des compagnies pétrolières et gazières. Les pétroliers Chevron, Eni et Equinor ont ainsi investi dans la Commonwealth Fusion Systems. Dans le conseil d’administration de Zap Energy, qui perfectionne la Z Machine au Nouveau-Mexique — un générateur de rayons X pulsés capable d’atteindre plusieurs milliards de degrés Celsius, « des ex-dirigeants des industries fossiles côtoient des experts en recherche nucléaire et en physique des plasmas », indique Green Tech Media. Les entreprises pétrolières s’assurent ainsi, au cas où la fusion nucléaire produirait un jour de l’électricité, de pouvoir continuer à dominer le marché de l’énergie.

Au fond, le rôle du programme Iter tient de la prophétie autoréalisatrice. Les effets d’annonce sur la production d’énergie colossale que les physiciens des plasmas ont fait miroiter aux dirigeants politiques pour obtenir le financement de ces réacteurs gigantesques sont aujourd’hui recyclés pour convaincre les fonds d’investissement et augmenter la valorisation des jeunes pousses (start-up). Une filière de fusion nucléaire se met en place, avec la promesse de fournir de l’énergie décarbonée dans quelques décennies. Sans aucune garantie de succès. Mais elle engloutit déjà des quantités énormes de métaux et d’énergie, qui ne peuvent qu’accélérer le réchauffement climatique et l’intoxication des milieux.

Par Celia Izoard (Reporterre), publié le18 juin 2021 à 09h42, mis à jour le 18 juin 2021 à 14h19

https://reporterre.net/Le-gouffre-d-Iter-ne-decourage-pas-les-projets-de-fusion-thermonucleaire?utm_source=newsletter&utm_medium=email&utm_campaign=nl_quotidienne

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DERRIÈRE LE PROJET ITER, DES MONTAGNES DE MÉTAUX TOXIQUES ET DE DÉCHETS RADIOACTIFS (2/3)

Présenté comme un projet « propre » qui contribuera à la lutte contre le changement climatique, le futur réacteur nucléaire Iter nécessite pourtant quantité de métaux polluants ou cancérogènes, et produira de nombreux déchets radioactifs.

Volet 1/3 : Le futur réacteur nucléaire Iter : un projet titanesque et énergivore

Volet 2/3 : Iter, la réalité derrière les promesses de la fusion nucléaire] Iter, le futur réacteur international, se veut la vitrine de la fusion nucléaire, dont les qualités, selon ses promoteurs, surpassent celles de la fission, en usage dans les centrales classiques. Enquête au cœur d’un projet démesuré, aux conséquences sanitaires et environnementales désastreuses.

Saint-Paul-lez-Durance (Bouches-du-Rhône), reportage

« Si je viens travailler chaque matin, c’est parce que je crois qu’il n’y a pas d’alternative à la fusion nucléaire pour lutter contre le changement climatique. Il faudra alimenter tout le parc de véhicules électriques, l’éolien et le solaire ne suffiront pas », explique à Reporterre Laban Coblentz, directeur de la communication d’Iter, depuis le bureau vitré qui domine le gigantesque chantier du réacteur expérimental situé dans les Bouches-du-Rhône. En théorie, une réaction de fusion nucléaire ne produit pas de gaz à effet de serre, « le sous-produit principal est l’hélium, un gaz inerte non toxique », selon l’Organisation Iter. Mais dans le scénario le plus optimiste où la réaction de fusion nucléaire serait maîtrisée, une filière de production d’électricité ne verrait le jour qu’après 2070. [1] Pour remplacer les énergies fossiles et espérer contenir l’élévation des températures avant la fin du siècle, il serait trop tard.

Ce problème mis à part, peut-on considérer qu’Iter contribuera à 100 % à la lutte contre le changement climatique, comme l’a justifié dernièrement l’Europe lors de l’affectation de 6,6 milliards d’euros au projet ? [2]

Sur le site Iter de Cadarache, la construction d’une quarantaine de bâtiments monumentaux a déjà nécessité d’excaver 3 millions de mètres cubes de terre, de produire 150 000 m³ de béton, d’installer une ligne THT et un poste électrique de 4 hectares. Pour refroidir les aimants supraconducteurs du réacteur, Air Liquide a bâti sur le site la plus grande usine cryogénique du monde, alimentée avec de l’hélium (produit à partir de méthane) importé du Qatar. Pour réaliser les calculs nécessaires au paramétrage de la réaction de fusion, Iter utilise des supercalculateurs qui, à partir de 2035, généreront chaque jour 2,2 pétaoctets de données, soit l’équivalent de 20 000 disques durs d’ordinateurs grand public — et leur traitement sera d’autant plus énergivore qu’ils nécessiteront deux sauvegardes quotidiennes. Mais l’aspect le plus préoccupant du bilan environnemental de la fusion réside dans les quantités inédites de métaux nécessaires à un tel réacteur.

Vue d’ensemble du site d’Iter, le 6 mai 2021. © Iter Organization/EJF Riche

Contaminations, maladies ou cancers

Prenons un métal peu connu, le niobium. Le principe de la réaction de fusion qui aura lieu dans le tokamak d’Iter — sorte de bouteille magnétique — nécessite de confiner un plasma porté à plus de 150 millions de degrés Celsius au moyen de gigantesques champs magnétiques. Pour les produire, 10 000 tonnes d’aimants supraconducteurs, les plus grands jamais conçus, sont en chemin vers Iter. Leurs bobines sont faites de deux alliages de métaux précieux : le niobium-titane et le niobium-étain.

« La taille exceptionnelle des aimants d’Iter […] a bouleversé le marché mondial des supraconducteurs, s’enthousiasme l’Organisation sur son magazine Iter Mag. La machine va utiliser plus du cinquième de la production annuelle mondiale de niobium-titane ; quant au niobium-étain, sa production […] a dû être multipliée par six pour répondre aux seuls besoins d’Iter. » Au total, Iter utilisera près de 450 tonnes de niobium. Et ce n’est qu’un réacteur expérimental : nous sommes loin d’une vraie filière qui consommera beaucoup plus de métaux. Que cela signifie-t-il concrètement ?

Bien que l’Organisation Iter n’ait pas été en mesure de nous indiquer l’origine de ses métaux, on sait que le niobium est le métal-chéri de Jair Bolsonaro, le président d’extrême droite du Brésil, qui le considère « plus important que le pétrole » [3]. De fait, 85 % du niobium extrait dans le monde provient de deux mines brésiliennes. Dans l’État du Minas Gerais, la Companhia Brasileira de Metalurgia e Mineração (CBMM), principal producteur mondial, « contamine les eaux souterraines du bassin d’Araxá depuis au moins trente-six ans, dénonçait en 2018 Rodrigo de Castro Amédée Péret, mobilisé au sein de l’Action franciscaine pour l’écologie et la solidarité. À la suite d’une contamination des eaux au baryum, au chrome, au plomb, au vanadium et à l’uranium, de nombreuses familles ont souffert de divers types de maladies, comme le cancer, les maladies rénales et cardiovasculaires. Environ 200 familles vivant dans la région ont dû quitter leur domicile après la découverte de la contamination. Par l’intermédiaire de l’Association des résidents de Barreiro, ces familles ont pu obtenir devant les tribunaux que le gouvernement de la ville fournisse de l’eau minérale aux résidents qui y vivent encore. » [4]

Extraction de niobium au Brésil, en 2009. Wikimedia Commons/CC BY 2.0/Thiago Melo

Pour répondre à la demande croissante en niobium [5], le président brésilien est en train de mettre en place une procédure d’exception permettant d’exploiter prochainement les gisements du bassin du Rio Negro, dans une réserve naturelle de la forêt amazonienne où vivent vingt-trois peuples autochtones, dont les Yanomami [6]. L’énergie de fusion « 100 % climat » nécessite d’ores et déjà de détruire les territoires les plus préservés de la forêt amazonienne et d’en exproprier les derniers habitants.

« Le béryllium agit comme un poison cancérigène. »

Autre métal indispensable à la fusion nucléaire : le béryllium. Réfractaire, bon conducteur thermique et ultrarésistant, il servira à recouvrir les parois de la chambre à vide du tokamak d’Iter — surface qui sera la plus proche du plasma thermonucléaire. « Le béryllium, ce n’est pas soutenable », reconnaissait en 2019 Alain Bécoulet, physicien et ingénieur en chef d’Iter [7]. Et pour cause : ce métal figure sur la courte liste des éléments naturels les plus toxiques au monde, aux côtés de l’arsenic et du mercure. « Le béryllium agit comme un poison cancérigène, décrit dans un rapport de 2011 le Bureau des recherches géologiques et minières (BRGM), et peut rester détectable dans l’urine jusqu’à dix ans après l’exposition. » Même inhalé à des doses infimes, il provoque deux maladies graves, la bérylliose et le cancer du poumon.

Dans la majorité de ses usages, en électronique, on l’utilise à l’échelle du gramme ; la construction du réacteur d’Iter en consomme 12 tonnes ! Alors que la production mondiale de béryllium est estimée à plus de 300 tonnes par an, « on envisage l’utilisation de plusieurs centaines de tonnes de ce métal » pour les futurs tokamaks de fusion qui pourraient voir le jour après Iter, s’inquiète une équipe de scientifiques russes qui se demandent comment recycler ce béryllium une fois qu’il aura été irradié dans un tokamak. [8]

L’un des secteurs de la chambre à vide du tokamak d’Iter, le 6 avril 2021. © Iter Organization

Des produits et déchets radioactifs

L’extraction et le raffinage du béryllium posent déjà d’épineux problèmes du seul fait de son extrême toxicité. S’y ajoute le fait que la plupart des gisements contiennent également de l’uranium : on imagine la dangerosité des montagnes de résidus stockés à proximité des sites miniers. Le béryllium d’Iter sera extrait aux États-Unis, en Russie et en Chine. La principale mine chinoise, Koktokay no 3, dont l’existence n’a été rendue publique que récemment [9], est située dans le Xinjiang, la région autonome ouïghoure soumise par Pékin à d’incessantes violations des droits humains.

Le béryllium russe — et peut-être chinois — est raffiné dans l’usine métallurgique d’Ulba, à l’extrême est du Kazakhstan. Contrairement aux conditions d’extraction du béryllium en pays ouïghour, quelques données existent sur l’état sanitaire de la ville d’Ust-Kamenogorsk. Selon une équipe de chercheurs kazakhstanais, les rejets cumulés de ce bassin industriel ont abouti à une situation de « crise environnementale » : ils font état d’une « incidence croissante des cancers » et des « maladies respiratoires », notant que « la quantité de composants hautement polluants tels que le béryllium » présents dans l’air de la ville « n’est pas mesurée ». [10]

Bombardée de neutrons, la couverture en béryllium du tokamak d’Iter va se désagréger rapidement — la durée de vie de ce métal dans un réacteur de fusion serait de cinq à dix ans [11]. Il faudra non seulement remplacer ses modules régulièrement, mais évacuer après chaque expérience les poussières de béryllium. « Ces poussières ont beaucoup de défauts, pointe Joëlle Elbez-Uzan, directrice de la sûreté à Iter. D’abord, c’est du béryllium. Ensuite, elles seront fortement irradiées. Enfin, elles sont pyrophoriques [explosives]. » Tout un système de filtration est prévu dans la ventilation des installations pour éviter leur propagation. « Elles seront évacuées par des aspirateurs géants entièrement automatiques, chauffées dans un four puis fixées dans des matrices en ciment dont on étudie la composition pour éviter les explosions. On les mettra ensuite dans des fûts étanches pour les stocker avec les autres déchets radioactifs. »

Durant la construction du futur réacteur, en avril 2020. © Iter Organization

Des déchets radioactifs ? L’une des promesses de la fusion nucléaire n’est-elle pas, justement, de ne pas en créer ? « L’un des gros avantages de cette filière nucléaire, affirmait en 2020 Alain Bécoulet sur France Culture, c’est qu’on ne promène pas de produits radioactifs ni à l’entrée ni à la sortie. » Reprenons ces arguments. Pas de produits radioactifs en entrée ? Cela n’est valable qu’à l’état de pari sur l’avenir. La réaction prévue à Iter nécessite du tritium radioactif, il proviendra des réacteurs de fission nucléaire à eau lourde du Canada qui en produisent.

Un jour peut-être, ce ne sera plus nécessaire, si la couverture de la chambre à vide en béryllium permet de produire du tritium au sein même du tokamak, à partir de lithium soumis aux neutrons. Mais l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) considère que « cet objectif, qui est une condition sine qua non de l’exploitation industrielle des réacteurs à fusion de type tokamak pour la production d’électricité, est difficile à obtenir ». [12]

« À ce stade, on ne peut pas dire que la fusion est une énergie propre et sans déchets. »

Pas de produits radioactifs à la sortie ? C’est manifestement faux. « Lors d’une expérience de fusion, analyse Michel Claessens, ancien directeur de la communication d’Iter, dans son livre Iter, étoile de la science, à peine 2 % du tritium sera consommé, les 98 % restants se répandront dans les conduites et les matériaux. On ne peut donc éviter la contamination de l’eau de refroidissement par du tritium. » [13] Il faudra constamment récupérer le tritium absorbé par les parois pour essayer de le réinjecter dans le réacteur, et séparer le reste de ce tritium de l’eau de refroidissement pour le fixer dans des matrices, comme le béryllium, avant de le stocker. Plus encore, il faut garder à l’esprit que l’ensemble du gigantesque tokamak de 23 000 tonnes (trois fois le poids de la tour Eiffel), irradié tout au long des expériences, deviendra lui-même un monceau de déchets nucléaires. Autant de métaux qu’il sera presque impossible de recycler.

En réalité, l’Organisation Iter a toujours — discrètement — précisé que le réacteur générerait bel et bien des déchets radioactifs, mais « pas de déchets de haute activité à vie longue » — ceux qu’on envisage d’entreposer à 500 mètres sous terre pour plusieurs dizaines de milliers d’années. On aurait à minima 40 000 tonnes de déchets à stocker pour cinquante ans, dont le béryllium irradié devenu, du fait de sa teneur en uranium, déchet de moyenne activité à vie longue [14]. Dans les réacteurs de fusion, « le niveau de radioactivité par kilo de déchet devrait être inférieur à celui des réacteurs de fission, résume Daniel Jassby, physicien émérite en fusion nucléaire de l’université de Princeton, mais leur volume et leur masse devraient être supérieurs. » [15]

« À ce stade, reconnaît Joëlle Elbez-Uzan, on ne peut pas dire que la fusion est une énergie propre et sans déchets. Mais l’objectif est prometteur. » Face à « l’empreinte carbone considérablement élevée » d’Iter, Daniel Jassby se demande au contraire « comment cette énergie dépensée pourrait être finalement compensée par le succès du réacteur » et estime que « ce ne sera évidemment pas le cas ».

Par Celia Izoard, (Reporterre), publié le 17 juin 2021 à 10h01, mis à jour le 18 juin 2021 à 09h24

La suite de l’enquête demain.

https://reporterre.net/Derriere-le-projet-Iter-des-montagnes-de-metaux-toxiques-et-de-dechets-radioactifs

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CHINE : RUPTURE PRÉCOCE DES GAINES DE COMBUSTIBLE EPR

…une fragilité connue depuis 2002. Le réacteur chinois de Taishan a servi de cobaye.

Les bribes d’informations sont publiées au compte-goutte sur le problème critique du réacteur franco-chinois EPR de Taishan*. Les fuites anormales de gaz radioactifs du circuit primaire sont les conséquences de ruptures du gainage des combustibles assemblés dans l’usine de Romans sur Isère**.

Le gainage du combustible est la première barrière de confinement. La deuxième est la cuve. Un combustible aux gaines défectueuses dans une cuve défectueuse avec des soudures quasi impossibles à refaire c’est comme conduire une voiture sans liquide de freinage, sans frein en main avec la direction bloquée. La filière nucléaire voudrait se faire hara kiri qu’elle ne s’y prendrait pas mieux.

Le gainage dit M5, qui équipe les réacteurs de 1300 MW et maintenant les EPR chinois, a posé problème en raison de PPP (Petits Percements Précoces) et son expérimentation à Nogent fut suspendue en 2002. Puis l’IRSN (Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire) la validait en 2014*** avec des réserves sur les 1300 MW. Les EPR ont une puissance de 1650 MW. Les réacteurs EPR chinois sont les premiers à fonctionner depuis 2018, et donc la tenue du gainage dans un réacteur de cette puissance supérieure n’a pas été testée. Il semblerait que cela ne tienne pas le choc et ait peut-être débouché sur un début de fusion du cœur comme à St Laurent des Eaux.

Ce combustible au gainage défectueux c’est celui que s’est empressé de faire livrer EDF à Flamanville alors que la mise en service de plus en plus improbable a été repoussée après les élections présidentielles de 2022.

Le Collectif anti-nucléaire Ouest demande l’arrêt des réacteurs franco-chinois EPR défaillants, exige l’abandon immédiat du chantier EPR de Flamanville et de tous les chantiers EPR engagés que ce soit à Hinkley Point au Royaume Uni ou en Finlande à Olkiluoto, appelle chaque citoyen conscient du risque à se mobiliser pour un avenir libéré du nucléaire, énergie de destruction massive.

* https://www.can-ouest.org/nucleaire-probleme-critique-sur-lepr-chinois-de-taishan/

**https://www.ouest-france.fr/environnement/nucleaire/la-fuite-de-l-epr-chinois-fait-le-tour-du-monde-30eac7e8-cd2e-11eb-a8da-e398395d2765

*** https://www.irsn.fr/FR/expertise/avis/2014/Pages/Avis-IRSN-2014-00149.aspx#.X1oUQdTgrIU

Contact presse : Didier Anger 06 80 23 39 45 / Chantal Cuisnier 06 84 14 58 87 / Martial Château 06 45 30 74 66 /

Collectif Anti-Nucléaire Ouest

9 Bis sente des Grès, 76920 Amfreville-la-Mi-Voie

Tél : 07 68 35 03 38

contact@can-ouest.orgwww.can-ouest.org

https://www.facebook.com/can.ouest/ https://twitter.com/canouest

Par Chantal CUISNIER, publié le16 juin 2021

https://www.can-ouest.org/rupture-precoce-des-gaines-de-combustible-epr/

L’INCIDENT SUR L’EPR CHINOIS À TAISHAN POURRAIT AVOIR DES CONSÉQUENCES SUR LE NUCLÉAIRE EN FRANCE

Un incident survenu sur une centrale chinoise dans le sud du pays, à Taishan, met le nucléaire français en émoi. C’est sur un réacteur tricolore de type EPR que l’anomalie et une légère hausse de radioactivité ont été enregistrées. Un coup dur pour la Chine qui veut montrer un haut niveau de sûreté pour exporter ses technologies, et pour EDF qui aspire à construire plusieurs EPR dans l’Hexagone.

La situation n’est pas très claire en Chine. Lundi 14 juin, la chaîne d’information américaine CNN révélait que des mesures anormales de radioactivité ont été enregistrées dans le réacteur n°1 de Taishan, laissant craindre une fuite. Le réacteur concerné est l’EPR, un design français. Il est opéré par une coentreprise détenue à 70 % par le chinois CGM et à 30 % par l’électricien EDF. Si EDF a immédiatement demandé des informations à ses partenaires chinois, il a fallu plus de deux jours pour que les autorités chinoises reconnaissent un « incident mineur« .

Concrètement, selon les informations du ministère de l’environnement chinois et de l’Autorité de sûreté nucléaire, une hausse de la présence de gaz rare radioactif – du xénon et du krypton – a été enregistrée dans l’eau du circuit primaire du réacteur (un circuit d’eau fermé), causée « par environ cinq barres de combustibles endommagées« . Concrètement, dans la cuve du réacteur, l’uranium est inséré sous forme de pastille dans des grandes gaines métalliques. Il semblerait que plusieurs d’entre elles aient perdu leur étanchéité, sur un total de 60 000.

La hausse de radioactivité a été limitée et confinée au cœur du réacteur. L’incident n’est pas si rare. Il s’est déjà produit sur le parc nucléaire français où des gaines de zirconium ont montré une forme de corrosion. Mais si cet événement fait grand bruit, c’est que la Chine a mis un peu de temps, au regard des normes françaises ou américaines, pour le rendre public. De plus, là où le réacteur aurait sans doute été mis à l’arrêt en France pour vérification, il continue à fonctionner à Taishan.

L’image de sûreté de la Chine

L’événement tombe très mal pour la Chine et pour EDF. Pour la Chine car Pékin, devenu réellement indépendant techniquement sur l’atome, veut désormais exporter ses réacteurs partout dans le monde et doit montrer un niveau de sûreté irréprochable. Pour EDF, l’information tombe mal car, l’énergéticien français vise la construction d’une série de six réacteurs dans l’Hexagone afin de renouveler le parc domestique dont les premières tranches viennent de franchir l’âge de 40 ans. Or l’EPR a une image un peu écornée, que cet incident, même s’il n’est a priori pas imputable au design du réacteur, ne va pas arranger.

Les deux EPR de Taishan, mis en service en 2018, étaient cités régulièrement en exemple par la filière nucléaire française. Ces unités, construites par l’industrie chinoise, avaient plutôt bien respecté les délais et les coûts. Ces têtes de série opérationnelles contrebalançaient donc la dérive des chantiers européens. L’unité en construction à Flamanville (Manche) affiche 12 ans de retard et un doublement de son coût. Celui d’Olkiluoto en Finlande atteint 14 ans de retard. Il y a également deux réacteurs dont le chantier vient de débuter au Royaume-Uni.

Au-delà du cas de l’EPR, de la France, c’est la question du nucléaire en Europe qui se pose. Alors que des pays au Moyen-Orient (Irak, Arabie Saoudite) ou l’Inde et la Chine sont allants sur l’atome, l’Europe peine à lui trouver une place. Bruxelles a travaillé sur un vaste fléchage des investissements verts en faveur de la transition écologique, c’est ce que l’on appelle la « Taxonomie européenne ». Or le cas du nucléaire n’a pas pu être tranché. L’incident de Taishan, survenu sur un réacteur ultra-sécurisé de dernière génération, va nécessairement donner de l’eau au moulin à ceux qui veulent mobiliser des investissements en faveur des nouveaux projets nucléaires. (Voir ci-dessous la NDLR)

Par Ludovic Dupin, (@LudovicDupin), publié le 17 juin 2021

https://www.novethic.fr/actualite/energie/energie-nucleaire/isr-rse/l-incident-sur-l-epr-chinois-a-taishan-pourrait-avoir-des-consequences-sur-le-nucleaire-en-france-149907.html

NDLR : je pense que ce sont plutôt les opposants au nucléaire qui doivent se réjouir !

EXPOSITION CRILAN À LA MJC DE CHERBOURG: LE VÉCU DE L’ACCIDENT NUCLÉAIRE DE FUKUSHIMA, LES PAROLES DES ENFANTS

L’accident nucléaire qui s’est déroulé à Fukushima au Japon en mars 2011 fut indéniablement un «événement » majeur de l’année 2011.

10 ans après, catastrophe le CRILAN a voulu marquer l’anniversaire de cette catastrophe.

Cette exposition est le fruit d’un groupe de travail du CRILAN pendant le confinement en appui sur les travaux universitaires de Madame Akiko IDA, ethnologue de l’enfance et de la famille. Illustrée par Madame Misato YUGI, cette exposition traduit en 12 panneaux le vécu et les interrogations des enfants de cette région suite à cet accident nucléaire majeur.

MJC Cherbourg, 20 Rue de l’Abbaye jusqu’au 23 juillet 2021
9h-12h et 14h-18h, ven 14h-16h

« Toucher à notre sensibilité et notre intelligence », tel est l’objectif de cette exposition centrée sur les enfants japonais, acteurs à part entière de l’évènement.

Au fil de leurs propos apparaissent le passé et Hiroshima, le présent et l’incertitude, le futur et ses inconnues ; le soupçon et la peur vis-à-vis de ce que disent et taisent les autorités, ce qu’elles prescrivent et interdisent.

L’événement ne crée pas seulement une rupture dans l’ordinaire des choses, il vient aussi modifier un ensemble de pratiques auparavant banales: les imperméables et parapluies deviennent ainsi des outils prophylactiques pour se protéger de gouttes qui pourraient charrier bien autre chose que de l’eau.

Qu’en est-il de l’expérience vécue dans un monde où ce que l’on mange, ce que l’on respire, ce que l’on entend est sujet au doute et synonyme de danger?

Les gestes du quotidien, les exils du territoire de la catastrophe ; les rapports entre le rural et l’urbain ; l’avenir compromis ; le rapport à l’État et ses dirigeants ayant failli à la préservation de ce bien collectif qu’est la santé: tout cela et tant d’autres choses sont mis à l’épreuve.

10 ans après l’évènement, l’exposition interpelle notre addiction à l’énergie nucléaire et la place que nous laissons à nos enfants.

Pour accéder à l’exposition en ligne sur le web (confort visuel inférieur aux panneaux), cliquer sur : http://crilan.fr/exposition-web-les-paroles-des-enfants-de-fukushima/ et faire défiler

Par André JACQUES, publié le 17 juin 2021

Photo en titre: Réacteurs nucléaire EPR Taishan Chine, @EyePress News _ EyePress via AFP

https://crilan.fr/exposition-crilan-a-la-mjc-de-cherbourg-le-vecu-de-laccident-nucleaire-de-fukushima-les-paroles-des-enfants/

CHINE : DEUX RÉACTEURS NUCLÉAIRES SECRETS INQUIÈTENT LES SCIENTIFIQUES

En pleine transition énergétique, la Chine jette son dévolu sur le nucléaire. Parmi les nombreux projets de réacteurs, deux sont particulièrement source d’inquiétude pour certains scientifiques. Ces “surgénérateurs” génèrent en effet du plutonium, le même composant que l’on place dans les têtes nucléaires !

Des réacteurs civils au plutonium

La Chine a entamé une transition énergétique et s’intéresse grandement au nucléaire. Pas moins de 19 réacteurs sont ainsi en construction et 115 autres sont en projet ou en cours d’étude dans ce pays. La Chine a d’ailleurs annoncé la construction d’une usine pilote qui devrait à terme permettre à sécuriser ses approvisionnements en uranium en l’extrayant de l’eau de mer. Ce pays multiplie donc les moyens de faire du nucléaire son fer de lance de la transition énergétique.

Dans un article du 25 mai 2021, Popular Mechanics évoquait la construction de deux réacteurs nucléaires sur l’île de Changbiao, dans la province du Fujian (sud-est). Ces réacteurs baptisés China Fast Reactor 600 (CFR-600) devraient être opérationnels en 2023 et 2026. Or, leur installation est une source d’inquiétude pour de nombreux observateurs.

Crédits : world-nuclear-news.org

Ce type de “surgénérateurs” ou plutôt Réacteur rapide refroidis au sodium (RNR-Na) consommerait plus d’uranium que les autres solutions existantes. D’une capacité de 600 MWe (mégawatt électrique), ces réacteurs sont nourris au MOX, un mélange d’oxydes issu du traitement du combustible usé des centrales nucléaires constitué de 92 % d’uranium et 8 % de plutonium. Le problème est que ces CFR-600 rejetteraient d’importantes quantités de plutonium. Or, ce composant est davantage connu pour intégrer la fabrication d’armes nucléaires.

Un objectif militaire caché ?

Salon un rapport du Nonproliferation Policy Education Center (NPEC) publié en 2021, ces deux réacteurs pourraient permettre à la Chine de disposer de près de 1 300 têtes nucléaires d’ici à 2030. Le NPEC estime que le programme nucléaire civil chinois est en partie bien plus opaque que celui des États-Unis, des pays européens, du Japon ou encore de la Corée du Sud. De plus, Pékin n’a fait aucun rapport à l’Agence Internationale de l’Énergie Atomique (IAEA) depuis 2017.

Les auteurs du rapport s’inquiètent donc des capacités de ces réacteurs soi-disant civils. En considérant la potentielle contribution à la constitution d’un important stock de plutonium, les suspicions relatives à un objectif militaire prennent tout leur sens. Enfin, les analystes ont rappelé que les services de renseignement des États-Unis accusent la Chine de s’être engagée dans une course à l’armement atomique. Son objectif serait en effet de doubler son arsenal nucléaire dans un avenir proche.

Par Yohan Demeure, rédacteur scientifique, publié le 16 juin 2021 à 15h08

Photos : Crédits : world-nuclear-news.org

https://sciencepost.fr/chine-reacteurs-inquietent-scientifiques/

INTRUSION DE GREENPEACE À LA CENTRALE NUCLÉAIRE DE CATTENOM EN 2017: PAS DE RELAXE POUR LES MILITANTS

Après leur action au sein de la centrale nucléaire de Cattenom (Moselle), où des feux d’artifice ont été tirés, huit militants de Greenpeace plaident un « état de nécessité« . 

Pour avoir pénétré dans l’enceinte de la centrale nucléaire de Cattenom (Moselle) et y avoir tiré des feux d’artifice, huit militants de Greenpeace et un salarié avaient été condamnés à de lourdes amendes par la Cour d’appel de Metz.

Mais trois ans après les faits et un an après la décision de la justice, l’affaire continue. Les prévenus ont formé un pourvoi à la Cour de cassation à l’appui de leur demande de relaxe.

Un feu d’artifice tiré 

Pour rappel, les faits remontent à l’aube du jeudi 12 octobre 2017. Vers 5h30, des militants de Greenpeace se sont introduits dans l’enceinte de la centrale nucléaire.

Sur son compte Twitter, l’ONG avait fait part de feux d’artifice tirés « au pied de la piscine de combustible usagé ».

La cour d’appel de Metz a condamné huit militants à 180 jours-amende et 270 jours-amende pour un salarié. Ils devront payer entre 4 et 11 euros par jour selon leurs revenus, contre 10 euros par jour pour le salarié. Greenpeace a également été condamnée à payer 211 000 euros de préjudice matériel et 50 000 euros de préjudice moral pour cette action menée dans le nord de la Moselle.

Une action qui avait pour but d’afficher la vulnérabilité des sites nucléaires, deux jours après la remise d’un rapport d’experts sur ce sujet.

Pas de danger imminent à la centrale nucléaire

Dans leur recours, à l’appui de leur demande de relaxe, les prévenus ont déclaré « un état de nécessité » auprès de la Cour de cassation. Celui-ci permet d’écarter la responsabilité pénale d’une personne qui accomplit un acte nécessaire à la sauvegarde d’une personne ou d’un bien.

Mais dans son arrêté rendu mardi, la Cour de cassation rejette « l’état de nécessité » et valide le raisonnement de la cour d’appel de Metz qui a considéré que le danger n’était pas imminent, mais l’expression d’une « crainte face à un risque potentiel, voire hypothétique ».

Par ailleurs, elle précise que « le délit d’intrusion, qui visait à dénoncer une situation, n’était pas de nature à remédier au danger dénoncé ».

Ainsi, la Cour de cassation considère la condamnation émise par la Cour d’appel de Metz comme définitive.

Par Ninon Oget, publié le 16 Juin 21 à 8h31 

Photo en titre : La centrale nucléaire de Cattenom, en Moselle. (©Illustration/Adobe Stock)

https://actu.fr/grand-est/cattenom_57124/intrusion-de-greenpeace-a-la-centrale-nucleaire-de-cattenom-pas-de-relaxe-pour-les-militants_42671027.html

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NUCLÉAIRE : À NARBONNE, L’USINE D’URANIUM, LES CANCERS DU POUMON ET DES INTERROGATIONS (2/2)

Orano Malvési est pointée du doigt. Les associations et les riverains s’interrogent suite à une hausse observée du nombre de cancer du poumon. L’industriel affirme que son activité de purification d’uranium n’a aucun impact sur la santé.

Une nouvelle fois, l’association Rubresus met les pieds dans le plat. « Va-t-on encore longtemps fermer les yeux sur la situation sanitaire environnementale à Narbonne », alerte André Bories, qui s’interroge sur le lien de cause à effet entre le nombre de cas de cancer du poumon et les rejets dans l’atmosphère de l’usine Orano Malvési (ex-Areva) de purification de l’uranium.

Ses doutes sont fondés sur les résultats de l’étude statistique de l’Agence régionale de santé (ARS) réalisée entre 2009 et 2013, publiés en 2017. « Avec 36 décès par an dus au cancer du poumon, Narbonne présente un taux standardisé 26% plus élevé que celui de la population d’Occitanie et, chaque année, 33 nouveaux malades ont été diagnostiqués », relaie-t-il.

Pour expliquer le processus chimique, l’usine s’appuie sur des échantillons. Crédits : Rémy Gabalda-ToulÉco.

Pour sa part, l’Agence régionale de santé (ARS) tient à indiquer que ces chiffres « sont stables depuis plusieurs années ». « Il ne s’agit pas d’une hausse du nombre de cas de cancer du poumon, mais d’un excédent qui se retrouve à Narbonne, à Carcassonne et dans les départements de l’arc méditerranéen (Gard et Pyrénées-Orientales) en raison des modes de vie et des comportements, liés au tabagisme et à des difficultés de précarité et d’accès aux soins », relativise Dominique Mestre-Pujol, directrice adjointe de l’ARS à Carcassonne.

Enquête épidémiologique élargie

L’industriel, lui, est catégorique : son activité n’a aucun impact sur la santé. Le groupe s’appuie sur les prélèvements que réalise chaque année son laboratoire interne : 23.000 analyses sont effectuées sur près de 5000 échantillons dans le milieu naturel en plus de 100 points géographiques répartis sur le site et dans son proche environnement.

Pour en être convaincu, Rubresus, ainsi que le collectif de riverains Colère, réclament une enquête épidémiologique élargie à tous les habitants de Narbonne. Une demande qui n’est pas à l’ordre du jour. « Aucune remontée ni signalement n’ont été opérés par les professionnels de santé du Narbonnais à ce sujet. Si tel était le cas, nous pourrions envisager, selon la procédure habituelle, une saisine de Santé Publique France pour validation et investigation du « signal » », indique pour sa part la préfecture de l’Aude.
Audrey Sommazi

Photo en titre : Vue de l’usine Orano Malvési, qui purifie un quart du minerai d’uranium mondial. Crédits : Rémy Gabalda-ToulÉco

Par Audrey Sommazi, publié le mardi 15 juin 2021 à 18h45min

https://www.touleco.fr/Nucleaire-L-usine-d-uranium-les-cancers-du-poumon-et-des,31367

NUCLÉAIRE : À NARBONNE, LES OPPOSANTS MAINTIENNENT LA PRESSION CONTRE « L’USINE À GAZ » D’ORANO MALVÉSI (1/2)

Le projet TDN de l’industriel, dédié au traitement des effluents liquides radioactifs, ne passe pas auprès des associations environnementales et des riverains.

« On a peur que ça nous pète à la gueule », s’emporte Fabrice Hurtado, le fondateur de Transparence des canaux de la Narbonnaise (TCNA). « On garde tous en tête l’explosion de l’usine AZF, à Toulouse, en 2001. Nous aussi, on craint l’explosion. Et, ce sera une catastrophe. » En colère, ce cheminot ne mâche pas ses mots contre Orano Malvési (ex-Areva), cette usine de purification de l’uranium, classée Séveso 2 « seuil haut », construite à trois kilomètres à peine de la sous-préfecture de l’Aude.

Fabrice Hurtado, le fondateur de l’association Transparence des canaux de la Narbonnaise  (TCNA).

Dans le collimateur de M. Hurtado, le projet TDN, pour traitement des nitrates, qui intègre le procédé Thor (Thermal organic reduction) mis au point par l’industriel suédois Studsvik. Cette solution technique doit brûler, dans un four à 800 degrés, 350.000 m3 d’effluents liquides radioactifs, avec du charbon et de l’argile. Une fois transformés, ces résidus solides seront alors stockables par l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs.

Si discrète en temps normal, cette usine se serait passée de ce coup de projecteur. Pourtant, implantée à Narbonne depuis 1959, elle n’est pas une usine anodine : avec 450 emplois, dont une centaine de sous-traitants, elle purifie un quart du minerai d’uranium naturel mondial, soit 500.000 tonnes stockées depuis sa création. Ce premier maillon de la chaîne de fabrication de l’énergie nucléaire dissout le concentré minier (yellowcake), acheminé des mines du Niger, du Canada, de l’Australie et du Kazakhstan, avec de l’acide nitrique. Ensuite, elle l’envoie à l’usine de conversion Philippe Coste, autre propriété d’Orano Malvési installée sur le site nucléaire du Tricastin (Drôme), pour qu’il poursuive sa transformation.

De ce processus chimique mené sur le site audois, il reste des impuretés : les boues, qui contiennent des traces d’uranium, sont envoyées dans des bassins de décantation et les effluents liquides nitratés, eux, dans des bassins d’évaporation. Mais, à ce stade, il reste encore des déchets dont il faut se débarrasser. Pour l’industriel, le projet TDN est la solution.

40.000 m3 de rejets atmosphériques

André Bories, de l’association environnementale Rubresus, n’est pas de cet avis. Il a épluché le projet TDN détaillé dans l’enquête publique en 2016 et, depuis, il voit rouge. Il estime que 40.000 m3 de rejets d’oxydes d’azote, de composés organiques volatiles et de particules fines seront vaporisés dans l’air, toutes les heures. De plus, selon lui, une interrogation n’est toujours pas tranchée. « Où va la radioactivité ? », s’alarme-t-il.

« Ce projet a fait l’objet d’une étude d’impact et des études sanitaires », assure de son côté la préfecture de l’Aude. « Des contrôles seront réalisés régulièrement après le démarrage de l’activité. Cela ne veut pas dire que des études préalables n’ont pas été opérées pour s’assurer que le niveau d’émission théorique de cette installation serait bien conforme à la réglementation en vigueur. »

Les fûts dans lesquels est stocké le minerai d’uranium. Au deuxième plan, les bassins d’évaporation et de décantation.

Cette réponse est loin de satisfaire les opposants qui, inquiets, essayent d’obtenir les annulations de l’autorisation préfectorale, accordée en novembre 2017, et du permis de construire. Déboutées par le tribunal administratif de Montpellier, elles font l’objet d’un recours déposé fin 2020 devant la cour administrative d’appel de Marseille (Bouches-du-Rhône).

TCNA affûte aussi ses arguments, qui seront défendus devant cette même juridiction mais avec une autre ligne de défense. « Je suis Monsieur de la rue, on me prend pour un imbécile mais je tente de comprendre », admet cet habitant de Narbonne. « Alors, avec l’association, nous sommes allés vérifier dans deux usines aux États-Unis que le procédé Thor est en état de marche. Or, depuis 2012, il ne fonctionne pas. L’industriel nous ment. On combat quelque chose qui ne marche pas, avec nos arguments, sur le terrain. »

Projet à 100 millions d’euros

Daniel Bect, le dirigeant du site narbonnais, dans les locaux de l’industriel. Crédits Rémy Gabalda-ToulÉco

L’industriel, lui, assure que TDN est « un projet purement environnemental », qui s’appuie sur deux expertises conduites par l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire et la branche chimie du CNRS. Mandatées par le préfet de l’Aude en 2017, elles concluent que « TDN est la seule technologie existante adaptée », rapporte le groupe. « Ce projet de 100 millions d’euros a pour vocation de supprimer les risques d’inondation des bassins (dans lesquels sont stockés les effluents, en partie radioactifs, NDRL) », explique Daniel Bect, le dirigeant du site narbonnais.

Si la phase d’étude de TDN est terminée, les travaux ne sont toujours pas lancés en raison des contentieux juridiques.

En complément :

L’atelier de fabrication de dioxyde d’uranium, appelé Nouvelle voix humide (NVH) puis rebaptisé par le groupe UO2, entrera en service au second trimestre 2022. La production est destinée à l’usine Melox de Marcoule (Gard).

Pour Orano Malvési, ce projet de 60 millions d’euros permettra de produire 150.000 tonnes supplémentaires d’uranium par an, contre 15.000 aujourd’hui, et de créer une soixantaine d’emplois. « Je suis fier. Car nous relocalisons cette activité en France », se félicite Daniel Bect. Des arguments qui ne convainquent pas les associations. En juillet 2020, elles ont déposé un recours en appel contre l’autorisation de la production.

« Cela rajoute de la pollution : + 40 % de rejets d’uranium dans l’air », insiste M. Bories. « On constate que l’usine veut pérenniser son activité et qu’elle se diversifie. Mais on ne sait pas ce qu’elle va balancer dans l’air », s’interroge une porte-parole du collectif de riverains Colère, qui regrette que ce projet n’ait pas été soumis ni à une enquête publique, ni à une étude d’impact. « L’industriel fait passer la pilule sans bruit. Et, nous, on sert de cobayes. »

« L’exploitant a en effet dû déposer un « porter à connaissance » avant de pouvoir débuter l’activité », reconnait la préfecture de l’Aude. « Ce document analyse bien les impacts du projet sur l’environnement et propose des mesures de maîtrise de ces impacts. Et il a été constaté que le projet n’était pas susceptible d’engendrer un impact notable sur l’environnement et que l’activité restait conforme aux prescriptions de l’arrêté préfectoral d’autorisation délivré initialement à Orano. »

Par Audrey Sommazi, publié le mardi 15 juin 2021 à 18h50

Photo en titre : Le site d’Orano Malvési se déploie sur une centaine d’hectares, à trois kilomètres de Narbonne.

https://www.touleco.fr/1-1-Nucleaire-A-Narbonne-les-opposants-maintiennent-la-pression,31365

LA CHINE AUGMENTE ENCORE SON ARSENAL NUCLÉAIRE EN VUE D’UN CONFLIT AVEC TAÏWAN

Le rapport d’un institut indépendant montre que Pékin possède désormais 350 bombes atomiques. Un arsenal qui devrait doubler d’ici la fin de la décennie.

Alors que les États-Unis et la Russie ont diminué légèrement leurs stocks d’armes nucléaires, la Chine continue d’accroître son arsenal atomique. Un rapport publié le 14 juin par l’institut international de recherche sur la paix de Stockholm (Sipri), a dévoilé que la République populaire a produit 30 ogives supplémentaires au cours de l’année 2021. L’institut estime que le gouvernement de Xi Jinping possède désormais 350 armes de destruction massive, soit une augmentation de 10% par rapport à l’année 2020. Pékin disposait alors de 320 bombes atomiques.

Et la Chine ne compte pas s’arrêter là. Un rapport du Pentagone publié en février 2020 prédisait même que la République populaire doublera son arsenal nucléaire d’ici dix ans. “Le gouvernement de Xi Jinping ne veut plus seulement moderniser le pays mais s’affirmer comme puissance mondiale et à terme rivaliser militairement avec les États-Unis”, pouvait-on lire dans ce document. Même multiplié par deux, l’arsenal chinois n’atteindrait que 700 bombes. Ce qui est insuffisant pour inquiéter le Pentagone, qui estime toutefois que le gouvernement de Xi Jinping cherche également à moderniser ses armes balistiques pour les rendre plus rapides et moins aisément détectables. La sécurité des États-Unis serait alors véritablement menacée.

En plus de nouveaux missiles balistiques, la Chine développe des avions de chasse pouvant tirer des armes nucléaires. L’armée de la République populaire pourrait également combler la faiblesse numérique de son arsenal en déployant ces dernières dans différentes parties du globe pour les rendre plus difficiles à détruire. Ainsi, les officiers américains pensent que Pékin pourrait placer ses missiles au Pakistan, aux Seychelles, en Angola, en Indonésie ou encore au Sri Lanka. “Cette amélioration des capacités nucléaires chinoises posera un grave danger pour les intérêts nationaux américains et menacera la sécurité de l’ordre international”, a encore alerté le Pentagone dans son rapport.

Un enjeu d’autant plus crucial que les risques de conflits entre Pékin et Washington augmentent chaque jour à cause de la question taïwanaise. L’experte en sécurité Caitlin Talmadge, a confié au South China Morning Post, qu’une guerre conventionnelle entre la République populaire et les États-Unis pourrait dégénérer en guerre nucléaire. Pour l’analyste, si les États-Unis venaient à défendre Taïwan contre une invasion chinoise, il est possible que l’un des deux pays finisse par utiliser l’arme atomique plutôt que de risquer une défaite militaire trop cuisante. Aujourd’hui, ce scénario reste tout de même peu plausible. Cependant, les think tanks chinois et américains avertissent qu’il pourrait un jour se réaliser et invitent les dirigeants des deux côtés du Pacifique à privilégier le dialogue à la force militaire.

Par Thomas Romanacce, publié le 15/06/2021 à 14h31, mis à jour le 15/06/2021 à 18h47

https://www.capital.fr/economie-politique/la-chine-augmente-encore-son-arsenal-nucleaire-en-vue-dun-conflit-avec-taiwan-1406479

LE FUTUR RÉACTEUR NUCLÉAIRE ITER : UN PROJET TITANESQUE ET ÉNERGIVORE (1/3)

[1/3] Le futur réacteur de fusion nucléaire Iter, dans les Bouches-du-Rhône, consommera autant d’énergie qu’il n’en produira. Ce projet immense est aussi bien plus coûteux que prévu : 44 milliards d’euros.

Saint-Paul-lez-Durance (Bouches-du-Rhône), reportage

À Cadarache, dans les Bouches-du-Rhône, plusieurs milliers de personnes s’activent sur l’un des plus grands chantiers du monde. Le complexe où nous entrons avec notre guide, qui abritera le futur réacteur de fusion nucléaire Iter (« International Thermonuclear Experimental Reactor »), pèse 440 000 tonnes, soit plus de quarante tours Eiffel. Des hommes en casque de chantier — « casques rouges pour les chefs, blancs pour les ouvriers », explique la guide — tous également minuscules dans cet espace, contemplent une colossale pièce métallique de 440 tonnes. Elle a été expédiée de Chine par bateau, acheminée depuis Fos-sur-Mer sur une barge spécialement construite sur l’étang de Berre, puis transportée par convoi nocturne sur 104 kilomètres de route fortifiée à bord d’un camion géant doté de 352 roues.

Si des membres d’une peuplade inconnue arrivaient à Iter et observaient les ressources titanesques mobilisées pour ce chantier, ils en concluraient probablement que l’on construit ici un temple destiné à l’adoration d’un dieu. Ils n’auraient peut-être pas tort. Le nom de cette divinité s’affiche en grosses lettres en première page du site internet de l’Organisation Iter : « Une énergie inépuisable. »

Page d’accueil de l’Organisation Iter. Capture d’écran/Iter.org

Les centrales nucléaires construites à partir des années 1960 promettaient déjà d’exaucer cette prière, mais au moyen de la fission : déclencher une réaction en chaîne libérant des neutrons en cassant des noyaux d’uranium. Mais à Iter, on vous le dit tout net : la fission nucléaire est une impasse. Il faut extraire l’uranium pour alimenter les réacteurs, gérer des dizaines de milliers de tonnes de déchets radioactifs pour des milliers d’années, et maîtriser la réaction en chaîne qui, faute de refroidissement, s’emballe, comme à Fukushima. « On ne veut plus de tout ça », tranche Joëlle Elbez-Uzan, responsable de la sûreté et de l’environnement à Iter.

Avec la fusion nucléaire, nous assure-t-on, tous ces problèmes seraient surmontés : très peu de combustible, très peu de déchets, aucun risque d’emballement. Avec du deutérium (extrait de l’eau de mer) et seulement quelques kilos de tritium radioactif, chauffés à entre 150 et 200 millions de degrés Celsius (dix fois la température du centre du soleil), on peut créer un plasma résultant de la fusion des atomes et produire une énorme chaleur [1]. « La fusion peut générer quatre fois plus d’énergie par kilo de combustible que la fission, et près de 4 millions de fois plus d’énergie que la combustion de pétrole ou de charbon », promet l’Agence internationale pour l’énergie atomique (AIEA) à la première page de son bulletin publié en mai 2021.

L’un des secteurs de la chambre à vide du tokamak d’Iter. © Iter Organization

Décupler l’énergie… Vraiment ?

Jusqu’ici, rien de nouveau : c’est le principe de la bombe thermonucléaire (ou bombe H). Comme l’expliquaient les physiciens en 1957, peu après la conférence internationale « Atomes pour la paix », qui a lancé ces recherches, le but d’un réacteur de fusion thermonucléaire est de « domestiquer l’énergie de la bombe H » [2].

Au lieu de laisser libre cours à la chaleur destructrice des neutrons, on va tenter de confiner ce plasma dans de gigantesques champs magnétiques. Enfermé dans ce tokamak, sorte de bouteille magnétique inventée par les physiciens russes, le plasma, porté à très haute température comme précédemment expliqué, produirait des noyaux d’hélium, et la réaction de fusion s’autoentretiendrait en dégageant de la chaleur. On pourrait alors récupérer l’excès de chaleur créé par la réaction et la convertir en courant électrique.

Mode d’emploi du tokamak, avec en orange la chambre à vide. CEA, tiré de Iter : le chemin des étoiles ?, J. Jacquinot, R. Arnoux, Edisud, 2006.

Jusqu’ici, la fusion nucléaire n’a pu être réalisée que pendant quelques secondes, faute d’un tokamak assez grand pour confiner l’énergie [3]. Comme aucun pays n’aurait pu assumer seul les coûts d’une telle construction, l’expérience menée à Cadarache rassemble trente-cinq pays (Union européenne, États-Unis, Chine, Russie, Suisse, Angleterre, Japon, Inde et Corée du Sud), qui contribuent tous à son financement. Après quinze ans de travaux et de recherches, l’assemblage du tokamak d’Iter — gigantesque enceinte métallique de 73 mètres de haut — a commencé à l’été 2020. L’objectif est de parvenir à confiner un plasma pendant quatre minutes afin de vérifier si les noyaux d’hélium parviennent à maintenir la réaction de fusion nucléaire.

Du fait de sa vocation expérimentale, Iter n’est pas raccordé à des turbo-alternateurs et ne produira pas d’électricité. Les premiers tirs de plasma avec deutérium et tritium ne commenceront qu’en 2035, une fois la machine assemblée, sa stabilité et son étanchéité testées. Un prototype de réacteur, Demo, serait construit vers 2050, puis toute une filière de fusion nucléaire « à l’horizon 2070 », estime prudemment Joëlle Elbez-Uzan. Mais Iter entend déjà démontrer qu’avec son plasma autoentretenu, le réacteur générera « la première production d’énergie nette de toute l’histoire de la fusion » en créant « une amplification d’un facteur 10 : soit 50 mégawatts (MW) en entrée et 500 mégawatts en sortie ». C’est la première chose que l’on vous apprend sur Iter. Avec très peu de combustible et de déchets, on va décupler l’énergie : on injecte 50 MW, on en obtient 500 MW.

À Cadarache, panneau d’information sur Iter. © Celia Izoard/Reporterre

Un bilan énergétique nul

Le problème, c’est que c’est faux. Ou, du moins, ce n’est que très partiellement vrai. Steven B. Krivit, journaliste scientifique étasunien, spécialiste de la fusion nucléaire, y a consacré une enquête, puis un film. Au moment des tirs de plasma, explique-t-il, pour produire ces 50 MW de chaleur qui seront injectés dans le tokamak, compte tenu de toutes les infrastructures présentes sur le site, des systèmes de chauffage et des pertes énergétiques, Iter consommera entre 300 et 500 MW. Soit presque autant que l’énergie qu’il est censé en produire. Et cela sans compter l’énergie grise du réacteur, c’est-à-dire l’énergie nécessaire à la production de tous ces composants, de leur acheminement, etc., nous parlons ici simplement de la puissance électrique qu’Iter prélèvera dans le réseau RTE.

« Ce réacteur est fait pour produire des particules de fusion qui ont dix fois la puissance injectée dans les particules, précise Steven B. Krivit, non pour produire dix fois l’énergie qu’il consommera ». Si l’expérience menée à Iter fonctionnait, et qu’il était raccordé au réseau électrique, le bilan énergétique serait nul. Une « omission stratégique », selon Krivit, qui éloigne considérablement la perspective de produire de l’électricité par fusion nucléaire.

À l’intérieur du site Iter. © Celia Izoard/Reporterre

Cette subtile distinction entre la quantité d’énergie consommée pour amorcer la réaction et la quantité d’énergie consommée par le réacteur (comme son usine cryogénique géante) n’est jamais expliquée au public ni même, vraisemblablement, au personnel d’Iter. Lorsque nous avons corrigé Joëlle Elbez-Uzan pendant notre interview sur le fait que le facteur d’amplification par dix ne concerne que la réaction, et non l’énergie totale injectée dans Iter, la directrice de la sûreté s’est exclamée, perplexe : « Vous me faites une blague ? »

Interrogé le même jour sur la consommation électrique totale d’Iter, Laban Coblentz, directeur de la communication, a répondu qu’il l’ignorait. Après une demande écrite, quinze jours d’attente et plusieurs relances, des ordres de grandeur confirmant ceux de Steven B. Krivit ont été fournis, mais accompagnés d’une longue dissertation sur la nécessité de « replacer ces réponses dans le contexte de la mission d’Iter ». Sa consommation énergétique est à mettre en balance avec « le potentiel énorme de la fusion pour éliminer plus d’un siècle de tensions et conflits géopolitiques liés à l’accès aux ressources fossiles ». Une part de la puissance consommée par Iter est due « au grand nombre d’outils de diagnostics visant à une analyse exhaustive du plasma et servant à optimiser la conception de machines futures ». Et de toute façon, il est impossible d’estimer précisément la consommation électrique car « cela dépendra de la configuration précise des systèmes utilisés pour chaque expérience ».

« Un petit groupe de physiciens […] a désinformé le public afin de s’assurer le maintien de ses financements publics. »

Cet aveu d’ignorance est d’autant plus surprenant qu’à l’époque du débat public sur Iter en 2006, l’équipe semblait parfaitement capable d’en fournir une estimation. Le compte rendu de la rencontre organisée à Salon-de-Provence par la Commission nationale du débat public indique : « Lorsque la machine sera en régime de veille, elle consommera 120 mégawatts afin d’alimenter les auxiliaires. Lors des expériences, la puissance consommée […] atteindra ensuite 620 MW afin de chauffer le plasma, puis redescendra à 450 MW pendant la phase principale de l’expérience (370 secondes), et se rétablira à 120 MW. Lors du pic de puissance de 620 MW, des systèmes de compensation limiteront l’impact d’Iter sur le réseau électrique régional [4]. » Et pour cause ! 620 MW représentent une puissance colossale, puisque toute l’agglomération toulousaine consomme près de 500 MW. À l’année, apprend-on dans l’un des cahiers destinés au débat public, Iter consommera 600 GWh [5], ce qui correspond à l’approvisionnement d’une ville de 145 000 habitants, comme Aix-en-Provence ou Le Mans.

Le premier élément de l’écran thermique du cryostat transféré à la fosse du tokamak, le 14 janvier 2021. © Iter Organization

De 4,5 milliards à 44 milliards d’euros

Manifestement, les responsables de l’Organisation Iter évitent soigneusement d’en faire état, de peur de refroidir l’enthousiasme des responsables politiques qui financent cette instrumentation colossale. « Un petit groupe de physiciens représentant la communauté scientifique des chercheurs en fusion nucléaire a désinformé le public afin de s’assurer le maintien de ses financements publics », résume le journaliste Steven B. Krivit. Pour convaincre les dirigeants politiques, il fallait au moins promettre un miracle énergétique digne de la multiplication des pains. « C’est l’argument massue, ironise auprès de Reporterre Thiéry Pierre, physicien des plasmas de fusion au CNRS, lui-même très sceptique sur la possibilité de confiner un plasma thermonucléaire. Imaginez des scientifiques, auréolés du prestige de la physique théorique, expliquant à Jacques Chirac qu’on peut multiplier l’énergie par dix : il fait le chèque tout de suite ! »

Aujourd’hui, les acteurs de la fusion ont d’autant moins intérêt à décevoir leurs interlocuteurs que les montants ne cessent de doubler. En 2000, Iter devait coûter 4,5 milliards d’euros. En 2006, année de la ratification de l’Accord Iter par Jacques Chirac, le coût total (construction, fonctionnement et démantèlement) était estimé à 10 milliards d’euros. L’Organisation Iter annonce aujourd’hui 22 milliards d’euros mais, reconnaît Laban Coblentz, « cela exclut les coûts de fonctionnement et le démantèlement ».

Plus encore, il est d’autant plus faux de chiffrer le coût du projet à 22 milliards d’euros que, selon l’Accord Iter, l’Union européenne contribue au projet à hauteur de 45,6 % du montant total, or elle lui a alloué 20 milliards d’euros jusqu’en 2035. Selon cet accord, les six autres pays partenaires contribuent au reste du coût par des contributions en nature : la fourniture de tous ces composants uniques de très haute technologie, toujours sur fonds publics. Le coût de construction avoisinerait donc, selon Thiéry Pierre, « 44 milliards d’euros », ce qui a amené le physicien à adresser une note d’information à la direction du Centre national de la recherche scientifique (CNRS), demandant de mettre fin à cette désinformation « qui risque de jeter un discrédit permanent sur la physique des plasmas ».

Finalement, en ajoutant les milliards nécessaires à la réalisation des expériences et au traitement d’un volume colossal de déchets de démantèlement, le Département de l’énergie américain s’est peut-être montré plus réaliste en estimant le coût total d’Iter à 65 milliards de dollars (environ 54 milliards d’euros). Hormis la Station spatiale internationale, c’est l’expérience scientifique la plus chère de l’histoire humaine.

La suite de l’enquête demain…

Pour ne pas rater la publication de la suite de notre enquête sur le projet Iter et toutes nos informations, reportages, enquêtes, interviews, vous pouvez vous abonner à notre lettre d’information quotidienne.

Par Celia Izoard (Reporterre), publié le16 juin 2021 à 09h43, mis à jour le 16 juin 2021 à 11h02

Photo en titre : Vue d’ensemble du site Iter, en novembre 2020. – © Iter Organization/EJF Riche

https://reporterre.net/Le-futur-reacteur-nucleaire-Iter-un-projet-titanesque-et-energivore?utm_source=newsletter&utm_medium=email&utm_campaign=nl_quotidienne

C’est maintenant que tout se joue…

La communauté scientifique ne cesse d’alerter sur le désastre environnemental qui s’accélère et s’aggrave, la population est de plus en plus préoccupée, et pourtant, le sujet reste secondaire dans le paysage médiatique. Ce bouleversement étant le problème fondamental de ce siècle, nous estimons qu’il doit occuper une place centrale dans le traitement de l’actualité.
Contrairement à de nombreux autres médias, nous avons fait des choix drastiques :

  • celui de l’indépendance éditoriale, ne laissant aucune prise aux influences de pouvoirs. Reporterre est géré par une association d’intérêt général, à but non lucratif. Nous pensons qu’un média doit informer, et non être un outil d’influence de l’opinion au profit d’intérêts particuliers.
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En résumé, Reporterre est un exemple rare dans le paysage médiatique : totalement indépendant, à but non lucratif, en accès libre, et sans publicité.
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GRANDE-BRETAGNE : EDF POURRAIT ÊTRE CONTRAINTE DE FERMER 2 AUTRES DE SES CENTRALES NUCLÉAIRES APRES L’ANNONCE, LA SEMAINE DERNIÈRE, DE LA FERMETURE IMMÉDIATE DE CELLE DE « DUNGENESS B »

Révélation du quotidien britannique « Times » ce lundi : les centrales EDF de Torness en Écosse et de Heysham 2 dans le nord-ouest de l’Angleterre qui devaient fermer en 2030 pourrait fermer prochainement car des brèches sont apparues dans les réacteurs. En tout six réacteurs pourraient fermer prématurément. Encore une performance de la nucléocratie tricolore.

Nouvelle déconfiture pour EDF en Angleterre. Le Directeur Technique de EDF en Grande-Bretagne, Richard Bradfield, révèle au quotidien britannique « Times » ce lundi 14 juin 2021 que les six réacteurs de Torness en Écosse et de Heysham 2 dans le nord-ouest de l’Angleterre exploités par EDF et qui devaient fermer en 2030 pourrait fermer prochainement car des brèches sont apparues dans les réacteurs. Ce sont au total 6 réacteurs atomiques détenus par EDF qui fermeraient définitivement et prématurément pour des raisons d’insécurité confirmée. Cette annonce fait suite à celle de la semaine passée qui dévoilait la mise à l’arrêt définitif prématuré d’une autre centrale britannique de Dungeness B  dans le sud de l’Angleterre. Selon le Times, ces problèmes du parc nucléaire d’EDF au Royaume-Uni illustrent « la santé défaillante générale du parc nucléaire » britannique.

Incidents et arrêts à répétition, mauvaises installations mal situées mais EDF achète quand même

Située en bord de mer au nord-est de l’Angleterre, en Ecosse près de Dunbar, Torness se trouve à quelques encablures de la capitale Edimbourg.  La centrale nucléaire de Torness comporte deux réacteurs (refroidis au gaz) de 682 MWe chacun mis en service en 1988 et 1989 et autorisés à fonctionner en principe jusqu’en 2028 et 2029.

EDF a racheté en 2009 ces deux réacteurs au groupe British Energy lors de la privatisation de la production d’électricité nucléaire du Royaume-Uni.

. Première alerte : De nombreuses déficiences des produits de fission (combustible) ont contraint à les renouveler en mettant à l’arrêt les réacteurs alors que la conception initiale permettait ce ravitaillement sans les arrêter.

. Deuxième alerte en juin 2011 : les deux réacteurs sont mis à l’arrêt en urgence car des méduses obturent les filtres censés empêcher les algues et animaux marins de pénétrer dans le système auxiliaire de refroidissement des réacteurs par l’eau de mer.

Troisième alerte : en novembre 1999, un avion de combat Panavia Tornado de l’armée de l’air britannique s’écrase dans la Mer du Nord à moins d’1 km de la centrale à la suite d’une panne de moteur.

La centrale nucléaire d’Heysham, située dans les environs de Morecambe non loin de l’importante ville de Lancaster sur la côte nord-ouest de l’Angleterre n’est pas en meilleur état. Ses quatre réacteurs au gaz (AGR) de conception britannique mis en service pour les 2 premiers réacteurs de 625 MWe (Heysham-A1 et A2) en 1983 souffrent et menacent. Leur arrêt définitif était prévu pour 2024. La mise en service des deux autres réacteurs de 680 MWe (Heysham-B1 et B2) a eu lieu en 1988 et leur arrêt définitif était programmé pour 2030. Mal en point aussi, fermeture avancée grandement envisagée.

L’exploitant d’origine, British Energy qui a été racheté par EDF, a dû renoncer aussi à y construire une autre unité atomique face à la très vive opposition de la population et des antinucléaires. Heysham B dispose de réacteurs identiques à ceux de la centrale nucléaire de Torness.

Rappelons que le projet de réacteur nucléaire pressurisé EPR qu’EDF tente de construire à Hinkley en Angleterre accumule les retards et surcoûts. Le début de production d’électricité prévu pour à présent 2025 est reporté à juin 2026 si tout se passe bien alors que les coûts explose à entre 22 et 23 milliards de livres au lieu des 21,5 milliards prévus. Le projet d’EDF de construire d’autres EPT à Sizewell C dans le Suffolk a du plomb dans l’aile, surtout après l’incident de l’EPR chinois de Taishan des dernières semaines.

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Par admin, publié le mardi 15 juin 2021 à 00h45

http://coordination-antinucleaire-sudest.net/2012/index.php?post/2021/06/14/Angleterre-%3A-EDF-pourrait-etre-contrainte-de-fermer-2-autres-de-ses-centrales-nucleaires-apres-l-annonce-de-la-fermeture-immediate-de-celle-de-Dungeness-B

GRAVELINES : DÉTECTION TARDIVE DE L’INDISPONIBILITÉ DU SYSTÈME D’APPOINT EN EAU BORÉE DU RÉACTEUR 3

Le 8 juin 2021, EDF a déclaré à l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) un événement significatif pour la sûreté relatif à la détection tardive de l’indisponibilité du système d’appoint en eau borée (circuit REA)  du réacteur 3.

Le bore est un élément qui a la propriété d’absorber les neutrons produits par la réaction nucléaire. Le circuit REA a pour fonction principale de faire l’appoint en eau et en bore du circuit primaire afin de contrôler la réaction nucléaire dans le cœur du réacteur. En cas d’indisponibilité de ce circuit, les règles générales d’exploitation imposent le repli du réacteur sous une heure.

Le 3 juin 2021, EDF a réalisé des manœuvres d’exploitation dans le cadre de la préparation d’un essai périodique. En particulier, des agents en charge de la conduite du réacteur devaient manœuvrer des vannes du circuit REA. Lors de la réalisation du double contrôle de la configuration du circuit, un agent de terrain a fermé une vanne, bien qu’elle ne fasse pas partie des vannes dont il devait contrôler la position.

Cette erreur, qui a conduit à rendre indisponible le système d’appoint en bore du circuit primaire du réacteur, n’a été identifiée que 19 heures plus tard, lorsque l’équipe de conduite a souhaité utiliser le circuit REA pour moduler la puissance du réacteur. Les règles générales d’exploitation n’ont donc pas été respectées.

Dès la découverte de cette erreur de manœuvre, EDF a corrigé la position de la vanne concernée, permettant ainsi de restaurer l’alimentation en bore du circuit primaire du réacteur.

Cet événement n’a pas eu de conséquence sur les installations, les personnes et l’environnement. Toutefois, l’événement a affecté la fonction de sûreté liée à la maîtrise de la réactivité du réacteur. En raison de l’indisponibilité de l’équipement concerné, associée à sa détection tardive, cet événement a été classé au niveau 1 de l’échelle INES (échelle internationale des événements nucléaires et radiologiques, graduée de 0 à 7 par ordre croissant de gravité).

Publié le 15 juin 2021

https://www.asn.fr/Controler/Actualites-du-controle/Avis-d-incident-des-installations-nucleaires/Detection-tardive-de-l-indisponibilite-du-systeme-d-appoint-en-eau-boree-du-reacteur-3

VOICI LE KAZAN, LE SOUS-MARIN NUCLÉAIRE LE PLUS PUISSANT DU MONDE

Le sous-marin nucléaire Kazan vient inaugurer la toute nouvelle classe Yasen-M de la marine russe. Ce puissant navire vient d’être intégré à la flotte du Nord du pays et se trouve basé à Severomorsk, sur la côte arctique. Ce monstre d’acier à propulsion nucléaire est à la fois furtif et dispose d’une capacité de puissance de feu inégalée.

Voici le premier modèle d’une nouvelle lignée de sous-marins nucléaires lanceurs d’engins (SNLE). Il s’agit du Kazan et appartient à la classe Yasen-M. C’est désormais ce qu’il se fait de plus puissant en la matière. Après plus dix ans de développement, l’engin a été officiellement mis en service auprès de la marine russe au début du mois dernier. Le Kazan est le successeur de la classe Yasen dont le navire amiral avait été déployé en 2013 après des décennies de développement à l’issue du démantèlement de l’Union soviétique. Il est donc bardé de nouveautés technologiques qui mettent mal à l’aise les marines américaines et des membres alliés de l’Otan.

Le Kazan a ceci d’inquiétant qu’il peut disposer d’une force de frappe inégalée. Il dispose de huit tubes lanceurs, soit deux de moins que son prédécesseur. En revanche, son armement a un potentiel de destruction bien plus conséquent. Il peut ainsi embarquer le Zircon, un missile hypersonique pouvant évoluer jusqu’à sa cible entre Mach 6 et 8 et qui est actuellement testé. La dangerosité d’un tel missile provient du fait qu’il réoriente sa trajectoire, ce qui le rend pratiquement impossible à intercepter. Comme autre charge, il peut également servir de lanceur au Kalibr, une ogive dotée d’une portée de 2.400 km. Il a également la capacité d’emporter des torpilles Oniks.

Un monstre de puissance

Autre atout : le sous-marin est conçu pour évoluer sous l’eau longtemps et sur de très longues distances. Son terrain de jeu favori est la haute mer, celle de la mer du Nord ou celle du Pacifique. C’est d’ailleurs dans cet océan qu’un exercice géant des forces navales russes a lieu actuellement, histoire de montrer leurs muscles à la marine américaine et à ses alliés de l’Otan. Le Kazan a aussi un petit plus qui le rend d’autant plus menaçant. Il est équipé d’un système d’atténuation des bruits et d’un réacteur nucléaire plus silencieux qui lui permet de naviguer de façon furtive. Il est également doté d’un système de sauvetage de nouvelle génération.

La marine russe ne compte pas miser sur un seul sous-marin de la classe Yasen-M. Ainsi, le Kazan devrait être rejoint par le Novosibirsk à la fin de l’année et par le Krasnoïarsk en 2022. Et il devrait y avoir cinq autres sous-marins de cette classe à l’horizon 2030. Le Kazan est issu du bureau d’ingénierie maritime Malakhit, basé à Saint-Pétersbourg, une entreprise concurrente du Rubin Design Bureau qui a été la cible d’une cyberattaque dernièrement.

Par Louis Neveu (Journaliste), publié le 14 juin 2021

https://www.futura-sciences.com/tech/actualites/guerre-futur-voici-kazan-sous-marin-nucleaire-plus-puissant-monde-87983/

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FUITE RADIOACTIVE SUR L’EPR CHINOIS : BILLARD À TROIS BANDES ENTRE AMÉRICAINS, CHINOIS ET FRANÇAIS

Si l’opacité entretenue par le régime chinois empêche pour le moment de connaître les conséquences précises de la fuite radioactive impliquant l’EPR n°1 de Taïshan, révélée hier 14 juin par CNN, en revanche il est d’ores et déjà possible d’analyser le déroulement de cette affaire et d’en prévoir certaines suites.

La défectuosité de l’étanchéité de gaines de combustibles au sein de l’EPR de Taïshan remonte à octobre 2020, c’est-à-dire qu’elle dure depuis plus de 8 mois : les co-exploitants du réacteur, c’est-à-dire les Chinois et les Français de Framatome, étaient de toute évidence parfaitement conscients de la gravité du problème et avaient conjointement décidé d’en cacher l’existence à la population mais aussi à l’AIEA (Agence internationale de l’énergie atomique).

Par chance, l’information a fini par « transpirer » vers la filiale américaine de Framatome (Areva NP Inc). Cette dernière, après de très probables discussions avec la CIA et la Maison blanche, s’est fait un plaisir d’en informer CNN.

En effet, maintenant que la situation de l’EPR de Taïshan est connue dans le monde entier, il va être compliqué pour les Chinois de continuer à exploiter ce réacteur dans des conditions qui sont très probablement hors de « son domaine de fonctionnement et de sûreté autorisé« , contrairement à ce prétend Framatome (canal Français !) pour ne pas froisser les Chinois.

Il est de notoriété publique que la Chine et les USA, les deux plus grandes puissances mondiales, sont en grande rivalité géopolitique et économique. Il est évident que, si l’EPR n°1 de Taïshan et peut-être son jumeau n°2 devaient être stoppés pour longtemps, ce serait embêtant pour la Chine qui manque par moment d’électricité dans cette région. D’où le « petit plaisir » que se font les Américains en révélant l’affaire. Mais cela resterait tout de même un problème limité pour la Chine où, contrairement à ce que l’on peut parfois lire ou entendre, le nucléaire est une énergie marginale couvrant moins de 1% de la consommation d’énergie du pays.

En revanche, il est très possible que l’industrie nucléaire française soit la grande perdante de cette affaire qui peut représenter un coup fatal pour les projets d’EDF de construire des EPR en France et à l’étranger. En effet, alors que les chantiers EPR organisés par les Français – Areva en Finlande, EDF à Flamanville (Manche) et en Grande-Bretagne – sont de véritables désastres industriels et financiers, les promoteurs du réacteur EPR se raccrochaient désespérément au « bon exemple » chinois.

Car les deux EPR de Taïshan ont été construits et mis en service (respectivement en décembre 2018 et septembre 2019) avec « seulement » quelques années de retard et des surcoûts officiellement limités à quelques milliards (selon la communication de la Chine qui, faut-il le rappeler, est une dictature où l’ « information » est totalement contrôlée).

La situation qui a lieu actuellement en Chine montre que, malgré la prétendue maestria des nucléocrates chinois, les EPR de Taïshan ne se portent pas mieux que ceux que les Français tentent désespérément de construire. Cet évènement va assurément semer un énorme doute chez les rares dirigeants étrangers qui envisageaient encore de commander des réacteurs EPR, malgré tous leurs déboires. C’est assurément la goutte qui fait déborder le vase, ou plutôt la fuite radioactive qui fait déborder la cuve (défectueuse) de l’EPR…

De même, cette affaire doit amener les dirigeants politiques français (mais aussi finlandais et britanniques) à prendre enfin leurs responsabilités et à stopper définitivement les chantiers EPR d’Olkiluoto (Finlande), Flamanville (Manche, France) et d’Hinkley Point (Grande-Bretagne), et à cesser d’annoncer de futurs chantiers d’EPR en Inde ou ailleurs.

Par l’Observatoire du nucléaire, publié le 14 juin 2021

Voir : http://www.observatoire-du-nucleaire.org/spip.php?article381

MULTIPLIER LES MICRO-CENTRALES NUCLÉAIRES POUR LUTTER CONTRE LE CHANGEMENT CLIMATIQUE : MENACE À LA RÉUNION ?

Déclaration ministérielle commune de la France et des États-Unis sur une stratégie énergétique commune pour respecter l’Accord de Paris

Le 28 mai dernier, les ministères de l’Énergie de la France et des États-Unis ont adopté une déclaration commune annonçant leur stratégie pour respecter l’Accord de Paris. L’ambition partagée est d’ « atteindre zéro émission nette de carbone d’ici 2050 ». Les moyens sont de développer les énergies renouvelables et l’énergie nucléaire en faisant de la seconde un appui à la première. Or, c’est le secteur du nucléaire qui fait l’objet de la réflexion la plus avancée, avec plusieurs projets concrets pour multiplier le nombre de centrales nucléaires, via une « nucléarisation » de l’électrification rurale.

Le 28 mai a été publiée la « déclaration conjointe des ministres de l’énergie des États-Unis et de la France sur la technologie énergétique et la résolution de politique énergétique », signée par la ministre Barbara Pompili du ministère français de la Transition écologique et la secrétaire Jennifer Granholm du ministère américain de l’Énergie ont publié aujourd’hui une déclaration commune.

« Pour atteindre l’objectif ambitieux fixé par l’accord de Paris. (…) Nous sommes unis par une ambition commune des deux côtés de l’Atlantique : atteindre zéro émission nette de carbone d’ici 2050 ».

La déclaration commune précise les moyens :
« Atteindre cet objectif commun nécessitera de tirer parti de toutes les technologies sans émission actuellement existantes à notre disposition tout en intensifiant simultanément la recherche, le développement et le déploiement à travers une suite de sources d’énergie et de systèmes à zéro émission. Veiller à ce que ces systèmes énergétiques soient efficaces et fiables, intégrant des parts plus importantes d’énergies renouvelables couplées à l’énergie nucléaire, qui représente aujourd’hui une part importante de la production d’électricité dans nos deux pays, sera crucial pour accélérer les transitions énergétiques. Atteindre cet objectif commun nécessitera également une grande variété de conditions de financement favorables à travers la gamme de sources et de systèmes d’énergie à émission zéro ».

La méthode choisie est de « travailler ensemble sur les nouvelles technologies et la transition énergétique en cours afin de contribuer significativement aux solutions de production zéro carbone ».

La réflexion des deux ministères est déjà bien avancée :
« Les systèmes électriques décarbonés et innovants, qui peuvent inclure des technologies d’énergie nucléaire innovantes ou de nouvelles conceptions, telles que de petits réacteurs modulaires, micro et autres réacteurs avancés, contribueront à une expansion des énergies renouvelables, soutiendront l’électrification rurale, produiront de l’hydrogène pour décarboner les transports et d’autres secteurs, aideront à fournir de l’eau potable aux régions en manque d’eau et soutiendront une gamme d’applications industrielles plus propres ». « Nos ministères et industries innovent en matière de technologies énergétiques décarbonées avancées dans de nombreux secteurs, notamment le stockage de longue durée, les transports de pointe, les systèmes énergétiques intelligents, l’utilisation et le stockage du carbone et le nucléaire de pointe ».
Conclusion :

« Tous contribuent de manière significative aux solutions de production zéro carbone et nous sommes fermement convaincus que la transition vers l’énergie propre stimulera les emplois bien rémunérés et à long terme qui embauchent localement, emploient une main-d’œuvre diversifiée et élèvent des communautés entières ».

Héritage radioactif et greenwashing

La déclaration insiste sur l’approfondissement de la recherche de technologies déjà existantes, et il est noté que « l’énergie nucléaire, qui représente aujourd’hui une part importante de la production d’électricité dans nos deux pays ». Il est également à souligner que les énergies renouvelables ne sont pas déclinées sous leurs différentes formes. De plus, la déclaration lie la croissance des énergies renouvelables à celle du nucléaire. Ceci découle d’un concept, celui des énergies décarbonées, qui additionne les énergies renouvelables au nucléaire sans donner de détail sur la répartition.

Or, le choix de miser sur le nucléaire pose deux questions.

. La première concerne le risque de telles installations et le problème du traitement des déchets et du démantèlement de ces centrales quand elles arrivent en fin de vie. Les accidents de Tchernobyl et de Fukushima sont là pour rappeler ce qui peut se passer quand la situation échappe à tout contrôle : des régions sont inhabitables pour des centaines d’années. Construire une centrale nucléaire impose aussi un héritage à gérer aux générations futures, car les déchets des centrales nucléaires peuvent être dangereux pendant des milliers d’années.

. La seconde est l’organisation du réseau électrique. Une centrale nucléaire ne peut pas s’installer sur le toit d’une maison. Ce n’est pas une technologie qui permet de produire soi-même son électricité. Cela maintient donc une organisation centralisée, avec des points de production sous contrôle d’entreprises privées puissantes, et des consommateurs sous la dépendance qui n’ont aucun moyen de peser sur les prix. Ceci permet de reproduire le système et donc les sources de profit existantes, alors que les énergies renouvelables remettent tout en cause, car elles permettent à tous de devenir des producteurs d’électricité grâce à des technologies sans danger et non polluantes. C’est donc un vaste greenwashing pour adapter la superstructure aux mesures imposées pour lutter contre le changement climatique.

Micro-centrale nucléaire à La Réunion ?

La miniaturisation des centrales nucléaires est un danger pour La Réunion. En effet, la tentation serait alors facile pour une major de l’énergie d’implanter une micro-centrale nucléaire pour produire toute l’énergie nécessaire à la consommation d’énergie dans tous les secteurs, y compris dans les transports.

Les promoteurs d’une telle entreprise ne manqueront pas de boucher les yeux à la population en vantant une énergie propre car « décarbonée ». Mais ce ne sont pas les actionnaires de cette major de l’énergie qui devront ensuite traiter le problème des déchets radioactifs et du démantèlement de cette micro-centrale nucléaire mais bien plusieurs générations de Réunionnais dont certaines ne sont pas encore nées.
La mise en œuvre d’une stratégie réunionnaise d’autonomie énergétique reste le seul moyen de fermer définitivement la porte à l’orientation choisie par l’axe Paris-Washington. Cette stratégie réunionnaise doit reposer uniquement sur les énergies renouvelables disponibles en abondance à La Réunion et en aucun cas sur l’importation de biomasse issue d’arbres abattus à des milliers de kilomètres de notre île. Ainsi nos descendants n’auront pas à gérer un héritage radioactif.

Par Manuel Marchal, publié le 14 juin 2021

https://www.temoignages.re/developpement/environnement/multiplier-les-micro-centrales-nucleaires-pour-lutter-contre-le-changement-climatique-menace-a-la-reunion,101502

NDLR : bravo Madame Pompili !!! Et elle ose se réclamer de l’écologie ! Après De Rugy, Borne puis Pompili, il est temps que le mot écologique soit supprimé du libellé de ce ministère.

COUP DE FREIN SUR LA BAISSE DES ARMES NUCLÉAIRES DANS LE MONDE

La baisse du nombre d’armes nucléaires dans le monde depuis la fin de la Guerre froide a connu un nouveau coup de frein en 2020, à l’heure où les puissances atomiques modernisent et, pour certaines, étendent leurs arsenaux, selon un rapport publié lundi.

Début 2021, les neuf nations dotées de « la bombe » (Russie, États-Unis, Royaume-Uni, France, Chine, Inde, Pakistan, Israël et Corée du Nord) détenaient 13.080 armes nucléaires, soit 320 de moins que début 2020, selon les estimations de l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (Sipri).

Mais ce chiffre inclut les ogives en attente de démantèlement. Si l’on exclut ces dernières, le stock d’armes nucléaires a augmenté, passant de 9.380 à 9.620 sur la période.

Quant au nombre d’armes nucléaires effectivement déployées sur des missiles ou au sein de forces opérationnelles, il a lui aussi progressé, augmentant de 105 unités en un an, à 3.825 têtes. Dont environ 2.000 en « état d’alerte opérationnelle élevé« , c’est à dire pouvant être lancées en quelques minutes.

Depuis son sommet absolu de 1986 (plus de 70.000 têtes) le nombre d’armes atomiques a fondu, tombant par exemple à 22.600 unités en 2010 (dont près de 7.500 opérationnelles à l’époque), selon les données du Sipri. Le total de 2021 est en apparence le plus bas depuis la fin des années 50.

Mais « les réductions des arsenaux nucléaires, auxquelles nous nous sommes habitués depuis la fin de la Guerre froide semblent marquer le pas« , a déclaré à l’AFP Hans Kristensen, chercheur au Sipri.

« Nous observons des programmes de modernisation nucléaire très importants dans le monde entier et dans tous les États dotés d’armes nucléaires« , souligne-t-il, avec « une hausse de l’importance attribuée aux armes nucléaires dans leurs stratégies militaires« .

Les stocks d’armes nucléaires / AFP

Cette tendance s’observe tant en Russie qu’aux États-Unis – qui possèdent à eux deux plus de 90% des armes nucléaires mondiales: 6.255 (-120) et 5.550 (-250) respectivement, selon le Sipri.

Si les deux puissances ont poursuivi le démantèlement des ogives qui n’étaient déjà plus opérationnelles, elles en comptaient début 2021 en revanche environ 50 de plus en « déploiement opérationnel » qu’un an plus tôt.

Le traité signé entre Moscou et Washington, le « New START » — visant à maintenir leurs arsenaux nucléaires en-deçà du niveau de la Guerre froide — a été prolongé à la dernière minute de cinq ans en début d’année.

Inquiétudes

Cette prolongation était importante « pour créer la stabilité« , souligne M. Kristensen, d’autant que d’autres traités — à l’image du Traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire (INF) — ont, eux, expiré ces dernières années.

Image diffusée par l’agence nord-coréenne Kcna le 15 janvier 2021 de missiles balistiques lors d’une parade militaire à Pyongyang / KCNA VIA KNS/AFP/Archives

Mais la nouvelle administration Biden « signale très clairement qu’elle va poursuivre l’écrasante majorité du programme de modernisation nucléaire qui était en cours pendant les années Trump« , souligne le chercheur.

Selon un rapport de la campagne internationale pour l’abolition des armes nucléaires (ICAN) publié début juin, les puissances atomiques ont consacré 72 milliards de dollars à leurs arsenaux en 2020, un total en hausse de 1,4 milliard.

Selon les estimations du Sipri, la Chine possédait 350 têtes nucléaires (+30) début 2021, devançant la France 290 (stable), le Royaume-Uni 225 (+10), le Pakistan 165 (+5), l’Inde 156 (+6) et Israël 90 (stable).

Quant à la dernière puissance nucléaire en date, la Corée du Nord, l’institut de recherche suédois juge qu’elle pourrait construire 40 à 50 têtes avec la matière fissile produite par le régime, mais que leur nombre réel reste « extrêmement incertain« .

Stocks mondiaux d’ogives nucléaires / AFP

En août, les membres du Traité de non-prolifération (TNP), qui regroupe la plupart des pays du monde, doivent se réunir à New York pour une révision quinquennale.

Selon le TNP, les puissances nucléaires s’engagent à « poursuivre de bonne foi » des négociations sur le désarmement.

Toutefois, face au renouvellement des arsenaux, les pays non-nucléaires pourraient remettre en question leurs engagements, s’inquiète le Sipri.

« Les États membres de ce traité pourront à juste titre demander +Êtes-vous vraiment en conformité avec ce traité ?+«  et « +si vous ne l’êtes pas, pourquoi devrions-nous continuer à être membres de ce traité+?« , avance M. Kristensen.

Des missiles balistiques intercontinentaux DF-41 lors d’une parade militaire place Tiananmen, le 1er octobre 2019 à Pékin / AFP/Archives

La suite reste marquée d’un point d’interrogation: est-ce simplement la fin de la phase de réduction, ou le début d’une réaugmentation inédite depuis près de 40 ans?

Selon l’expert, l’augmentation du stock en Chine par exemple pourrait également entraver la volonté des États-Unis et de la Russie de se désarmer.

Par afp, publié le 14/06/2021 à 00h15, modifié le 14/06/2021 à 13h18

Photo en titre : Des missiles balistiques intercontinentaux Iars RS-24 lors d’une parade militaire sur la place Rouge, à le 9 mai 2021 à Moscou / AFP/Archives

https://www.la-croix.com/Coup-frein-baisse-armes-nucleaires-monde-2021-06-13-1301161008

INCIDENT SUR UN RÉACTEUR NUCLÉAIRE EPR DANS LE SUD DE LA CHINE

Une « fuite » serait apparue récemment dans l’un des deux réacteurs de la centrale nucléaire de Taishan développée par la France, a révélé, lundi, la chaîne américaine CNN. Les autorités chinoises n’ont pas communiqué sur le sujet.

C’est un nouveau coup dur pour l’EPR, la dernière génération de centrale nucléaire développée par la filière française. On en ignore encore l’importance, mais une « fuite » s’est récemment produite dans l’un des deux réacteurs de la centrale nucléaire de Taishan, dans le sud de la Chine, a révélé, lundi 14 juin, la chaîne de télévision américaine CNN. EDF évoque une « augmentation de la concentration de “gaz rares” dans le circuit primaire », qui se trouve dans la double enceinte en béton renfermant la chaudière. Un incident suffisamment sérieux pour susciter l’inquiétude des autorités américaines. De son côté, le gouvernement français a été prévenu jeudi 10 juin, et le ministère des affaires étrangères s’est saisi du dossier, fait-on savoir à Paris.

La centrale EPR chinoise continuait de fonctionner, au grand étonnement d’experts français

C’est la filiale américaine de Framatome (ex-Areva NP) qui a alerté les autorités américaines d’une « menace radiologique imminente », selon des responsables américains et des documents consultés par CNN. L’autorité de sûreté chinoise aurait repoussé les limites acceptables pour la détection des rayonnements à l’extérieur de la centrale pour éviter son arrêt, selon une lettre de Framatome au ministère de l’énergie américain. La centrale EPR chinoise continuait de fonctionner, au grand étonnement d’experts français.

L’administration Biden a estimé que l’installation n’avait pas encore atteint un « niveau de crise » pour les agents de la centrale et pour la population, a déclaré l’une des sources à la chaîne de télévision. La situation a néanmoins été jugée suffisamment grave pour justifier, la semaine dernière, la tenue de plusieurs réunions du conseil de sécurité nationale américain à des niveaux élevés. Des échanges ont également eu lieu avec les autorités françaises et chinoises.

Dans un communiqué, lundi 14 juin, Framatome a déclaré que « sur la base des informations disponibles, la tranche est dans son domaine de fonctionnement et de sûreté autorisé » et qu’elle « apporte son soutien à l’analyse de l’évolution d’un des paramètres de fonctionnement de la centrale ». L’expertise de la filiale américaine du fabricant de chaudières nucléaires est visiblement nécessaire, ce qui explique que le gouvernement des États-Unis ait été mis dans la boucle. Les équipes de Framatome « travaillent avec les experts concernés pour suivre et évaluer la situation, et si nécessaire, proposer des solutions », précise la société.

« Domaine de sûreté autorisé »

On ne peut être plus lapidaire, les autorités chinoises, qui ne détestent rien tant que d’être prises en défaut, refusent à leurs partenaires industriels de communiquer davantage. On ignore, notamment, si le « domaine de sûreté autorisé » est plus large en Chine qu’ailleurs, et qui le définit : le concepteur ou l’autorité de sûreté nucléaire chinoise ? En ce domaine, les règles varient d’un pays à l’autre, et celles de la France pour son parc de 56 réacteurs sont jugées très sévères. Les autorités chinoises n’ont pas communiqué publiquement sur cet incident.

On ignore également tout de la gravité de l’événement. La réglementation internationale oblige néanmoins à notifier tout incident à l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), dont le siège est à Vienne. En France, tout dysfonctionnement doit être immédiatement déclaré à l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN), institution indépendante du gouvernement, qui le rend public. Elle peut contraindre EDF à arrêter un réacteur quand l’opérateur ne l’a pas décidé lui-même.

Les États-Unis peuvent avoir intérêt à amplifier un incident industriel

Cette fuite des autorités américaines à CNN sur un sujet aussi sensible survient alors que les tensions sino-américaines sur les dossiers diplomatiques, commerciaux et technologiques n’ont pas baissé depuis l’élection de Joe Biden. Pour discréditer la Chine, particulièrement dans un domaine hautement sensible, les États-Unis peuvent avoir intérêt à amplifier un incident industriel. Mais il risque d’entraîner des dommages collatéraux pour l’industrie nucléaire française.

Paris est directement impliqué, puisque la centrale de Taishan est de technologie française. Exploitée par l’électricien public China General Nuclear (CGN), elle a été conçue et construite avec EDF (et sa filiale Framatome pour l’îlot nucléaire), qui en possède 30 %. Taishan 1 et 2 sont entrés en service commercial en décembre 2018 et septembre 2019 – bien plus rapidement que les EPR d’Olkiluoto (Finlande) et Flamanville (Manche), dont les chantiers ont été lancés en 2005 et 2007, mais qui ne sont toujours pas en exploitation après une dérive financière considérable.

S’agit-il d’un défaut de conception ou d’une erreur d’exploitation ? Pour l’heure, quatre d’entre eux seulement sont en construction, alors que leur design remonte aux années 1990 : outre Flamanville et Olkiluoto, EDF en construit deux à Hinckley Point (Royaume-Uni). Jusqu’à présent, Pékin n’a pas donné suite à la construction de deux EPR supplémentaires à Taishan, alors que le pays développe sa propre technologie. Si l’incident s’avérait sérieux, ce serait un nouveau coup dur pour l’EPR, dont EDF-Framatome veulent vendre six exemplaires à l’Inde, deux supplémentaires au Royaume-Uni, et d’autres à la Pologne, la République tchèque, voire l’Arabie saoudite.

Mais c’est en France qu’une nouvelle version de l’EPR, censée être moins coûteuse et plus facile à construire que son « grand frère », est attendue. Au début de mai, lors de l’assemblée générale d’EDF, son président-directeur général a déclaré avoir transmis au gouvernement un dossier sur « la faisabilité et les conditions » d’un programme de construction de six nouveaux réacteurs de troisième génération. « Nous souhaitons que soit décidée la construction en France de nouveaux EPR », a insisté Jean-Bernard Lévy. Emmanuel Macron a conditionné une éventuelle commande à la mise en route de Flamanville, désormais prévue pour 2023.

Par Jean-Michel Bezat, publié le 14 juin 2021 à 10h49, mis à jour à 17h34

Photo en titre : Travaux de construction de l’EPR de Taishan, en Chine, lors de la visite du premier ministre français, Jean-Marc Ayrault, le 8 décembre 2013. PETER PARKS / AFP

https://www.lemonde.fr/economie/article/2021/06/14/nucleaire-incident-dans-l-epr-chinois-de-taishan_6084070_3234.html

OTAN, POURQUOI UNE ALLIANCE NON-NUCLÉAIRE EST POSSIBLE !

L’OTAN reconnaît depuis longtemps que la menace des armes nucléaires et des autres armes de destruction massive font peser sur sa sécurité et a, maintes fois, exprimé son engagement en faveur de la maîtrise des armements, du désarmement et à terme, de l’élimination totale des armes nucléaires.

Alors que le Sommet de l’OTAN va se tenir à Bruxelles ce 14 juin, ICAN publie un rapport – synthèse en français – important demandant à l’OTAN de prendre des mesures pour devenir une « alliance non nucléaire », conformément à ses propres objectifs et à la nouvelle norme du droit international que représente le Traité sur l’interdiction des armes nucléaires

De plus, ce rapport souligne le large soutien dont bénéficie le TIAN dans de nombreux États de l’OTAN, comme en témoignent les sondages d’opinion, les résolutions parlementaires (Norvège, Belgique), les déclarations des partis politiques (Allemagne) et les déclarations d’anciens acteurs politiques de l’Alliance. Cette publication présente également le rôle de la France dans l’OTAN.

ACTUALITÉ DE NOTRE CAMPAGNE

Appel des villes… bientôt 50 villes françaises auront signé cet appel de soutien au TIAN et pour que la France ratifie ce traité. Ces signatures sont souvent accompagnées de lettres adressées au gouvernement et de communications auprès des habitant·e·s. Tous les renseignements pour faire signer le maire de votre commune sont sur notre site. Vous pouvez ainsi agir et n’hésitez pas aussi à utiliser cette illustration réalisée par Abolition des armes nucléaires.

Cet été, du 5 au 9 août, participez aux actions et au jeûne, qui se déroule à Dijon et à Valduc. Organisé par le Collectif Bourgogne Franche-Comté pour l’abolition des armes nucléaires, avec de nombreuses organisations dont ICAN France, vous pourrez promouvoir l’adhésion de la France au TIAN via différentes actions et informer le public sur la nécessité d’engager une reconversion progressive du site de Valduc (où sont produites les armes nucléaires) à des activités civiles.

NOUS AVONS BESOIN DE VOUS 

Notre Campagne vous propose de nous soutenir gratuitement en adoptant le moteur de recherche solidaire Lilo (c’est ici) pour surfer sur internet et en nous reversant vos « gouttes« , pour nous assurer les moyens de poursuivre nos travaux de plaidoyers.

Et bien sûr, vous pouvez aussi rejoindre notre communauté d’adhérent·e·s engagée contre les armes nucléaires en devenant membre d’ICAN France ou en devenant marraine, parrain de notre Campagne par un don ponctuel ou régulier.

MERCI POUR VOTRE SOUTIEN

Ce texte est un message de ICAN (187 montée de Choulans 69005 Lyon) reçu le 13 juin 2021 à 22h12.

Retrouvez-le en cliquant sur: http://5o83.mj.am/nl2/5o83/mjovm.html?m=AVcAADJxWygAAcqpOMIAAGLx0koAAP-Nb5wAF4DQAAUbfwBgxmaULFx5d1LuQ5u6g3-SvXRH7QAE5Zk&b=3967ca96&e=0ae78838&x=VOj1JdqLykFfTkrt5uA3x2nD98ZCrhpSNcIYMdikAUo

FUITE RADIOACTIVE EN CHINE : LE COUP FATAL POUR LE RÉACTEUR NUCLÉAIRE FRANÇAIS EPR

La chaîne américaine CNN a révélé ce jour (*) l’existence d’une situation d’urgence dans le réacteur 1 de la centrale nucléaire de Taïshan (Chine), composée de deux réacteurs français EPR.

S’il n’est pas encore possible à cette heure de mesurer l’ampleur exacte du problème – une fuite radioactive dans le circuit primaire, celui qui contient le combustible nucléaire – et la gravité de la situation, il est d’ores et déjà évident qu’il s’agit là d’un coup probablement fatal pour les projets d’EDF de construire des EPR en France et à l’étranger.

En effet, alors que les chantiers EPR organisés par les Français – Areva en Finlande, EDF à Flamanville (Manche) et en Grande-Bretagne – sont de véritables désastres industriels et financiers, les promoteurs du réacteur EPR se raccrochaient désespérément au « bon exemple » chinois.

Car les deux EPR de Taïshan ont été construits et mis en service (respectivement en décembre 2018 et septembre 2019) avec « seulement » quelques années de retard et des surcoûts officiellement limités à quelques milliards (selon la communication de la Chine qui, faut-il le rappeler, est une dictature où l’ « information » est totalement contrôlée).

La situation qui a lieu actuellement en Chine montre que, malgré la prétendue maestria des nucléocrates chinois, les EPR de Taïshan ne se portent pas mieux que ceux que les français tentent désespérément de construire.

Cet évènement doit amener les dirigeants politiques français (mais aussi finlandais et britanniques) à prendre enfin leurs responsabilités et à stopper définitivement les chantiers EPR d’Olkiluoto (Finlande), Flamanville (Manche, France) et d’Hinkley Point (Grande-Bretagne), et à cesser d’annoncer de futurs chantiers d’EPR en Inde ou ailleurs.

Malgré les puissantes campagnes de communications et de publicité actuelles en faveur du nucléaire, supposé s’opposer au changement climatique et donc « sauver la planète » alors qu’il ne fait en réalité que la contaminer (Tchernobyl, Fukushima, déchets radioactifs, rejets divers, etc), malgré le recours de l’industrie atomique à des youtubeurs ou au VRP JM Jancovici, le fait est que le nucléaire est une industrie du XXème siècle, un dinosaure à la fois ruineux et terriblement dangereux, qui ne couvre toutefois que 2% de la consommation mondiale d’énergie : une contribution infime pour un danger extrême !

Quant au réacteur français EPR, il est assurément le plus mauvais réacteur jamais conçu de par le monde, à tel point que ses propres concepteurs (Areva/Orano et EDF) ne parviennent même pas à le construire. Alors que les réacteurs EPR de Finlande et de Flamanville présentent des malfaçons majeures, à commencer par la fameuse cuve de l’EPR de Flamanville, il serait criminel de les mettre en service… à supposer que leurs chantiers soient un jour terminés…

(*) https://edition.cnn.com/2021/06/14/politics/china-nuclear-reactor-leak-us-monitoring/index.html

Par l’Observatoire du Nucléaire, publié le 14 juin 2021

http://www.observatoire-du-nucleaire.org/spip.php?article381

USA ET CORÉE DU SUD RÉAFFIRMENT LEUR COOPÉRATION POUR LA DÉNUCLÉARISATION DE LA PÉNINSULE CORÉENNE

CARBIS BAY, Angleterre (Reuters) – Le secrétaire d’État américain Antony Blinken et le ministre sud-coréen des Affaires étrangères Chung Eui-Yong ont réaffirmé l’engagement de leurs pays et du Japon à collaborer étroitement à la « dénucléarisation de la péninsule coréenne« , a déclaré le département d’État.

La déclaration, publiée après la rencontre des deux hommes en marge du sommet du Groupe des Sept, fait référence, sans nommer la Corée du Nord, aux efforts qui n’ont que peu ou pas du tout progressé pour amener Pyongyang à abandonner son arsenal nucléaire.

Antony Blinken et Chung Eui-Yong ont également souligné l’importance de la coopération multilatérale pour résoudre d’autres problèmes régionaux, « notamment le retour du peuple birman sur la voie de la démocratie« , selon la déclaration, en référence au coup d’État militaire survenu en Birmanie au début de l’année.

Par Reuters (Matt Spetalnick; version française Camille Raynaud), publié le 13 juin 2021 à 12h16

Photo en titre : Le secrétaire d’État américain Antony Blinken (en photo à gauche) et le ministre sud-coréen des Affaires étrangères Chung Eui-Yong (à droite) ont réaffirmé l’engagement de leurs pays et du Japon à collaborer étroitement à la « dénucléarisation de la péninsule coréenne », a déclaré le département d’État. /Photo prise le 18 mars 2021/REUTERS/Lee Jin-man. POOL

https://www.challenges.fr/monde/usa-et-coree-du-sud-reaffirment-leur-cooperation-pour-la-denuclearisation-de-la-peninsule-coreenne_768914

L’OTAN SERAIT SUR LE POINT DE RENONCER AU DÉPLOIEMENT DE MISSILES NUCLÉAIRES EN EUROPE

Lors du prochain sommet de l’Otan, ses membres seront disposés à s’opposer officiellement à l’idée initiale de l’Alliance de déployer en Europe des missiles nucléaires afin de ne pas envenimer les relations avec la Russie, d’après les sources de Defense News.

Les dirigeants des pays membres de l’Otan seraient prêts à s’opposer au déploiement de missiles nucléaires au sol en Europe, a appris Defense News.

Selon les sources du journal, au sein de l’Union européenne et du Sénat américain cette position est énoncée dans un projet de communiqué à publier après le sommet de l’Otan.

Cette décision est considérée comme un moyen possible d’apaiser les tensions avec Moscou et d’amorcer un dialogue sur le contrôle des armements avant le sommet américano-russe à Genève du 16 juin.

Le sommet le plus court de ces 20 dernières années

Le 32ème sommet de l’Otan qui aura lieu à Bruxelles le 14 juin sera le plus court depuis près de 20 ans. Il ne durera qu’une journée et ne comprendra qu’une seule session de travail d’environ deux heures et demie. D’ordinaire, ils s’étalent sur deux jours et englobent trois ou quatre séances sur des sujets différents.

Le prochain se déroulera en présence de Joe Biden qui effectue son premier déplacement à l’étranger en tant que Président.

Les besoins d’une stabilité stratégique

En octobre 2020, Vladimir Poutine avait annoncé la volonté de ne pas déployer de missiles à portée intermédiaire et à plus courte portée dans la partie européenne de la Russie afin d’apaiser les tensions croissantes suite au retrait des États-Unis du Traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire (FNI).

L’administration Trump avait qualifié l’idée comme étant vouée à l’échec et avait laissé entendre qu’elle serait disposée à installer en Europe occidentale des missiles nucléaires.

Dès son entrée en fonction, Joe Biden est parvenu à un accord avec Poutine sur la prolongation du Traité sur la réduction des armes stratégiques New Start. Les deux pays se sont déclarés prêts à coopérer dans ce domaine.

Par Victor Koulakov, publié le 13 juin 2021 à 10h00

Photo en titre : © Sputnik . Aleksei Vitvitsky

https://fr.sputniknews.com/defense/202106131045725065-lotan-serait-sur-le-point-de-renoncer-au-deploiement-de-missiles-nucleaires-en-europe/

NUCLÉAIRE IRANIEN: SANS DOUTE PAS D’ACCORD CETTE SEMAINE SELON TÉHÉRAN

Le négociateur en chef de l’Iran a déclaré samedi soir ne pas «penser que les négociations» sur le nucléaire «puissent parvenir à une conclusion cette semaine», alors que les Iraniens élisent leur président le 18 juin.

À lire aussi : Iran: trois ténors écartés de la présidentielle

«À titre personnel, je ne pense pas que nous puissions parvenir à une conclusion cette semaine», a déclaré Abbas Araghchi au diffuseur public iranien à la suite de la reprise du sixième round de négociations à Vienne.

À la sortie de la réunion dans la capitale autrichienne, le représentant russe Mikhaïl Oulianov a aussi estimé que les négociateurs avaient besoin « de quelques semaines supplémentaires pour toiletter le texte existant », selon une déclaration sur Twitter.

Les Iraniens sont appelés aux urnes pour désigner le successeur du président Hassan Rohani, principal architecte, côté iranien, de cet accord conclu en juillet 2015 avec les membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU et l’Allemagne.

Pour plusieurs analystes, la perspective d’une entente permettant de relancer ce pacte torpillé par Washington en 2018 apparaissait peu probable avant la tenue du scrutin.

Le «plan d’action global commun» (JCPOA, selon son acronyme anglais) offre à l’Iran un allègement des sanctions en échange d’une réduction drastique de son programme nucléaire, placé sous un strict contrôle de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA).

Mais l’ancien président Donald Trump a rétabli les sanctions américaines que l’accord avait permis de lever et a lancé une campagne de «pression maximale» contre l’Iran à coups de sanctions supplémentaires.

En riposte, l’Iran a fait sauter depuis mai 2019 la plupart des limites qu’il avait consenties sur son programme nucléaire.

Joe Biden, qui a succédé à M. Trump en janvier, dit vouloir réintégrer les États-Unis dans l’accord de Vienne.

Engageant l’Iran et les autres États encore parties au pacte, ainsi que, indirectement, les États-Unis, les négociations en cours à Vienne tendent vers ce but.

Le gouvernement modéré-réformateur de M. Rohani a promis aux Iraniens la levée des sanctions avant la fin de son mandat. Il espère un compromis à Vienne avant de passer la main, en août, au prochain président.

Par Le Figaro avec AFP, publié le 12 juin 2021 à 23h44, mis à jour le 13 juin 2021

https://www.lefigaro.fr/flash-eco/nucleaire-iranien-sans-doute-pas-d-accord-cette-semaine-selon-teheran-20210612

L’EX-CHEF DU MOSSAD INDIQUE QU’ISRAËL ÉTAIT À L’ORIGINE DE L’EXPLOSION D’UNE INSTALLATION NUCLÉAIRE IRANIENNE ET DE L’ASSASSINAT D’UN SCIENTIFIQUE MILITAIRE

En juillet dernier, l’installation nucléaire iranienne de Natanz a été la cible d’une explosion qui a déchiré son assemblage de centrifugeuse avancé, Téhéran accusant rapidement Israël d’être derrière l’attaque. Une explosion similaire aurait complètement détruit le système électrique à l’intérieur d’une autre installation nucléaire souterraine iranienne plus tôt cette année.

En novembre 2020, le programme nucléaire iranien a subi un autre coup dur, lorsque l’un de ses meilleurs scientifiques nucléaires, Mohsen Fakhrizadeh, a été assassiné par une mitrailleuse automatisée. Encore une fois, le Mossad a été accusé d’être responsable de l’attaque à l’époque, le ministre iranien des Affaires étrangères Javad Zarif déclarant qu’il y avait « indications sérieuses » Israël était derrière.

Discutant des deux incidents, Cohen, qui a été directeur du Mossad de 2016 à la semaine dernière, a suggéré que son agence était derrière les attaques, bien qu’il n’ait pas fait d’aveux clairs pour l’un ou l’autre.

« Nous disons très clairement [to Iran]: nous ne vous laisserons pas obtenir d’armes nucléaires. Qu’est-ce que tu ne comprends pas ? »

Abordant l’assassinat de Fakhrizadeh, Cohen a avoué que le scientifique iranien avait été la cible de la collecte de renseignements par le Mossad « pendant de nombreuses années, » comme Israël était « le plus troublé » par ses travaux sur le programme nucléaire de Téhéran. L’enquêteur a suivi ces remarques en affirmant que « Yossi Cohen ne peut pas assumer la responsabilité de cette action, mais sa signature personnelle figure sur l’ensemble de l’opération. »

Cependant, l’ex-chef du Mossad s’est vanté auprès de l’intervieweur que l’établissement de Natanz n’avait pas « ressemble à ce qu’il était avant », après que l’explosion a paralysé ses centrifugeuses. Le reportage était accompagné de l’explication détaillée de l’intervieweur Ilan Dayan sur la façon dont l’agence israélienne a introduit les explosifs dans l’installation, bien que ses affirmations n’aient pas été confirmées publiquement par Tel Aviv et qu’il ne soit pas clair où il a obtenu ces informations.

Parallèlement à ses commentaires sur les attaques, Cohen a apparemment lancé une invitation ouverte à tous les scientifiques iraniens qui pourraient souhaiter quitter le programme nucléaire de Téhéran, déclarant qu’Israël offrait parfois une issue à ceux qui étaient « prêt à changer de carrière. »

Alors que le Mossad est généralement connu pour sa discrétion, Cohen en a profité pour avertir l’Iran et les scientifiques travaillant dans son programme nucléaire qu’ils seraient ciblés s’ils poursuivaient leurs activités.

Utilisant l’interview pour s’adresser directement aux dirigeants iraniens, Cohen a déclaré qu’il avait été « infiltré » qu’Israël surveillait ses activités et que « L’ère du mensonge est révolue. »

Le remplaçant de Cohen au Mossad, David Barnea, et le gouvernement israélien n’ont pas répondu à l’interview télévisée ni confirmé l’implication de l’agence dans les attaques. L’Iran n’a pas non plus répondu aux commentaires de l’ancien chef du Mossad.

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Par Gaspar Bazinet, publié le 11 juin 2021 à 02h22

https://news-24.fr/lex-chef-du-mossad-indique-quisrael-etait-a-lorigine-de-lexplosion-dune-installation-nucleaire-iranienne-et-de-lassassinat-dun-scientifique-militaire/

ANTI-ÉOLIEN : GARE AU RETOUR DE FLAMMES

En France, des intellectuels et personnalités médiatiques, le lobby nucléaire et l’extrême-droite, alliés de circonstances, ont déclaré la guerre à l’éolien, accusés de tous les maux. Si par malheur cette tentative de stopper le développement éolien devait réussir, elle conduirait inéluctablement à un recours accru aux combustibles fossiles et une forte augmentation des émissions de gaz à effet de serre.

Après Alain Finkielkraut et Luc Ferry, Stéphane Bern s’enflamme contre l’éolien dans le Figaro du 30 mai. Extraits : « l’énergie éolienne n’est en rien écologique et renouvelable. Elle pollue gravement la nature et détruit le patrimoine naturel et bâti de la France. » Le célèbre défenseur du patrimoine ignore sans doute le mot de Talleyrand, « ce qui est excessif est insignifiant ». Il s’en prend à la ministre Barbara Pompili « coupable de destruction d’un patrimoine naturel, d’atteintes à la biodiversité, d’artificialisation des sols et de soutien aux énergies fossiles ». Soutien aux fossiles ? Oui parce que les éoliennes « fonctionnent seulement 25% du temps et nécessitent l’aide de centrales à charbon, qui rouvrent notamment en Allemagne ». En réalité, la consommation de charbon en Allemagne décroît sans cesse (voir graphique ci-dessous).

La situation est grave, poursuit Bern : « le projet de Mme Pompili implique de passer de plus de 8000 éoliennes en 2019 à près de 15 000 en 2028 ». C’est deux fois moins qu’aujourd’hui en Allemagne, pays plus petit et plus peuplé que la France, ils sont fous ces Allemands !

La colère gronde dans les campagnes, mais « les procédures de recours ont été largement décapitées… comme les oiseaux migrateurs dans les pales de vos machines infernales » s’insurge Stéphane Bern. Nulle part au monde il ne fallait autant d’autorisations et de décisions de justice pour faire aboutir un projet éolien, le tout prenant 7 à 9 ans de travail ; le gouvernement a simplifié les procédures et réduit les recours.

Un gypaète barbu, nous dit Bern, a été tué par une éolienne dans la Drôme « sans que les écologistes ne s’en émeuvent ». Il manque ici l’occasion de nous faire part de son émotion quand pesticides, pare-brise, vitres, chasseurs et chats tuent infiniment plus d’oiseaux que les éoliennes. Bref, conclut-il, l’énergie éolienne « nourrit des promoteurs puissants qui se parent des habits de l’écologie pour faire de l’argent facilement sur le dos de nos concitoyens ruraux », appelant son lecteur à visionner sur internet le film de Charles Thimon, Éoliennes : du rêve aux réalités.

Lire aussi : Infrasons émis par les éoliennes : une nouvelle étude confirme leur innocuité

Le soutien du nucléaire vire au nationalisme le plus étroit

Ce film laisse entrevoir une autre dimension de l’hostilité à l’éolien : c’est l’Europe, « donc en réalité l’Allemagne, devant laquelle on est obligé d’être à plat-ventre », qui impose les éoliennes à la France, par hostilité revancharde à l’égard du succès nucléaire français. Elle a imposé des objectifs identiques de développement des renouvelables à tous les pays de l’Union Européenne malgré la diversité des situations – affirmation dont la fausseté éclate en deux clics. Le soutien au nucléaire vire alors au nationalisme le plus étroit, mâtiné de défense des ruraux contre les élites urbaines et la finance internationale, expliquant le ralliement massif à la cause anti-éolienne de l’extrême-droite (et d’une partie de la droite, notamment Xavier Bertrand). En témoignent sur le plateau de LCI les aboiements anti-éoliens du « plus bruyant des trumpistes français », André Bercoff.

Évitons les caricatures : on peut être pour le nucléaire et pour les éoliennes, ou contre le nucléaire et contre les éoliennes. Le soutien au nucléaire traverse la plupart des partis politiques français, à l’exception d’Europe-Écologie les Verts et de la France Insoumise. Ce fut longtemps un thème fort du Parti communiste, et non l’exclusivité de l’extrême-droite. Néanmoins, on constate très souvent aujourd’hui que les adversaires acharnés de l’éolien sont souvent des défenseurs passionnés du nucléaire. Sur les réseaux sociaux, ils sont nombreux à opposer les besoins en métaux et béton des éoliennes à ceux des centrales nucléaire, ou leurs emprises au sol (mais jamais, c’est curieux, leurs besoins en eau). Un argument revient sans cesse, celui des émissions de CO2 associées à la fabrication des éoliennes ou des panneaux solaires, respectivement « deux fois » et « huit fois » plus importantes que celles du nucléaire. Ces chiffres, excessifs car basés sur des données anciennes, devraient d’abord être comparés aux émissions des combustibles fossiles, dix à cent fois plus élevées…

Les pourfendeurs de l’éolien nourrissent surtout le procès de son « intermittence », contrastée avec la « pilotabilité » du nucléaire, sans qu’alors on comprenne bien pourquoi la montée en puissance de l’éolien imposerait d’utiliser plus de gaz naturel dans la production d’électricité [1]. Ils affirment mordicus que les éoliennes « ne marchent que 25% du temps » : en réalité, de 70 à 90% du temps, mais à puissance variable ; 25%, c’est le « facteur de capacité », la production effective par rapport à la production théorique si les éoliennes fonctionnaient tout le temps à leur puissance nominale. Dans le film de Thimon, un intervenant reproche aux promoteurs de l’éolien d’entretenir la confusion entre les capacités électriques (la puissance en mégawatts) et la production (l’énergie en mégawattheures). Mais le film joue lui-même sur cette confusion pour affirmer « l’inutilité des éoliennes », que prouverait la perpétuation des centrales thermiques allemande, et se garde bien de montrer la baisse des consommations de charbon et des émissions de CO2 outre-Rhin.

Lire aussi : L’Allemagne et son charbon : mythes et réalités

À quoi bon l’éolien, nous dit-on, puisque l’électricité française est très décarbonée ? Mais la France n’est pas isolée en Europe, davantage d’électricité renouvelable contribue via les interconnections à décarboner le mix européen. Et surtout, qu’en sera-t-il à l’avenir ? Les anti-éoliens font mine d’ignorer que le parc nucléaire existant vieillit. La prolongation des centrales existantes ne sera ni facile, ni peut-être généralisée, ni sûrement éternelle…

Le nucléaire est moins cher, affirment-ils sur la base des contrats d’achat des débuts de l’éolien et des subventions nécessaires au développement de la filière. Depuis le coût du « nouveau » nucléaire s’est envolé, celui du « nouvel éolien » s’est effondré : le premier représente deux fois le second, et l’écart continue de s’accroître. Pour décider de ce qu’on doit construire aujourd’hui, c’est cela qui compte.

Lire aussi : Trop cher et trop lent, le nucléaire ne sauvera pas le climat

Pour garantir la sécurité électrique du pays …

Imaginons un instant que la vague anti-éolienne l’emporte contre toute rationalité, peut-être en portant l’un de ses soutiens à l’Élysée. RTE, le réseau électrique français, vient de publier une première esquisse de ses scénarios aux horizons 2050-2060, avec 0% à 50% de nucléaire dans la production d’électricité – montrant que le scénario à 50% serait extrêmement ambitieux pour l’industrie nucléaire. Ce scénario nécessite pourtant, pour garantir la sécurité électrique du pays, de multiplier la capacité des éoliennes par 2,5 en France, celle du solaire par 7 (respectivement x4 et x20 pour les scénarios sans nucléaire à terme).

Arrêtons l’éolien, mettons en chantier de nouvelles centrales nucléaires : elles produiront leurs premiers kWh dans quinze ans. Entretemps, la consommation d’électricité aura augmenté, malgré les progrès de l’efficacité énergétique, du fait de l’électrification qui décarbone bâtiments, industries et transports. Si cette croissance n’est pas le fait des renouvelables, elle ne pourra venir que de combustibles fossiles. Sauf à rouvrir nos centrales à charbon, nous serons obligés de construire à toute vitesse des centrales à gaz, et d’augmenter fortement nos importations de gaz naturel. Et davantage encore si les travaux permettant d’assurer la poursuite du fonctionnement de certaines centrales nucléaires existantes s’avèrent trop chers, ou impossibles à réaliser dans les délais… Précisément les difficultés qu’anticipe l’Autorité de Sûreté Nucléaire !

Une alternative ? Il y en a une, bien sûr : renoncer à utiliser l’électricité pour décarboner toute l’économie. Ce serait donc un retour massif aux combustibles fossiles, que ce soit dans les centrales électriques ou chez les utilisateurs d’énergie. L’abandon des espoirs de maîtriser les changements climatiques, la trahison des engagements pris à Paris en 2015 – un retour de flammes au goût de cendres.

Lire aussi : Selon un nouveau sondage, les Français ont une image positive de l’éolien

Lire aussi : Nouvelle étude scientifique : le 100% renouvelable n’est pas une utopie

[1] La question est évidemment différente si on s’approche de 100% d’électricité renouvelables dans un pays aux apports hydroélectriques limités – on y reviendra.

Par Cédric Philibert, publié le 10 Juin 2021

À propos de l’auteur Cédric Philibert : Cédric Philibert a été conseiller du ministre français de l’Environnement (1988-1990), puis conseiller du Directeur général de l’ADEME (1992-1998) et a travaillé pendant 19 ans à l’Agence internationale de l’énergie (AIE). Aujourd’hui, il est consultant indépendant et analyste senior des questions d’énergie et de climat. Il est également chercheur associé à l’Institut français des relations internationales (Ifri). Enfin, il assure un enseignement à Sciences Po Paris. https://cedricphilibert.net/

POLYNÉSIE ET NUCLÉAIRE : MAUVAIS ACCUEIL POUR LA PROPOSITION DE LOI DE MOETAI BROTHERSON À L’ASSEMBLÉE NATIONALE

La proposition de loi « Prise en charge et réparation des conséquences des essais nucléaires français » du député Moetai Brotherson a été examinée ce mercredi en commission de la Défense de l’assemblée nationale. Le texte, qui doit passer en séance le 17 juin, a été rejeté par les députés de la majorité présidentielle. Les précisions de notre partenaire Outremer 360°.

Cette proposition de loi (PPL) vise plusieurs objectifs : « environnement, maladies trans-générationnelles, victimes collatérales (ou ayants-droits, ndlr), vraie prise en charge au-delà de l’indemnisation, remboursement des sommes portées par la CPS (équivalent de la sécurité sociale en Polynésie)», avait expliqué le député sur sa page Facebook. Le texte propose aussi la suppression de l’amendement « Tetuanui », qui instaure le critère du millisievert (mSv) parmi les critères ouvrant droit à l’indemnisation. Ce seuil, retenu dans la procédure d’indemnisation après la suppression du risque négligeable par la loi Erom en 2017, est vécu par les associations qui accompagnent les victimes comme un nouveau frein à l’indemnisation.

Pour ce qui est de l’objectif environnemental et dépollution, cette PPL demande la création d’une « commission chargée d’étudier les moyens à mettre en œuvre pour la dépollution des sites des essais nucléaires ». Le député de Polynésie, siégeant au groupe Gauche démocrate et républicaine (GDR), évoque notamment l’atoll de Moruroa et sa fragilisation suite aux essais français.

En attendant la table ronde

« Nous ne pouvons pas soutenir cette proposition de loi » a déclaré Guillaume Vuilletet, député LaRem et rapporteur en 2019 de la loi portant réforme du statut de la Polynésie. « Il y a une radioactivité stable et en décroissance » a-t-il poursuivi, concernant la demande d’une commission pour la dépollution des sites. Pour le retrait du millisievert, Guillaume Vuilletet évoque « une erreur » : « soit on juge que tout le monde peut être concerné, soit on pense qu’il y a des avis scientifiques qui doivent étayer cela ». Pour le député de la majorité, le « vrai rendez-vous est celui de la table ronde qui va être organisée prochainement sous l’égide du président de la République », qui toujours selon lui « doit permettre de mettre à plat tout cela ». Cette table ronde promise par le président de la République devrait avoir lieu les 1er et 2 juillet prochain.

Le président du groupe GDR, André Chassaigne, a naturellement vivement défendu la PPL du député Brotherson, qui sera par ailleurs examinée dans l’hémicycle à l’occasion de la niche parlementaire de son groupe. « Oui ou non, la loi Morin a-t-elle des manques sur l’aspect environnemental et humain des essais nucléaires ? (…) Est-ce qu’une table ronde permettra un travail aussi constant et approfondi qu’une commission chargée d’établir un programme de dépollution (…) ? », a-t-il interrogé, voyant en la table ronde « de la simple communication ». « Concernant les indemnisations des victimes ou de leurs proches : oui ou non, les critères d’indemnisation sont-ils trop restreints ? Oui ou non, les dossiers ne sont-ils pas trop complexes à monter pour les victimes ? Oui ou non ne faut-il pas élargir la loi Morin aux victimes de maladies trans-générationnelles dues aux essais ? (…) Est-il normal que ce soit la Caisse de prévoyance sociale de Polynésie qui prenne en charge les dépenses des victimes ? », a-t-il ajouté. « Pensons aux victimes, au devoir que la France a ».

Maina Sage « solidaire » sur le fond mais pas sur la forme

« Le texte proposé touche à un sujet particulier » a rappelé la députée de Polynésie Maina Sage (Agir). « Notre réponse législative », plus précisément l’actuelle loi Morin indemnisant les victimes des essais, « est-elle à la hauteur ? (…) Force est de constater que non », a-t-elle déclaré. La députée a aussi souligné l’enquête du média Disclose publiée en mars et révélant que « cet exercice de vérité depuis 2006 (date du rapport du CEA, ndlr) aurait été tronqué ». « Les retombées sont deux à dix fois supérieures à ce qu’on nous a dit », a-t-elle insisté. Pour la députée, les révélations du média Disclose remettent ainsi en cause les critères actuels ouvrant droit à l’indemnisation, notamment celui du millisievert. « Sur le fond je suis solidaire » a assuré la députée, mais souligne la nécessité « d’un travail collectif » et « trans-partisan » à travers la table ronde. « On ne pourra pas avancer ensemble si nous n’avons pas fait toute la vérité et si nous n’avons pas rendu justice à toutes les victimes », a-t-elle poursuivi, exhortant son collègue de Polynésie à y participer. Non-membre de la commission, elle n’a pas participé au vote.

Voix dissonante au sein de la majorité, le député du Finistère, Didier Le Gac, « considère que la plupart des dispositions de cette PPL constitue un véritable progrès pour les populations civiles et militaires » pour pallier aux « manquements » de l’actuelle loi. « À titre personnel », ce député de Bretagne qui connaît bien les marins de Brest « qui ont participé à l’effort de dissuasion nucléaire », votera en faveur de la PPL du député polynésien.

Table ronde en forme de « coquille vide » pour Moetai Brotherson

« J’ai un peu de mal à voir disqualifier l’action de notre Assemblée simplement parce que l’exécutif a décidé la mise en place d’une table ronde », s’est agacé le député Moetai Brotherson, « l’un n’exclut par l’autre ». « J’espère sincèrement que les quelques jours qui séparent l’examen en Commission et la session à l’Assemblée nationale permettront aux uns et aux autres de réfléchir » a-t-il ajouté, après le rejet de sa loi par la Commission. Réagissant encore sur la table ronde promise par Emmanuel Macron, le député rappelle « qu’elle est loin de faire l’unanimité en Polynésie ». « La plupart des associations de victimes ont déjà indiqué qu’elles ne participeront pas. Les confessions religieuses s’interrogent et il est probable qu’elles ne participent pas non plus », tout comme le parti indépendantiste, principal opposant politique aux essais nucléaires. « Elle tiendra plus de la coquille vide que de la table ronde », a-t-il ajouté.

Selon le député, la raison pour laquelle certaines associations, comme Moruroa e Tatou, ne participeront pas à cette table ronde est que « l’essentiel de ce (qu’elles veulent) exprimer est dans » cette PPL. Si le député avait déclaré participer à cette table ronde en sa qualité de parlementaire, il estime « qu’en tant que Polynésien, je serais tellement peu respecté que je n’ai pas envie d’y participer ».

Revoir l’examen de la PPL du député Moetai Brotherson ici.

Par Jean-Tenahe Faatau pour Outremer 360°, publié le 10 juin 2021

https://www.radio1.pf/nucleaire-mauvais-accueil-pour-la-proposition-de-loi-de-moetai-brotherson-a-lassemblee-nationale/

DÉCHETS NUCLÉAIRES : CONFÉRENCE DE CITOYENS ET « VOYAGE AU CENTRE DE LA TERRE »

Après une première séance parisienne de « formation » à Paris fin mai, l’Andra organise une plongée à 500 m sous terre de Bure, les 11 et 12 juin 2021, dans le cadre de la conférence de citoyens sur la phase industrielle pilote de Cigéo.

Une conférence de citoyens, mais pour quoi ?

Leur mission est de taille. 20 citoyennes et citoyens, censés représenter la société française devront «  rédiger un avis, dont le contenu rendu public servira à l’Andra pour organiser la phase industrielle pilote en adéquation avec les attentes de la société ». (Claude Brévan, présidente du Comité de pilotage)

Demander à 20 personnes de participer au lancement d’un gigantesque chantier, estimé entre 6 à 12 milliards d’euros, est une opération pour le moins exceptionnelle.

Qu’entend-on au juste par « attentes » d’une société, confrontée, depuis plus de trente ans, à un projet de méga-poubelle atomique imposé à coup de mensonges et d’achat des consciences ? Organisée en hâte par l’Andra, la démarche a de quoi inquiéter. Elle n’était pas prévue initialement et vient ajouter une complexité supplémentaire au mille-feuilles concertatif déployé actuellement sur le territoire.

Un geste ultime, voire désespéré

Perte de confiance en l’Andra, toujours dans l’incapacité de prouver la faisabilité en toute sécurité du projet Cigéo ? Besoin ultime d’associer, en trompe-l’œil, la société civile au lancement déguisé de Cigéo sous couvert de nouveaux tests ? Rappelons que cette idée de phase industrielle pilote est sortie, officiellement, d’une précédente conférence de citoyens en 2014, à l’issue et hors du débat public de 2013.

Besoin de contrer un désamour de plus en plus palpable ces derniers mois, tant au niveau local que national ? Que penser du timing de cette consultation planifiée au moment du procès des malfaiteurs de Bure, une manière de poursuivre la stratégie amorcée il y a quelques années : la démocratie avec celles et ceux qui  » jouent le jeu  » tandis que les soi-disant méchants se retrouvent à la barre ? Pour les promoteurs de Cigéo, l’expression citoyenne, essentielle mais insaisissable (débat public 2013, approches sociologiques, etc.) doit être recueillie, une bonne fois pour toute, pour pouvoir instruire l’autorisation de Cigéo.

Pour rassurer le monde du BTP ?

« Les conclusions que l’Andra retirera de cette concertation permettront de compléter le Plan directeur de l’exploitation de Cigéo (PDE), pièce essentielle du dossier de demande d’autorisation de création (DAC), en y intégrant une expression citoyenne. » (CONSTRUCTION CAYOLA.com.)

On imagine aisément que le BTP piaffe d’impatience, la première tranche de Cigéo, maquillée en phase d’essai, représentant un très beau marché à venir…

Boudée par les organisations nationales contactées par le comité de pilotage

France Nature Environnement, Global Chance, le Groupement des scientifiques pour l’information sur l’énergie nucléaire et Greenpeace ont refusé de participer à cette mascarade, ont décliné l’invitation à intervenir, allant même jusqu’à demander au comité de pilotage de l’annuler. Sur la forme, elles rappellent que l’Andra y est juge et partie, en tant qu’exploitant qui organise et qui finance. Sur le fond, le périmètre de la concertation ne permet pas de se prononcer sur l’opportunité du projet Cigéo qui est par ailleurs présenté comme « arrivé à maturité » malgré les nombreuses interrogations et les manques soulevés par l’Autorité Environnementale au début de l’année.

Toute en illusions et sans effet

« Au terme de ce processus, l’Andra s’engage à se prononcer en retour sur l’avis citoyen et d’en présenter les conclusions, tant pour l’élaboration du dossier de demande d’autorisation de création (DAC), que pour la suite de ses démarches de concertation. »

Le dernier exercice dans le genre a plus que déçu. La « convention citoyenne pour le climat », vaste opération de communication élyséenne, ne fit qu’accoucher d’un piètre résultat, engendrant au passage beaucoup de frustrations et de désillusions.

Pour cet exercice commandité par l’Andra, seul comptera le fait qu’un avis citoyen a été posé. Positif, nuancé ou négatif, il ne changera strictement rien au processus menant à Cigéo. Ou comment se moquer du monde.

La conférence de citoyens se déplace à Bure

La Coordination Stop-Cigéo, ayant refusé une nouvelle fois toute participation à un processus concertatif « bidon », souhaite aux 20 tirés au sort une belle immersion sous terre à Bure, façon Jules Verne. Puissent-ils ne pas céder au mirage déployé ?

Communiqué  du 10/06/2021 de la Coordination Stop-Cigéo (Collectifs Burestop55, Cedra 52, Cacendr, BZL, Eodra, HV de Gondrecourt-le-Château, MNE) publié le 10 juin 2021

https://cedra52.jimdofree.com/2021/06/10/conf%C3%A9rence-de-citoyens-et-voyage-au-centre-de-la-terre/

Pour en savoir plus, vous pouvez visiter les sites : www.burestop.eu / https://cedra52.jimdofree.com/

RAPPORT « UNE ALLIANCE NON-NUCLÉAIRE : POURQUOI LES ÉTATS MEMBRES DE L’OTAN DEVRAIENT ADHÉRER AU TRAITÉ SUR L’INTERDICTION DES ARMES NUCLÉAIRES »

L’OTAN, qui tient son Sommet ce lundi 14 juin à Bruxelles, reconnaît depuis longtemps la menace que l’arme nucléaire et que les autres armes de destruction massive font peser sur sa sécurité et a, maintes fois, exprimé son engagement en faveur de la maîtrise des armements, du désarmement et à terme, de l’élimination totale des armes nucléaires.

Pour inviter les États membres de l’OTAN à se conformer aux objectifs définis de l’Alliance, ICAN, la Campagne Internationale pour abolir les armes nucléaires publie un rapport (avec des contributions de ICAN France) « Pourquoi les États membres de l’OTAN devraient adhérer au Traité sur l’interdiction des armes nucléaires » qui offre des analyses et des recommandations, notamment sur :

  • La relation et la compatibilité entre l’Alliance atlantique et le Traité sur l’interdiction des armes nucléaires ;
  • Les moyens concrets que le TIAN offre aux membres de l’OTAN pour renouveler et renforcer leurs efforts dans l’accomplissement des objectifs poursuivis par l’Alliance de réduction et, à terme d’élimination des menaces sécuritaires engendrées par l’arme nucléaire ;
  • L’existence d’un soutien fort et grandissant (parlementaires, villes, citoyens, organisations humanitaires internationales) au traité d’interdiction dans plusieurs des États membres ;
  • Comment en rejoignant le TIAN, les membres de l’OTAN peuvent aider à renforcer les barrières contre la prolifération et ouvrir une nouvelle voie pour le désarmement ;
  • L’opposition au TIAN, notamment de la part des États membres de l’OTAN, qui est basée sur des mythes, des idées reçues, ou encore sur des mensonges délibérés ;
  • Pourquoi construire une Alliance non-nucléaire doit commencer dès aujourd’hui.

À télécharger la synthèse en français et en anglais le rapport complet.

Publié le 10 juin 2021

http://icanfrance.org/rapport-alliance-non-nucleaire-pourquoi-etats-otan-devraient-adherer-traite-sur-interdiction-armes-nucleaires/

Nous vous invitons à voir également : Dépenses mondiales pour les armes nucléaires en 2020

SOMMET BIDEN-POUTINE: L’ALLEMAGNE VEUT QUE LA QUESTION DU DÉSARMEMENT NUCLÉAIRE SOIT DISCUTÉE

Alors que le sommet entre Joe Biden et Vladimir Poutine est prévu le 16 juin à Genève, l’Allemagne a fait savoir aux Américains qu’elle aimerait que la question du désarmement nucléaire soit à l’ordre du jour lors de la rencontre, a déclaré Heiko Maas ce mercredi 9 juin.

Berlin reconnaît avoir demandé aux États-Unis d’inclure la question du désarmement nucléaire à l’agenda du sommet entre les Présidents russe et américain à Genève. Le ministre allemand des Affaires étrangères l’a confirmé lors d’une séance au Bundestag (chambre basse du Parlement).

«Nous aimerions en général [que cette question soit abordée, ndlr], et c’est ce que nous avons dit à nos partenaires américains: si un sommet entre Poutine et Biden a lieu, intégrer le désarmement à l’ordre du jour. Nous avons besoin des États-Unis et de la Russie quand il est question du désarmement nucléaire», a-t-il indiqué ce mercredi 9 juin.

L’Allemagne soutient l’effort de protéger les nouveaux accords dans le domaine du désarmement, selon le diplomate, qui a en outre exprimé l’espoir que de nouvelles décisions soient prises sous la nouvelle administration présidentielle américaine.

Le Traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire (FNI) a été signé par l’URSS et les États-Unis à Washington en décembre 1987. En 2019, accusant la Russie d’avoir violé le traité, les États-Unis s’en sont retirés. Moscou a nié ces allégations et a proposé de démontrer les capacités du missile qui avait suscité des questions de la part de Washington, ainsi que de discuter du sujet. Un appel au dialogue n’a pas été accepté.

Le sommet

La première rencontre Poutine-Biden se tiendra à Genève le 16 juin. La stabilité stratégique et la situation en Ukraine et en Biélorussie devraient être examinées lors de leurs discussions, comme l’a confié à Sputnik l’expert américain Howard Hawkins, cofondateur du Parti vert aux États-Unis.

Ce 9 juin, Joe Biden a entamé son premier voyage à l’étranger depuis sa prise de fonctions. Il participera aux sommets du G7, de l’Otan, des États-Unis et de l’UE, puis rencontrera Vladimir Poutine.

Plus tôt, les États-Unis et la Russie avaient fait savoir qu’ils ne s’attendaient pas à des percées majeures lors de la rencontre à venir entre les deux dirigeants, dans le contexte des relations tendues.

Pour le Président russe, les sujets prioritaires sont la stabilité stratégique, le désarmement, le Covid-19, le règlement des conflits et l’écologie.

Le Président états-unien s’est pour sa part refusé à tout optimisme quant à la conclusion d’accords en matière de cybersécurité à l’issue du sommet à Genève.

Enfin, à la question de savoir s’il s’attendait à de la compréhension de Vladimir Poutine à ce sujet, Joe Biden a répondu aux journalistes présents sur la base militaire d’Andrews, près de Washington, avant de prendre le départ pour l’Europe: «Qui sait? Nous verrons. Cela sera l’objet de notre discussion».

Par Julia Belyakova, publié le 9 juin 2021 à 20h06

Photo en titre : Pixabay / Jörn Heller ©

https://fr.sputniknews.com/international/202106091045709924-sommet-biden-poutine-lallemagne-veut-que-la-question-du-desarmement-nucleaire-soit-discutee/

DÉCHETS NUCLÉAIRES : UNE LUTTE LOIN D’ÊTRE ENFOUIE

Changer ce qui paraît indestructible, telle que l’est l’industrie nucléaire française, c’est l’objectif des militant·es contre le projet Cigéo criminalisé·es par l’État.

Et si les choses s’étaient passées autrement ? Cette question philosophique a clos le procès des sept opposant·es à Cigéo. Ce projet d’enfouissement des déchets nucléaires grignote les terres et les esprits aux alentours de Bure depuis près de trente ans. Changer ce qui paraît indestructible, telle que l’est l’industrie nucléaire française, c’est finalement l’objectif de ces militant·es aujourd’hui criminalisé·es par l’État.

La fronde populaire fait partie de l’histoire de ce projet de cercueil des déchets nucléaires. Si Bure a été choisi, c’est parce que les villages du Maine-et-Loire et des Deux-Sèvres se sont révoltés à la fin des années 1980, c’est parce que tous pensaient qu’à la frontière de la Meuse et de la Haute-Marne, il n’y aurait pas de désobéissance. Erreur. Agriculteurs et élus locaux viscéralement attachés à leur terre, antinucléaires de la première ou de la dernière heure, écologistes, féministes intersectionnelles ou simplement humain·es défendant le vivant se retrouvent dans ce combat. Des destins singuliers qui coagulent et créent une résistance protéiforme, volontairement « indiscernable ». « Les tactiques et les rôles que nous jouons doivent se transformer au gré des circonstances et des rapports de force. Émeutier un jour, citoyen légaliste qui demande des comptes le lendemain, danseur fou le surlendemain », clame cette résistance depuis 2016.

Pendant le procès, Claude Kaiser, opposant depuis vingt-huit ans, a raconté avec émotion le mépris de l’État envers les citoyens, les « petits élus locaux », la démocratie. Une attitude qui ne peut que créer de la colère. Une constellation de colères puissantes. Et si la répression féroce contre l’opposition à Cigéo ne l’avait pas tuée ? Et si elle lui avait au contraire redonné une énergie renouvelable à l’infini ?

Par Vanina Delmas, publié le 9 juin 2021

https://www.politis.fr/articles/2021/06/dechets-nucleaires-une-lutte-loin-detre-enfouie-43286/

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L’IRAN EST PASSÉ EN TERMES D’ENRICHISSEMENT DE L’URANIUM À PLUS DE 60%.

L’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) dénonce les entraves posées par les autorités iraniennes à l’accès aux données concernant sa filière nucléaire.

C’est un bâton de plus dans la roue des négociations sur la limitation du nucléaire iranien, dont les rouages ont toutes les chances de gripper. Selon deux rapports de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) rendus publics, l’Iran comptabilise désormais une quantité d’uranium faiblement enrichi 16 fois supérieure à la limite autorisée par l’accord de 2015 (JCPoA). L’accumulation de matière fissile nécessaire à la fabrication d’une bombe nucléaire est une affaire de quelques mois à peine au vu des quantités enregistrées.

Une information qui tombe à pic, en plein cycle de négociations entre les signataires de l’accord, dont les États-Unis et la France, réunis à Vienne pour tenter de le sauver. Depuis 2018 et le rétablissement des sanctions américaines ordonné par Donald Trump, Téhéran s’en est peu à peu affranchi, violant, sans s’en cacher, ses obligations  en termes de recherche et développement, de quantité d’uranium enrichi et de centrifugeuses en action.

Ces derniers mois, l’Iran est passé en termes d’enrichissement de l’uranium de 20% à plus de 60%, se rapprochant ainsi des 90% nécessaires à une utilisation militaire. Une manière de dénoncer les sanctions qui pèsent sur un pays exsangue économiquement, et de mettre la pression sur les chancelleries occidentales pour la suite des pourparlers sur la suite.

Trois types d’uranium sont évoqués dans les rapports de l’AIEA. L’uranium faiblement enrichi accumulé par l’Iran atteint 3.241 kilos alors que le plafond fixé par l’accord était de 202,8 kilos (contre 2.967,8 kilos en février). La cadence s’est toutefois ralentie par rapport aux trois mois précédents, alors que le complexe nucléaire de Natanz a été victime le 11 avril d’une explosion imputée par Téhéran à Israël. Le stock à 20% s’élève à 62,8 kg. Et, enfin, celui à 60% est de seulement 2,4 kg pour le moment. L’AIEA n’a cependant pas pu vérifier ces chiffres en raison des restrictions d’accès décrétées par Téhéran depuis la mi-février.

L’organisation onusienne se plaint, dans son rapport, de ne pas avoir eu accès aux données nécessaires pour surveiller l’évolution du programme nucléaire développé par l’Iran depuis le 23 février dernier, au mépris des accords internationaux qui obligent Téhéran à fournir de telles informations. Trois sites nucléaires au total sont dans son viseur de l’organisation, qui en mentionne un quatrième, pour lequel « l’Iran n’a pas répondu aux questions ».

« Le directeur général (Rafael Grossi) est préoccupé par le fait que les discussions techniques entre l’Iran et l’Agence n’ont pas produit les résultats escomptés », écrit l’AIEA au sujet de réunions débutées en avril pour tenter de « sortir de l’impasse », et de clarifier la présence de matières nucléaires en plusieurs endroits.

Par Israelvalley Desk, publié le 9 juin 2021

https://israelvalley.com/2021/06/09/liran-est-passe-en-termes-denrichissement-de-luranium-a-plus-de-60/

ÉTAT-UNIS : APRÈS DE MULTIPLES RETARDS ET DÉPASSEMENTS DE COÛTS, LA SEULE CENTRALE NUCLÉAIRE EN CONSTRUCTION EST CONFRONTÉE À… PLUS DE RETARDS ET DE DÉPASSEMENTS DE COÛTS

L’expansion de Plant Vogtle en Géorgie, la seule construction majeure de nouveaux réacteurs nucléaires actuellement en cours aux États-Unis, ne sera probablement pas achevée à temps et au coût approuvé, ont déclaré des experts indépendants de la surveillance.

Deux nouveaux réacteurs de la centrale électrique de Vogtle ne devraient pas être opérationnels dans les délais, a indiqué la Georgia Public Service Commission. Le coût approuvé du projet de 17,1 milliards de dollars devrait augmenter d’environ 2 milliards de dollars supplémentaires, ont déclaré les moniteurs à la commission dans des témoignages la semaine dernière, qui ont été rendus publics lundi.

L’ajout des unités 3 et 4 à l’installation située dans le comté de Burke est censé faire de Vogtle la plus grande centrale nucléaire des États-Unis. Depuis le début de la construction en 2009, l’expansion a été entravée par des retards et des dépassements de coûts et a presque été annulée en 2017. À l’heure actuelle, c’est le seul grand projet nucléaire commercial du pays.

Les nouvelles unités de réacteurs sont construites par Southern Nuclear (SNC), une filiale de la société holding de distribution de gaz et d’électricité Southern Company. L’entrepreneur a insisté pour rédiger des parties du rapport à la commission afin de protéger ses secrets commerciaux, mais les sections mises à la disposition du public sont toujours assez accablantes, décrivant une multitude de problèmes qui sont apparus entre janvier et mai.

Le crucial Hot Functional Testing (HFT), qui est actuellement en cours, « a été nettement plus problématique » que les experts d’intérêt public ne l’avaient prévu, sur la base de leur expérience avec des projets similaires dans d’autres pays dans d’autres pays, a déclaré l’un d’eux. La phase d’essai a commencé en avril, avec trois mois de retard, et devrait durer jusqu’au début juillet, ont indiqué les observateurs.

Voie aussi sur rt.com : Les États-Unis sont en train de perdre la course au nucléaire face à la Russie et la Chine

« Beaucoup des problèmes rencontrés par SNC auraient dû être résolu bien avant le début du HFT. Les sous-systèmes doivent avoir été testés de manière adéquate avant le HFT pour s’assurer qu’ils fonctionneraient comme requis. Globalement, le contrôleur est d’avis que les résultats ont été étonnamment médiocres à ce jour », dit le rapport.

Jusqu’à récemment, SNC a déclaré que son premier nouveau réacteur fournirait de l’électricité aux clients en Géorgie au plus tard en novembre et que le deuxième réacteur serait opérationnel au plus tard en novembre 2022. Le mois dernier, le régulateur a été informé de s’attendre à ce que l’unité 3 devienne opérationnel fin décembre, avec un deuxième examen une semaine plus tard repoussant la date de lancement au premier trimestre 2022.

Les contrôleurs s’attendent à ce que l’unité 3 soit mise en service à l’été 2022. L’unité 4, qui a été mise sous tension plus tôt ce mois-ci, pourrait commencer à fonctionner commercialement entre juin et août 2023, car elle « a été traité comme une priorité inférieure à » l’Unité 3, a-t-on dit à la commission.

Des problèmes similaires avec des coûts gonflés et des calendriers de lancement décalés ont condamné l’autre grand projet nucléaire lancé aux États-Unis au cours de ce siècle. L’agrandissement de deux unités de la centrale nucléaire Virgil C. Summer en Caroline du Sud a été abandonné en 2017, quatre ans après le début de la construction. Les réacteurs devaient initialement être mis en service en 2017 et 2018, respectivement. Leur coût initial de 11,5 milliards de dollars était passé à environ 25,7 milliards de dollars au moment de la clôture du projet.

Par Gaspar Bazinet, publié le 9 juin 2021 à 12h51

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https://news-24.fr/apres-de-multiples-retards-et-depassements-de-couts-la-seule-centrale-nucleaire-des-etats-unis-en-construction-est-confrontee-a-plus-de-retards-et-de-depassements-de-couts-rt-usa-n/

DÉCHETS RADIOACTIFS : LE RETARD PRIS DANS LA GESTION DES DÉCHETS D’ITER INQUIÈTE L’ASN

La gestion des déchets d’Iter inquiète l’Autorité de sûreté nucléaire : le site d’entreposage ne sera pas prêt à temps et les volumes attendus sont mal évalués. Elle appelle à la création d’un groupe d’experts rassemblant toutes les parties prenantes.

L’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) s’inquiète de l’absence de solution de gestion des déchets contenant du tritium. Les déchets métalliques tritiés posent d’autant plus problème que leur volume va centupler avec Iter et que la solution de gestion initialement prévue ne sera pas prête. Elle souhaite que l’étude des solutions de gestion de ces déchets soit confiée à un groupe ad hoc rassemblant toutes les parties prenantes.

Telles sont les points saillants de l’avis relatif aux 1 350 m3 de déchets radioactifs dits « sans filière » rendu par l’ASN dans le cadre de l’élaboration du cinquième plan national de gestion des matières et déchets radioactifs (PNGMDR). Cet avis traite de déchets nécessitant des filières de gestion spécifiques : déchets contenant du tritium (dits « déchets tritiés ») ; sources scellées usagées ; huiles et liquides organiques ; déchets radioactifs d’établissements hors secteur électronucléaire produits en très faibles quantités.

30 000 m3 de déchets tritiés

Pour la plupart de ces déchets, l’avis ne formule pas de remarque  particulière, hormis un appel renouvelé à « poursuivre activement » les travaux pour mettre en œuvre des filières de gestion adaptées, et cela, dans le cadre d’« un calendrier robuste, précisé dans le PNGMDR ». Dans ce contexte, la gestion des déchets tritiés se démarque, tant l’autorité multiplie les critiques. Le sujet n’est pas nouveau, puisque dans un avis d’août 2009, elle recommandait déjà « que les besoins en capacité d’entreposage des déchets tritiés soient anticipés et qu’une démarche de précaution soit développée ».

Au cœur des inquiétudes figure la gestion de ceux produits par Iter. Le PNGMDR 2016-2018 prévoyait que ces déchets solides fortement tritiés soient entreposés à Cadarache (Bouches-du-Rhône) dans une installation du CEA appelée « Intermed ». Mais aujourd’hui les modalités de gestion de ces déchets et le calendrier de construction d’Intermed « apparaissent incertains ». Les incertitudes liées à certains aspects d’Iter ont retardé le projet d’entreposage et « la décision d’en engager la construction n’a pas été prise ».

En conséquence, elle « recommande » une mise à jour de l’inventaire des déchets qui seront produits par le projet de réacteur expérimental international de fusion nucléaire pour que les caractéristiques définitives d’Intermed puissent être arrêtées. Ce travail doit être fait « dans les meilleurs délais » et concerne aussi bien les déchets produits lors de l’exploitation d’Iter que ceux générés par son démantèlement.

Jusqu’à récemment, l’estimation du volume de déchets tritiés d’Iter était d’environ 30 000 m3. Mais ce chiffre fait l’objet d’« incertitudes importantes ». À titre de comparaison, l’ensemble des petits producteurs généreront quant à eux « moins d’une centaine de m3 »

La durée d’entreposage des déchets tritiés inquiète

L’Autorité ne s’inquiète pas uniquement pour l’avenir. Elle tacle aussi la gestion actuelle des déchets tritiés des petits producteurs qui sont entreposés dans une installation nucléaire secrète située à Valduc (Côte-d’Or). Cet entreposage « n’est pas justifié par d’éventuels besoins de protection des informations au titre de la défense ». Et puisque Intermed ne sera probablement pas disponible en 2033, comme prévu initialement, l’autorité recommande que l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra) prenne le relais et mette en place des capacités d’entreposage. Et cela, « dès que possible ».

Plus globalement, l’ASN demande que l’analyse des scénarios de gestion des déchets tritiés fasse l’objet d’une procédure pluraliste. Celle-ci passe par la création d’un groupe de travail qui associe l’ensemble des parties prenantes concernées ou susceptibles de l’être.

Parmi les sujets à mieux prendre en compte figure la mobilité du tritium dans l’environnement. Et de rappeler que cette propriété impose des « moyens adaptés, tels qu’un confinement approprié [des] systèmes de traitement de l’air extrait des installations [d’entreposage] ».

La durée d’entreposage envisagée est aussi critiquée. Celle-ci pourrait être « supérieure à 50 ans », relève l’Autorité qui s’inquiète que « l’inventaire des déchets tritiés concernés ainsi que la durée d’entreposage associée ne [soient] pas précisés, ni justifiés ». Elle demande donc qu’un entreposage sur de telles durées « [soit] dûment justifié et, en tout état de cause, limité aux déchets tritiés pour lesquels cette option est adaptée ».

Enfin, l’ASN tacle le CEA au sujet d’un scénario qui prévoit l’incinération de ces déchets à l’issue de l’entreposage. « Dans son principe, l’incinération de l’ensemble des déchets tritiés, qui conduirait à rejeter dans l’environnement le tritium qu’ils contiennent sous ses différentes formes, n’est pas acceptable du point de vue environnemental », rappelle-t-elle.

Par Philippe Collet, journaliste, publié le 7 juin 2021

https://www.actu-environnement.com/ae/news/avis-asn-gestion-dechets-tritie-iter-37664.php4

RTE PUBLIE SIX SCÉNARIOS POUR L’AVENIR DU SYSTÈME ÉLECTRIQUE FRANÇAIS À L’HORIZON 2050

RTE, le gestionnaire du réseau à haute tension français, publie mardi six scénarios pour l’avenir du système électrique national à l’horizon 2050, qui impliquent tous une forte hausse des énergies renouvelables, à commencer par le solaire.

RTE s’est lancé en 2019 dans cette vaste étude avec pour horizon 2050, date à laquelle la France vise la neutralité carbone. Après avoir reçu de nombreuses contributions (d’entreprises, ONG, syndicats, etc.) dans le cadre d’une consultation publique, la société a dévoilé mardi le « cadrage » retenu. Il en ressort six scénarios pour le mix de production, qui doivent maintenant faire l’objet d’évaluations avant publication des principaux résultats de l’étude à l’automne.

Un premier scénario (M0) prévoit un système s’appuyant à 100% sur les renouvelables en 2050, avec une sortie complète du nucléaire d’ici là. Cela suppose un rythme d’installation des énergies renouvelables poussé à son maximum, notamment pour le solaire. La faisabilité technique de ce scénario avait déjà fait l’objet d’un rapport conjoint avec l’Agence internationale de l’énergie (AIE) publié fin janvier. Les deux entités concluaient à sa faisabilité, à condition de remplir une série de conditions techniques strictes et cumulatives.

À l’autre bout du spectre, un autre scénario (N03) retenu par RTE imagine que le nucléaire représentera encore 50% du système électrique en 2050, à parité avec les renouvelables. Il s’appuie sur ce que la filière, à commencer par EDF, s’estime capable de faire : la construction d’environ 14 réacteurs EPR ainsi que quelques petits réacteurs modulaires (SMR). Il suppose aussi de prolonger une partie du parc nucléaire actuel. Mais même ce scénario suppose un développement très volontariste du solaire et de l’éolien.

« Tous les scénarios supposent un effort substantiel du pays sur toutes les technologies d’ENR (énergies renouvelables, NDLR), sans exception« , souligne-t-on chez RTE. Entre ces deux scénarios, quatre autres scénarios intermédiaires panachent plus ou moins nucléaire et renouvelables. Tous feront l’objet, d’ici à l’automne, d’évaluations sur trois autres critères : économique, environnemental et sociétal.

Côté consommation, RTE a retenu une hypothèse d’environ 645 térawattheures par an dans le « cadre de référence » à l’horizon 2050, en nette hausse par rapport à aujourd’hui (460 TWh en 2020). L’avenir suppose en effet un recours plus important à l’électricité au détriment des énergies fossiles, par exemple pour la mobilité, ainsi que pour la production d’hydrogène. RTE a cependant retenu plusieurs variantes (sobriété, réindustrialisation forte, plus d’hydrogène…) en fonction desquelles la consommation pourrait aller de 550 à 770 TWh.

Accéder à la synthèse « Futurs énergétiques 2050 » de RTE

Par AFP, publié le 8 juin 2021 à 12h02

https://www.connaissancedesenergies.org/afp/rte-publie-six-scenarios-pour-lavenir-du-systeme-electrique-francais-lhorizon-2050-210608

NDLR : officiellement, ce ne sont que des scénarios mais en fait la décision est plus que probablement déjà prise. Les gouvernements à venir n’iront certainement pas contrarier le duo EDF/RTE. Et pour se justifier, on prend un maximum de retard dans le développement des énergies renouvelables ainsi que dans les économies d’énergie électrique. Pauvre France !

« À BOUT DE SOUFFLE », LA CENTRALE NUCLÉAIRE DE TRICASTIN VA FÊTER SES 40 ANS

La centrale de Tricastin, dans la Drôme, fêtera ses quarante ans le 26 juin. Elle pourrait obtenir un délai de dix ans avant sa fermeture. Abîmée, située sur une zone sismique, elle cristallise les inquiétudes.

Le 26 juin, la centrale nucléaire de Tricastin, située entre la Drôme et le Vaucluse, fêtera ses quarante ans. La date est cruciale car la centrale a justement été conçue pour fonctionner… quarante ans. L’heure de sa fermeture a-t-elle donc sonné ? Rien n’est moins sûr : dès 2009, EDF annonçait vouloir prolonger la durée de fonctionnement de ses centrales jusqu’à cinquante ou soixante ans. Plus récemment, en février dernier, l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) a rendu une décision générique sur les trente-deux réacteurs de 900 mégawatts (MW) (les plus anciens du parc nucléaire) ouvrant la voie à leur prolongation pour dix ans. Le gendarme du nucléaire doit désormais se prononcer réacteur par réacteur, après un examen approfondi des installations.

Ce « réexamen périodique » permet de contrôler l’état de chaque réacteur au regard des normes actuelles, et de réévaluer leur sûreté pour s’approcher de celle des réacteurs les plus récents, de type EPR. Le réacteur 1 de Tricastin a été le premier à passer ce test en 2019. Conclusion ? De lourds travaux de maintenance sont nécessaires pour qu’il puisse continuer à fonctionner. Il faudra attendre 2022 pour que l’Autorité se prononce officiellement sur sa prolongation. Si elle est approuvée, EDF aura encore six ans pour renforcer sa sûreté. « Les travaux ont déjà commencé, et quand ils seront terminés, on arrivera quasiment aux cinquante ans », note Roland Desbordes, porte-parole de la Commission de recherche et d’information indépendantes sur la radioactivité (Criirad) et membre de la commission locale d’information du Tricastin (Cligeet). Preuve, selon lui, qu’il n’y a « pas de réelle remise en cause de cette prolongation, de ses risques, de ses coûts et de sa faisabilité ».

La banderole déployée devant le siège social d’EDF, le 28 mai 2020. © Réseau Sortir du nucléaire

En attendant le verdict de l’ASN, les militants antinucléaires n’ont en tout cas pas oublié l’anniversaire de Tricastin. Une manifestation est prévue le 26 juin à Montélimar (Drôme), rassemblant des associations (Sortir du nucléaire, Greenpeace, France Nature Environnement, Alternatiba…), des syndicats (Confédération paysanne, Confédération nationale du travail) et des partis politiques (Europe Écologie-Les Verts, la France insoumise). Le mot d’ordre : « Quarante ans, ça suffit ! » « La centrale de Tricastin est la pire de France, en particulier son réacteur 1. Or, il y a un enjeu particulier autour de sa prolongation car c’est le premier à recevoir l’autorisation de fonctionner après quarante ans », affirme Alain Volle, porte-parole du collectif Stop Tricastin. La pire de France ? La centrale, régulièrement ciblée par les mobilisations antinucléaires, cristallise effectivement les inquiétudes.

Une cuve vieillissante et fissurée

À mesure qu’une centrale vieillit et se dégrade, la plupart de ses pièces peuvent être remplacées. Ce n’est pas le cas de la cuve, la pièce maîtresse qui renferme le cœur du réacteur nucléaire. Or, la cuve du réacteur 1, en particulier, est très surveillée : c’est l’une des plus fissurées de France. Dans un rapport publié par Greenpeace en janvier, le physicien Bernard Laponche, ancien du Commissariat à l’énergie atomique (CEA) et cofondateur de l’association Global chance, se penche sur son cas : « Parmi toutes les cuves neuves des réacteurs de 900 MW (…), la cuve du réacteur 1 du Tricastin est la plus affectée, avec une trentaine de défauts sous revêtement ». Pour l’ASN, ces défauts ne remettent pas en cause la sûreté de la centrale : « On a la certitude que ce sont des défauts de fabrication. Ils sont suivis depuis 1999 et n’ont pas évolué depuis », assure à Reporterre Richard Escoffier, directeur adjoint de l’Autorité à Lyon. Les associations, elles, ne sont guère rassurées. Dans son rapport annuel sur l’état de la sûreté nucléaire, publié jeudi 27 mai, l’ASN évoque d’ailleurs ces défauts sous revêtement : elle note que la sensibilité du métal de la cuve est « accrue en présence de défauts technologiques ».

La robustesse de l’acier de la cuve du réacteur 1, au bout de quarante ans de service, est au cœur des préoccupations. © Site d’EDF

Or la robustesse de l’acier de la cuve, au bout de quarante ans de service, est justement au cœur des préoccupations. Sans cesse bombardé de neutrons, le métal se modifie, supportant de moins en moins les fortes variations de température. La température à partir de laquelle il devient fragile grimpe au fil des ans : négative à son origine, elle est désormais de 40 à 60 °C selon la partie de la cuve, nous a précisé l’ASN. Rien d’inquiétant en temps normal, puisque celle-ci fonctionne à 300 °C. Mais en cas d’accident, s’il faut la refroidir, il est inenvisageable d’injecter de l’eau à moins de 60 °C… au risque d’une rupture catastrophique. Les circuits de refroidissement de secours doivent donc être chauffés, ce qui entraîne des contraintes de fonctionnement supplémentaires. EDF se veut néanmoins rassurant : « La cuve du réacteur 1 fait l’objet d’une surveillance constante. Le dernier contrôle approfondi, réalisé en 2019, a confirmé l’absence d’évolution de l’acier. » Pour Richard Escoffier, de l’Autorité de sûreté, « il y a un consensus sur cette cuve, les experts de l’ASN ont rendu un avis favorable sur la poursuite de son fonctionnement ».

Ce « consensus » n’est pas partagé par certains physiciens du nucléaire. Il a fait l’objet de plusieurs échanges entre EDF, l’ASN et ses groupes d’experts. En octobre dernier, un article de Libération dévoilait des documents internes d’EDF montrant que l’exploitant avait modifié en cours de route ses méthodes de calcul sur la résistance de l’acier. « Dans certains cas accidentels, les calculs de ténacité aboutissaient à un résultat égal ou inférieur à la marge de sécurité », note le journaliste. EDF a alors « optimisé » ces calculs et abouti à des résultats conformes à la marge de sécurité, permettant in fine de valider la robustesse de l’acier. Le contrôle technique aurait-il été simplifié pour absoudre le vieux réacteur ? « Une optimisation de calcul n’est pas une simplification mais une représentation beaucoup plus complexe dans laquelle on peut intégrer de nombreuses hypothèses, permettant d’avoir une vision plus réaliste du comportement des matériaux », a rétorqué EDF, dans un courriel à Reporterre. Pour Richard Escoffier, « ces calculs sont examinés par l’IRSN [Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire] et les experts métallurgistes de l’ASN, il n’y a eu aucun arrangement pour favoriser cette cuve ».

La carte des centrales nucléaires françaises. © Dossier de presse d’EDF

Dans tous les cas, lors de la remise du rapport de l’ASN le 27 mai, son président Bernard Doroszczuk a souligné devant l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (Opecst) la nécessité de voir plus loin : EDF n’a justifié la prolongation des cuves que pour dix ans de plus, or « plusieurs réacteurs ne disposent que de très peu de marge pour un fonctionnement au-delà de cinquante ans », note-t-il. Il appelle à anticiper très en amont une éventuelle fermeture d’un réacteur à cause de l’état de sa cuve à cet horizon. Celui de Tricastin 1 est-il visé ?

Deux fuites de tritium, un matériau radioactif, en 2013 et 2019

Dans ce même rapport, l’ASN note que les performances de Tricastin en matière de sûreté demeurent « contrastées », évoquant notamment des « difficultés » lors de la réalisation des examens périodiques. En mars dernier, l’IRSN a relevé l’importance d’un incident survenu sur le réacteur 1 en septembre 2019, au moment de ce réexamen, sur une pompe du circuit de refroidissement. Selon l’Institut, cette défaillance, potentiellement grave, était liée au vieillissement prématuré de câbles électriques. De son côté, le physicien Bernard Laponche a listé 147 incidents dans cette centrale entre 2010 et 2020, dont 43 sur le réacteur 1. D’après lui, les défaillances techniques sont « le plus souvent [liées à] des phénomènes de vieillissement qui se manifestent soit parce que le remplacement des pièces n’a pas été effectué à temps, soit que la maintenance ait été défaillante ».

De la même manière, le vieillissement de la centrale peut-il aggraver les contaminations environnementales ? C’est en tout cas l’avis de la Criirad, qui a relevé deux fuites de tritium, un matériau radioactif, en 2013 et 2019. Dans ce dernier cas, l’événement est dû, selon EDF, à « la défaillance d’une tuyauterie d’un réservoir d’effluents radioactifs, immédiatement réparée ». Il serait sans conséquence selon l’exploitant, qui assure que le tritium ne s’est pas échappé dans la nappe phréatique à l’extérieur de la centrale. La Criirad s’alarme, de son côté, d’un niveau de contamination « plus de 2 000 fois supérieur au niveau de tritium “normal” que l’on mesure en France dans les nappes non contaminées ». « Ces fuites ne sont pas spécifiques à Tricastin mais le vieillissement des installations entraîne une corrosion des tuyaux qui augmente les risques », estime Roland Desbordes, porte-parole de l’association.

La centrale de Tricastin est construite en zone sismique

Outre son vieillissement, la centrale de Tricastin présente une faiblesse géologique : elle est construite en zone sismique. Et qui plus est, en contrebas d’un canal, dont elle est séparée par une digue. En 2017, l’ASN s’est rendu compte que cette digue pouvait rompre en cas de « séisme maximum historiquement vraisemblable » — soit le séisme le plus fort connu depuis environ mille ans, qui surviendrait directement sous la centrale. En cas de rupture, l’eau du canal viendrait inonder les réacteurs, et causer potentiellement un accident de fusion du cœur, selon le scénario qui s’est déroulé à Fukushima.

L’ASN avait alors imposé l’arrêt immédiat de Tricastin, le temps de réaliser des travaux pour renforcer la digue. Jusqu’à 2017 donc, et depuis 1980, la centrale fonctionnait sous une « menace permanente », selon le rapport de Bernard Laponche. En 2019, l’ASN a de nouveau exigé des travaux sur la digue pour la mettre aux normes post-Fukushima, qui prennent en compte un niveau de séisme plus élevé encore. Les travaux, toujours en cours, doivent être achevés d’ici décembre 2022.

Le séisme du Teil, en Ardèche, a obligé près de 2.000 personnes à être relogées. © Cédric Crocilla

Les analyses concernant le séisme du Teil (Ardèche) pourraient changer la donne. Survenu en novembre 2019 à 25 kilomètres de Tricastin, ce tremblement de terre d’une magnitude de 5,4 sur l’échelle de Richter présente, selon l’IRSN, « des caractéristiques proches du séisme maximum historiquement vraisemblable ». La caractérisation de ce séisme est toujours en cours. En fonction des conclusions de cette étude, il se peut que les normes sismiques de Tricastin soient relevées. « Il faudrait alors vérifier immédiatement si le matériel de la centrale résiste, et éventuellement le renforcer », explique Richard Escoffier. En attendant, Tricastin continue de fonctionner. « Tout en sachant, Fukushima nous l’a montré, qu’un séisme nettement supérieur au séisme historique est toujours possible lorsque le site de la centrale se trouve en zone sismique », relève Bernard Laponche.

Un manque de moyens humains et financiers

Face à l’ampleur des travaux prévus pour prolonger le parc nucléaire, le collectif Stop Tricastin s’inquiète aussi des moyens humains et financiers d’EDF. « On a des réacteurs à bout de souffle et, au moment où ils doivent être contrôlés, la sous-traitance en cascade fait qu’EDF n’a plus les moyens d’assurer cette maintenance correctement ! » dénonce Alain Volle, du collectif.

Il faut dire que le calendrier du « grand carénage », les travaux liés à la prolongation des centrales au-delà des quarante ans, est particulièrement ambitieux. Son budget également : 49,4 milliards d’euros, selon EDF. D’ici à 2031, jusqu’à sept réacteurs seront soumis, chaque année, à leur réexamen périodique. Chacun de ces réexamens exige des moyens considérables : « En moyenne, pour une quatrième visite décennale [principale étape du réexamen], il faut compter cinq mois d’activité, près de 5 000 intervenants et 120 entreprises industrielles », indique EDF à Reporterre.

Intrusion de militants de Greenpeace afin d’« alerter l’opinion publique sur les nombreux problèmes techniques du Tricastin », le 21 février 2020. © Capture d’écran de la vidéo de l’action par Greenpeace

Lors de son audition du 27 mai, le président de l’ASN, M. Doroszczuk, a évoqué un « point de vigilance » sur la capacité industrielle d’EDF et des intervenants de la filière à faire face à la multiplication de ces travaux, alors même que certains secteurs comme la mécanique ou l’ingénierie sont en tension. « Ce point s’est traduit par une demande spécifique de rendre compte annuellement de la capacité des industriels à assurer les travaux demandés dans le calendrier défini », a-t-il annoncé.

La question est d’autant plus brûlante que les conditions de travail dans les centrales d’EDF sont régulièrement mises en cause. Malgré des améliorations sur le sujet, l’ASN note, dans son rapport annuel qu’elle « a régulièrement relevé par le passé la difficulté d’EDF à assurer une surveillance adaptée et proportionnée des activités sous‑traitées ». À Tricastin, les conditions de travail des sous-traitants sont suivies de près par l’association Ma Zone contrôlée. Son fondateur, Gilles Reynaud, syndicaliste et employé d’une filière d’Orano (ex-Areva) sur ce site, détaille à Reporterre : « On estime que la sûreté repose sur ces sous-traitants, qui prennent en charge 80 % des activités de la filière nucléaire. Or ils sont de plus en plus précarisés, sous pression, avec des expositions à la radioactivité importantes. EDF se lance dans des travaux colossaux alors qu’on n’a déjà pas les moyens de faire nos métiers correctement. »

Par Angela Bolis (Reporterre), publié le 9 juin 2021 à 09h44, mis à jour le 9 juin 2021 à 10h22

https://reporterre.net/A-bout-de-souffle-la-centrale-nucleaire-de-Tricastin-va-feter-ses-40-ans?utm_source=newsletter&utm_medium=email&utm_campaign=nl_quotidienne

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CENTRALE NUCLÉAIRE DU TRICASTIN : DÉPASSEMENT DU DÉLAI DE MISE À L’ARRÊT DU RÉACTEUR FIXÉ PAR LES RÈGLES GÉNÉRALES D’EXPLOITATION

Le 13 avril 2021, EDF a déclaré à l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) un événement significatif pour la sûreté relatif au dépassement du délai fixé par les règles générales d’exploitation (RGE) pour procéder à la mise à l’arrêt du réacteur 4 de la centrale nucléaire du Tricastin.

Le 7 avril 2021, le dysfonctionnement d’un tableau électrique a conduit EDF à amorcer la mise à l’arrêt du réacteur 4, en application des consignes de conduite en cas d’incident, figurant au chapitre VI des règles générales d’exploitation (RGE). L’application de ces consignes a conduit à diminuer la pression et la température du réacteur 4 et à utiliser de l’eau borée du réservoir du système de traitement et refroidissement d’eau des piscines (PTR).

Le 8 avril 2021, après avoir restauré l’alimentation normale du tableau électrique défaillant, l’exploitant a interrompu le repli du réacteur tel que permis par les consignes du chapitre VI des RGE. Le fonctionnement normal du réacteur est alors encadré par les spécifications techniques d’exploitation (STE), qui constituent le chapitre III des RGE. Ces dernières prévoient, lorsque le niveau d’eau borée disponible dans le réservoir du système PTR n’est pas à l’attendu, que le réacteur soit ramené en état d’arrêt à froid, connecté au système de refroidissement du réacteur à l’arrêt (RRA). EDF a donc repris les opérations de diminution de la pression et de la température du réacteur 4.

Le 9 avril 2021, l’état de repli imposé par les STE a été atteint, 21 heures après avoir repris les opérations de diminution de la pression et de la température, alors que les STE prescrivent une durée maximale de 14 heures pour effectuer ces opérations.

L’ASN a mené une inspection réactive sur cet événement le 21 avril 2021, qui a montré que le non-respect de la durée des opérations de repli s’explique principalement par la réalisation, au cours du repli, d’un essai périodique nécessitant la stabilisation de la pression et de la température ainsi que  par le manque d’anticipation de certaines actions préalables à la mise en service du système de refroidissement du réacteur à l’arrêt (RRA).

Cet événement n’a pas eu de conséquence sur le personnel ou l’environnement.

En raison du dépassement du délai de repli prescrit par les spécifications techniques d’exploitation du réacteur, l’ASN a classé cet événement au niveau 1 de l’échelle INES.

Publié le 8 juin 2021    

https://www.asn.fr/Controler/Actualites-du-controle/Avis-d-incident-des-installations-nucleaires/Depassement-du-delai-de-mise-a-l-arret-du-reacteur-fixe-par-les-RGE

QUELLE PANDÉMIE ? LES ÉTATS-UNIS ONT DÉPENSÉ PLUS POUR LE DÉVELOPPEMENT D’ARMES NUCLÉAIRES EN 2020 QUE LE RESTE DU MONDE COMBINÉ, SELON UN RAPPORT – RT USA NEWS

Les États-Unis représentaient plus de la moitié des dépenses totales en armes nucléaires en 2020. Les 37,4 milliards de dollars qui ont été consacrés à son arsenal nucléaire ont dépassé les dépenses combinées des huit autres puissances nucléaires, selon un nouveau rapport.

La majorité de cette somme colossale, environ 5% des dépenses militaires totales du pays l’année dernière, a été versée sous forme de contrats de défense à des sociétés privées. Près d’un tiers, environ 13,7 milliards de dollars, a été attribué à l’entrepreneur Northrop Grumman, qui construit un nouveau système d’armes nucléaires intercontinental.

Selon le rapport intitulé « Complicit : 2020 Global Nuclear Spending » et publié lundi par le groupe de défense International Campaign to Abolish Nuclear Weapons (ICAN), les pays dotés de l’arme nucléaire ont collectivement dépensé 72,6 milliards de dollars pour ces armes l’année dernière, soit une augmentation de 1,4 milliard de dollars sur l’année précédente.

Les États-Unis ont dépensé plus de trois fois le montant annoncé par leur plus proche concurrent, la Chine (10,1 milliards de dollars). La Russie figurait à la troisième place avec 8 milliards de dollars, tandis que le Royaume-Uni a dépensé environ 6,2 milliards de dollars, selon le rapport.

Le rapport de l’ICAB a calculé que les États dotés d’armes nucléaires, qui comprennent également la France, l’Inde, Israël, le Pakistan et la Corée du Nord, ont dépensé ensemble plus de 137 000 $ par minute en armes atomiques alors que la pandémie faisait rage en 2020.

« Il y a toujours plus (de dépenses nucléaires) là-bas… encore plus qui se cachent dans l’ombre », Susi Snyder, directeur général du projet « Don’t Bank on the Bomb » et co-auteur du rapport, a déclaré à The Intercept. Snyder a déclaré au point de vente que « les gouvernements, en particulier les États-Unis, le Royaume-Uni et (et) la France exigent toujours de la « transparence » … mais ils ne se conforment pas aux normes qu’ils exigent des autres. »

Plus de 20 développeurs d’armes nucléaires se sont avérés avoir profité de contrats existants ou nouveaux – avec 11 entreprises occidentales qui ont rapporté à elles seules 27,7 milliards de dollars en contrats d’armes nucléaires nouveaux ou modifiés, note le rapport.

Derrière Northrop Grumman dans ce classement se trouvaient les sociétés américaines General Dynamics (10,8 milliards de dollars), Lockheed Martin (2,1 milliards de dollars), Raytheon Technologies (450 millions de dollars) et Charles Stark Draper Laboratory (342,3 millions de dollars).

Le rapport met également à nu les réalités de ce cycle de dépenses qui voit les gouvernements canaliser de plus en plus l’argent public dans les contrats nucléaires. Les fabricants d’armes dépensent à leur tour des sommes de plus en plus importantes pour faire pression sur les décideurs politiques – à hauteur de près de 100 millions de dollars l’année dernière – pour aider à pousser les responsables du budget à augmenter les dépenses.

Pour chaque dollar dépensé l’année dernière pour faire pression sur les gouvernements pour augmenter les dépenses de défense, 236 dollars sont revenus aux entreprises dans le cadre de contrats d’armement nucléaire, indique le rapport.

Aussi sur rt.com : Caitlin Johnstone : Les grands médias américains ne perdent pas de temps à utiliser un rapport sur les ovnis pour promouvoir la course aux armements.

Les entreprises ont même fait pression pour autoriser le financement de la défense dans les projets de loi de secours de Covid-19. Par exemple, le rapport note qu’une grande partie des activités de lobbying en matière de défense de Boeing ont été regroupées avec le lobbying autour du plan de relance économique américain CARES (Coronavirus Aid, Relief, and Economic Security Act) de 2 200 milliards de dollars.

En outre, entre 5 et 10 millions de dollars ont été collectivement distribués l’année dernière à un certain nombre de groupes de réflexion de premier plan, dont certains ont publié des rapports recommandant de renforcer les capacités nucléaires.

Le rapport a souligné, par exemple, que l’Atlantic Council, qui a reçu plus de 1,7 million de dollars en 2019, « publié une note d’information qui recommandait aux États-Unis de développer de nouvelles capacités nucléaires à « faible rendement » pour dissuader la Russie. »

Selon le rapport de l’ICAN, Northrop a dépensé 13,3 millions de dollars pour faire pression sur les décideurs américains et au moins 2,0 millions de dollars supplémentaires pour financer neuf grands groupes de réflexion, dont l’Atlantic Council, la Brookings Institution, le Center for a New American Security et le Center for Strategic and International. Études.

Le contrat pour le système de missiles balistiques « Ground Based Strategic Deterrent » (GBSD), attribué à Northrop Grumman l’année dernière, devrait représenter une valeur estimée à 85 milliards de dollars sur la durée de vie du programme. Lors d’une téléconférence avec des journalistes en mars 2020, Will Roper, le secrétaire adjoint aux acquisitions de l’Air Force, a déclaré qu’en dépit de la pandémie, il y avait « pas de gros retards » aux programmes de développement d’armes de l’armée de l’air.

Plutôt que d’adopter une « une approche à tous les niveaux pour aider des millions de patients de Covid-19 à survivre ou en faisant don de bénéfices à des organisations caritatives médicales », le rapport note que ces entreprises ont dépensé « de l’argent pour persuader les décideurs politiques de soutenir l’industrie des armes nucléaires et de se remplir les poches pour les années à venir ».

Aussi sur rt.com : Blinken affirme que le « temps d’éclatement » de la bombe nucléaire iranienne pourrait bientôt être « une question de semaines », les pourparlers étant pris en otage par les sanctions américaines

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Par Gaspar Bazinet, publié le 8 juin 2021 à 04h17

https://news-24.fr/quelle-pandemie-les-etats-unis-ont-depense-plus-pour-le-developpement-darmes-nucleaires-en-2020-que-le-reste-du-monde-combine-selon-un-rapport-rt-usa-news/

CONFRONTÉ À DE POTENTIELS RISQUES, EDF VA FERMER UNE CENTRALE NUCLÉAIRE EN ANGLETERRE

EDF Energy, la filiale britannique d’EDF, a annoncé la fermeture d’une centrale nucléaire du groupe énergétique français en Angleterre. Entrée en service en 1983, la centrale a fonctionné une décennie de plus que sa durée de vie initiale.

EDF préfère jouer la carte de la prudence. Le groupe énergétique français va fermer sa centrale nucléaire de Dungeness B, dans le sud de l’Angleterre, à l’arrêt depuis 2018 en raison de problèmes techniques, a annoncé lundi sa filiale britannique EDF Energy. EDF Energy a précisé dans un communiqué avoir décidé de passer à « la phase de retrait du combustible avec effet immédiat« , une opération qui prendra « plusieurs années« , première étape du démantèlement des deux réacteurs situés dans le Kent.

Depuis 2018, la centrale est confrontée à des « difficultés techniques importantes et persistantes » et, bien que nombre d’entre elles aient pu être surmontées, « une nouvelle analyse détaillée a dévoilé de nouveaux risques spécifiques à la centrale au sein de certains composants clés« , en lien notamment avec l’assemblage du combustible, a expliqué l’entreprise.

« En conséquence, EDF a décidé de ne pas redémarrer la centrale mais de la faire passer à l’étape de retrait du combustible« , a-t-elle ajouté. Acquise par EDF en 2009, Dungeness B était entrée en service en 1983 et a fonctionné dix ans de plus que sa durée de vie initiale, a souligné EDF Energy.

Publié le 08/06/2021 à 11h07

https://www.capital.fr/entreprises-marches/confronte-a-de-potentiels-risques-edf-va-fermer-une-centrale-nucleaire-en-angleterre-1405683

Sur le même sujet, nous vous conseillons également de lire l’excellent article de la coordination-antinucleaire du sud-est: http://coordination-antinucleaire-sudest.net/2012/index.php?post/2021/06/08/EDF-contraint-de-fermer-sa-centrale-nucleaire-de-Dungeness-B-dans-le-sud-de-l-Angleterre

 

NUCLÉAIRE IRANIEN : CONSTATATION PESSIMISTE DU DIRECTEUR DE L’AIEA

L’argentin Rafael Grossi, directeur de l’Agence internationale de l’énergie atomique, a exprimé son pessimisme face à l’attitude iranienne : « Il est de plus en plus difficile pour nous de négocier avec l’Iran sur la question du prolongement de l’accord d’inspection de ses sites nucléaires, et il sera difficile de prolonger l’accord actuellement en vigueur ».

Cet accord qui avait échu le 24 mai avait été prolongé d’un mois supplémentaire de haute lutte. Il prendra fin le 24 juin. L’inspection des sites nucléaires iraniens est un élément-clé dans la surveillance des activités nucléaires iraniennes et le fait que les Iraniens mettent des obstacles à ces inspections n’a pas besoin d’explications.

Depuis son entrée en fonction, Rafael Grossi se montre très sérieux et motivé dans son travail mais il a aujourd’hui face à lui une administration américaine et des pays signataires européens qui ne rêvent que de revenir à l’accord de 2015 et de reprendre les affaires avec l’Iran.

Par Shraga Blum, publié le 7 juin 2021

https://lphinfo.com/nucleaire-iranien-constatation-pessimiste-du-directeur-de-laiea/

GESTION DES DÉCHETS NUCLÉAIRES : L’ASN APPELLE À PRENDRE DES DÉCISIONS RAPIDEMENT

L’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) a appelé lundi les autorités à prendre rapidement des décisions en matière de gestion des déchets nucléaires.

« Des décisions seront nécessaires, à court terme, afin que des filières de gestion sûres soient disponibles pour tous les types de déchets radioactifs dans les 15 à 20 ans à venir« , a-t-elle souligné. Elle insiste dans une note sur « l’importance d’anticiper les choix de gestion des matières et des déchets radioactifs« .

Cette mise en garde survient alors que la France prépare son cinquième plan national de gestion des matières et des déchets radioactifs (PNGMDR). L’ASN a publié plusieurs avis, le dernier en mai, en vue de la préparation de ce plan et elle multiplie les alertes sur ce thème depuis le début de l’année.

Lors d’un rapport remis récemment à des parlementaires, elle estimait ainsi « qu’à défaut de décision prise dans les cinq prochaines années, aucune filière de gestion ne serait opérationnelle dans les 20 ans qui viennent« . « Les besoins capacitaires de stockage des déchets ne seront (alors) donc pas assurés« , selon l’ASN.

Concernant les déchets les plus dangereux et radioactifs, dits à haute activité à vie longue, elle souligne lundi que « l’entreposage de longue durée ne peut pas constituer une solution définitive« . Pour ces déchets, la France prévoit un stockage à 500 mètres sous terre à partir de 2035 à Bure (Meuse) : c’est le projet Cigéo, qui doit encore obtenir une série d’autorisations avant d’être formellement lancé.

En attendant, les déchets sont entreposés temporairement. Mais ce projet Cigéo, estimé à 25 milliards d’euros, suscite des oppositions. Il a récemment été au cœur d’un procès en correctionnelle à Bar-le-Duc, au cours duquel le parquet a requis un an de prison ferme contre un opposant.

L’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra) comptabilisait 1,67 million de mètres cubes de déchets radioactifs en France à fin 2019, dont environ 4 000 m3 à haute activité.

Par AFP, publié le 7 juin 2021 à 18h18

https://www.connaissancedesenergies.org/afp/gestion-des-dechets-nucleaires-lasn-appelle-prendre-des-decisions-rapidement-210607

QU’EST-CE QUI COÛTE 113 043 EUROS PAR MINUTE?

Selon les auteurs du rapport « Complicit : 2020 Global Nuclear Weapons Spending« , publié par l’ICAN, ce sont plus de 60 milliards d’euros (72,6 milliards $) qui ont été dépensés pour les arsenaux nucléaires en 2020, ce qui équivaut à plus de 113 043 € par minute (soit 137 000$). 

En 2020, la France pour sa part a dépensé plus de 8 969 € par minute pour son arsenal nucléaire, soit 500 € de plus que sur l’année 2019. Le budget officiel est annoncé à 4,7 milliards d’euros pour l’année 2020.

Selon l’ICAN, « ce montant ne contient pas les salaires des personnels militaires affectés aux armes nucléaires. Certains coûts additionnels ne sont pas, non plus, pris en compte, tels ceux associés au Rafale ou à la gestion des déchets nucléaires militaires. Et la facture va continuer de s’alourdir, entre 2021 et 2025, puisque la France consacrera, selon la Loi de programmation militaire (LPM), la somme de 27,85 milliards d’euros à la dissuasion nucléaire et au renouvellement complet des deux composantes« .

Par Philippe Chapleau (Ligne de défense), publié le 7 juin 2021

http://lignesdedefense.blogs.ouest-france.fr/archive/2021/06/07/qu-est-ce-qui-coute-137%C2%A0000-dollars-par-minute-22203.html

CENTRALE NUCLÉAIRE DU BUGEY (F): BERNE PREND-IL LE DOSSIER À LA LÉGÈRE?

Questionné par Lisa Mazzone qui s’inquiétait du prolongement de 10 ans de la durée de vie de la centrale nucléaire près de Genève, le Conseil fédéral a répondu. La sénatrice est fâchée.

La centrale nucléaire du Bugey, à 70 km de Genève à vol d’oiseau, fait parler d’elle jusque dans la Berne fédérale. En effet, le Conseil fédéral avait été interpellé en mars dernier par la sénatrice Lisa Mazzone (Verts/GE). Elle s’inquiétait de la décision en février dernier de la France de prolonger de 10 ans la durée de vie de ses réacteurs les plus anciens. Dont ceux de la centrale du Bugey qui est, depuis l’arrêt de Fessenheim, la plus vieille de l’Hexagone. Berne vient de répondre.

Pour rappel, Genève, qui réclame depuis des années la fermeture de cette centrale en raison de ses défaillances régulières, avait immédiatement déposé un recours contre cette prolongation. Le Canton n’a pas du tout été mis au courant de cette décision de Paris, avait indiqué alors le conseiller d’État genevois Antonio Hodgers. «Nous avons été ignorés par l’État français, alors que nous avons pourtant deux procédures judiciaires en cours en lien avec cette centrale», avait-il critiqué.

Lisa Mazzone a donc pris le relais pour amener le sujet aux Chambres et avait interpellé le Conseil fédéral. Elle souhaitait savoir si Berne avait eu l’occasion de prendre position lors de la consultation technique menée par l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) française et si oui, quelle était sa position. Et surtout, ce que comptait faire le Conseil fédéral pour assurer la sécurité de la population. Car elle le rappelle: le bassin genevois est bien plus concerné par un accident au Bugey qu’à la centrale de Gösgen par exemple.

Berne pas consultée

Dans sa réponse, Berne indique d’abord que l’Inspection fédérale de la sécurité nucléaire et l’Office fédéral de l’énergie «ont été informés de la consultation par l’ASN mais n’ont pas été invités à y participer». Quant à la sécurité, le Conseil fédéral indique que «la Suisse peut contacter directement ses interlocuteurs français concernés» en cas d’accident nucléaire sur le site du Bugey. Et rappelle simplement que le scénario d’accident nucléaire helvétique, avec les mesures qui en découlent, couvre également les accidents survenant à l’étranger.

Le Conseil fédéral rappelle aussi qu’en Suisse, les comprimés d’iode sont distribués à titre préventif à tous les ménages vivant dans un rayon de 50 km autour d’une centrale et de manière centralisée au niveau cantonal dans les régions situées au-delà de ce rayon. Le Grand Genève se trouve dans ce 2ème cas de figure, précise-t-il. Les cantons concernés disposent donc chacun sur leur territoire d’un stock de comprimés d’iode suffisant pour les distribuer à l’ensemble de leurs résidents en cas d’incident majeur, souligne-t-il dans sa réponse.

Lisa Mazzone fâchée après le Conseil fédéral

Berne ne répond en revanche pas à la question de Lisa Mazzone sur sa position dans le dossier. Ce qui fâche la Genevoise qui estime que la réponse du Conseil fédéral est insuffisante. «On a l’impression qu’il prend ce dossier très à la légère», estime-t-elle. «Or la population de canton est bien plus concernée par le site du Bugey que par toute autre centrale suisse», souligne-t-elle. «Et il en va de la sécurité des Genevois et de toute la Suisse romande», rappelle-t-elle. «Car en cas d’accident, le nuage radioactif ne va pas s’arrêter à 50 km autour de la centrale».

La sénatrice estime aussi que Berne n’a apporté dans ce dossier que très peu de soutien au canton de Genève et à la ville. «Or le Conseil fédéral sait bien qu’un appui de la Confédération est nécessaire sur un tel sujet», déplore-t-elle. «On a l’impression que les autorités genevoises sont livrées à elles-mêmes».

Du coup, Lisa Mazzone ne compte pas en rester là. Elle va à nouveau interpeller le Conseil fédéral sur les raisons pour lesquelles il n’a pas pris position sur ce dossier alors qu’elle le demandait explicitement. Et elle compte se coordonner avec le canton de Genève et d’autres politiciens pour que soit assurée autant que possible la sécurité de la population romande.

Genève n’est pas (assez) près du Bugey, estime Berne

À noter que la conseillère nationale Isabelle Pasquier-Eichenberger avait elle aussi interpellé le Conseil fédéral en mars dernier sur la centrale du Bugey. Dans deux motions, la Verte genevoise demandait que Berne fasse distribuer des comprimés d’iode à titre préventif à tous les Suisses. Elle voulait aussi que le Conseil fédéral revoie la définition des zones de protection d’urgence et l’étende à l’ensemble du pays. En cause là aussi, la centrale française, contre laquelle les Genevois sont insuffisamment protégés, estimait-elle.

Là aussi Berne avait répondu dans le même sens mi-mai. «Ce rayon de 50 kilomètres a été fixé afin de garantir, sur la base du nouveau scénario de référence établi à la suite de l’accident de Fukushima», avait-il écrit. Contrairement aux agglomérations de Bâle, de Lucerne et de Zurich, la grande région de l’arc lémanique ne se trouve pas à proximité (<50 km) d’une centrale nucléaire suisse ou située dans un pays frontalier. Par conséquent, les cantons concernés stockent dûment une quantité suffisante de comprimés d’iode afin de pouvoir approvisionner toute la population en cas d’accident, avait-il ajouté.

Par Christine Talos, publié le 7 juin à 14h29

Photo en titre : La centrale du Bugey (Ain), construite dans les années 70, est désormais la plus ancienne de France. Elle est accusée par Genève de faire courir un grave danger à la population, en raison de sa vétusté. AFP

https://www.lematin.ch/story/centrale-nucleaire-du-bugey-f-berne-prend-il-le-dossier-a-la-legere-803233604554

UN RÉACTEUR DE LA CENTRALE NUCLÉAIRE DE CHOOZ À L’ARRÊT À CAUSE D’UNE ANOMALIE INÉDITE EN FRANCE

De mystérieuses dégradations ont été constatées sur les gaines du combustible au sein du réacteur nº2. Depuis quatre mois, EDF et l’autorité de sûreté nucléaire le maintiennent à l’arrêt par précaution le temps des expertises. L’anomalie détectée est une première en France. Pas de danger, assurent-ils.

L’anomalie est rarissime. À l’étranger, le nombre de cas recensés se compte sur les doigts d’une main, en France c’est tout simplement inédit. Des dégradations ont été détectées sur la gaine de combustible au sein de la centrale nucléaire de Chooz dans les Ardennes. La découverte a eu lieu de manière inopinée le 12 février dernier. Alors que les équipes procédaient au déchargement du combustible dans le réacteur numéro 2, des matériaux en suspension sont apparus, « une sorte de nuage de poussières » compare Mathieu Riquart, chef de division au sein de l’autorité de sûreté nucléaire (ASN).

Le risque, c’est une fuite d’éléments radioactifs dans le réseau primaire

Après analyse, il s’avère que ce sont particules issues de la gaine de protection du combustible. Gaine corrodée et présentant des signes de desquamation sur « quelques crayons », «  comme si elle pelait ». Or il s’agit de la première barrière de protection des éléments radioactifs au sein de l’installation nucléaire. Le risque, c’est la fuite de produits radioactifs. « En termes de sûreté, il n’y a pas de risque », affirme M. Riquart, rejoint par la direction EDF du site et le représentant de la CGT du site.

« S’il y a fuite, il resterait la deuxième barrière, avance-t-il. Les éléments de fission se retrouveraient dans le circuit primaire, c’est-à-dire la tuyauterie d’eau et seraient récupérés en grande partie par les filtres. Aujourd’hui, on est sûr qu’il n’y a pas eu franchissement de la deuxième barrière. »

Autre élément rassurant, et il est imparable : le réacteur est à l’arrêt. Alors qu’il aurait dû être réactivé début mars après cette ultime opération de maintenance, « Chooz B2 » est maintenu à l’arrêt depuis quatre mois « et les assemblages de combustible sont stockés dans un bâtiment à part ». « Principe de précaution » le temps que l’expertise menée conjointement par EDF et l’ASN réponde à toutes les interrogations. Quelle est l’origine du phénomène ? Quelles ont été ses potentielles conséquences lors du précédent cycle d’exploitation ? Comment assurer le rechargement puis l’exploitation du réacteur en toute sécurité ? Une flopée de techniciens issus des services centraux d’EDF et l’ASN sont dépêchés depuis des semaines dans la Pointe des Ardennes pour investiguer sur cet événement scruté au niveau national. L’ASN dit n’avoir à ce stade aucune information sur le contenu des expertises. La direction EDF du site n’est pas plus diserte. « Les investigations sont longues, de très haut niveau », confie Laurent Marvaille, représentant CGT du personnel. Si la direction du site ardennais avance le 31 août prochain comme date de reconnexion au réseau du réacteur numéro 2, le chef de division de l’ASN s’empresse d’ajouter « sous réserves des expertises et recommandations formulées ».

Aucun impact négatif n’est prévu sur l’emploi assure Laurent Marvaille, déléguée syndical CGT. Les 766 salariés de la centrale et 271 prestataires permanents ont été déployés sur d’autres tâches.

Un coup au moral des 1 000 salariés, des pertes d’exploitation

«  Mais le moral en a pris un coup parce que ça dure. Et puis, après c’est pour l’entreprise qui n’a qu’un réacteur sur deux qui fonctionne. C’est 1 500 méga watts en moins par jour…  » En effet, les comptes d’exploitation 2021 feront état d’une perte sèche qui pour l’heure n’est pas chiffrée selon le syndicaliste. Doit-on par ailleurs redouter des difficultés d’approvisionnement d’électricité sur le réseau ? «  EDF dispose d’un parc de production diversifié et le réseau électrique national est interconnecté avec les pays frontaliers, garantissant l’approvisionnement électrique, y compris lorsqu’un arrêt de réacteur se prolonge », ajoute EDF.

Par Manessa Terrien, publié le 6 juin 2021 à 13h56

https://abonne.lardennais.fr/id263230/article/2021-06-06/un-reacteur-de-la-centrale-nucleaire-de-chooz-larret-cause-dune-anomalie-inedite#popin-newsletters-form

ORANO-LA HAGUE ET LA SÉCURITE INCENDIE: 5 ORGANISATIONS MEMBRES DE LA CLI SAISISSENT LE PRÉFET DE LA MANCHE

Communiqué ACRO, CRILAN, Greenpeace, CREPAN FNE et EELV, organisations antinucléaires et critiques, membres de la CLI Orano La Hague

Suite à deux rapports d’inspection de l’ASN, les représentants des organisations CREPAN, ACRO, CRILAN, GREENPEACE et EELV membres de la CLI ORANO veulent alerter les citoyens sur le risque d’accident pouvant se produire si un incendie se déclarait à l’usine de retraitement de La Hague.

Les faits.

Le 29 septembre 2020 ¹ au cours d’une inspection concernant l’atelier R7 dédié à la vitrification des produits de fission, les inspecteurs notent qu’ Orano refuse d’engager les moyens nécessaires pour cet exercice inopiné d’incendie, que cette situation se répète d’inspection en inspection , et que par conséquent les effectifs ne seraient pas suffisants pour lutter contre un incendie sur l’ensemble du site.

Dans une autre lettre du 22 février 2021², l’ASN souligne une défaillance au regard du PUI (plan d’urgence interne) et du PPI (Plan particulier d’Intervention).

Cette inspection inopinée, un week-end avait pour objet de tester la façon de réagir de l’exploitant et de l’amener à déclencher simultanément le PUI (Plan d’urgence interne) et le PPI réflexe (La décision d’activation du Plan Particulier d’Intervention en phase réflexe est prise par le Préfet lors d’une situation à «cinétique rapide», c’est-à-dire lorsqu’un rejet radioactif est en cours (avéré) ou imminent (pouvant survenir moins de 6 heures après l’accident).

À la lecture de cette lettre de suite d’inspection, les moyens de communications sont défaillants, le nombre de personnels est insuffisant pour mettre en route le scénario du PUI. Pour l’autre scénario concernant le PPI, donc la population et les citoyens, rien n’est prévu , ce qui est très inquiétant car un incendie est un vecteur très important de dispersion de matières radio actives dans l’environnement.

Alerte !

Après être intervenus en séance sur ces sujets lors de la dernière assemblée générale de la CLI du 27 mai à Beaumont-Hague, nos organisations membres de la CLI Orano, ont décidé de saisir le Préfet de la Manche du risque d’accident grave pouvant se produire sur ce site.

1) Inspection n° INSSN-CAE-2020-0127 du 29 septembre 2020.

INSSN-CAE-2020-0127Télécharger

2) Inspection inopinée n° INSSN_CAE – 2020-0148 du dimanche 6 décembre 2020

INSSN-CAE-2020-0148-1Télécharger

Par André JACQUES, publié le 5 juin 2021

http://crilan.fr/orano-la-hague-et-la-securite-incendie-5-organisations-membres-de-la-cli-saisissent-le-prefet-de-la-manche/

À BURE, L’ÉTAT NUCLÉAIRE TENTE D’ENFOUIR SES CRIMES

Le procès de sept militants antinucléaires qui vient de se tenir à Bar-le-Duc du 1er au 3 juin après une enquête judiciaire et policière de près de quatre années, 25 perquisitions (dont, chose inouïe, la perquisition du cabinet d’un avocat des prévenus), 29 personnes mises sur écoute, l’enregistrement de l’équivalent de seize années de conversations, plus de 20 000 pages de dossier d’instruction, nous aura coûté près d’un million d’Euros d’argent public (source : Reporterre).

 Et bien davantage si l’on compte les salaires de tous les fonctionnaires, policiers et gendarmes mobilisés en permanence dans la région de Bure et le département de la Meuse, pour tenter de démanteler le mouvement antinucléaire, persécuter les militants (les poursuivant pour « association de malfaiteurs », leur interdisant de communiquer entre eux, faisant intrusion avec brutalité dans la « Maison de la résistance » de Bure et dans des domiciles particuliers) et protéger la mise en place par l’ANDRA, à 500 mètres sous terre, d’une poubelle nucléaire.

« Depuis 2017, un escadron de gendarmes mobiles est chargé de surveiller le territoire : 75 gendarmes y patrouillent jour et nuit, 24 heures sur 24. Une surveillance dont les coûts — une dizaine de millions d’euros par an — sont pris en charge par l’Andra et qui pèse lourdement sur la vie quotidienne des habitants. La Ligue des droits de l’Homme a d’ailleurs remarqué dans un rapport que « les contrôles d’identité permanents et répétés portent atteinte aux libertés individuelles » et ne peuvent « que déboucher sur des incidents ». » (Reporterre)

Ce procès sans objet s’est complètement dégonflé avant même d’avoir eu lieu, puisque la justice elle-même a dû prononcer l’an dernier un non-lieu sur les deux principales charges retenues contre les prévenus : un début d’incendie en juillet 2017 dans un hôtel-restaurant, et quelques dégradations en mai 2018 autour de l’écothèque de l’ANDRA. Finalement, ils ne sont plus soupçonnés que d’avoir pris part à l’organisation, le 15 août 2017, d’une manifestation non déclarée, qui fit l’objet d’une violente répression policière

Mais ce que l’État cherche à enfouir à Bure, ce ne sont pas seulement des déchets hautement radioactifs à vie longue. Ce sont ses propres crimes. Ceux qu’il commet en exposant quotidiennement la population française aux effluents radioactifs de ses 56 réacteurs électro-nucléaires encore en service et de ses dizaines d’autres Installations Nucléaires de Base (INB). Ceux qu’il a commis en ne consacrant pas à la satisfaction des besoins sanitaires et sociaux les plus urgents les dizaines de milliards qu’il a gaspillés en pure perte dans la construction de Super-Phoenix, celle de l’EPR de Flamanville qui n’a toujours pas produit un seul kilowattheure après dix ans de retard et un budget initial de 3 milliards multiplié par 4, celle des missiles du plateau d’Albion, des missiles Pluton et Hadès, tous envoyés au rencart, et plus généralement la construction, l’entretien, la modernisation et le renouvellement de toute la « force de frappe », cette ligne Maginot des temps modernes qui nous a coûté au bas mot entre 300 et 400 milliards d’Euros (son coût réel restant « secret défense »). Et qui de plus a fait directement de nombreux morts à travers le monde, par les retombées radioactives de ses essais nucléaires. Les vétérans des essais (ou leurs familles) et les Polynésiens en savent quelque chose !

À Bar-le-Duc comme à Bure et ailleurs, ce que l’État nucléaire cherche avant tout à enterrer, c’est cette terrible vérité : le nucléaire sert accessoirement à faire bouillir de l’eau pour produire de l’électricité (17% de l’énergie finale consommée en France, à peine 2% dans le monde entier) en polluant la planète pour l’éternité. Mais il sert avant tout à perpétuer l’armement atomique, comme nos quelque 300 bombes H capables de faire près d’un milliard de morts. Les antinucléaires le savent depuis toujours, même s’ils n’y pensent pas suffisamment. Emmanuel Macron leur a donné raison le 7 décembre 2021 en déclarant au Creusot : « Pas de nucléaire civil sans nucléaire militaire, pas de nucléaire militaire sans nucléaire civil ». Depuis ses origines, le nucléaire est fondamentalement mortifère.

Il tue également nos libertés et ce qu’il nous reste de démocratie.

Sur le même sujet :

. 24 septembre 2005 : Revue de presse : Manifestation à Bar-Le-Duc contre l’enfouissement des déchets nucléaires

 . 22 février 2016 : Etat d’urgence, « calamités publiques » et accident nucléaire : le gouvernement cible les antinucléaires

. 20 septembre 2017 : De New York à Bure (Champagne), la France s’enfonce dans la folie nucléaire

. 15 juin 2018 : Bure à la veille du 16 juin 2018

 . 20 juin 2018 : Français, pendant que nous faisons la fête, le gouvernement assassine nos libertés

. 21 juin 2018 : Communiqué des avocats : « Nouvelle étape dans la répression des opposants à l’enfouissement des déchets nucléaires à BURE : un avocat perquisitionné et placé en garde à vue »

 . 22 octobre 2018 : Criminalisation de la lutte contre Cigéo à Bure

L’argent est le nerf de la paix !

ACDN vous remercie de lui faire un DON

Publié le 4 juin 2021

Photo en titre : Photo ACDN

https://www.acdn.net/spip/spip.php?article1249&lang=fr

UNE BANDE DESSINÉE : LES VEUVES ÉLECTRIQUES, GUERRE AU NUCLÉAIRE

Une centrale atomique qui tue des employés par la négligence à répétition d’un directeur, des veuves qui prennent le maquis et ont bien l’intention de se rembourser des souffrances qu’elles endurent, Les Veuves électriques est une sorte de polar social où tous les coups sont permis. L’état est au-dessous de tout, les médias à l’affût de l’Audimat. Relom (Dirty Karl) a signé le scénario et Damien Geffroy le dessin. Degreef est aux couleurs. Un western campagnard avec un trio qui ne va pas se laisser faire.

Ils partent au boulot comme chaque jour. Ils sont trois, Pieric, Sébastien, Jean-Pierre plus Brendan le fils de Jean-Pierre, un des techniciens qui travaillent dans la centrale atomique de Chissouane. Sauf que ce matin-là, elle fuit la centrale et que Brendan, pas habitué, bloque la porte par laquelle les trois autres auraient pu fuir. Et meurent. Les autorités écrasent le coup. Jasmine, Odette, Gabrielle décident de déclarer la guerre au nucléaire, manifestent devant la marie mais ne mobilisent pas les foules. La Presse se tait, le préfet Einreich envoie les CRS, les ministres et le Président, le maire de Chissouane dit avoir échappé à un attentat. Le directeur de la centrale bien connue pour ses incidents confirme que tout va bien à 100%. Gabrielle prend une balle de flash-ball dans l’œil. Finies les gentillesses, les veuves vont passer à la vitesse supérieure.

Relom et Damien Geffroy joue la carte de l’humour noir car le sujet est mine de rien grave. On prend des otages, on discute avec le commissaire Broussaille. Brendan rentre dans le jeu et on attendre le tome 2 pour savoir comment les trois veuves devenues presque flingueuses vont s’en tirer. Sympa et sans prétention sur un dessin un soupçon caricatural. Idem pour le scénario qui flirte avec la comédie dramatique.

Les Veuves électriques, Tome 1, Deuil atomique, Delcourt, 15,50 €

Publié le 4 juin 2021 15h30

https://www.ligneclaire.info/deuil-atomique-248001.html

POLYNÉSIE NUCLÉAIRE – LE CESEC RÉCLAME LES 80 MILLIARDS DÉPENSÉS PAR LA CPS

À la quasi-unanimité, les membres du Conseil économique, social, environnemental et culturel ont adopté un vœu relatif au fait nucléaire.

Ils demandent à Paris le remboursement des dépenses engagées par la CPS, au titre des cancers potentiellement radio-induits, soit 80 milliards de francs. La Dépêche de Tahiti

Mon actu

« La France, à travers la loi Morin de 2010, a reconnu que les essais nucléaires avaient eu des conséquences sanitaires importantes et qu’elle devait réparation afin d’amorcer la réconciliation avec les Polynésiens. Force est de constater qu’après onze années de procédures administratives, juridiques et d’interminables processus politiques, le but fixé par la dite loi est très loin d’être atteint. »

Par la voix du conseiller Calixte Helme, membre de la CSTP/FO représentant le collège des salariés, le Conseil économique, social, environnemental et culturel (Cesec) a adopté hier un vœu relatif au fait nucléaire. Seuls Yannick Lowgreen et Félix Fong se sont abstenus. Une démarche qui s’inscrit dans le cadre du départ prochain de la délégation polynésienne Reko Tika, qui doit participer, à la fin du mois, à Paris, à la « table ronde de haut niveau sur le fait nucléaire ».

Une rencontre souhaitée par le président de la République lui-même, selon le gouvernement Fritch, mais qui n’a séduit ni les principales associations de victimes des essais nucléaires, ni le Tavini huiraatira, ni l’Église protestante maohi (EPM)… Le Cesec rappelle au gouvernement central que la Caisse de prévoyance sociale (CPS) a « assumé toutes ses responsabilités quant à la prise en charge médicale ou accidentelle de tous les résidents polynésiens atteints d’une des 23 maladies radio-induites de la loi Morin, pour un montant cumulé évalué à 80 milliards de francs, et même au-delà en prenant en charge les maladies radio-induites non encore reconnues, telles de nombreuses maladies cardiovasculaires ». Selon le Cesec, la CPS couvre ainsi, chaque année, pour 5,2 milliards de francs que représentent les dépenses des services d’oncologie et la prise en charge des malades.

Pour une « dépollution » de Hao

Dans son vœu, le Cesec se déclare se déclare sensible « aux peines et aux difficultés rencontrées par les familles éprouvées », et demande « d’indemniser toutes les victimes et leurs ayant droits ».

Dans le cadre de la table ronde « de haut niveau », organisée fin juin, à Paris à la demande du chef de l’État, Emmanuel Macron, les représentants de la société civile souhaitent que soient prises en compte par Paris, les dépenses mises à la charge de la Polynésie française. Le Cesec demande ainsi le remboursement des sommes engagées par la CPS (80 milliards de francs) et la prise en charge des services d’oncologie, à hauteur de 5,2 milliards par an. Le Cesec « préconise » également une dépollution en profondeur de Hao.

Enfin, le Conseil demande que la Polynésie française bénéficie de la Contribution au service public de l’électricité (CSPE), soit la somme de 13 milliards de francs par an.

La CSPE a été instituée en 2000, pour financer les charges dites de solidarité des « Zones non interconnectées » (ZNI) au réseau électrique de l’Hexagone « dont 77 % de l’électricité est assuré par le nucléaire », rappelle le Cesec.

Le dispositif a été étendu à la quasi-totalité de l’Outremer, hors la Polynésie française et la Nouvelle-Calédonie. « Or, seule la Polynésie française a subi les méfaits du nucléaire sans en bénéficier des bienfaits », écrit le Conseil qui, « dans l’intérêt d’une reconnaissance effective du fait nucléaire et de ses conséquences », émet le vœu que ces questions soient inscrites prioritairement aux travaux de la table ronde.

Le Cesec « justifie » à sa manière le CEP

Dans le vœu émis par le Cesec s’est glissée une phrase assez étonnante, mais qui n’a manifestement fait tiquer aucun conseiller. Avant de chiffrer ses doléances à l’intention de Paris, le Cesec a décidé de « justifier » à sa manière l’ère du Centre d’expérimentation, en lui prêtant une mission éthique : « Ces essais ont été décidés au nom de l’idéal de liberté, d’indépendance et du bonheur des populations, permettant la dissuasion nucléaire, exclusivement défensive selon le principe de la légitime défense, qui remplit dès lors une mission éthique, celle d’empêcher une guerre. » (voir NDLR en fin d’article)

Le Cesec écrit par ailleurs que sa volonté est de « renforcer l’ambition de l’Union européenne et de la France en contribuant à la paix et la stabilité du plus grand espace maritime mondial ».

« La Polynésie française en est un point de convergence stratégique exceptionnel : sa situation, ses dimensions, son isolement, ses spécificités culturelles et environnementales sont devenus de remarquables atouts dans un contexte international d’incertitudes, d’insécurités et de menaces grandissantes face à l’hégémonie des puissances étrangères avides d’exploiter ces espaces maritimes, jusqu’aux confins de l’Antarctique, encore protégé par le Protocole de Madrid jusqu’en 2048. »

36 milliards par an pour la « location » de Moruroa et Fangataufa ?

Les conseillers souhaitent aussi la mise en place d’une « redevance », au titre de la location des « laboratoires vivants que sont Moruroa et Fangataufa, transformés en dépotoirs nucléaires ».

Le Cesec propose de partir sur une base de 150 F le mètre carré par mois. L’atoll de Moruroa représente 15 km2 de surfaces émergées, contre 5 km2 pour Fangataufa. Soit 20 km2, ou encore 20 millions de m2. Ce qui, multiplié par 150 F, donne un loyer mensuel de 3 milliards de francs, sauf erreur. Et donc un revenu annuel de 36 milliards de francs pour le Pays, le double de la dette annuelle (18 milliards) promise un temps par l’ancien président Jacques Chirac…

Parole à Calixte Helme, présentateur du vœu : « La CPS a une ardoise de 80 milliards de francs »

Calixte Helme

« Le Cesec voulait se rapprocher du protocole de Madrid, qui rappelle les responsabilités de chaque État. (…) La CPS a une ardoise de 80 milliards de francs au titre des cancers, plus 5,2 milliards annuels d’oncologie. Il ne s’agit que des pathologies reconnues comme potentiellement radio-induites par la loi Morin. (…) Il est un fait que l’électricité en France doit beaucoup au nucléaire civil, qui n’a pu lui-même se développer sans le nucléaire militaire, et donc le CEP. Nous apportons la précision que toutes les collectivités ultramarines, sauf Nouméa et Tahiti, bénéficient de la Contribution au service public de l’électricité (CSPE). On dit quand même qu’il y a une certaine redevance qui doit revenir au Pays.

Il y aura deux représentants du Cesec à la table ronde, à Paris : Patrick Galenon, du collège des salariés, et Patrick Bagur, du collège des employeurs. »

Par Damien Grivois, publié le 4 Juin 21 à 7h39 

https://actu.fr/politique/nucleaire-le-cesec-reclame-les-80-milliards-depenses-par-la-cps_42405086.html

NDLR : j’ai publié cet article malgré cette phrase digne du plus beau cocorico pronucléaire de l’année mais j’avoue avoir bien hésité. Toutefois, je n’ai pas eu le courage de vous priver des autres informations qu’il contient.

Petit rappel : 1franc Pacifique = 0,0083 € donc 80 milliards de francs Pacifique =  664 millions d’Euros

POLYNÉSIE NUCLÉAIRE : UNE TENTATIVE DE DIALOGUE DE L’ÉTAT VERS LES HABITANTS DES TUAMOTU-GAMBIER

Une délégation de 6 personnes menée par le haut-commissaire et le tavana hau des Tuamotu-Gambier a effectué une tournée de deux jours pour s’entretenir avec les populations des îles de Takapoto, Reiao, Tureia puis enfin Mangareva au sujet des essais nucléaires. Au cœur des échanges avec les habitants des Gambier : les enjeux liés aux dossiers d’indemnisation Civen, dont la date limite de dépôt concernant les ayants droit a été fixée au 31 décembre 2021.

 « La vérité, on nous la doit ! »  « Il faut démythifier le nucléaire et clarifier les impacts réels des essais sur les populations ! » : telles étaient en substance certaines des premières prises de parole de l’assistance ce mardi 1er juin à la mairie de Rikitea. Comment mieux expliquer le fait nucléaire et ses conséquences aux populations concernées ? Quels moyens mettre en œuvre pour leur accorder davantage d’écoute et de considération ? De quelle manière les accompagner efficacement dans les procédures de demande d’indemnisation ? Y a-t-il encore aujourd’hui des conséquences avérées sur la santé et l’environnement ? Car rappelons que les Gambier constituaient à l’époque du CEP la base arrière de Moruroa, et qu’elles ont été particulièrement touchées par les retombées radioactives des tirs.

Un déplacement au sujet du nucléaire pour cerner et recueillir les attentes des habitants

Une centaine d’habitants des Gambier était réunis ce soir-là dans le village principal des Gambier, à l’appel de l’équipe municipale, pour être entendus par la délégation d’officiels venue sur place pour ouvrir le débat sur nucléaire. « Si le déplacement était prévu de longue date, il avait été décalé à cause de la crise sanitaire, explique le haut-commissaire Dominique Sorain, accompagné du tavana hau Frédéric Sautron, chef de la subdivision administrative des Tuamotu-Gambier. Aujourd’hui, je ne porte aucun message, nous venons à la rencontre des populations de ces îles pour entendre leurs attentes et porter leur message dans le cadre d’une table ronde prévue à Paris fin juin avec Emmanuel Macron. Il faut absolument libérer la parole et ouvrir le dialogue avec les habitants lors d’échanges directs. »

Photo de HCPF ©

Lors de leur passage qui marquait la fin d’une tournée de deux jours aux Tuamotu-Gambier, après les îles de Takapoto, Reiao et Tureia, les deux officiels étaient eux-mêmes accompagnés de trois représentants du monde médical, militaire et scientifique, dont le médecin du Centre de suivi médical Philippe Jarzuel, un conseiller nucléaire et un membre de l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN). Si ces deux derniers n’ont quasiment pas pris la parole de la soirée, le médecin du CMS, quant à lui, a tenté, avec difficulté, de vulgariser des points techniques relevant du médical.

Mais comment répondre avec acuité aux inquiétudes des habitants et à leurs difficultés ? Après des décennies d’interrogations sur le nucléaire en Polynésie française, comment désamorcer à présent des questionnements auxquels la science n’a pas encore apporté de réponses ? Le médecin affirmera en tout cas que dans d’autres contextes nucléaires, la transmission intergénérationnelle des maladies radio-induites  n’a pas été prouvée.

Anxiété, souffrance et doléances exprimées

Pourtant, les différents témoignages des habitants exprimaient des peurs et colères réelles et anciennes liées à des taux élevés de problèmes thyroïdiens sur l’île, à l’absence de compensations économiques destinées spécifiquement à l’archipel, ou encore au manque de transparence lors d’un refus d’indemnisation suite au dépôt d’un dossier Civen. Certains membres de l’association 193 présents demandaient également le retrait de la date du 31 mai 1998 relative aux ayants-droit. Quant à la date-limite de dépôt des dossiers au 31 décembre 2021, celle-ci a également été largement contestée, la population demandant son report.

Si les officiels étaient à l’écoute, l’impression générale était plutôt au décalage entre les deux parties. Cette réunion, attendue de longue date par tous, mais relayée relativement récemment par la commune, aurait pu être l’occasion d’ateliers de préparation en amont. Il aurait par exemple été intéressant de constituer un véritable cahier de doléances à remettre aux autorités.

Il n’empêche que si les résultats de cette réunion ne semblent pas avoir été clairement concluants, la population semblait reconnaissante et satisfaite de ce déplacement officiel inédit : ce mois de juin 2021 marquera la toute première fois qu’un haut-commissaire se rendait aux Gambier pour parler du nucléaire. Quant au sujet de l’accompagnement des populations sur la question des dossiers Civen, verdict lors de la table ronde sur le sujet du nucléaire à Paris en juin, avec en perspective les préparatifs de la venue envisagée du Président de la République sur le territoire en juillet prochain.

Au nouveau complexe sportif ©Commune des Gambier

©Vaea Deplat

La délégation a profité également de son séjour pour visiter la nouvelle école primaire Maputeoa, financée en partie par l’État, ainsi que le nouveau complexe sportif. Le haut-commissaire a également pu apprécier l’avancée des grands projets en cours à Mangareva : la route ainsi que les travaux du quai.

Par Vaea Deplat, publié le 3juin 2021

Photo en titre : ©V.Deplat

https://www.radio1.pf/nucleaire-une-tentative-de-dialogue-de-letat-vers-les-habitants-des-tuamotu-gambier/

PROCÈS DE BURE : LA DÉFENSE FAIT SURGIR LES FAILLES DE L’ENQUÊTE

Des peines allant de dix mois avec sursis à douze mois ferme contre un prévenu déjà condamné ont été requises contre les sept opposant·es au projet Cigéo. La défense a voulu montrer que ce procès repose sur un dossier creux.

Pendant son réquisitoire, le procureur de la République a dû hausser le ton. D’abord pour dépasser la barrière du masque sanitaire, puis pour tenter de couvrir la musique techno venant des militant·es antinucléaires resté·es à l’extérieur du tribunal correctionnel de Bar-le-Duc. Et enfin pour faire la preuve de l’autorité due à sa qualité de représentant du ministère public. Il faut dire qu’en trois jours de procès, le son de sa voix n’a pas beaucoup résonné dans le prétoire.

Quatre ans d’enquête, un dossier épais de 22.000 pages – mais absent du bureau du juge, 450 scellés, des centaines d’heures d’écoute, près d’un million d’euros dépensés (selon une enquête Reporterre et Médiapart) et seulement 45 minutes de réquisitoire. Face aux sept opposant·es au projet Cigéo d’enfouissement de déchets nucléaires qui le regardent depuis le banc des prévenu·es, Sofian Saboulard a clamé ne pas être « le bras armé de l’Andra » [ndlr : Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs] et déploré la tournure politique qu’a prise ce procès, malgré son avertissement à l’ouverture de celui-ci.

Pour J., F. et A. poursuivi·es pour « complicité de détention d’engin incendiaire en bande organisée et association de malfaiteurs », il a demandé 18 mois de prison avec sursis. Pour C.V. et B. accusé·es de « détention d’engin incendiaire en bande organisée », 12 mois avec sursis. C.D poursuivie pour « violences sur personnes dépositaires de l’autorité publique », 10 mois avec sursis. Un an ferme est requis contre K. ayant déjà été condamné et incarcéré, notamment pour non respect de son contrôle judiciaire.

« Une justice de classe »

De leur côté, les huit avocat·es fidèles à leur stratégie de défense collective ont utilisé chaque seconde pour décortiquer chaque point du dossier et de l’instruction jugés disproportionnés, impartiaux voire aberrants. Me Faro, également l’avocat de Greenpeace France, n’a pas mâché ses mots et qualifié cette instruction de « véritable acte de barbouzerie » tant elle a cherché à ratisser large, sans être sûre de ce qu’elle trouverait, sans véritable preuve.

Pêcher des informations à droite, à gauche n’est pas digne d’une justice bien ordonnée. Si le juge était un pêcheur, il mourait de faim, il n’y aurait rien dans ses filets. Ces méthodes-là, je ne les ai vues employées que dans des dossiers liés au nucléaire !

Il pose enfin la question qui est dans la tête de tous : « À qui profite l’enquête ? » L’Andra – qui n’était plus partie civile – a eu copie de toutes les pièces, « et accès à tous les secrets des prévenues, pour nourrir ses plans de déstabilisation des opposants ce qui peut alimenter ses plans de déstabilisation des opposants ». Précision : un climat plus silencieux lui serait bénéfique car les débats sur la déclaration publique de Cigéo devraient s’ouvrir à l’automne. D’autre part, la DGSI a récupéré une partie des scellés ainsi que les identités de centaines de militant·es antinucléaires.

Au tour de Me Ambroselli de plaider. Il se lance dans une longue plaidoirie, empreinte de droit et de vécu. En effet, l’avocat historique des militants anti-Bure a lui-même été visé par cette instruction, jusqu’à subir une perquisition et une garde-à-vue. « Me voici en robe, devant vous… C’est étrange. Depuis trois ans, je me prépare à être jugé avec mes amis comme un malfaiteur », a-t-il déclaré. Avec émotion, il se lance dans un petit historique de cette enquête qualifiée de « délirante », « kafkaïenne », « grotesque », tout en regardant souvent ses « camarades et ami·es ». Et confie qu’il ne comprend toujours pas le non-lieu dont il a finalement bénéficié, décidé par Kevin Le Fur, le juge d’instruction interrogé comme témoin la veille. « La différence entre moi et mes camarades, c’est le fait d’une justice de classe. Car il est plus difficile de poursuivre un avocat que ce que vous appelez une bande anarcho autonome.»

Outre les démonstrations diverses soulignant les incohérences du dossier notamment concernant le relevé d’ADN sur les engins dits explosifs et la notion de « bande organisée », la défense est revenue longuement sur la journée du 15 août 2017. Car si l’affaire a démarré en juin 2017 avec la tentative d’incendie du Bindeuil, l’hôtel-restaurant du site Cigéo, l’instruction n’a jamais pu faire le lien avec les individus surveillés. Le procès ne s’est donc porté que sur la participation et l’organisation supposées des prévenu·es à cette journée de mobilisation, et à la manifestation non déclarée.

Me Ruef n’en démord pas : sans les décisions prises par les forces de l’ordre ce jour-là, les affrontements n’auraient sûrement pas eu lieu. « La préfecture a pris un arrêté d’interdiction de transport d’armes par destination mais n’a pas interdit la manifestation », commence-t-elle. À l’aide de plans de la zone brandis sous le nez du juge, elle retrace quasiment minute par minute le déroulé de la journée. Elle pointe que les gendarmes sont sortis de leur mission qui consistait à surveiller les bâtiments de l’Andra à Bure et ont bloqué la route allant vers Saudron, obligeant les manifestants à s’éparpiller dans les champs. Ce jour-là, les forces de l’ordre ont effectué 21 tirs de LBD ; 320 grenades lacrymogènes et 37 grenades GLI-F4 ont été lancées. Robin Pagès, un manifestant, a été gravement blessé au pied et en garde des séquelles aujourd’hui encore. L’avocate assène :

L’autorité civile n’a pas interdit cette manifestation mais l’autorité militaire a bloqué la route de son propre chef. Des difficultés dans le maintien de l’ordre qui n’ont jamais été analysées ni dans le dossier, ni dans cette audience.

La relaxe est demandée à l’unanimité, pour les sept prévenu·es et pour tous les chefs d’accusations. « Si l’information judiciaire n’a pas servi à étayer les infractions, elle a réussi à briser des solidarités, des amitiés… Souvenez-vous qu’ils et elles ont déjà payé ! », a tonné Me Bonaglia. Le jugement sera rendu le 21 septembre.

Par Vanina Delmas, publié le 4 juin 2021

Photo en titre : Amanda Jacquel

http://www.politis.fr/articles/2021/06/proces-de-bure-la-defense-fait-surgir-les-failles-de-lenquete-43266/

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À BURE, LES ANTINUCLÉAIRES ASSIÉGÉS, MAIS TOUJOURS REMONTÉS !

Le procès de sept opposants au site d’enfouissement de déchets nucléaires à Bure, dans la Meuse, s’est terminé jeudi 3 juin au soir. Malgré une pression judiciaire et policière disproportionnée, les militants poursuivent la lutte.

À la façon dont la police et la justice les traitent, on pourrait les prendre pour de véritables terroristes. Les sept prévenus (quatre hommes et trois femmes, âgés de 28 à 48 ans) jugés cette semaine au tribunal de Bar-le-Duc n’ont pas été ménagés. Le parquet a requis des peines allant de 12 mois de prison ferme pour l’un, et de 10 à 18 mois pour les autres. Le jugement sera rendu le 21 septembre.

Leur crime ? S’opposer au site d’enfouissement qui, à partir de 2035, est prévu pour contenir 85 000 m2 de déchets nucléaires à 500 mètres de profondeur. Les griefs des magistrats ont surtout trait à une manifestation – disons un peu agitée – qui a lieu, en août 2017, et à laquelle Charlie a d’ailleurs assisté.

C’est ce qui vaut aux prévenus d’être notamment accusés de « participation à une manifestation interdite », « association de malfaiteurs », ou encore de « détention de substances ou produits incendiaires ou explosifs en bande organisée »… Hormis une courte déclaration, ils ont choisi de garder le silence durant tout le procès, comme le justifie Alexie, militante antinucléaire : « Il n’y a pas de raison que ces sept personnes-là soient accusées plus que d’autres, c’est pourquoi elles refusent de répondre, car c’est toute la lutte qui est en jeu.  »

Tous les détails sur le compte rendu du procès sont ici.

Une lutte fastidieuse

En février 2018, l’Andra (Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs) a repris possession du bois Lejuc, que les opposants avaient occupé à la manière d’une ZAD. Depuis, la répression policière très intense – et même disproportionnée, on peut le dire – complique évidemment la lutte. Marguerite (prénom modifié) en est témoin : «  Il y a une présence policière permanente, des contrôles d’identité incessants, et, depuis deux jours, un hélicoptère survole les environs, de 22 heures à 3 heures du matin. »

En dépit de ces difficultés, les militants sont loin de baisser les bras. Ils ont acquis trois lieux dans la région. D’abord « La maison de la résistance » à Bure, gérée par l’association « Bure zone libre », porte d’entrée pour tous ceux qui souhaitent s’informer sur l’opposition au site de stockage. À cela, s’ajoutent l’ancienne gare de Luméville et la maison « L’Augustine », à Mandres-en-Barrois, deux lieux collectifs qui accueillent en permanence toute une palette d’activités sur le combat antinucléaire.

À LIRE AUSSI : Après Fukushima, on poursuit le mythe du nucléaire sécurisé ?

Et le boulot ne manque pas. En août 2020, l’Andra a déposé un dossier de demande de Déclaration d’utilité publique (DUP), qui permet d’acquérir les terrains nécessaires à la création du site de stockage. Cette procédure administrative n’autorise pas à proprement parler la construction du centre de stockage, mais permet aux pouvoirs publics d’avancer des pions dans cette direction. C’est pourquoi les militants s’attachent à en décortiquer les moindres failles, poursuit Marguerite : « Notre travail consiste à éplucher les 4000 pages de dossier et à les vulgariser. Ils disent que cette procédure n’a pas vocation à démarrer le centre de stockage, mais ils le font quand même, pour nous mettre devant le fait accompli. De la même façon, l’Andra organise un débat public en virtuel, mais les associations locales boycottent ce débat, car on nous bassine avec une apparence de vernis démocratique. »

Ce qui remonte le moral des militants antinucléaires, c’est aussi le soutien de certaines collectivités locales. Ainsi, sur 11 communes directement concernées par le site d’enfouissement, quatre ont rendu un avis défavorable : Bure, Mendres-en-Barrois, Horville-en-Ornois et Ribeaucourt.

De plus, les aléas de la lutte n’empêchent pas de garder le sens de la teuf. Il y aura deux grandes occasions de le prouver cet été : les « Bure’lesques », du 6 au 8 août, et les « Rayonnantes », du 16 au 26 août.

Comme quoi, ce n’est pas en traînant sept malheureux militants devant un tribunal qu’on étouffe les innombrables enjeux politiques, philosophiques et écologiques soulevés par des déchets nucléaires qui empoisonneront le sol durant les 100 000 prochaines années. ●

Par Antonio Fischetti, publié le 4 juin 2021

https://charliehebdo.fr/2021/06/ecologie/a-bure-les-anti-nucleaire-assieges-mais-toujours-remontes/

DE NOUVEAUX RÉACTEURS? C’EST NON ! MERCI POUR VOTRE SOUTIEN, CONTINUONS L’ACTION ENSEMBLE

Avec les élections régionales, qui arrivent à grands pas, il est important de faire entendre la voix des citoyens.

Toute la France est concernée par ces projets ! La construction de ces 3 paires d’EPR dilapiderait l’argent qui pourrait servir à une vraie transition énergétique. Ils seront vulnérables aux conditions extrêmes (sècheresses, montée des eaux, etc.) qui pourraient devenir de plus en plus fréquentes  dans les décennies à venir et sont hors-jeu pour répondre à l’urgence climatique.

Nous aimerions atteindre le même nombre de signatures que notre pétition contre le projet de Flamanville qui avait atteint plus de 40 000 signataires, voire plus si nous rêvons un peu, et nous savons que c’est possible avec votre soutien !

Aidez-nous en invitant vos proches à signer la pétition contre ces projets insensés :

Par mail : en transférant ce mail et en ajoutant votre touche personnelle (par exemple : Je l’ai signé, à ton tour !)

Pour signer la pétition, rendez-vous sur :

https://www.sortirdunucleaire.org/de-nouveaux-reacteurs-c-est-non

Si chacun d’entre nous, premiers signataires, arrive à faire signer 4 personnes le défi est relevé !

Merci à vous pour l’intérêt que vous portez à notre action.

Par L’équipe du Réseau « Sortir du nucléaire »

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Pétition adressée au Président de la République, au Ministre de l’Économie et des Finances, et à la Ministre de la Transition Écologique :

Un coût initial multiplié par 5, 10 ans de retard au moins, des malfaçons et fraudes à foison… Le réacteur nucléaire EPR en construction à Flamanville est un fiasco. Le bon sens exigerait de s’arrêter là et d’engager maintenant une transition énergétique sans nucléaire.

Pourtant, EDF persiste ! Depuis plusieurs années, elle pousse pour la construction de six nouveaux réacteurs EPR et a même quasiment arrêté les trois sites pressentis : Penly (Seine-Maritime), Gravelines (Nord), tandis que Bugey (Ain) et Tricastin (Drôme) seraient en concurrence pour le troisième.

 Sur le site du Réseau, cliquez sur les sites pressentis pour en savoir plus :

Officiellement, le gouvernement ne prendra de décision qu’en 2023. Dans les faits, il discute étroitement avec EDF pour rendre ce projet possible et lui permettre de bénéficier du soutien financier de l’État. Criblée de dettes, confrontées à des dépenses importantes, EDF n’a pas les moyens de financer seule ces constructions. Ce sont donc nos impôts qui financeraient plus de la moitié de ce projet, sans compter une partie des surcoûts !

Alors que la France peut s’engager vers le 100% renouvelable, il serait aberrant qu’elle se lance dans cette impasse dangereuse, productrice de déchets ingérables, qui gaspillerait des sommes qui feraient défaut à la lutte contre le changement climatique. Prétendre produire de l’électricité « bas-carbone » avec une technologie lente, chère et sujette aux retards est un leurre total. Tant que ces réacteurs seront présents à l’horizon, le gouvernement ne fera pas le nécessaire pour engager le changement de modèle énergétique dont nous avons besoin.

De premières décisions doivent être prises à l’été 2021. Alors que l’industrie nucléaire et ses soutiens politiques font pression pour présenter ces constructions comme inéluctables, faisons-nous entendre et refusons ces projets qu’on veut nous imposer !

TEXTE DE LA PÉTITION

Monsieur le Président de la République, Monsieur le Ministre de l’Économie et des Finances, Madame la Ministre de la Transition Écologique,

Je souhaite vous exprimer ma profonde préoccupation quant à la volonté d’EDF de construire six nouveaux réacteurs EPR dans les décennies à venir, avec le soutien financier de l’État.

En effet, malgré vos prises de position officielles affirmant qu’une décision sur ce sujet ne serait pas prise avant la mise en service de l’EPR de Flamanville, prévue en 2023, le soutien de l’État à ce projet apparaît déjà acquis. Les documents dévoilés début novembre 2020 par les médias Contexte.com et Reporterre, tout comme l’appel d’offre publié le 14 avril par la DG Trésor, mettent en évidence la volonté du gouvernement d’aider à financer ces constructions sur fonds publics.

Le respect dû aux jeunes générations exigerait de faire le nécessaire pour engager dès maintenant la France dans une transition énergétique ambitieuse pour faire face à l’urgence climatique, en faisant évoluer en profondeur notre système de production et de consommation, en favorisant la sobriété, en encourageant l’efficacité énergétique (notamment par une politique ambitieuse de rénovation des logements) et en développant les énergies renouvelables. A contrario, envisager la construction de nouveaux réacteurs est un non-sens. Comme le montre l’exemple de l’EPR de Flamanville, cela reviendrait à gaspiller des dizaines de milliards d’euros dans une technologie dangereuse, polluante, sujette aux retards et surcoûts, au détriment des vraies solutions.

Je vous exprime donc mon opposition catégorique à la poursuite de ces projets de nouveaux réacteurs. En pleine crise économique, l’argent public n’a pas vocation à venir financer une telle aberration.

Veuillez recevoir, Madame, Messieurs, mes salutations respectueuses.

Par Réseau « Sortir du nucléaire« , 9 rue Dumenge – 69317 Lyon cedex 04, Tél : 04 78 28 29 22

https://www.sortirdunucleaire.org/

POUR LA DÉFENSE, LE PROCÈS DE BURE PROFITE À « L’ÉTAT NUCLÉAIRE »

Lors de la troisième et dernière journée du procès des sept militantes et militants antinucléaires opposés au projet Cigéo, le procureur a requis une peine de prison ferme et d’autres assorties de sursis. Dans leurs plaidoiries, les avocats de la défense ont insisté sur la disproportion entre le dérisoire des faits reprochés et les moyens titanesques de l’enquête.

Les 1er, 2 et 3 juin s’est tenu à Bar-le-Duc le procès de sept militants qui luttent contre le projet Cigéo d’enfouissement des déchets radioactifs. Ils sont soupçonnés d’association de malfaiteurs. Reporterre, présent sur place, fait le récit quotidien des audiences et des mobilisations de soutien aux prévenus.

Bar-le-Duc (Meuse), reportage

À qui profite le procès des antinucléaires de Bure ? C’est la question centrale de ce dossier à laquelle trois jours d’audience à Bar-Le-Duc (Meuse) auront eu du mal à apporter une réponse. Malgré une enquête titanesque révélée par Reporterre et Mediapart, qui a coûté près d’un million d’euros, on peine encore à comprendre pourquoi sept militants et militantes se sont retrouvées sur le banc des prévenus. « Quel dommage de se ruiner pour défendre le fleuron nucléaire plutôt que de poursuivre une criminalité en col blanc qui heurte pourtant beaucoup plus nos valeurs sociales », a remarqué l’avocat Matteo Bonaglia.

L’affaire a commencé avec l’incendie de l’hôtel-restaurant du Bindeuil en 2017, sur lequel un non-lieu a été rendu. Ainsi, l’audience a porté sur la manifestation du 15 août 2017, qui célébrait l’anniversaire de l’occupation du bois Lejuc. « Après trois jours d’audience, j’ai eu le sentiment qu’on jugeait une simple manifestation. Le sentiment qu’étaient sur le banc des prévenus des gens à qui on reprochait des jets de projectiles faits par d’autres personnes. C’est quelque chose qui n’est pas punissable en droit », a dit Me Raphaël Kempf, l’un des avocats des prévenus.

« C’est une justice de classe » 

Cette « simple » manifestation n’était même pas interdite, comme l’a expliqué l’avocate Muriel Ruef, avant de rappeler que 21 tirs de LBD ont été effectués par la gendarmerie, que 320 grenades lacrymogènes ont été lancées ainsi que 37 grenades GLI-F4. « Ce n’est plus un usage de la force, mais un usage des armes », a relevé Me Muriel Ruef. Des projectiles qui ont mutilé Robin Pagès, le seul blessé grave de cette journée. « Il aura des séquelles jusqu’à la fin de ses jours à cause d’une grenade lancée à un moment précis où il ne se passait rien », a poursuivi l’avocate.

Dans son réquisitoire, le procureur a pourtant déclaré que des gendarmes avaient été blessés, mais ils n’étaient pas présents à l’audience en tant que partie civile. Or, Chloé, l’une des prévenues, est poursuivie pour des faits de violence sur personnes dépositaires de l’autorité publique. Précisément, pour avoir lancé des pierres contre les forces de l’ordre durant cette manifestation. Impossible cependant de déterminer avec certitude si elle est bien responsable de cet acte, selon l’avocate Norma Jullien Gravota. « D’autant qu’aucun gendarme dans ce dossier ne fait état d’un préjudice personnel, qu’il soit physique ou psychique. » Le procureur, Sofian Saboulard, va pourtant requérir pour Chloé une peine de 10 mois d’emprisonnement avec sursis.

Concernant les prévenus Florian, Angélique et Joël, le parquet a estimé que les faits de complicité de détention d’engins incendiaires en bande organisée et d’association de malfaiteurs étaient établis, mais a rappelé qu’ils n’ont aucun antécédent judiciaire. Il a demandé dix-huit mois de prison avec sursis, avec l’interdiction de détenir une arme pendant cinq ans. Pour Céline et Benjamin, accusés de détention d’engins incendiaires en bande organisée, le procureur a requis douze mois de prison avec sursis et l’interdiction détenir une arme pendant cinq ans. Seul Kévin, parce qu’il a déjà été condamné et qu’il a déjà passé sept mois en détention provisoire, risque douze mois de prison ferme. « C’est une justice de classe », a déclaré Me Étienne Ambroselli, l’un des avocats, qui a par ailleurs subi une garde à vue et une perquisition de son matériel. Il comparaît aujourd’hui libre après un non-lieu prononcé par le juge d’instruction Kévin Le Fur. « Je n’ai pas compris ce qui justifiait ce revirement final. La seule différence entre moi et mes camarades, c’est qu’il est plus difficile de poursuivre un avocat que ce que vous appelez une bande “anarcho-autonome”. »

« L’Andra sait désormais beaucoup de choses » 

Ainsi à qui profite ce procès ? Sans doute à la DGSI, qui a récupéré une partie des 450 objets placés sous scellés, avec le nom de centaines de personnes qui gravitent autour de la lutte antinucléaire. « Ils vont pouvoir faire des regroupements, des fichages, identifier des contacts qui pourraient leur servir plus tard », a expliqué Me Alice Becker, l’une des avocates. Ce procès profite sans doute également à l’Andra [1] qui, en tant que partie civile, a pu se plonger dans les milliers de pièces du dossier et récupérer des éléments contre le mouvement antinucléaire, comme l’a soupçonné l’avocat Alexandre Faro. « L’Andra sait désormais beaucoup de choses et peut alimenter sa réflexion et nourrir ses plans de déstabilisation des opposants. Et ce n’est pas anodin, car les débats publics vont commencer sur la déclaration d’utilité publique de Cigéo. »

Enfin, ce procès pourrait profiter à ce que les avocats ont nommé à plusieurs reprises « l’État nucléaire », qui a mobilisé des moyens titanesques contre les opposants au projet Cigéo, comme l’a détaillé Me Matteo Bonaglia. « Outre la montagne de renseignements accumulés, le contrôle judiciaire a brisé des solidarités, a interdit de territoire des gens qui militaient ensemble. Ce qui est fait est fait. Mais que votre juridiction se souvienne à quel point les prévenus ont déjà payé. Et qu’elle n’oublie pas de les relaxer. »

Le jugement sera rendu le 21 septembre, à 9 heures.

Par Laury-Anne Cholez (Reporterre), publié le 4 juin 2021 à 10h06, mis à jour le 4 juin 2021 à 10h08

Les dessins : sont de Grégory Mardon/La Revue dessinée ©

https://reporterre.net/Pour-la-defense-le-proces-de-Bure-profite-a-l-État-nucleaire?utm_source=newsletter&utm_medium=email&utm_campaign=nl_quotidienne

C’est maintenant que tout se joue…

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LA CRIIRAD, NÉE D’UNE CATASTROPHE NUCLÉAIRE, FÊTE SES 35 ANS

Née après la catastrophe de Tchernobyl, l’association se développe et prépare des projets à l’échelon national et international. Son actuel président Yves Girardot, avec l’ensemble des 13 salariés et le conseil d’administration de l’association, entendent réaffirmer les principes fondateurs de cette structure de renommée mondiale.

Par Le Dauphiné Libéré, publié le 3 juin 2021 à 06h05 –

Pour écouter son président Yves Girardot (vidéo de 4mn27s), cliquer sur : https://www.ledauphine.com/environnement/2021/06/03/la-criirad-nee-d-une-catastrophe-nucleaire-fete-ses-35-ans

NDLR : CRIIRAD = Commission de Recherche et d’Informations Indépendante sur la Radioactivité

NUCLÉAIRE INFOS, adhérent de la CRIIRAD depuis une vingtaine d’années, vous invite à soutenir financièrement ce laboratoire associatif agrée par l’État (reçus pour déduction fiscale).

EN MARGE DU PROCÈS DE BAR-LE-DUC, LES PAYSANS MOBILISÉS CONTRE LES DÉCHETS NUCLÉAIRES

Le deuxième jour de mobilisation autour du tribunal de Bar-le-Duc, qui accueille le procès de militants antinucléaires, a été consacré aux luttes paysannes.

Les 1er, 2 et 3 juin se tient à Bar-Le-Duc le procès de sept militants qui luttent contre le projet Cigéo d’enfouissement des déchets radioactifs. Ils sont soupçonnés d’association de malfaiteurs. Reporterre, présent sur place, fait le récit quotidien des audiences et des mobilisations de soutien aux prévenus.

Bar-le-Duc (Meuse)

À l’occasion du deuxième jour de procès des sept opposants au centre d’enfouissement de déchets nucléaires Cigéo, les mobilisations ont repris autour du tribunal. Après une première journée vibrante et colorée, cette journée a été voulue plus calme. Le procès a par ailleurs été reporté à l’après-midi, les témoins souhaitant conserver leur droit au silence lors de la très courte audience du matin. L’occasion pour tous de se consacrer pleinement aux animations en extérieur, qui se sont concentrées sur les luttes paysannes.

Christian, agriculteur à la retraite, vend des bouteilles de « vin des luttes » pour soutenir les prévenus. © Quentin Zinzius/Reporterre

« Nous autres agriculteurs sommes historiquement concernés par la lutte contre l’enfouissement des déchets nucléaires, a expliqué Christian, agriculteur à la retraite et membre actif de la Confédération paysanne. Nous travaillons la terre, et nous refusons qu’elle soit polluée par ces déchets [radioactifs] pour des milliers d’années ». Mercredi 2 juin, il tenait un stand de vente de produits locaux, dont les bénéfices serviront à couvrir une partie des frais de justice des prévenus. « C’est notre façon de les soutenir dans cette épreuve ».

Photo: © Quentin Zinzius/Reporterre

Et il n’était pas le seul. Autour de la place, plusieurs stands proposaient des produits fermiers en tout genre, des plants, et même des semences anciennes. Les jeunes pousses de tomates, poivrons et autres courges sont parties comme des petits pains. « Les plants ont été cultivés par nos soins, sur un terrain mis à notre disposition », dit Bertille [*], membre des Semeuses, un collectif de militants qui cultivent fruits et légumes sur des terrains convoités par l’Andra (Agence nationale pour la gestion des déchets). Lancée en 2019, l’expérience commence à convaincre localement. « Une partie de notre production est vendue directement aux habitants, qui ont pris l’habitude de nous voir travailler dans les champs, ça nous permet de recréer des liens avec la population, avec le territoire ».

Photo: Jean-Pierre Simon a prêté trois hectares aux Semeuses. © Quentin Zinzius/Reporterre

« Lorsque des terres agricoles disparaissent, elles ne reviennent jamais »

Pendant ce temps, au centre de la place Saint-Pierre, devant le palais de justice, une conférence s’est organisée. À tour de rôle, agriculteurs, maraichers et représentants syndicaux ont pris la parole, exposant les différents problèmes soulevés par l’installation de l’Andra sur le territoire. Jean-Pierre Simon, agriculteur haut-marnais qui se bat contre l’installation du projet depuis plus de vingt ans, a présenté le travail des Semeuses, à qui il prête trois hectares de terres.

Thierry Jacquot, porte-parole de Confédération paysanne du Grand Est : « Lorsque des terres agricoles disparaissent, elles ne reviennent jamais » © Quentin Zinzius/Reporterre

Thierry Jacquot, porte-parole de la Confédération paysanne pour le Grand Est, a évoqué le danger que représente le nucléaire pour le monde agricole : « Laisser ce projet s’implanter, c’est voir disparaitre des emplois agricoles, et faire perdre au territoire sa capacité de résilience alimentaire. Les cultures autour du site de Cigéo ne seront plus propres à la consommation […] et lorsque ces terres agricoles et nourricières auront disparu du territoire, elles ne reviendront jamais. » Mais Cigéo n’a pas été le seul sujet abordé. Également dans l’actualité, le sujet de la réforme de la PAC (Politique agricole commune) a été massivement critiqué, car très pénalisant pour l’agriculture biologique. La matinée s’est terminée sous les applaudissements du public, nombreux en attendant la reprise du procès dans l’après-midi.

Par Quentin Zinzius, (Reporterre), publié le 3 juin 2021 à 09h44, mis à jour le 4 juin 2021 à 11h08

https://reporterre.net/En-marge-du-proces-de-Bar-le-Duc-les-paysans-mobilises-contre-les-dechets-nucleaires

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SÛRETÉ NUCLÉAIRE : DES FRAGILITÉS QUI PERSISTENT DANS LA RÉGION DE LYON

 Dans son bilan 2020 présenté ce mercredi 2 juin, l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) a constaté 31 événements significatifs survenus sur des sites autour de Lyon. 

L’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) a présenté ce mercredi 2 juin son bilan de l’année 2020 concernant l’inspection des sites industriels, de recherche ou encore des utilisations médicales du nucléaire à Lyon ainsi que dans l’ensemble de la région Auvergne-Rhône-Alpes. Les conclusions de l’ASN sont contrastées avec des appréciations globalement satisfaisantes entachées de fragilités qui persistent sur certains sites.

31 événements significatifs en 2020 dans la région

Caroline Coutout, cheffe de la division Lyon de l’ASN, le rappelle d’emblée : la division de Lyon est la plus importante de par la taille et la diversité du parc nucléaire. On y trouve en effet quatre centrales nucléaires exploitées par EDF, celle du Bugey (Ain), celle de Saint-Alban (Isère), celle de Tricastin (Drôme) et celle de Cruas (Ardèche). S’y ajoutent les nombreux sites industriels et de recherche de la région, la gestion des déchets nucléaires, le transport des substances radioactives et les établissements hospitaliers, nombreux là aussi, qui utilisent la technologie nucléaire pour effectuer certains soins.

Le secteur du nucléaire a également été impacté par la crise sanitaire et les confinements successifs. Les inspections de terrain de l’ASN ont de ce fait été moins nombreuses et parfois remplacées par le transfert de documents et des interviews à distance. Malgré ça, pour cette année 2020 l’ASN a recensé 31 événements significatifs, détaille Laurent Albert, chef du pôle du nucléaire de proximité :

« Ce chiffre est similaire aux années précédentes. Nous n’avons pas repéré de défaillance majeure en 2020. Nous avons recensé 31 événements significatifs dont un qui concerne un patient traité en radiothérapie sur une jambe et dont la deuxième jambe a été mal calée ce qui a lui provoqué une dermite sur un orteil, sans conséquence pour la personne. Les 30 autres événements de niveau 1 sont relatifs à des fragilités sur le respect des spécifications techniques d’exploitation. »

Des fragilités persistantes dans les centrales nucléaires de la région

Pour la centrale de Cruas, par exemple, l’ASN note « des fragilités dans les domaines de l’exploitation des réacteurs par rapport aux domaines de fonctionnement autorisés ». En clair, le site n’a pas entièrement suivi ce qui correspond au « code de la route » du nucléaire et a pu mal respecter, par exemple, les températures ou les pressions de rigueur. Le constat de l’ASN est identique pour la centrale du Bugey, pour celle du Tricastin et pour celle de Saint-Alban, dans une moindre mesure. Au Bugey et à Tricastin, ces « fragilités sur le respect des spécifications techniques d’exploitation » avaient déjà été pointées du doigt en 2019 par l’ASN.

Si l’Autorité de sûreté nucléaire note des améliorations, des progrès sont encore attendus concernant la gestion des déchets et la prévention de la pollution sur certains sites, explique Richard Escoffier, du pôle des réacteurs à eau pressurisée :

« Pour la centrale nucléaire du Bugey, les performances de sûreté nucléaire restent contrastées. Les fragilités déjà observées en 2019 persistent en 2020. Il y a des améliorations sur la prévention de la pollution de l’environnement mais encore des fragilités. Par exemple, il y a eu un déversement de substances qui ont pu être récupérées avant de contaminer l’environnement. »

Concernant les sites les plus anciens, en cours de démantèlement, les chantiers ont pris du retard à cause de la crise sanitaire. Le réacteur Superphénix par exemple, situé en bordure du Rhône à 30 km en amont de la centrale nucléaire du Bugey et arrêté définitivement en 1997, a donné quelques frayeurs avec un départ de feu signalé sur un chantier de démantèlement en 2020.

Un établissement hospitalier de la Loire mis en demeure

Un établissement hospitalier de la Loire a été mis en demeure par l’ASN cette année 2020. Il s’agit de l’Institut de cancérologie Lucien Neuwirth, situé à Saint-Priest-en-Jarez, à côté de Saint-Étienne. L’établissement est spécialisé dans la lutte contre le cancer et utilise la radiothérapie et la curiethérapie. L’institut avait éveillé l’intérêt de l’ASN en 2017 puis avait été mis en demeure fin 2019 « de se conformer à certaines dispositions réglementaires en matière d’organisation de moyens humains et de gestion des risques ».

En 2020, l’institut a présenté un plan d’action qui a permis une amélioration de la situation tout au long de l’année d’après l’ASN. L’établissement continuera cependant à être suivi de près en 2021.

L’Autorité de sûreté nucléaire a également dressé trois procès-verbaux sur l’année 2020, sans qu’on ne puisse savoir à quels sites ils ont été adressés pour le moment.

L’année 2021 s’annonce chargée. Plusieurs réacteurs des centrales nucléaires du Bugey ont passé – pour le moment avec succès – leur quatrième visite décennale en 2019 et en 2020. En 2021, ce sera au tour des réacteurs 4 et 5 du Bugey et du réacteur 2 de Tricastin. A l’issue de ces contrôles, ces réacteurs mis en service en 1979-1980 devraient rempiler pour dix années supplémentaires d’activité.

Par Oriane Mollare, publié le 03/06/2021 à 11h28

Photo en titre : La centrale du Bugey à Saint-Vulbas, à 30 km de Lyon et 70 km de Genève. Crédits : IG/Rue89Lyon.

https://www.rue89lyon.fr/2021/06/03/surete-nucleaire-des-fragilites-qui-persistent-dans-la-region-de-lyon/

PROCÈS BURE (2ème jour): SILENCES ET ESQUIVES PLOMBENT LA MANIFESTATION DE LA VÉRITÉ

Au deuxième jour du procès des militant·es de Bure, les prévenu·es ont gardé le silence, tout comme le procureur. Quant au juge d’instruction, cité comme témoin par la défense, il s’est réfugié dans le refus de commenter son ordonnance.

La journée a commencé par un silence. Ou plutôt sept silences : chaque prévenu·e a décidé de faire usage de son droit au silence lors de l’examen de personnalité. À l’inverse, la plupart des témoins appelés par la défense ont été plus volubiles. Sauf peut-être le premier, celui que la plupart attendait : Kevin Le Fur, ancien juge d’instruction de Bar-le-Duc qui a dirigé l’enquête ouverte en juillet 2017 après la dégradation de l’hôtel-restaurant le Bindeuil à Bure.

Un interrogatoire capital pour la défense qui fait corps pour démontrer les dérives de l’instruction visant sans le dire les idées politiques des sept prévenu·es, identifié·es comme opposant·es au projet Cigéo d’enfouissement des déchets nucléaires. Si les faits retenus ne concernent plus que la manifestation non déclarée du 15 août 2017 qui a tourné en affrontements, l’accusation d’association de malfaiteur donne un tout autre ton à cette affaire.

À l’aise dans ce prétoire qui était son territoire, il a encaissé les questions des avocat·es car sa parade était toute trouvée : « Je ne commenterai pas mon ordonnance de renvoi », a-t-il répété en boucle pendant près d’1h30. La défense l’interroge longuement sur les moyens et le budget consacré à l’enquête qui a duré quatre ans. Une enquête fouillée de Reporterre et Médiapart (ici et ici) avait estimé à un million d’euros le coût de la géolocalisation, des perquisitions, des milliers d’heures d’écoutes, des balises posées sur des voitures, les contrôles routiers, l’utilisation du logiciel Anacrim…

Me Faro : Avez-vous bénéficié d’un budget illimité pour poursuivre toutes ces personnes ?

Kevin Le Fur : J’ai un budget illimité pour toutes instructions.

Parmi les moyens utilisés pour cette surveillance hors norme, l’utilisation d’imsi-catcher, des valises-espions qui happent les données téléphoniques présentes aux alentours. Une technologie rendue légale en 2016, dans le cadre de la lutte anti-terroriste. Le juge d’instruction Kevin Le Fur avait autorisé la pose de ces capteurs en février 2018, lors d’une audience au tribunal de Bar-le-Duc concernant des personnes liées au mouvement anti-Cigéo.

Me Régley : Je vais vous dire le fond de ma pensée : je pensais que vous n’alliez pas venir. Quand je vous ai vu le premier jour, j’ai eu un espoir quant à la manifestation de la vérité. L’espoir est vite retombé. Nous sommes tous réunis ici pour la manifestation de la vérité. Pouvez-vous indiquer aux prévenu·es et au public ensuite, l’objectif de l’installation de ces imsi-catcher ?

Kevin Le Fur : De mémoire, cela a servi à faire avancer les investigations. Par principe, il n’y a pas d’obligation de résultat dans une investigation.

Progressivement, les avocat·es de la défense interrogent Kevin Le Fur sur les fondements politiques de l’enquête. « Pourquoi n’avez-vous pas dit aux gendarmes que les centres d’intérêts politiques de nos clients ne faisaient pas partie des éléments pour la manifestation de la vérité ? Pensez-vous que les prevenu·es comprennent les raisons pour lesquelles les gendarmes ont fouillé leurs idées politiques ? », interroge Me Kempf. Ferme, sûr de lui, mais pesant chacun de ses mots, Kevin Le Fur a répondu que « les gendarmes n’ont pas fouillé les idées politiques des prévenus. » « Ils ont mené les investigations sous mon contrôle avec un seul but : la manifestation de la vérité. »

Contrairement à Kevin Le Fur qui a donc refusé d’analyser, d’argumenter et même de défendre le dossier, le second témoin n’a pas hésité. Avec son recul d’historienne spécialiste des procès politiques depuis 1945, Vanessa Codaccioni l’affirme : « Dans ce procès, il n’y a jamais de malfaiteurs, il n’y a que des militants : il faudrait parler d’association de militants. » Elle précise :

Cette inculpation permet de neutraliser les individus avant qu’il ne passe à l’acte. Elle vise à criminaliser les idées et les appartenances politiques. Elle a des effets pernicieux : elle permet de pallier le manque de preuve. On arrête le plus grand nombre et la justice doit faire le tri. C’est le règne de la présomption de culpabilité.

À propos des interdictions de se rencontrer subies par les prévenu.es, la politologue, qui a aussi beaucoup suivi les procès des Gilets jaune, est catégorique : « C’est d’une extrême gravité, cela ne doit intervenir qu’après le jugement mais pas dans le cadre d’une enquête. Le but est d’empêcher de militer, d’avoir des liens affectifs. » D’une voix claire, elle explique que les procès politiques ne sont pas récents en France. « Mais auparavant, c’était reconnu, discuté par toutes les parties et l’amnistie politique existait. Aujourd’hui c’est fini et cela a laissé place à une criminalisation dépolitisante. »

Malgré l’avertissement du procureur de la République, la veille, sur le fait qu’il fallait rester sur le juridique et non émettre d’avis sur Cigéo ou le nucléaire, le sujet des déchets nucléaires s’est immiscé dans le prétoire. Bernard Laponche, physicien nucléaire, ancien ingénieur au CEA et membre de l’association Global chance, a commencé par rappeler à quel point la question des déchets nucléaires a toujours été secondaire puisque le plus important était l’usage militaire ou produire de l’électricité. Un cours d’histoire express pas vraiment au goût du juge qui demande à ce que les déclarations aient un lien avec le procès… Le scientifique, défenseur intraitable des alternatives à l’enfouissement des déchets nucléaires, affirme alors : « Il est normal qu’il y ait eu ces manifestations contestant cette solution mauvaise et imposée qu’est Cigéo. Il y a une légitimité éthique dans la protestation ! »

N’en déplaise au président, poursuivre des militant·es appartenant à une lutte qui dure depuis une trentaine d’années oblige à se replonger dans le passé. Car la façon dont le choix de la « solution miracle » de l’enfouissement a été fait, puis comment le territoire aux alentours de Bure a été acheté pour implanter ce qui devait rester un laboratoire de recherches géologiques, explique le terreau de cette lutte. Un historique que Claude Kayser a vécu dans sa chair puisqu’il est « entré en résistance » il y a 28 ans. « La moitié de mon âge ! », clame-t-il avec fierté. À la barre, l’ancien maire de Ménil- la-Horgne ne peut retenir l’émotion qui fait trembler sa voix lorsqu’il raconte la « corruption institutionnalisée ». « Je me suis senti humilié, sali, acheté, et trahi par ceux qui s’étaient portés candidats sans jamais nous consulter, nous, les petits élus locaux. Dans la vie d’un homme qui se bat pour un territoire, c’est extrêmement violent. »

Avec ses mots simples mais percutants, Claude Kayser décrypte le cercle vicieux enclenché : l’impuissance face au mur des institutions, la difficulté de s’exprimer, de s’opposer sur ce territoire peu peuplé et conservateur, le besoin d’un souffle nouveau de la lutte contre Cigéo, et le déni démocratique obligeant les opposants à créer un rapport de force :

Quand on s’exprimait, on était raillé, moqué, humilié… Ça donne de la colère ! Nous sommes vus comme des extrémistes, violents alors que pas du tout. La majeure partie des gens que j’ai rencontrés n’avait que de la paix en eux. Nous l’exprimons différemment mais nous avons tous la même colère ! J’aurai pu me retrouver sur le banc des accusés, j’aurai pu me retrouver malfaiteur parmi les malfaiteurs…

Par Vanina Delmas (texte et photos), publié le 3 juin 2021

https://www.politis.fr/articles/2021/06/proces-de-bure-silences-et-esquives-plombent-la-manifestation-de-la-verite-43263/

PROCÈS DE BURE (1er jour) : « AUCUNE PEINE NE SAURAIT FAIRE TAIRE MA RÉVOLTE CONTRE LE NUCLÉAIRE ET SON MONDE »

Mardi 1er juin s’est tenue la première journée du procès des militants contre le projet d’enfouissement des déchets nucléaires Cigéo. Les sept personnes poursuivies pour association de malfaiteurs ont décidé de mener une défense collective pour politiser ce procès.

Les 1er, 2 et 3 juin se tient à Bar-le-Duc le procès de sept militants qui luttent contre le projet Cigéo d’enfouissement des déchets radioactifs. Ils sont soupçonnés d’association de malfaiteurs. Reporterre, présent sur place, fait le récit quotidien des audiences et des mobilisations de soutien aux prévenus.

Bar-le-Duc (Meuse), reportage

C’est un drôle de procès qui s’est ouvert mardi 1er juin à Bar-le-Duc (Meuse). Un procès où certaines parties civiles se sont désistées. Où la justice a dépensé 1 million d’euros pour surveiller des militants contre le projet d’enfouissement de déchets nucléaires Cigéo. Où les prévenus ont décidé de ne pas répondre aux questions du tribunal. Où ils ont choisi de mener une défense collective. Où près de 800 personnes sont venues les soutenir dans leur combat.

Bref, un procès politique, n’en déplaise au président du tribunal, Sylvain Roux, qui a lancé un avertissement dès le début de l’audience : « Il ne s’agit ni d’une salle de spectacle ni d’une tribune politique. Le tribunal est très attaché à la sérénité des débats et n’hésitera pas à procéder à l’expulsion de la salle d’éventuels éléments perturbateurs. » Mais occulter le contexte de cette affaire relève d’un difficile exercice d’équilibriste comme le constate Me Raphaël Kempf, l’un des huit avocats des prévenus : « C’est un procès politique en raison de l’accusation et du comportement du parquet et de la justice qui visent à criminaliser des actions contre le nucléaire dans la Meuse. »

 Sept personnes comparaissent donc pour dégradation et vol en réunion, organisation d’une manifestation non déclarée, attroupement après sommation de dispersion, détention d’éléments entrant dans la composition d’engins incendiaires ainsi qu’association de malfaiteurs en bande organisée. Le président du tribunal a également évoqué l’incendie de l’hôtel-restaurant du Bindeuil le 21 juin 2017 ainsi que la dégradation de l’« écothèque » de l’Andra [1] en février de la même année. Mais aucun prévenu n’est poursuivi pour ces deux derniers faits, pour lesquels un non-lieu a été rendu. Seule l’organisation de la manifestation non déclarée du 15 août 2017 leur est reprochée. Ce jour-là, des affrontements entre les opposants à la poubelle nucléaire et les forces de l’ordre ont eu lieu ; des journalistes ont notamment été visés par les gendarmes, et un militant a été grièvement blessé. Reporterre a filmé et raconté cette journée.

« Face au tribunal, nous avons décidé que c’était la lutte qui allait comparaître » 

Les prévenus ont décidé de ne pas répondre personnellement aux questions du tribunal, optant pour une défense collective : « Nous sommes dans un dispositif qui essaie d’individualiser des actes collectifs dont les responsabilités sont tournantes. Ainsi, face au tribunal, nous avons décidé que c’était la lutte qui allait comparaître. Il n’est pas question d’être jugé individuellement car nos responsabilités sont collectives », expliquait à Reporterre l’un des sept prévenus. Certains ont en revanche choisi de lire un texte très personnel et émouvant, expliquant ce qu’ils ont subi pendant ces quatre années de procédure et sur les ressorts de leur engagement.

« Je continuerai à défier le nucléaire, Cigéo et leur monde. Face à leur obscure et violente puissance, aucune peine ne saurait faire taire ma révolte et briser mes irradieuses amitiés », a déclamé Angélique, l’une des prévenues. Elle également cité le géographe anarchiste Élisée Reclus : « L’homme vraiment civilisé doit comprendre que son intérêt propre se confond avec l’intérêt de tous et celui de la nature elle-même », disait le communard.

Florian, dont les parents travaillaient chez EDF, explique avoir attendu vingt-cinq ans avant de se questionner sur le nucléaire. Il a demandé à la fin de son discours si l’on pouvait éteindre les lumières de la salle d’audience. Joël a rappelé les 20 164 pages du dossier d’instruction qui détaille leurs « envies, leurs contradictions, accords et désaccords » et a posé une question : « Serez-vous les acteurs de cette généralisation et de l’extension des dispositifs judiciaires qui instituent progressivement une justice préventive et le délit d’intention ? »

« C’est une audience politique et nous voulions soutenir la cause en faisant valoir notre liberté de manifester » 

Est venue ensuite une litanie relatant quatre ans d’enquête contre les antinucléaires à Bure. Tout y passe, des numéros de téléphone à la lecture des SMS et des mails échangés dans le cadre de l’organisation de la lutte. Transparaissent aussi les doutes et les incertitudes des prévenus, comme lorsque Joël avoue qu’il ne se sent « pas grandi de ce 15 août. J’en sors plus affaibli que je ne l’ai jamais été (…) ». C’est pourtant sur lui, ainsi que sur Angélique et Florian, que pèsent le plus de charges. Ils sont notamment accusés de « contrôler » la Maison de résistance, à Bure, lieu qui aurait permis d’organiser cette manifestation du 15 août. Mais sont-ils pour autant responsables de la tournure prise par les évènements ? C’est tout l’enjeu du dossier.

« A-t-on jamais vu la CGT être poursuivie pour des dégradations commises en marge de manifestations qu’elles organisent en disantqu’elle ne pouvait ignorer que ? C’est pourtant la façon dont ils procèdent dans l’acte d’accusation. C’est une critique qui est politique dans son essence et qui reproche aux prévenus une modalité de lutte vis-à-vis de laquelle ils ne veulent pas se dissocier. S’ils organisent cette manifestation, ils ne le font pas en espérant que des dégradations soient commises, ils le font en espérant que l’attention publique soit attirée sur la question de l’enfouissement des déchets nucléaires », explique Me Matteo Bonaglia, l’un des avocats de la défense.

Si les prévenus ont décidé de ne pas répondre aux questions du tribunal, ils ont également choisi de sécher le début de l’audience du mardi après-midi afin de participer à la manifestation qui était organisée pour les soutenir. Le tout en compagnie de six de leurs huit avocats. « C’est une audience politique et nous voulions soutenir la cause en faisant valoir notre liberté de manifester », explique Me Muriel Rueff, l’une des avocates. Ainsi, la salle d’audience était bien vide à la reprise des débats vers 14 heures. Après avoir terminé la lecture de l’ensemble des charges, le président du tribunal semblait presque un peu perdu, faute de personnes à interroger.
« Est-ce qu’on sait à quelle heure vont revenir les prévenus ?
— La manifestation doit revenir vers 16 heures
, lui répond un avocat de la défense.

— Il me semble qu’on prend en otage votre juridiction, Monsieur le président, s’emporte le procureur. Or, vous êtes très à l’écoute de la défense. Et la seule obligation qu’on vous impose c’est de suspendre l’audience et d’attendre qu’ils reviennent. »

Ladite audience a finalement été suspendue et reprendra mercredi 2 juin. « Cela prouve qu’ils [les juges] n’ont déjà plus rien à dire », conclut l’un des avocats.

Par Laury-Anne Cholez (Reporterre), publié le 2 juin 2021 à 09h53, mis à jour le 3 juin 2021 à 15h01

Les 4dessins sont de  Grégory Mardon/La Revue dessinée ©

https://reporterre.net/Proces-de-Bure-Aucune-peine-ne-saurait-faire-taire-ma-revolte-contre-le-nucleaire-et-son-monde

C’est maintenant que tout se joue…

La communauté scientifique ne cesse d’alerter sur le désastre environnemental qui s’accélère et s’aggrave, la population est de plus en plus préoccupée, et pourtant, le sujet reste secondaire dans le paysage médiatique. Ce bouleversement étant le problème fondamental de ce siècle, nous estimons qu’il doit occuper une place centrale dans le traitement de l’actualité.
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« SUR LES DÉCHETS NUCLÉAIRES, NOUS SOMMES DÉJÀ EN TRAIN DE DÉPLACER LE PROBLÈME SUR TROIS GÉNÉRATIONS »

Le nucléaire peut-il être classé comme une énergie durable ? Jan Haverkamp, expert pour Greenpeace, a répondu à la question à l’aide de 26 critères de soutenabilité : émissions de CO2, transparence financière, ou encore renforcement de la démocratie.

En France, les partisans du nucléaire défendent volontiers que l’énergie atomique serait une solution à la crise climatique, les centrales nucléaires émettant très peu de CO2. À Bruxelles, l’Union européenne étudie en ce moment si elle classera – ou non – le nucléaire parmi les énergies dites « soutenables ». C’est l’enjeu de ce qui s’appelle en langage bureaucratique européen la « taxonomie verte » ou « taxonomie durable » : établir la liste des activités vertes qui contribuent à la transition écologique.

Derrière, il est question d’argent : l’objectif de cette taxonomie est de définir quelles activités pourront faire l’objet de financements publics dans le but atteindre la neutralité carbone en 2050. L’outil pourrait ainsi changer la donne en matière d’investissements dans les différentes énergies. La taxonomie établit six objectifs environnementaux : promouvoir l’économie circulaire, éviter et contrôler la pollution, protéger la biodiversité, protéger les ressources aquatiques et marines, atténuer le changement climatique et s’y adapter. Pour qu’un investissement soit qualifié de vert, il doit contribuer à l’un d’eux et ne pas causer de préjudice aux cinq autres [1].

Dans cette perspective, le nucléaire peut-il être considéré comme une énergie soutenable ? Pour répondre à cette question, Jan Haverkamp, expert énergétique et nucléaire pour Greenpeace, a soumis l’énergie nucléaire à 26 critères de soutenabilité. Ceux-ci touchent au volet technique de la production – émissions de CO2, risques d’accident aux conséquences majeures, déchets… Ils s’étendent aussi aux aspects économiques, sociaux et politiques : transparence des financements, effets sur la concentration du pouvoir, charge financière aux futures générations, renforcement de la démocratie, pas de contribution aux tensions militaires….

Entretien

Basta !  : Comment avez-vous établi les 26 critères de soutenabilité des énergies ?

Jan Haverkamp [2] : Nous nous sommes basés sur les critères de soutenabilité du rapport Brundtland [le rapport qui a créé la notion de développement durable, au moment du Sommet de la Terre de 1992, ndlr] et sur le principe de « ne pas causer de préjudice » acté dans le Pacte vert (Green deal) européen. Sur ces bases, il est rapidement devenu clair que ces critères de soutenabilité ne concernent pas seulement des questions environnementales et techniques, mais aussi des questions financières, sociales et politiques. Les aspects financiers n’étaient pas très présents au début des débats sur la soutenabilité des énergies. Ils ont pris de plus en plus d’importance ces quinze dernières années. Car si vous faites quelque chose aujourd’hui qui va ruiner l’économie pour la prochaine génération, cela pose évidemment un problème.

J’ai examiné, avec ces critères, les installations nucléaires déjà en marche, les nouveaux réacteurs de design existant, comme les EPR, et les nouvelles centrales basées sur de nouveaux designs en projet, c’est-à-dire les « petits réacteurs modulaires » [Small Modular Reactor en anglais ou SMR, ndlr]. J’ai aussi étudié les alternatives au nucléaire, c’est à dire les énergies renouvelables, pour voir où sont les différences. Car même si vous regardez le dernier scénario que l’Agence internationale de l’énergie a publié en mai, l’énergie nucléaire y joue toujours un rôle à l’horizon 2050, mais qui reste marginal au niveau mondial. Tout le reste est couvert par les énergies renouvelables. Nous pensions donc qu’il était important de prendre aussi au sérieux la question de la soutenabilité des énergies renouvelables, parce qu’il y a quelques aspects dans le développement des renouvelables qui nous préoccupent.

L’une des conclusions de ce travail, qui n’était pas une surprise pour moi après avoir travaillé plus de trente ans sur l’énergie nucléaire, c’est que l’énergie nucléaire ne remplit aucun de ces critères de soutenabilité. On nous a dit « vous être très négatifs », mais j’ai réalisé cet exercice avec un esprit ouvert et je dois dire honnêtement que le nucléaire ne remplit pas ces critères. Donc, affirmer que l’énergie nucléaire serait soutenable d’une manière ou d’une autre, a fortiori renouvelable, est faux.

Parmi les critères, vous étudiez la relation entre le nucléaire et la démocratie. Ce qui est en général peu discuté, notamment en France…

Hors de France, l’exemple français est pris pour montrer que Robert Jungk par exemple avait raison dans son livre L’État atomique [3]. Le besoin en France d’avoir la « force de frappe » nucléaire et l’infrastructure nucléaire civile est une force motrice de la centralisation du pouvoir. La France a aussi des expériences de décentralisation dans les questions environnementales, par exemple pour la gestion des bassins hydrographiques. Mais le nucléaire en est exclu, alors que l’usage de l’eau de ces bassins est important pour les centrales [pour le refroidissement des réacteurs, ndlr]. Un autre exemple de la décentralisation en France, ce sont les commissions locales d’information [mises en place dans les années 1980 autour des installations nucléaires, elles réunissent élus, représentants d’associations et de syndicats, ndlr]. Mais le pouvoir ne se trouve pas entre leurs mains, il reste centralisé.

Je travaille pour Greenpeace depuis 1980, et j’ai perdu un ami, Fernando Pereira, dans l’attaque du Rainbow Warrior en 1985 [le Rainbow Warrior était un navire de Greenpeace, coulé en 1985 au large de la Nouvelle-Zélande, dans une attaque perpétrée par les services secrets français, alors que le navire se rendait vers l’atoll de Mururoa pour protester contre les essais nucléaires français, ndlr]. J’ai tout à fait conscience que le système de sécurité français est lié au secteur nucléaire. En France, on ne le voit pas, c’est l’environnement quotidien, mais le secteur de la sécurité est exacerbé à cause de l’activité nucléaire. On a la même chose au Royaume-Uni. Une question centrale aujourd’hui outre-Manche est pourquoi le pays poursuit-il le projet d’Hinkley Point C [projet d’extension d’une centrale nucléaire avec deux réacteurs EPR, construits par EDF, ndlr], alors que cela coûte très cher. La réponse tient au programme nucléaire militaire britannique, Trident. Il leur faut maintenir les compétences pour leurs forces nucléaires. Une grande partie du savoir du secteur nucléaire militaire vient du secteur nucléaire civil. Ce lobby est fort.

Le nucléaire exige des structures centralisées aussi du point de vue des besoins en capital. Par exemple, la Pologne veut se doter de deux centrales nucléaires. L’idée initiale était qu’elles soient développées par PGE, l’entreprise polonaise publique d’électricité, avec une participation de deux autres entreprises publiques et d’une entreprise minière. Mais ce n’est toujours pas suffisant pour prendre en charge le risque financier. Cela ne changera pas avec de petits réacteurs modulaires SMR, car il faudra des usines qui pourront les produire. Les pays qui vont développer ces usines donneront le ton. Et il s’agira là aussi d’une forme de centralisation du pouvoir.

Les énergies renouvelables excluent-elles vraiment cette centralisation ?

L’éolien offshore ne peut pas vraiment être décentralisé. Dire que les énergies renouvelables conduiront automatiquement à une décentralisation n’est donc pas vrai. Mais la transition vers les énergies renouvelables offre l’opportunité d’une grande décentralisation, même si certaines parties des infrastructures seront toujours gérées de manière centralisée. Dans les quatre pays européens où les énergies renouvelables se sont le plus développées – Danemark, Allemagne, Portugal et Espagne – cela s’est fait de manière décentralisée, par des petites entreprises énergétique, par les régies municipales d’électricité ou des petites coopératives. Ces acteurs ont créé une dynamique politique décentralisée si forte que, lorsque les grands groupes énergétiques allemands ont tenté de remettre en cause la loi de transition énergétique en 2010, ils n’ont pas pu. La pression des coopératives et des élus locaux était trop forte. La décentralisation est aussi très importante dans le scénario de transition énergétique développée par négaWatt pour la France.

Sur la question des sites d’enfouissement des déchets radioactifs, certains pays ont-ils mis en place des procédures réellement participatives ?

Le problème des déchets nucléaires a été nié jusque dans les années 1970. Avant, il était dit que tous les déchets pouvaient être réutilisés. En fait, c’est évidemment beaucoup plus compliqué. Quand le problème est apparu clairement, la réponse a été centraliste et technocratique. La quasi absence de discussion publique sur le sujet des déchets nucléaires a conduit à une impasse politique dans les années 1990 et qui continue aujourd’hui. La conclusion qu’on ne pouvait pas gérer ce problème sans la participation de la population n’a commencé à s’imposer qu’au début des années 2000, où des tentatives d’inclure les populations locales se sont mal passées au Royaume-Uni, parce que les gens ont vu qu’ils étaient manipulés.

Aujourd’hui, des pays essaient de faire les choses autrement, dont l’Allemagne. Outre-Rhin, les discussions sur les sites d’enfouissement ont été, au début, très techniques, ce qui a conduit au désastre du site d’Asse [autrefois présentée comme un site de stockage modèle, cette ancienne mine s’est en fait retrouvée infiltrée d’eau, les fûts radioactifs déjà stockés sur le site doivent en être retirés, ndlr]. En Allemagne, il y a maintenant une tentative de recommencer une discussion publique sur les déchets, mais avec des ombres au tableau. Car la discussion définit déjà le site d’enfouissement géologique profond comme le meilleur moyen de stocker les déchets, alors qu’il n’y a pas de consensus scientifique sur le sujet. Il y a un consensus sur le fait que cela pourrait être un moyen, mais qu’il existe aussi de nombreuses incertitudes. Donc il faut aussi chercher un plan B, et être conscient du fait que nous sommes déjà de facto en train de déplacer le problème sur trois générations. Ce qui est moralement inacceptable.

Ces questions doivent aussi être discutées quand on parle de la soutenabilité de l’énergie nucléaire. Le problème des déchets n’est résolu nulle part, pas même en Finlande. Si le premier site finlandais d’enfouissement fonctionne, à Onkalo, ce que j’espère, il ne pourra pas accueillir tous les déchets, il faudra en trouver un second. Et on ne sera jamais en état de résoudre la question de l’interférence humaine, de gens qui creuseront peut-être dans des centaines d’années pour trouver du plutonium dans ces sites.

Parmi les critères de soutenabilité de l’UE, il y a celui de ne pas causer de préjudice. On en cause avec le nucléaire, car on transmet aux générations suivantes la gestion et le problème des déchets, pour lequel nous n’avons pas de solution aujourd’hui.

Quels effets cela aura-t-il si l’Union européenne exclut le nucléaire des énergies dites durables ?

Si le nucléaire est exclu de la taxonomie, cela aura des effets sur les financements à l’énergie atomique. Et aura donc pour conséquences la fermeture à terme des centrales, qu’il n’y en aura pas de nouvelles, et que les petits réacteurs modulaires SRM seront utilisés seulement pour la science fondamentale, pas pour produire de l’énergie. En 2050, on verra peut-être encore un ou deux EPR en service, peut-être celui de Flamanville s’il fonctionne un jour. Ce sera tout. La France a cet objectif de 50 % de nucléaire pour 2035, mais il faudrait aussi fixer bientôt les prochains objectifs, d’ici 2045. Et la fin de Flamanville en 2065 au plus tard. Si on prend ces décisions dans les années qui viennent, ce sera aussi plus facile de préparer les infrastructures nécessaires.

Recueilli par Rachel Knaebel, publié le 2 juin 2021

Photo en titre: CC Aurélien Glabas via flickr.

Pour retrouver cet article et voir la liste des 26 critères, cliquer sur: https://www.bastamag.net/nucleaire-energie-soutenable-emissions-de-CO2-dechets-radioactifs-green-deal-greenpeace

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LE PROCÈS « BURE » S’OUVRE SUR FOND DE LUTTE POLITIQUE

Le président du tribunal correctionnel de Bar-le-Duc a suspendu l’audience, mardi 1er juin après-midi, alors que les sept prévenus étaient partis manifester contre le projet d’enfouissement de déchets nucléaires en Meuse.

Les bancs des prévenus sont vides au tribunal correctionnel de Bar-le-Duc, dans la Meuse. Et pour cause : au premier jour de leur procès, mardi 1er juin, pour « association de malfaiteurs » et « détention de substances ou produits incendiaires ou explosifs en bande organisée », les sept opposants au projet d’enfouissement, à l’horizon 2035, de déchets radioactifs sur la commune de Bure sont partis manifester dans les rues du centre-ville avec plusieurs centaines de membres du mouvement de contestation antinucléaire.

Lire aussi : Ouverture du procès des opposants au projet d’enfouissement des déchets nucléaires à Bure (Article réservé à nos abonnés)

Manifestement embarrassé, le président du tribunal, Sylvain Roux – après avoir lu l’épaisse ordonnance de renvoi de 180 pages – s’est résolu à suspendre les débats jusqu’au lendemain plutôt que d’attendre le retour des prévenus. Il est alors 15 h 30 dans la salle d’audience quasiment déserte du petit palais de justice.

« M. le président, il me semble que l’on prend quand même en otage votre juridiction, assène, agacé, le procureur de la République de Bar-le-Duc, Sofian Saboulard. Maintenant, il faut attendre le retour des prévenus pour les interroger. Ce n’est pas le cours normal de la justice. »

« État policier »

Dans la matinée, le président n’avait pas autorisé les prévenus à prolonger leur pause méridienne pour participer au cortège avec leurs avocats : « Ce n’est pas l’extérieur qui doit dicter ce qui se passe dans un tribunal. Nous avons fixé un calendrier : l’audience est prévue sur trois jours. »

À l’ouverture du procès, les débats ont donc été complètement éclipsés par le rassemblement festif, au pied du palais de justice, des opposants à l’installation par l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra) d’un centre industriel de stockage géologique de déchets radioactifs (Cigéo). Dans une ambiance de kermesse, les prévenus, le poing levé, ont été ovationnés par les militants antinucléaires massés sur la place Saint-Pierre, où des stands étaient dressés. Vêtue de violet, la couleur des opposants au projet Cigéo, la foule a dénoncé « l’État policier » et réclamé « la fin du nucléaire ».

« Attaché à la sérénité des débats », le président du tribunal a émis en vain le souhait, dans son préambule, que l’audience ne se transforme « ni en spectacle ni en tribune politique ». Stoïque derrière son masque, M. Roux a menacé de « procéder à l’expulsion de la salle des éventuels éléments perturbateurs ». « Nous sommes là pour débattre de qualifications pénales et pas de nucléaire ou du projet Cigéo », a insisté, pour sa part, le représentant du ministère public.

Tour à tour, les sept prévenus (trois femmes et quatre hommes âgés de 28 à 48 ans) ont défilé à la barre pour planter le décor. S’ils ont lu une courte déclaration, les opposants ont annoncé qu’ils garderaient le silence durant l’audience, adoptant ainsi la même attitude que lors de l’instruction, ouverte à l’été 2017 et marquée par la mise en place d’un imposant dispositif d’écoutes téléphoniques.

« Pièce de théâtre »

Coprésident de l’association Bure Zone Libre au moment des faits incriminés et figure de l’opposition au projet d’enfouissement des déchets radioactifs, J.D., 38 ans, s’est livré à une charge virulente contre « le système judiciaire ». « La mouvance anti-Cigéo est présumée coupable », a lancé le trentenaire, soupçonné d’avoir organisé une manifestation illicite le 15 août 2017, lors de laquelle des affrontements ont éclaté entre les militants antinucléaires et les forces de l’ordre.

« Un représentant de l’État m’a dit un jour : “On n’a pas droit de lutter en France contre le nucléaire, s’attaquer au nucléaire, c’est s’attaquer à l’État” », a clamé de son côté F.L.M., 32 ans, pilier de la Maison de la résistance de Bure, le quartier général du mouvement. « Cette instruction n’a ni queue ni tête. Je n’ai aucune envie d’assister à cette pièce de théâtre », a fulminé K.F., 33 ans, placé en détention provisoire « durant sept mois » pour avoir violé son contrôle judiciaire. « Dehors, il s’en joue une plus joyeuse à laquelle j’aimerais participer. »

Au pied du palais de justice, sous un soleil de plomb, la foule galvanisée a demandé au tribunal de « relaxer » les sept prévenus.

Par Rémi Dupré (Bar-le-Duc, envoyé spécial), publié le 2 juin 2021 à 09h51, mis à jour à 11h04

https://www.lemonde.fr/societe/article/2021/06/02/le-proces-bure-s-ouvre-sur-fond-de-lutte-politique_6082490_3224.html

STÉPHANE BERN PREND LA DÉFENSE DU PATRIMOINE NUCLÉAIRE FRANÇAIS

De facto, en critiquant les éoliennes, Bern défend le parc nucléaire français que ces éoliennes contribuent à faire disparaitre. Il est irresponsable d’utiliser sa notoriété pour mettre son pays en danger.

Je l’entends déjà faire l’apologie de ces « majestueuses centrales qui comme la Tour Eiffel sont toujours là bien au-delà du temps de vie qui était prévu lors de leur édification« , ou encore ces centrales « qui aspirent l’eau de nos rivières pour recracher vers le ciel de magnifiques nuages qui représentent la puissance de l’homme face à la nature... » sans du tout expliquer qu’il s’agit là d’une puissance maléfique et mortifère.

Englué dans un lyrisme déplacé, Bern attend sans doute un Fukushima made in France, de telle sorte que les cathédrales, les châteaux et autres merveilles du patrimoine soient saupoudrées de particules nucléaires rayonnantes qui éloigneront à jamais les touristes et empêcheront les visiteurs de s’y intéresser autrement qu’en images télévisées. 

Si encore, Bern avait expliqué qu’il préfère les panneaux photovoltaïques aux éoliennes, on aurait compris qu’il se préoccupe du réchauffement climatique et du risque nucléaire, mais qu’il a quelques soucis esthétiques à propos des éoliennes … dont la vue rassure pourtant bien des esprits raisonnables même en France.

Mais non, tel un enfant gâté et imbu de lui-même, il utilise sa notoriété pour sortir de son domaine de compétence et critiquer ceux qui travaillent à sortir l’Humanité de la peste nucléaire et de l’enfer du réchauffement climatique.

Bern ferait bien de sortir un peu du confort de ses livres d’histoires (qui glorifie aussi le dictateur que fut Napoléon*) pour rencontrer les gens qui ont vécu les graves épopées du XXIème siècle, comme Naoto KAN, le héros de Fukushima, un pro-nucléaire devenu le plus crédible des anti-nucléaires.

Stéphane Bern vient de dégringoler bien bas dans mon estime. Dorénavant, je le regarderai comme un érudit volubile, mais irresponsable voire dangereux, qui peut abuser de son pouvoir pour tenter d’imposer ses opinions nostalgiques, simplistes** et mortifères.

* Comme l’écrivait hier Vue de Genève sur un autre blog, « C’est un peu comme l’héritage napoléonien, beaucoup se rengorgent des batailles, certains regrettent le rétablissement de l’esclavage, mais les millions de morts de toutes ces batailles, les millions d’estropiés ont aussi participé aux haines qui ont créé trois guerres franco-allemandes successives et l’abomination hitlérienne. » Napoléon est d’abord un salopard et un tyran qui a gâché la vie de ses contemporains dans toute l’Europe.

** Je n’imagine même pas que Bern puisse évoquer la révolution de l’hydrogène renouvelable qui est en voie de changer l’Histoire du monde

Note : Le Club est l’espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n’engagent pas la rédaction. (Ni Nucléaire Infos).

Par Jean-Lucien HARDY, publié le 1er juin 2021

https://blogs.mediapart.fr/jean-lucien-hardy/blog/010621/stephane-bern-prend-la-defense-du-patrimoine-nucleaire-francais

APRES UNE ENQUÊTE DÉMESURÉE, SEPT ANTINUCLÉAIRES EN PROCÈS À BAR-LE-DUC

Les 1er, 2 et 3 juin se tient à Bar-Le-Duc le procès de sept militants qui luttent contre le projet Cigéo d’enfouissement des déchets radioactifs. Ils sont soupçonnés d’association de malfaiteurs. Mais au terme d’une impressionnante enquête judiciaire de quatre ans, on ne leur reproche que l’organisation d’une manifestation non déclarée.

C’était le 21 juin 2017. Depuis un an, les militants contre le site d’enfouissement des déchets nucléaire Cigéo occupaient le Bois Lejuc, à Mandres-en-Barrois, dans la Meuse. Un bois que l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra) souhaite défricher pour y creuser des puits de ventilation pour les futurs colis de déchets nucléaires très radioactifs. Elle veut les enterrer à 500 mètres sous terre. Les militants avaient décidé de célébrer cet anniversaire avec un rassemblement festif baptisé « goûter interminable ».

Vers 6 h 30 du matin, trois à sept personnes se sont détachées d’un groupe d’une quarantaine de membres qui se dirigeait vers le laboratoire de l’Andra, à Bure. Ils ont pénétré dans l’hôtel-restaurant du Bindeuil, connu pour héberger du personnel de l’agence, brisant des vitres et renversant des meubles. Selon François Maltrud, le gérant du Bindeuil interrogé à l’époque par France Bleu, les militants auraient répandu le contenu d’une bouteille d’essence avant d’y mettre le feu. Un départ d’incendie immédiatement maîtrisé par le cuisinier présent sur place. L’établissement a pu rouvrir le lendemain, malgré des dégâts que François Maltrud estimait à « plusieurs dizaines de milliers d’euros ».

L’incendie qui enflamme la machine judiciaire

Selon le dossier juridique consulté par Reporterre et Mediapart, sur les treize clients hébergés à l’hôtel ce soir-là, seuls trois avaient décidé de porter plainte — dont deux sans se constituer partie civile après l’ouverture de l’information judiciaire — malgré les nombreuses relances des enquêteurs. « Je n’ai subi aucun préjudice moral ou financier. Mon entreprise n’a subi également aucun préjudice », avait répondu un client à un gendarme qui le relançait pour savoir s’il souhaitait porter plainte.

Mais cet incendie a été le point de départ d’une machine judiciaire d’une ampleur inédite lancée contre la lutte antinucléaire à Bure. Selon l’enquête menée par Reporterre et Mediapart, près d’un million d’euros d’argent public ont été dépensés pour, entre autres activités, mettre sur écoute 29 personnes et enregistrer l’équivalent de seize années de conversations, soit plus de 85 000 conversations et messages.

Quelques affiches ont été parsemées aux alentours du palais de justice de Bar-le-Duc par les opposants à Cigéo en prévision du procès. © Laury-Anne Cholez/Reporterre

Le 28 juillet 2017, un mois après l’incendie de l’hôtel, une information judiciaire a ainsi été ouverte contre X sur des chefs d’accusation de « dégradation par moyens dangereux et association de malfaiteurs en vue de la préparation d’un délit puni de dix ans d’emprisonnement ». Mais cela ne semblait pas suffisant. Après six mois d’enquête, le 14 décembre, le juge d’instruction a décidé d’ajouter au dossier, par un réquisitoire supplétif, la manifestation qui s’était déroulée le 15 août 2017. Une mobilisation qui s’était soldée par des affrontements avec les forces de gendarmerie et avait été violemment réprimée. Un militant, Robin P., avait été mutilé au pied par une grenade.

Enfin, le 2 mai 2018, un autre événement a été ajouté au dossier : la dégradation de l’écothèque qui avait eu lieu en février 2017. Ce bâtiment appartenant à l’Andra est destiné à conserver des échantillons de l’environnement. Durant une manifestation, son grillage avait été mis à terre et quelques pierres avaient volé sur les vitres. Sur la route, une barricade avait été érigée et enflammée. Les activistes voulaient ainsi dénoncer le rôle d’écoblanchiment (greenwashing) de cette écothèque.

20 000 pages de dossier pour sept prévenus

En définitive, après quatre années d’enquête, 25 perquisitions et 20 164 pages de dossier d’instruction, sept personnes se retrouvent au tribunal. Elles sont notamment accusées de « complicité de détention d’explosifs relativement aux artifices employés à l’encontre des forces de l’ordre pendant la manifestation » et surtout de « participation à une association de malfaiteurs ». Un délit puni de cinq à dix ans d’emprisonnement.

Mais en dépit d’intenses recherches — à grands renforts de prélèvements ADN —, l’enquête n’a pas été en mesure de déterminer les responsables de l’incendie de l’hôtel-restaurant du Bindeuil et de la dégradation de l’écothèque. Un non-lieu a donc été rendu sur ces deux affaires le 8 avril dernier, le juge d’instruction ayant estimé qu’il n’y avait pas suffisamment d’éléments contre les personnes mises en examen pour justifier leur renvoi devant le tribunal correctionnel. En somme, malgré les moyens déployés, dix contrôles judiciaires très stricts, pendant deux ans, pour les militants, la perquisition d’un de leur avocats, les antinucléaires se retrouvent aujourd’hui face à la justice pour une manifestation non déclarée… qui n’était pas interdite.

Me Ambroselli et ses avocates à la sortie victorieuse du tribunal de Bar-le-Duc, le 25 juin 2018. © Mathieu Génon/Reporterre

« Quand on se donne autant de moyens pour mener une telle enquête, c’est frustrant de se dire qu’il n’y a rien sauf une manifestation un peu chahutée. Pourtant, dans leur réflexion, les enquêteurs ont estimé que le point commun entre tous ces gens, c’était la Maison de résistance. Mais pour établir la bande organisée, il faut savoir qui donne les ordres et distribue les rôles. C’est ce qui leur manque dans le dossier et c’est pourquoi on leur reproche des choses aussi disparates, enrobées de circonstances aggravantes », explique l’un des sept avocats des prévenus. « Ils ont créé une fiction pour donner l’impression d’avoir démantelé une organisation dangereuse. En attendant, l’incendie, qui est l’élément qui initie l’enquête, s’est totalement dégonflé. »

D’ailleurs, l’Andra ne participera même pas au procès. « Nous ne sommes plus partie civile car ce procès ne concerne pas des dégradations subies par l’Andra. C’est une atteinte à l’ordre public. Cela ne nous concerne pas », explique l’agence à Reporterre.

Le conseil départemental de Haute-Marne, autre partie civile dans ce dossier, semble également bien embarrassé. Durant la manifestation du 15 août, des panneaux de signalisation ont été arrachés et la route a été un peu abîmée. La procédure habituelle veut que l’institution porte l’affaire devant le tribunal pour dégradation du domaine départemental, ce qui arrive parfois lorsque des agriculteurs endommagent la chaussée avec leur tracteur. « Mais on se retrouve aujourd’hui dans un jugement au pénal qui dépasse largement le cadre de notre préjudice subi, estimé à moins de 10 000 euros. Il y a de fortes chances pour que notre demande de partie civile n’aboutisse pas. D’autant qu’il n’a pas été possible d’identifier les auteurs », explique à Reporterre Adrien Guéné, le directeur de cabinet du conseil départemental. Il n’attend donc rien du procès et semble presque un peu gêné d’apparaître dans ce dossier.

« Face au tribunal, nous avons décidé que c’était la lutte qui allait comparaître. »

Pour la justice, il faut trouver des coupables et mettre des noms sur les chefs d’accusation. Face à cela, les sept militants et militantes ont fait le choix de construire une défense collective. « Nous sommes dans un dispositif qui essaie d’individualiser des actes collectifs dont les responsabilités sont tournantes. Ainsi, face au tribunal, nous avons décidé que c’était la lutte qui allait comparaître. Il n’est pas question d’être jugé individuellement car nos responsabilités sont collectives », dit à Reporterre l’un des sept prévenus.

En effet, l’association de malfaiteurs est une accusation politique, selon le réseau d’autodéfense juridique collective RAJ. « Elle vise explicitement à terroriser, à défaire les liens, et à dissuader les opposant.es de s’engager », explique son communiqué. Prêter sa voiture, participer à l’achat de tissu avant une manifestation, avoir ses empreintes sur une bouteille plastique, son ADN sur une écharpe, être copropriétaire ou cogérant d’un lieu collectif où sont trouvées des fusées d’artifice : tout devient présomption de culpabilité, de complicité, et donc de participation à cette association de malfaiteurs. « L’objectif est clairement de s’en prendre aux structures qui permettent à nos luttes de vivre et de se défendre, à toutes ces petites ou grandes solidarités qui font vivre nos luttes. »

Du grand banditisme au mouvement social

Ce n’est pas la première fois que l’association de malfaiteurs est utilisée à l’encontre de militants. On se souvient de l’affaire de Tarnac ou encore des procès contre les Gilets jaunes. « Historiquement, cette infraction est liée à la criminalité organisée et au grand banditisme, expliquait à Reporterre Me Anis Harabi, avocat à Paris. Mais elle est de plus en plus utilisée contre le mouvement social. »

La Maison de la résistance, à Bure, en février 2020. © Lorène Lavocat/Reporterre

À Bure, l’acharnement judiciaire, doublé d’une forte répression policière, a désorganisé le mouvement entraînant le départ — de gré ou de force — d’un grand nombre d’activistes. Car depuis 2017, un escadron de gendarmes mobiles est chargé de surveiller le territoire : 75 gendarmes y patrouillent jour et nuit, 24 heures sur 24. Une surveillance dont les coûts — une dizaine de millions d’euros par an — sont pris en charge par l’Andra et qui pèse lourdement sur la vie quotidienne des habitants. La Ligue des droits de l’Homme a d’ailleurs remarqué dans un rapport que « les contrôles d’identité permanents et répétés portent atteinte aux libertés individuelles » et ne peuvent « que déboucher sur des incidents ».

Mais depuis quelque temps, de nouvelles personnes tentent de relancer la dynamique. Plusieurs évènements sont d’ailleurs prévus cet été, comme la troisième édition du festival des Bure’lesques et le campement antinucléaire Les Rayonnantes. En attendant, le procès du 1ᵉʳ au 3 juin qui aura lieu à Bar-le-Duc, et que Reporterre racontera dès mercredi 2 juin, sera animé par de nombreux événements, prévus pour permettre aux opposants de rassembler leurs forces et de profiter d’une tribune médiatique. « La victoire serait un réel camouflet et une prise de conscience par l’opinion publique des dérives de l’institution judiciaire. Car jamais nous n’avons observé un tel dévoiement des outils judiciaires au service de la préservation des intérêts du nucléaire », constate l’un des sept avocats.

Par Laury-Anne Cholez (Reporterre), publié le 1er juin 2021 à 09h56, mis à jour le 2 juin 2021 à 11h07

https://reporterre.net/Apres-une-enquete-demesuree-sept-antinucleaires-en-proces-a-Bar-le-Duc

DANS LA LOIRE, LES DÉCHETS RADIOACTIFS MENACENT LA RIVIÈRE DE LA BESBRE

Le territoire français compte plus de 250 anciennes mines d’uranium réparties sur 27 départements. Si la dernière a fermé il y a maintenant 20 ans, la contamination radioactive de l’environnement reste préoccupante autour de très nombreux sites, notamment dans la Loire.

À Saint-Priest-la-Prugne, village du département de la Loire, plus de 6 900 tonnes d’uranium ont été extraites de 1955 à 1980 sur le site minier dit Bois Noirs Limouzat. Ce chiffre est l’un des plus élevés parmi les sites français d’extraction du minerai d’uranium.

Le CEA (Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives), puis Areva, multinationale française spécialisée dans les métiers du combustible nucléaire, ont exploité sur le site plusieurs mines. L’exploitation a cessé en juillet 1980, mais la contamination du site perdure.

Entreposage des résidus radioactifs dans le grand bassin

Le lac artificiel « Grand Bassin » de Saint-Priest-La-Prugne est alors utilisé pour stocker 1,3 million de tonnes de résidus radioactifs issus de l’ancienne usine d’extraction de l’uranium.

Lors de débordements du lac, les eaux contaminées par ces résidus radiotoxiques se sont régulièrement écoulées dans La Besbre, une rivière de 106 kilomètres qui coule à Saint-Priest-la-Prune, menaçant et mettant en péril la santé des habitants.

Les rejets radioactifs liquides des installations d’Areva continuent aujourd’hui à polluer la rivière. L’étude conduite en 2014 par le laboratoire de la Criirad (Commission de recherche et d’information indépendantes sur la radioactivité, basée à Valence, dans la Drôme) montre que les mousses aquatiques sont contaminées par l’uranium et le radium 226, jusqu’à 30 kilomètres en aval de l’ancienne mine.

Des valeurs 3 000 fois supérieures à la normale

Dans la zone de rejet, les mousses sont tellement contaminées que l’on peut les qualifier de « déchets radioactifs » (300 000 Bq/kg sec en radium 226, des valeurs 3 000 fois supérieures à la normale).

Le combat mené par le Collectif Bois Noirs et la Criirad a contribué à ce que l’administration impose à Orano (ex-Areva) des travaux pour traiter les eaux avant débordement. Résultat : Orano a finalement mis en service une nouvelle station de traitement des eaux contaminées avant rejet, en cas de risque de débordement du lac.

Une station sous-dimensionnée

Ces déchets radioactifs, dont la durée de vie se situe autour de 4,5 milliards d’années selon Bruno Chareyron, ingénieur en physique nucléaire et directeur du laboratoire Criirad, soumettent les habitants à des radiations plus élevées que la dose normale et à des risques accrus de maladies, telles que le cancer. Pour cet expert, la contamination du site des Bois Noirs peut également créer un détriment financier sur le long terme pour les habitants, qui résident sur ces sites contaminés.

Malgré tout, en début d’année 2021, le Collectif Bois Noirs a signalé de nouveaux débordements en raison d’un sous-dimensionnement de la nouvelle station.

Pour la Criirad, “les citoyens et les élus locaux concernés doivent prendre conscience de ces réalités et faire pression sur les autorités pour qu’elles exigent de l’industriel le traitement de ces pollutions ».

Par Coppelia Piccolo, publié le 1er juin 2021 à 17h40

Photo en titre : L’ancien site minier des Bois Noirs Limouzat, situé sur la commune de Saint-Priest-la-Prugne

https://www.lyoncapitale.fr/actualite/dans-la-loire-les-dechets-radioactifs-menacent-la-riviere-de-la-besbre/

SCANDALE DES DÉCHETS NUCLÉAIRES À BURE: OUVERTURE DU PROCÈS ET MARCHE DE SOUTIEN

  Ils sont sept sur le banc des accusés du tribunal correctionnel de Bar-le-Duc, dans l’Est de la France, sept opposants à un projet d’enfouissement de déchets nucléaires, à Bure, une petite commune située à la limite des départements de la Meuse et de la Haute-Marne. Cigéo, le projet français de centre de stockage profond de déchets radioactifs, suscite dans toute la région une très vive opposition.

Juste avant l’ouverture de l’audience, un groupe de commerçants de Bar-le-Duc anti-Cigéo montait une cantine pour le déjeuner et offrait des cafés. Tout cela sur fond de comédie musicale montée par