ANGERS : DES MANIFESTANTS RASSEMBLÉS POUR INTERDIRE L’ARMEMENT NUCLÉAIRE DANS LE MONDE

Les militants pacifistes se sont brièvement fait entendre en début d’après-midi, samedi 22 janvier dans le centre d’Angers.

Une brève manifestation d’opposants à l’armement nucléaire s’est tenue ce samedi 22 janvier, en début d’après-midi, en haut de la rue Saint-Aubin à Angers.

Une trentaine de manifestants entendaient marquer le premier anniversaire de l’entrée en vigueur du Traité sur l’interdiction des armes nucléaires, qui est un traité international émanant des Nations Unies et qui a pour projet d’interdire à terme les armes nucléaires dans le monde.

Ces manifestants répondaient à l’appel des Anciens Appelés en Algérie et leurs amis contre la guerre (4ACG), La France Insoumise, la Libre Pensée, le mouvement ATTAC, la FSU, La Ligue des Droits de l’homme, le Mouvement de la Paix, la CGT, les Jeunes pour le climat, etc.

Participer à un « processus porté par l’ONU »

Plusieurs prises de parole se sont succédé. Un militant de la 4ACG a lu un texte de Gaston Coûté intitulé « La Paix ». Enfin, ont été proposées des pétitions demandant au président de la République de participer, en mars prochain à Vienne en Autriche, à la première réunion des États prenant part au traité d’interdiction des armes nucléaires. Il s’agit, dit le texte de la pétition, de ne pas isoler notre pays d’un processus multilatéral porté par l’ONU.

Le principe de ce traité avait été adopté en 2017 par 122 États, mais sans la France. Ce traité est finalement entré en vigueur le 22 janvier 2021. 59 pays l’ont ratifié à ce jour, dont Malte, l’Autriche et l’Irlande. Selon les manifestants, ce traité d’interdiction est la suite logique de celui de non-prolifération quasiment universellement reconnu dans le monde et signé par la France en 1968.

Par Jean-Yves LIGNEL (Le Courrier de l’Ouest), publié le 22/01/2022 à 17h32

Photo en titre : Les manifestants ont voulu marquer ce premier jour anniversaire de l’entrée en vigueur du Traité d’interdiction des armements nucléaires. | PHOTO CO

https://www.ouest-france.fr/pays-de-la-loire/angers-49000/angers-des-manifestants-rassembles-pour-interdire-l-armement-nucleaire-dans-le-monde-98ccd486-7b9e-11ec-94c1-45b869ad3da4

UNE ENQUÊTE PUBLIQUE POUR PROLONGER LE FONCTIONNEMENT DU VIEUX RÉACTEUR N°1 DU TRICASTIN EST OUVERTE PENDANT QUELQUES SEMAINES. RÉAGISSEZ, DITES NON !

EDF veut et espère prolonger de dix années de plus le fonctionnement d’un des plus vieux réacteurs nucléaires de France, le n°1 situé au Tricastin en zone sismique et en zone inondable, délabré et fissuré. Après des rafistolages sa durée de vie, initialement prévue à 30/40 ans, serait portée à 50 ans. Pour ce faire une enquête publique est ouverte du 13 janvier au 14 février 2022. Si les habitants de la vallée du Rhône, et d’ailleurs, sont appelés à donner leur avis ce délai très court ne permettra pas à une majorité d’en être informée, de consulter le dossier de plusieurs centaines de pages et d’en analyser le contenu, de pouvoir se faire une opinion éclairée. C’est, une fois de plus, un nouveau coup de force perpétré par la nucléocratie contre la démocratie, la santé et la sécurité de la population. Si le réexamen passe, l’ASN donnera son feu vert et ce sera banco pour 10 ans de plus, voir 20 ans de plus, de fonctionnement du nucléaire en France.

Une réglementation taillée sur mesure pour satisfaire les exigences du lobby nucléaire

Le code de l’environnement français prévoit que chaque réacteur atomique doit tous les 10 ans faire l’objet d’un réexamen « approfondi » afin d’apprécier la situation de l’installation nucléaire de base (INB) au regard des règles édictées par l’Autorité de Sûreté Nucléaire établis en accord avec le lobby nucléaire. L’article L.593-1 prévoit d’actualiser l’appréciation des risques ou inconvénients concernant la sécurité, la santé, la salubrité publique, la protection de la nature et de l’environnement au regard des pratiques internationales actualisées de la nucléocratie censée intégrer les enseignements des catastrophes nucléaires et défaillances multiples subis par l’installation.

Passée la 35ème année de fonctionnement d’un réacteur, l’exploitant nucléaire d’une INB (EDF, Areva-Orano, CEA) propose de possibles solutions pour tenter de remédier aux dysfonctionnements, incidents, anomalies constatées. Avec l’aval de l’ASN des travaux partiels sont entrepris pendant cette « VD4 » (pour le réacteur n°1 du Tricastin du 01 juin 2019 au 23 décembre 2019) puis une visite décennale des 40 ans par les inspecteurs de l’ASN est effectuée en vue d’enclencher une procédure d’autorisation de poursuite de fonctionnement de l’installation (article L. 593-15 du code de l’environnement).

En zone sismique et inondable sans piscine de déchets nucléaires bunkérisée

Mais l’ensemble du site atomique du Tricastin et sa douzaine d’installations nucléaires (Areva-Orano, EDF, CEA) se trouvent en zone sismique comme nous l’a rappelé le tremblement de terre/séisme du Teil 11 novembre 2019 ressenti jusqu’au Tricastin (à ce jour la définition de l’aléa sismique du site nucléaire du Tricastin n’a toujours pas été réévaluée). Et les quatre réacteurs atomiques tout comme les autres installations nucléaires sont exposés et sous la menace permanente d’un risque d’inondation du fait de la mitoyenneté du canal de Donzère-Mondragon dont les digues sont fragilisées malgré les réparations multiples effectuées de-ci de-là. Si les réacteurs nucléaires sont noyés c’est la fonte des cœurs atomiques comme à Fukushima. D’autant que malgré l’installation de moteurs diesel d’ultime secours (DUS) pouvant produire un peu d’électricité pour alimenter la centrale nucléaire pendant un peu plus de 24h la presse a révélé qu’ils étaient affectés d’un problème d’huile pouvant déclencher un incendie lors de leur mise en route (Dans un rapport de l’autorité de sûreté américaine des feux se sont déclenchés sur 9 des 20 machines testées, EDF semble ne pas en avoir tenu compte).

De plus les piscines qui stockent les produits de fission atomique usés (faussement nommé « combustible« ) pendant dix ans pour attendre une diminution du niveau de radioactivité mortelle avant de pouvoir les manipuler sont situées au pied de chaque réacteur nucléaire. Or leur confinement bunkérisé n’a jamais été prévu au Tricastin. Et à la place, l’ASN et EDF ont seulement décidé de mesurettes complémentaires pour tenter de compenser une perte d’eau froide en cas de brèche et de perte d’eau des piscines : un dispositif de refroidissement mobile serait apporté d’ailleurs sur site par la Force d’Action Rapide Nucléaire (FARN) qui prélèverait alors l’eau nécessaire dans la nappe souterraine. Sans aucune certitude sur la possibilité d’approcher les piscines en cas d’accident nucléaire, de séisme ou d’inondation.

Et, avec le réchauffement climatique, l’eau pompée dans le canal indispensable pour refroidir en permanence les réacteurs atomiques et dans la nappe phréatique ponctuellement pourrait venir à manquer. Un risque supplémentaire.

Un enjeu majeur pour le business contre la santé et la sécurité du territoire et de la population

EDF a ainsi remis son « rapport de conclusion de réexamen » du réacteur n°1 du Tricastin à l’ASN, tout bien présenté et embellit, car la prolongation jusqu’à 50 ans est un enjeu crucial pour le business de l’entreprise. En effet ce réacteur nucléaire obsolète et rafistolé sert de « tête de pont  » à la série des 32 autres réacteurs nucléaires de 900MW disséminés un peu partout sur le territoire. Si le réexamen passe c’est banco pour 10 ans de plus, voir 20 ans de plus, de fonctionnement du nucléaire en France. Avec ses fuites à répétition, ses rejets quotidiens de radioactivité dans l’air et dans l’eau, la production de centaines de tonnes de déchets mortels.

Ce réacteur n°1 présente et cumule une vingtaine de fissures non-réparables dans sa cuve où se produit la réaction atomique malgré les travaux entrepris (1), des incidents surviennent régulièrement et plusieurs arrêts en urgence (Scram) ont eu lieu sur les quatre réacteurs de la centrale atomique, des salariés sont victimes de la radioactivité (2), 44 incidents entre 2010 et 2020 répertoriés par l’ASN (3) rendent le risque d’accident grave de plus en plus probable et inévitable. Toute la région serait alors évacuée de force par l’armée, les maisons, jardins, commerces et entreprises, champs et vignes seraient durablement contaminés. Toute la vallée du Rhône serait sinistrée, l’axe Paris-Lyon-Marseille serait coupé et impraticable (4) sans retour possible à la normale (les catastrophes nucléaires de Tchernobyl et Fukushima le démontrent).

L’enquête publique ouverte du 13 janvier au 14 février 2022 : les dés sont pipés

L’enquête publique doit permettre au public de se prononcer sur la poursuite ou non de fonctionnement de ce réacteur.

Mais les dés sont pipés : le périmètre de l’enquête publique défini par le préfet de la Drôme est de seulement 5 km autour de la centrale alors que le Plan Particulier d’Intervention (PPI) de la zone à évacuer en cas d’incident est de 20 km. Réglementation de 20 km qui nie d’ailleurs toujours la réalité : les nuages radioactifs parcourent des centaines et milliers de km autour des sites atomiques en perdition comme à Tchernobyl (1200km) et à Fukushima (450km).

Avec cette limitation à 5 km EDF et l’ASN manipulent, s’assurent d’un résultat conforme à leurs vœux et exigences et jouent sur du velours : les études quasi annuelles réalisées par l’Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire (IRSN) montrent que plus on habite près d’un site nucléaire plus on est favorable au nucléaire du fait qu’un nombre important de personnes travaillent dans le nucléaire, que leur famille et les commerçant tout comme les communes y perçoivent des avantages financiers.

Après les nombreux incidents et anomalies qui se sont produits sur ce réacteur depuis sa remise en service après sa visite décennale et les révélations d’un cadre-ingénieur de la centrale nucléaire avec  plainte en justice contre la direction du site nucléaire d’EDF-Tricastin pour « mise en danger de la vie d’autrui », dissimulation d’incidents et d’écarts en matière de sureté et intimidations dont il a été l’objet pour le faire taire (5) : il est indispensable de DIRE NON à la prolongation lors de cette enquête publique. 45 000 personnes ont signé une pétition demandant l’arrêt immédiat du réacteur n°1, pétition qui sera remise au Commissaire-enquêteur.

Si vous habitez dans les 20 km autour de la centrale nucléaire : informez-vous dans votre mairie et/ou passez voir le commissaire enquêteur dans ses permanences (5). Si vous habitez ailleurs, vous pourrez envoyer vos commentaires par e-mail depuis le 13 janvier 2022 : enquete-publique-2797@registre-dematerialise.fr à l’intention de Monsieur Bernard Brun, Président de la commission d’enquête publique du prolongement du réacteur n°1 du Tricastin.

NOTES

(1) La cuve est fragilisée par une vingtaine de fissures dont nul ne connait et ne peut prédire l’évolution malgré l’introduction d’un matériau absorbeur de neutrons (hafnium) dans les zones les plus irradiées par les neutrons faisant face aux assemblages/crayons de produits de fission radioactive.

(2) Tricastin. Rescapé d’un cancer, il dénonce les dangers du nucléaire : « Nous sommes de la chair à canon ».

(2) Un nouveau florilège de défaillances et erreurs inquiétantes à la centrale atomique du Tricastin
. Fake News institutionnelle : Non Tricastin 1 n’a pas reçu le feu vert de l’ASN pour son exploitation au-delà de 40 ans et Test-simulation au Tricastin-EDF : très loin du niveau indispensable pour empêcher une pollution environnementale
. Encore une fuite de tritium radioactif à la centrale nucléaire du Tricastin : 2000 litres mortels déversés atteignant jusqu’à 28 900 Becquerel par litre
. Pollutions et contaminations radioactives du Tricastin : rien n’a changé depuis le référé de 2013 contre EDF et l’ASN.
. Défaillance sur le réacteur n°3 du Tricastin. Risques accrus pour la sécurité?
. Tricastin : arrêt d’urgence du réacteur atomique n°2
. Tricastin : coup de chaud sur le refroidissement après la défaillance d’une pompe du réacteur n°1
. Nouvelles découvertes de défauts de résistance au séisme de 19 réacteurs nucléaires de 900 MWe d’EDF dont 2 réacteurs au Tricastin et 4 à Cruas
. Alerte sur 28 réacteurs nucléaires de 900 MWe d’EDF : les grappes de commande ont été mal contrôlées n’assurant plus la maîtrise de la réaction en chaîne atomique
. Tricastin : ça va de plus en plus mal
. Prochain arrêt du réacteur n°4 de Tricastin : un plan de réparations et d’entretien qui néglige copieusement la sécurité et oublie beaucoup de contrôles et remise en état
. Alarme incendie au Tricastin dans le bâtiment du réacteur nucléaire n°4
. Tricastin : défaillance sur le système d’extraction d’iode radioactive du réacteur atomique n°2
.
3 réacteurs de Tricastin à l’arrêt !
.
Défaillance du réacteur nucléaire n°1 du Tricastin qui sert de test pour prolonger au delà des 50 ans tout le parc de 900MW

(3) http://coordination-antinucleaire-sudest.net/2012/index.php?post/2021/06/18/Centrale-nucleaire-du-Tricastin_quels-territoires-seraient-touches-en-cas-d-accident-majeur

(4) Ce lanceur d’alerte révèle que tout a été fait pour donner la meilleure image possible de la centrale nucléaire et de ce réacteur avant la visite décennale des 40 ans, quitte à passer sous silence ou à minimiser certains incidents au mépris des règles fondamentales de sûreté.

(5) La commission d’enquête est composée de : Président : M. Bernard Brun, Urbaniste territorial, retraité, – Titulaires : M. Henri Vigier, Ingénieur agronome, retraité, M. Alain Valade, Cadre de l’Industrie, retraité, M. Pierre Feriaud, Ingénieur, retraité, M. Patrick Leture, Officier de la Marine nationale, retraité.

Présences en mairies pour recevoir les observations du public où le public peut consulter le support (papier) aux jours et heures d’ouverture de la mairie, et consigner ses observations et propositions directement sur les registres d’enquête:
– Jeudi 13 janvier 2022 de 09h00 à 12h0 et Jeudi 27 janvier 2022 de 17h00 à 20h00 et Samedi 05 février 2022 de 09h00 à 12h00 et Lundi 14 février 2022 de 14h30 à 17h30 en mairie de ST-Paul les 3 châteaux
– Lundi 17 janvier 2022 de 14h00 à 17h0 et Jeudi 03 février 2022 de 14h00 à 17h00 en mairie de Lamotte du Rhône
– Lundi 17 janvier 2022 de 15h00 à 18h0 et Mardi 1er février 2022 de 09h00 à 12h00 en mairie de Pierrelatte
– Jeudi 20 janvier 2022 de 09h00 à 12h0 et Mardi 08 février 2022 de 14h00 à 17h00 en mairie de Bollène
– Mardi 25 janvier 2022 de 09h00 à 12h0 et Vendredi 04 février 2022 de 09h00 à 12h00 en mairie de La Garde Adhémar
– Vendredi 28 janvier 2022 de 15h00 à 18h00 et Vendredi 04 février 2022 de 09h00 à 12h00 en mairie de Saint Restitut
– Jeudi 03 février 2022 de 17h00 à 20h00 et Samedi 12 février 2022 de 09h00 à 12h00 en mairie de Lapalud

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Par admin, publié le vendredi 21 janvier 2022 à 10h06

http://coordination-antinucleaire-sudest.net/2012/index.php?post/2022/01/22/enquete-publique-prolongation-fonctionnement-reacteur-1-Tricastin

LE GÉNÉRAL BERNARD NORLAIN : « PARLER DE LA DISSUASION COMME LA GARANTIE ULTIME, C’EST PROMETTRE UNE LIGNE MAGINOT NUCLÉAIRE »

Tribune par Bernard Norlain, Général d’armée aérienne (2S)

Les armes nucléaires coûtent cher, donnent une fausse assurance de sécurité et risquent d’être dépassées face aux nouvelles guerres cyber ou spatiale, affirme dans une tribune au « Monde », le général d’armée aérienne, président d’Initiatives pour le désarmement nucléaire.

Tribune. La dissuasion nucléaire s’est invitée récemment dans la campagne présidentielle. Alors que le candidat de La France insoumise, Jean-Luc Mélenchon, s’interrogeait sur son utilité, le député La République en marche de l’Eure Fabien Gouttefarde en a justifié le maintien dans une tribune publiée par Le Monde le 31 décembre 2021, reprenant les arguments du complexe militaro-industriel et politique. Il suffit pourtant de les passer en revue pour se rendre compte que ces arguments sont pour le moins éculés.

Il en va ainsi du coût prétendument faible de la dissuasion nucléaire. Tout est évidemment relatif. Ramener le coût annuel de l’arme nucléaire à un calcul par habitant n’a pas de signification s’il n’est pas comparé. En revanche, il est choquant de savoir que les crédits affectés à la dissuasion nucléaire ont été doublés dans la loi de programmation militaire 2019-2025, passant de 3 à 6 milliards d’euros par an. Cela ne pourra se faire, malgré l’augmentation du budget des armées, qu’au détriment des forces conventionnelles pourtant sur le terrain en permanence, au détriment des investissements dans les nouvelles technologies et les nouveaux espaces conflictuels, comme le cyberespace ou l’espace extra-atmosphérique, ou encore au détriment de la lutte contre les nouvelles menaces globales, climatiques et sanitaires notamment.

Inévitable escalade

Un autre argument invoqué est l’implication très forte des armées et de l’industrie de défense en faveur de la dissuasion nucléaire. En tant que militaire, je ne puis que confirmer la compétence et le dévouement des personnels civils et militaires engagés dans la défense de notre pays. Toutefois, suggérer que leurs qualités morales et professionnelles sont liées à la mise en œuvre de l’arme nucléaire, c’est nier leur valeur intrinsèque. Ces qualités leur appartiennent en propre. Elles sont au service de la France et ne dépendent pas d’une arme, quelle qu’elle soit.

Par ailleurs, prétendre être leur interprète relève de l’imposture. C’est oublier que, étant en situation d’activité, ils sont astreints au devoir de réserve. En revanche, nombreux sont les militaires en France et à l’étranger qui, n’étant plus en activité, ont exprimé leur conviction selon laquelle la dissuasion nucléaire est désormais inutile et dangereuse.

Quant à l’argument des bienfaits technologiques et économiques qu’apporterait la dissuasion nucléaire, il ignore que la plupart des chercheurs et des entreprises qui y contribuent pourraient très bien se reconvertir dans d’autres domaines plus porteurs d’avenir.

Autre élément souvent mis en avant par ses thuriféraires : la dissuasion nucléaire, c’est-à-dire la capacité et la volonté d’exterminer des millions de civils innocents sur décision d’un seul homme, assurerait la sécurité de notre pays. C’est oublier qu’elle repose sur un pari, celui de la rationalité d’un agresseur éventuel. Dans ces conditions, parler de garantie ultime de sécurité ne peut que donner à nos concitoyens, pourtant les premiers concernés, une fausse assurance de sécurité. C’est leur promettre une ligne Maginot nucléaire. Comme l’admettent le député Fabien Gouttefarde et le gouvernement, la dissuasion peut échouer, puisqu’il faudrait la « rétablir » en lançant une frappe nucléaire d’ultime avertissement. Une telle frappe entraînerait une escalade nucléaire aboutissant à la destruction de la France.

Invoquer la course aux armements pour justifier que notre pays s’y joigne équivaut à souhaiter l’abolition du code pénal au motif qu’il existe des criminels. Nous prônons au contraire un désarmement progressif et multilatéral, reposant sur des traités internationaux vérifiables. N’oublions pas que la majorité des pays du monde [mais ni la France ni aucune autre puissance nucléaire] a adopté le traité sur l’interdiction des armes nucléaires, entré en vigueur en janvier 2021, qui rend illégales les armes nucléaires en droit international. Rappelons aussi que la France, comme les autres puissances nucléaires « officielles », s’était engagée à les éliminer en vertu de l’article VI du traité de non-prolifération auquel la France a adhéré en 1992.

En proclamant que la dissuasion nucléaire constitue sa garantie ultime de sécurité, la France tient un discours proliférant qui ne peut qu’inciter d’autres pays à se doter de l’arme nucléaire et donc augmenter le risque de déclenchement d’explosions nucléaires, qu’elles soient volontaires ou accidentelles.

Vision passéiste

Enfin, et comme le reconnaît le député Fabien Gouttefarde, la stratégie nucléaire est déjà vulnérable aux technologies disruptives telles que la guerre spatiale, mais aussi la cyberguerre, l’intelligence artificielle, les technologies quantiques, les armes hypersoniques, etc. Une étude récente de l’association Initiatives pour le désarmement nucléaire [« Les nouvelles technologies et la stratégie nucléaire », publiée en novembre 2021], s’appuyant sur des travaux d’autres experts, l’a démontré. Investir aujourd’hui, par exemple, dans des sous-marins nucléaires prévus pour naviguer jusqu’en 2090 trahit une vision passéiste d’un paysage stratégique en constante évolution. Qui peut dire quels seront les défis de sécurité de la fin du siècle ? Le monde bouge et ne manquera pas de nous surprendre, alors que notre doctrine reste figée depuis soixante ans et que nous nous condamnons à l’immobilisme pour des décennies en concevant des systèmes d’armement dépassés.

Comme trop souvent, nous cédons à la facilité de reproduire le passé et, le plus souvent, ses erreurs. Plus que tous les arguments des partisans et des adversaires de l’arme nucléaire, c’est ce manque d’ambition et d’imagination qui est le plus désolant et dont les conséquences seront désastreuses pour notre capacité à relever les défis de sécurité de demain.

Enfin, ce que notre député, convaincu de l’infaillibilité de la dissuasion nucléaire, ne dit pas, ce sont les conséquences dévastatrices de l’emploi accidentel ou volontaire de l’arme nucléaire, la souffrance et la mort pour des populations entières qui n’auront jamais été consultées et, en définitive, la survie de la planète en question.

Par Bernard Norlain (Général d’armée aérienne (2S)), publié le 22 janvier 2022 à 05h23, mis à jour à 06h58

Bernard Norlain est général d’armée aérienne (2S), pilote de chasse et président d’Initiatives pour le désarmement nucléaire. Il a été chef du cabinet militaire des premiers ministres Jacques Chirac et Michel Rocard, il a dirigé l’Institut des hautes études de défense nationale et est le président d’honneur du Comité d’études de défense nationale.

Photo en titre : Hiroshima après le bombardement (Wikipédia)

https://www.lemonde.fr/idees/article/2022/01/22/le-general-bernard-norlain-parler-de-la-dissuasion-comme-la-garantie-ultime-c-est-promettre-une-ligne-maginot-nucleaire_6110511_3232.html

PRÉSIDENTIELLE 2022 : LE RETOUR EN GRÂCE DU NUCLÉAIRE NE MÉRITE-T-IL PAS UN DÉBAT ?

Longtemps, le nucléaire a été une fierté nationale , une réussite commerciale, un symbole d’indépendance. Dans le sillage des années De Gaulle et Pompidou, la France turbinait à tout va, construisait des centrales, exportait son savoir-faire loin des limites de l’Hexagone. La donne a changé en 1986 et la catastrophe de Tchernobyl. La prise de conscience du risque industriel et l’éveil écologique ont eu raison de l’image de la filière.

De fleuron national, le nucléaire est devenu boulet planétaire. Pris entre deux feux, l’impératif industriel et l’enjeu écologique, la France et ses décideurs successifs ont vivoté, hésité, tergiversé. Les Français se sont collectivement convaincus de ne plus investir dans le nucléaire. Mais sans réfléchir aux deux seules alternatives possibles : le déploiement d’énergies renouvelables ou une plus grande sobriété énergétique. (NDLR : ou plutôt les 2 !)

En 2011, la catastrophe de Fukushima a fini de figer ce paradoxe. François Hollande a été élu en promettant de réduire à 50 % la part du nucléaire dans la production d’électricité en 2025. Comme ses prédécesseurs (et son successeur), il n’en a rien fait. Et en 2020, l’atome pesait toujours pour 67,07 % de la production électrique française.

En 2022, miracle du lobbying , le nucléaire devient une « industrie décarbonée » dans laquelle les quatre candidats susceptibles, selon les sondages, d’accéder au second tour de la présidentielle proposent d’investir. Problème, à force de ne pas avoir entretenu ses centrales, la France a un sérieux problème. C’est ce que vient de rappeler Bernard Doroszczuk, le président de l’Autorité de sûreté nucléaire : « La prolongation d’exploitation (des centrales) ne doit pas être la variable d’ajustement d’une politique énergétique qui aurait été mal calibrée. » C’est pourtant ce que suggère l’actuelle campagne électorale. A-t-on besoin d’un nouvel accident pour se persuader qu’il faut en débattre ?

Par Luc BOURRIANNE (Rédacteur en chef adjoint chez L’Est Républicain), publié le 21 janvier à 05h00

Photo en titre : Luc Bourrianne, photo ER /Patrice Saucourt

https://www.estrepublicain.fr/actualite/2022/01/21/presidentielle-2022-le-retour-en-grace-du-nucleaire-ne-merite-t-il-pas-un-debat

2022, ANNÉE DE LA MOBILISATION CITOYENNE SIGNEZ LA PÉTITION

Ce samedi 22 janvier 2022, marque le premier anniversaire de l’entrée en vigueur du Traité sur l’interdiction des armes nucléaires (TIAN). La France continue d’ignorer ce processus multilatéral de l’ONU. Faites entendre votre refus de voir la France laisser son siège vide à l’ONU en signant et en diffusant la pétition de notre Campagne.

ENSEMBLE POUR FAIRE CHANGER 

LA POSITION DE LA FRANCE

La Campagne ICAN France, conduite par de très nombreuses organisations*, lance ce 22 janvier 2022, une pétition pour demander au Président de la République la participation de la France, en qualité d’observateur, à la première réunion (20/22 mars, ONU, Vienne) des États Parties au Traité sur l’Interdiction des Armes Nucléaires.

Le Président de la République, le 7 février 2020, a déclaré que la France « prendra ses responsabilités, en particulier en matière de désarmement nucléaire, comme elle l’a toujours fait ». Il a réitéré le 4 janvier 2022 en affirmant, avec les principales puissances nucléaires, « qu’une guerre nucléaire ne peut être gagnée et ne doit jamais être menée ». Il a donc l’occasion de mettre ces paroles en acte.

La France qui ne cesse, quel que soit son gouvernement, de dire qu’elle est un État responsable, n’a pas le droit de :

  • s’isoler de la scène internationale et européenne ; 
  • refuser le dialogue en vue d’agir pour notre sécurité humaine et environnementale face aux arsenaux nucléaires qui nous menacent en permanence.

Merci de votre signature sur : http://icanfrance.org/petition/

Avec votre signature nous pouvons créer un mouvement pour faire évoluer cette position. Signez cette pétition qui demande au Président Macron, de ne pas isoler la France d’un processus multilatéral portée par l’ONU, en acceptant de faire participer notre État, en qualité d’observateur, à la première réunion du TIAN.

L’avis positif des Françaises et des Français pour ce traité s’est manifesté à différentes reprises entre une majorité (67 %, en 2018) qui souhaite la ratification de ce traité ou encore par la multiplication du nombre de parlementaires et de villes (Paris, Lyon, Grigny, etc.) qui le soutiennent.

*Avec les organisations nationales membres ou en accord avec cette action : Abolition des armes nucléaires–Maison de Vigilance, Europe Écologie Les Verts, Initiatives pour le Désarmement Nucléaire, Justice et Paix, La France Insoumise, Ligue des droits de l’Homme, Mouvement International de la Réconciliation, Mouvement national de lutte pour l’environnement, Mouvement pour une alternative non-violente, Mouvement Rural de Jeunesse Chrétienne Mouvement Utopia, Mouvement de la Paix, Observatoire des armements, le Parti Communiste, Pax Christi France, Pugwash France, Réseau Féministe Ruptures, Réseau Sortir du nucléaire. 

Et les associations locales : Agir pour le désarmement nucléaire Franche-Comté, Feyzin-Europe, Mouvement poétique pour une société idéale oubliée, Négajoule !

Publié le samedi 22 janvier 2022

http://5o83.mj.am/nl2/5o83/mjv02.html?m=AMIAALrs2ZwAAcqpWqIAAGLx0koAAP-Nb5wAF4DQAAUbfwBh60A4nsOo9-CtT4agQf_Fxduc4wAE5Zk&b=829cf591&e=43a40564&x=VOj1JdqLykFfTkrt5uA3x2nD98ZCrhpSNcIYMdikAUo

NUCLÉAIRE : LE LUXEMBOURG S’INQUIÈTE DE L’ÉTAT DE LA CENTRALE DE CATTENOM, EN MOSELLE

Les autorités luxembourgeoises demandent à la France pourquoi la centrale de Cattenom, en Moselle, n’a pas été fermée alors qu’un problème de corrosion, qui pourrait être générique, a été détecté sur un des réacteurs de la centrale de Penly, qui appartient à la même génération.

Le Luxembourg a exprimé vendredi son inquiétude au sujet de la centrale nucléaire française de Cattenom (Moselle), localisée non loin de sa frontière, après un problème de corrosion identifié récemment sur un réacteur de la même famille.

Le ministre de l’énergie Claude Turmes et son homologue de l’environnement Carole Dieschbourg ont cette semaine adressé un courrier à l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) française pour demander des éclaircissements sur la situation dans la centrale nucléaire.

Un problème de corrosion découvert à Penly

« Est-ce que les réacteurs de la centrale de Cattenom sont affectés par cette anomalie », déjà détectée ou soupçonnée sur 5 réacteurs français, demandent-ils notamment dans cette lettre. « On demande à l’ASN pourquoi vous avez fermé Penly et pourquoi vous n’avez pas fermé Cattenom, alors que Cattenom est exactement de la même famille ou génération », a expliqué à l’AFP Claude Turmes, ministre de l’Énergie du Luxembourg, en marge d’une réunion à Amiens avec ses homologues européens.

Un problème de corrosion sur un système de sécurité, à l’origine identifié sur les réacteurs les plus puissants et récents du parc français, a également été détecté sur un réacteur (Penly 1) d’une famille moins puissante. Le problème a été découvert alors que le réacteur était à l’arrêt pour une visite technique.

Les autres réacteurs de même type potentiellement touchés

Le réacteur de Penly appartient à une famille (ou palier) de réacteurs de 1,300 MW de même génération, qui en compte douze au total, dont les 4 réacteurs de la centrale de Cattenom. Ils sont actuellement tous les quatre en activité.

Le président de l’ASN Bernard Doroszczuk avait mercredi qualifié le problème de corrosion de « sérieux », notamment car « il possède un caractère potentiellement générique », c’est-à-dire qu’il pourrait toucher une famille entière de réacteurs.

EDF a engagé jusqu’à la fin du mois un réexamen documentaire des contrôles effectués dans le passé sur l’ensemble du parc nucléaire français. Selon les résultats de cette revue, il faudra peut-être réaliser des contrôles physiques sur des réacteurs si des soupçons de corrosion apparaissent, puis des réparations en fonction des résultats de l’inspection. Cela pourrait nécessiter des mises à l’arrêt de réacteurs.

Cela fait de longues années que le Luxembourg, inquiet que la centrale ne « raye le Grand-Duché de la carte », demande la mise à l’arrêt de Cattenom. En 2016 déjà, le Premier ministre Luxembourgeois, Xavier Bettel, n’y allait pas par quatre chemins : « Notre plus grand souhait serait que Cattenom ferme. (…) C’est un site qui nous fait peur, ça ne sert à rien de le cacher ».

Par Le Parisien avec AFP, publié le 21 janvier 2022 à 23h16

Photo en titre : Le président de l’Autorité de sûreté du nucléaire avait mercredi qualifié le problème de corrosion à Penly de « sérieux », notamment car « il possède un caractère potentiellement générique », c’est-à-dire qu’il pourrait toucher une famille entière de réacteurs, dont ceux de la centrale de Cattenom. Illustration. (AFP/Jean-Christophe Verhaegen)

https://www.leparisien.fr/environnement/nucleaire-le-luxembourg-sinquiete-de-letat-de-la-centrale-de-cattenom-en-moselle-21-01-2022-NQQIZN4NIJAH7EFWFRFDWNUWP4.php

HORLOGE DE L’APOCALYPSE : COMBIEN DE TEMPS AVANT LA FIN DU MONDE ?

Ce jeudi, les scientifiques de l’ONG Bulletin of the Atomic Scientists ont dévoilé pour 75ème fois l’horloge de l’apocalypse, imaginée pour symboliser l’imminence d’un cataclysme planétaire. Comme en 2020, cette dernière est bloquée à minuit moins 100 secondes.

Le monde reste dangereusement proche de l’apocalypse. Ce jeudi, à 16 h 00, l’horloge de la fin du monde, imaginée en 1947 pour symboliser l’imminence d’un cataclysme planétaire, a été dévoilée pour la 75ème fois.

Pour la troisième année consécutive, les scientifiques de l’ONG Bulletin of the Atomic Scientists, en charge de cette horloge, , ont décidé de maintenir l’heure à minuit moins 100 secondes, soit le plus proche de minuit qu’elle n’ait jamais été.

Ces deux dernières années, l’horloge avait déjà maintenu sa position, à 23 h 58 et 20 secondes. Si plusieurs bonnes nouvelles sont mises en avant, comme la prolongation du traité New Start entre la Russie et les États-Unis, plusieurs menaces contre l’humanité se maintiennent.

Prolifération du nucléaire

Sur le front du nucléaire, la décision de l’Iran d’accumuler de l’uranium permettant de produire une bombe atomique, mais aussi les difficultés de négociations entre Washington et Téhéran ont été prises en compte. La volonté de la Chine, de poursuivre son développement militaire, en testant un missile hypersonique à capacité nucléaire a aussi été pointée du doigt.

L’inquiétant programme nucléaire iranien en cinq questions

Dans le même temps, des craintes existent vis-à-vis de la Corée du Nord. Selon plusieurs sites spécialisés, le site de Yongbon n’est plus à l’arrêt. Ce dernier aurait la capacité de produire chaque année 6 kg de plutonium, de quoi fabriquer une arme nucléaire équivalente à la bombe larguée le 9 août 1945 sur Nagasaki. La volonté de l’Inde et du Pakistan de continuer à enrichir leur arsenal a également été mise en avant par les scientifiques.

Crainte d’une escalade en Russie et urgence climatique

Sur le plan diplomatique, l’assaut contre le Capitole a été mis en avant ainsi que les craintes d’une éventuelle offensive de la Russie en Ukraine se sont également multipliées au cours de l’année. Sur le plan du climat, cette année n’a pas non plus été synonyme de lendemain chantant pour l’humanité. La COP26 s’est terminée à Glasgow sur un bilan mitigé, alors que les alertes de la part du Giec se multiplient et que l’année 2021 compte parmi les sept années les plus chaudes jamais enregistrées.

Les conclusions du groupe d’experts de l’ONG, composé de 11 lauréats du prix Nobel, seront scrutées de près. Créée peu de temps après le début de la Guerre froide, en 1947, l’horloge indiquait à l’origine minuit moins 7. En 1991, à la fin de la Guerre froide, elle avait reculé jusqu’à 17 minutes avant minuit.

L’image de l’horloge s’écoulant jusqu’à minuit est destinée à transmettre le sentiment d’un péril urgent. Mais pour sa créatrice, Martyl Langsdorf, l’horloge est aussi synonyme d’espoir. Elle considérait que l’image de l’horloge « transmettait le sentiment que nous pouvons y faire quelque chose. Nous pouvons la faire reculer », résume Rachel Bronson, l’actuelle présidente du Bulletin of the Atomic Scientists.

Par Tifenn Clinkemaillié, publié le 20 janvier 2022 à 07h00, mis à jour le 20 janvier 2022 à 16h28

Photo en titre : Au cours des deux dernières années, l’horloge de la fin du monde est restée bloquée à minuit moins 100 secondes. (Getty Images/iStockphoto)

https://www.lesechos.fr/monde/enjeux-internationaux/horloge-de-lapocalypse-combien-de-temps-avant-la-fin-du-monde-1380452

LE MOUVEMENT DE LA PAIX POUR LE DÉSARMEMENT NUCLÉAIRE APPELLE SES COMITÉS ET SES AMI·E·S À MULTIPLIER LES ACTIONS

Conformément aux décisions du Conseil national du Mouvement de la Paix du 4 décembre 2021, le Mouvement de la Paix appelle ses comités et ses ami·e·s à multiplier les actions depuis le 21 janvier 2022 et dans les semaines suivantes pour demander que la France s’engage résolument pour le désarmement nucléaire et participe en tant qu’observateur à la première réunion des États parties au TIAN qui se réunira du 22 au 24 mars 2022 à l’Office des Nations Unies à Vienne.

Dans la situation actuelle, toutes les initiatives sont les bienvenues, en particulier les délégations auprès des parlementaires et auprès des préfectures et bien sûr toutes les actions publiques possibles et imaginables avec la distribution du dépliant TIAN 8 volets (à voir ici et disponible ici), et en remettant la lettre adressée aux parlementaires en juillet 2021.

Vous trouverez également ici le lien vers le petit film réalisé par le Mouvement de la Paix lors de la célébration de l’entrée en vigueur du TIAN en janvier 2021 devant l’assemblée nationale.

Enfin, c’est le moment de renforcer l’expression de notre exigence que la France ratifie le traité sur l’Interdiction des Armes Nucléaires en signant et en faisant signer autour de vous (amis, collègues de travail, famille), si ce n’est déjà fait, la pétition nationale.

Vous trouverez également :

Mais aussi :

Lyon, Paris, Le Mans, Angers, Tours, Lorient, Malakoff… Rassemblements le 22 janvier pour le 1er anniversaire du TIAN

À Lyon, place de la Comédie.
À Paris, Place Edmond Michelet.
Au Mans, Place de la République.
Aussi à Angers, Tours, Lorient, Malakoff…
Plus d’infos ici

Mouvement de la Paix, 9 rue Dulcie-September
93400 SAINT-OUEN, Tél :01.40.12.09.12

https://www.mvtpaix.org/wordpress/

Message reçu le 24 janvier à 16h26

CORDEMAIS : UN COLLECTIF CONTRE L’HYPOTHÈSE D’UNE MINI-CENTRALE NUCLÉAIRE

C’était en octobre 2021, Christelle Morançais, la Présidente de la Région Pays de la Loire, se disait favorable à l’implantation d’une mini-centrale nucléaire à la place de l’actuelle centrale à charbon. Une idée sans suite pour le moment mais qui mobilise malgré tout un nouveau collectif baptisé « Cordemais sans nucléaire« . Un pique-nique et un rassemblement sont déjà prévus à la fin du mois du mars. Une volonté aussi d’imposer le thème dans la campagne présidentielle.

Par Télénantes, publié le 20/01/2022 à 18h41

Regardez la vidéo (1mn46s) en cliquant sur : https://www.ouest-france.fr/pays-de-la-loire/nantes-44000/video-un-collectif-contre-l-hypothese-d-une-mini-centrale-nucleaire-34198254-ca29-413f-9dd0-1edd9edf6cf6

NUCLÉAIRE. C’EST QUOI CE PROBLÈME DE CORROSION QUI OBLIGE LA MISE À L’ARRÊT DE PLUSIEURS RÉACTEURS ?

Cinq réacteurs nucléaires sont concernés par des problèmes de corrosion. EDF étudie actuellement les raisons de ce qui est présenté comme un « phénomène inexpliqué« . Pour l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire, il s’agit d’un « événement sérieux« 

Les Français vont-ils subir des coupures d’électricité ou une baisse de tension cet hiver ? La question n’est pas aussi saugrenue qu’elle n’y paraît. Si un froid intense, conjugué à un manque de vent empêchant les éoliennes de tourner, s’installait, cela pourrait bien devenir un scénario envisageable. La raison : la capacité de production du parc nucléaire – qui représente 70% de l’électricité produite en France – est actuellement diminuée. 

Depuis la mi-janvier, sur les 56 réacteurs que compte l’Hexagone, 10 sont indisponibles. Le pays est privé de près de 20% de ses capacités de production. Au-delà de plusieurs visites décennales – nécessaires pour prolonger de dix ans la durée d’exploitation d’une centrale – entraînant un arrêt temporaire des réacteurs, un problème de corrosion est apparu dans cinq réacteurs. Un défaut qui a conduit EDF à stopper leurs productions.

« Rien ne saute aux yeux »

Parmi les réacteurs touchés, ceux des centrales de Civaux (Vienne), de Chooz (Ardennes) et de Penly (Seine-Maritime) sont parmi les plus puissants du parc français. L’anomalie constatée – des fissures dans le circuit d’injection de sécurité – reste pour le moment « un phénomène inexpliqué », selon EDF qui étudie le problème. En parallèle, l’entreprise va contrôler l’ensemble du parc nucléaire français à la recherche de nouveaux problèmes de ce type.

« Il s’agit d’un problème d’endommagement des tuyauteries qui résulte d’une corrosion sous contrainte engendrée par l’action conjuguée d’une contrainte mécanique résiduelle, liée aux opérations de soudage et d’un milieu agressif dans le circuit primaire principal », précise Karine Herviou, directrice générale adjointe en charge de la sûreté des installations nucléaires à l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN). Ceci engendre des fissures dans le système qui permet d’injecter de l’eau dans le circuit censé refroidir le cœur du réacteur, en cas de brèche.

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« Normalement, le choix des matériaux et la surveillance des fluides permet d’empêcher cela. L’acier inoxydable, constitué de fer, allié avec du chrome et du nickel ainsi que l’intensité des procédés de soudage sont fait pour éviter ce risque de corrosion sous contrainte « , indique la spécialiste. Pour ce qui est de l’origine du problème actuel, elle confirme que « rien ne saute aux yeux ».

Un événement jugé « sérieux« 

« Nous avons quelques pistes, mais elles restent à confirmer. Des expertises complémentaires en laboratoire vont être menées », ajoute-t-elle. Si, sur les 30 dernières années, 150 événements problématiques du même type ont été enregistrés dans le monde, le souci qui affecte les centrales françaises reste mystérieux pour le moment.  

Au stade actuel des connaissances, pour Karine Herviou, il est « difficile de se prononcer sur la dangerosité » de ce phénomène de corrosion, car il faut notamment savoir s’il est « évolutif dans le temps ». Même si ce souci n’est que de « l’ordre de quelques millimètres par an », pour l’experte, il « s’agit d’un événement sérieux »

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Que va-t-il se passer désormais ? « Nous attendons le dossier technique d’EDF qui doit expliciter le défaut et la stratégie mise en place pour corriger cette anomalie. À l’IRSN, nous rendrons un avis technique qui sera transmis à l’ASN (l’Autorité de sûreté nucléaire, ndlr) qui décidera si elle suit notre analyse ou non. C’est l’ASN qui a compétence pour imposer telle ou telle stratégie à EDF« , précise la directrice générale adjointe en charge de la sûreté à l’IRSN.  

Pour ce qui est du redémarrage des réacteurs concernés par ce problème de corrosion, il n’est pas prévu avant un moment. Celui de Penly est arrêté jusqu’au 30 mai. À Civaux, le premier réacteur doit reprendre du service le 31 août et le second le 31 décembre. Quant à Chooz, cela sera également en fin d’année 2022 pour le réacteur numéro 2. Concernant le réacteur numéro 1, le redémarrage reste pour l’instant fixé au 11 février.

Il va donc falloir espérer un hiver clément pour s’éviter les sueurs froides d’un éventuel black-out.

Par Julien CHAILLOU (France Live), publié le 21/01/2022 à 11h10

Photo en titre : © Les deux réacteurs de la centrale nucléaire de Civaux ont été mis à l’arrêt après la détection de problèmes de corrosion. Crédit : Wikipedia Commons

https://www.francelive.fr/article/france-live/nucleaire-c-est-quoi-ce-probleme-de-corrosion-qui-oblige-la-mise-a-l-arret-de-plusieurs-reacteurs-7256331/

NUCLÉAIRE : LA CONSTRUCTION DE NOUVEAUX EPR SERAIT « ABSURDE SUR LE PLAN INDUSTRIEL », SELON L’ASSOCIATION NÉGAWATT

Yves Marignac, porte-parole de l’association négaWatt, dénonce « l’absurdité » de la demande du gouvernement à EDF d’envisager la construction de nouveaux réacteurs nucléaires.

Dans une lettre, le gouvernement demande à EDF d’étudier la possibilité de construire six nouveaux réacteurs nucléaires de type EPR alors que le chantier à Flamanville accumule les difficultés. « Une décision absurde sur le plan industriel et par rapport aux projections énergétiques », dénonce mardi 15 octobre sur franceinfo Yves Marignac, consultant spécialiste du nucléaire et porte-parole de l’association négaWatt.

Y a-t-il une forme de paradoxe dans cette demande du gouvernement vu le retard du chantier de Flamanville ?

Yves Marignac : D’absurdité même. Le gouvernement ne fait pas que demander à EDF d’étudier l’hypothèse de construction de réacteurs EPR. Cette lettre est importante parce qu’elle va plus loin. Aujourd’hui, ce que demande le gouvernement à EDF, c’est de se préparer, se mettre en capacité de construire. Il vient de refermer les options et de décider d’ores et déjà qu’en 2021, EDF construira de nouveaux réacteurs. C’est absurde sur le plan industriel compte tenu du fiasco actuel et absurde par rapport aux projections énergétiques sur l’évolution de notre système.

Ça veut dire que le gouvernement n’attend pas de voir jusqu’où va le chantier de l’EPR de Flamanville pour lancer d’autres réacteurs du même type ?

En 2007, EDF commence le chantier de l’EPR de Flamanville. À l’époque, c’est pour préparer le remplacement des réacteurs actuels lorsqu’ils atteignent 40 ans. Entre-temps, EDF annonce qu’il va repousser cette reconstruction et prolonger la durée de vie de ces réacteurs. Cela a pour effet aujourd’hui de refermer l’opportunité politique de démarrer ce programme de nouveaux réacteurs. Chaque jour qui passe rend les renouvelables plus compétitifs et l’attrait des Français pour un changement de système énergétique plus important. La fenêtre politique pour lancer des EPR se ferme et je pense que le gouvernement essaie de passer en force.

On peut aussi se dire qu’il faut agir vite pour remplacer les centrales vieillissantes ?

Cela fait plus de dix ans que l’on sait que cette perspective est devant nous, que les gouvernements successifs ne font que gagner du temps en repoussant toute décision, en misant tout sur la prolongation de la durée de vie des réacteurs nucléaires malgré tous les risques industriels et financiers que cela représente. Donc on ne peut pas, après toutes ces années d’attentisme et alors même que le temps multiplie les options possibles, dire qu’il faut absolument enclencher ces constructions. Du point de vue des objectifs de la loi Énergie et climat, qui vise la réduction à 50% de la part du nucléaire dans la production d’électricité en 2035, si on prolonge la durée de vie des réacteurs actuels, on n’a pas du tout besoin de se presser dans la construction de nouveaux EPR pour maintenir ces objectifs. Le crédit qu’EDF a totalement perdu au vu du retour d’expérience de Flamanville et de Hinkley Point (en Angleterre) en matière de promesse sur les coûts et les délais, impose aujourd’hui une plus grande prudence.

EDF est-il en capacité de produire ces six EPR supplémentaires ?

Tout le pari du gouvernement est de penser que relancer ce programme de construction va redresser EDF. Or c’est le contraire qui risque de se produire, puisque cela vient alourdir financièrement les charges sur une entreprise déjà en difficulté pour faire face aux coûts qu’elle doit couvrir. Il y a un sentiment de fuite en avant et d’impasse industrielle dont ni EDF ni le gouvernement n’assument de devoir sortir. Il est urgent de mettre à plat les enjeux et de s’engager dans une vraie diversification de notre système électrique dont on parle depuis plus de dix ans et que le gouvernement peine à mettre en œuvre.

Article rédigé par franceinfo Radio France, publié le 15/10/2019 à 22h51

Photo en titre : L’EPR de Flamanville, dans la Manche. (CHARLY TRIBALLEAU / AFP)

https://www.francetvinfo.fr/sante/environnement-et-sante/nucleaire-la-construction-de-nouveaux-epr-serait-absurde-sur-le-plan-industriel-selon-l-association-negawatt_3660635.html

NOUVEAU SONDAGE EXCLUSIF : QUE PENSENT LES FRANÇAIS DE LA PLACE À DONNER À L’ÉNERGIE NUCLÉAIRE ?

Dans un sondage IFOP révélé aujourd’hui, 58 % des Français se déclarent prêts à voter pour un candidat à la présidence de la République qui engagerait le pays dans une politique énergétique incluant la sortie du nucléaire et le développement des énergies renouvelables.

À trois mois de l’élection présidentielle 2022, et dans un contexte de flambée inédite des prix de l’énergie, les questions de politique et de transition énergétiques, et en particulier la place à donner à l’énergie nucléaire, divisent les candidats. Mais qu’en pensent les Français ? C’est ce qu’a tenté d’établir l’IFOP – une des principales entreprises de sondage d’opinion et d’étude de marché en France – lors d’une enquête menée début janvier auprès d’un échantillon de 1006 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus.

Inquiets à l’égard de l’énergie nucléaire

Bien que les catastrophes de Tchernobyl ou Fukushima s’éloignent dans l’esprit des gens, près de la moitié des sondés (46%) se déclarent inquiets à l’égard de la production d’énergie nucléaire. Une proportion qui est plus importante parmi les catégories pauvres, bénéficiant d’un revenu de moins de 1900 € (62% vs 32% des catégories aisées avec un revenu de plus de 2500 €) et les électeurs de gauche (61%), lesquels témoignent de plus fortes préoccupations face à ce type d’énergie.

Les avis semblent plus affirmés quand la question porte sur une sortie du nucléaire au profit des énergies renouvelables.  Six interviewés sur 10 (58%) affirment être prêts à voter pour un candidat à l’élection présidentielle engagé dans cette politique énergétique (58%). C’est le cas notamment de 64% des 18-24 ans, de 80% des partisans de la Gauche et de ceux qui ont voté pour un candidat de gauche en 2017 (70% des électeurs de Jean Luc Mélenchon et 73% des électeurs de Benoît Hamon).

« Le risque lié au nucléaire est réel », rappelle Pauline di Nicolantonio, chargée de campagne du Réseau ’Sortir du nucléaire’ qui a commandé le sondage. « Et ce n’est pas une lubie des ONG », ajoute-t-elle, « l’Autorité de sûreté nucléaire elle-même a mis en ligne des livrets et des vidéos pédagogiques sur ‘la bonne conduite à tenir’ en cas de catastrophe nucléaire, ça fait froid dans le dos ! ».

Lire aussi : Pour le Conseil Supérieur de la Santé, le nucléaire n’est pas «durable»

Une série de menaces

La position des Français dont une majorité se déclare prêt à tourner le dos au nucléaire, ne semble pas résulter d’une réaction à chaud des suites d’une catastrophe mais bien d’une dynamique plus profonde de rejet d’une industrie qui apparaît comme coûteuse, polluante et dangereuse.

Les installations nucléaires françaises sont exposées à toute une série de menaces :
. défaillances techniques à répétition,
. vétusté des installations,
. défauts de conception,
. erreurs humaines accrues avec la dégradation des rythmes de travail des sous-traitants,
. cyberattaques,
. sécheresses ou inondations susceptibles de s’accentuer avec le réchauffement climatique,
. vulnérabilité aux séismes,
. menaces d’attaques terroristes…

 Les sources de risques sont nombreuses et bien réelles ! En ce début d’année, cinq réacteurs dont les quatre plus récents et plus puissants du parc sont à l’arrêt à cause de fissures liées à la corrosion sur les tuyauteries des circuits d’injection de sécurité. Une avarie grave qu’EDF et l’ASN ne s’expliquent pas.

Lire aussi : Le ciel s’assombrit au-dessus de l’avenir atomique d’EDF

Une industrie en déroute

« Le Président de la République semble aller à rebours de ces attentes sociétales grandissantes », estime Pauline di Nicolantonio. « Depuis quelques mois, on assiste à une grande opération de communication en faveur du nucléaire. Annonce présidentielle de relance de nouveaux réacteurs, alors même que l’EPR de Flamanville accuse plus de 11 ans de retard et continue d’en accumuler, lobbying agressif auprès de la Commission européenne pour faire passer le nucléaire pour une énergie verte dans le projet de taxonomie », précise-t-elle.

L’État français semble chercher par tous les moyens à redorer le blason d’une industrie actuellement en pleine déroute financière. Le chantier du nouveau réacteur de Flamanville (EPR) explose tous les budgets, et les pannes à répétition des centrales vétustes entraînent de lourdes pertes : environ 1 million par jour et par réacteur à l’arrêt.

« Mais au lieu d’investir dans la transition énergétique, Emmanuel Macron et son gouvernement sont prêts à dilapider l’argent public dans la construction de nouvelles centrales » s’insurge le Réseau ‘Sortir du nucléaire qui interpelle les candidats à la Présidentielle en leur demandant de s’engager, en cas d’entrée à l’Élysée, à fermer progressivement les réacteurs existants et à abandonner tout projet de nouvelles constructions nucléaires.

Lire aussi : Trop cher et trop lent, le nucléaire ne sauvera pas le climat

Lire aussi : Nouveau sondage : les Français largement favorables à l’éolien

Par Bernard Deboyser , publié le 20 janvier 2022

À propos de l’auteur Bernard Deboyser

Bernard est ingénieur polytechnicien et consultant en énergie et mobilité durable. Passionné par les énergies renouvelables et la transition énergétique depuis plus de 30 ans il développe (bénévolement) des projets éoliens et photovoltaïques dans le cadre d’une coopérative citoyenne dont il est un des fondateurs et l’administrateur-délégué : www.hesbenergie.be

https://www.revolution-energetique.com/nouveau-sondage-exclusif-que-pensent-les-francais-de-la-place-a-donner-a-lenergie-nucleaire/

EUROPE : MALGRÉ LA COVID ET L’AUGMENTATION DES PRIX, LE SOLAIRE VOLE DE RECORDS EN RECORDS

Le marché du photovoltaïque en Europe bouillonne.  Selon SolarPower Europe, l’association des professionnels du secteur, le record absolu des nouvelles installations a été enregistré dans l’Union européenne en 2021. Avec 25,9 GW de capacités ajoutées, la croissance par rapport à l’année précédente atteint 34 %.

Le précédent record date de 2011, année au cours de laquelle 21,4 GW de panneaux solaires avaient été installés en Europe. Et pour les prochaines années, les perspectives sont au beau fixe puisque les professionnels prédisent une augmentation des capacités de 30 GW en 2022 avant d’atteindre 50 GW de croissance dès 2025. Au total, la capacité photovoltaïque de 164,9 GW installée aujourd’hui devrait dès lors atteindre 327,6 GW d’ici 2025, et jusqu’à 672 GW en 2030, soit quatre fois plus que la puissance cumulée actuelle.

Lire aussi : Le solaire sera-t-il le nouveau Roi des énergies ?

Forte croissance malgré un marché chahuté

Sept pays ont enregistré la construction de plus d’1 GW d’installations photovoltaïques en 2021. La liste des « bons élèves du solaire » s’est ainsi allongée puisque la Grèce y a fait son entrée et le Danemark son retour. L’Allemagne mène toujours la danse, avec 5,3 GW installés en 2021. Mais si l’on tient compte de la moyenne par habitant, ce sont les Pays-Bas qui méritent les lauriers avec une croissance de 765 Watts par habitant contre 715 W en Allemagne. Notons que dans ce classement, la France est absente du Top 10 alors même qu’elle a fait du solaire sa priorité en matière de production d’énergies renouvelables et qu’elle bénéficie dans le Midi d’un ensoleillement beaucoup plus important que celui des pays cités ci-dessus. (Voir NDLR ci-dessous)

La forte croissance des installations solaires est d’autant plus remarquable que le marché a été fortement chahuté ces deux dernières années en raison de la pandémie. Le coût des matières premières a connu une hausse spectaculaire : +248 % en un an pour le polysilicium et plus de 40 % d’augmentation pour le cuivre et l’aluminium. Quant au prix du fret maritime, il a grimpé de 375 % pour l’acheminement d’un conteneur depuis l’Asie.

Lire aussi : En Allemagne, la part du solaire dans le mix électrique atteint 10%. En France c’est 4 fois moins.

Réindustrialisation européenne

Le rapport annuel de SolarPower Europe s’intéresse aussi pour la première fois à la réindustrialisation du secteur sur notre continent.  « Afin d’assurer la stabilité de la chaîne d’approvisionnement, nous devons d’ici 2025 rétablir 20 GW de capacités de production photovoltaïque en Europe, tout en créant de la valeur ajoutée et de nouveaux emplois hautement qualifiés dans le cadre du Green Deal », conclut l’organisation. Elle estime que l’énergie solaire couvrira 20% des demandes d’électricité dans l’Union en 2030 et qu’elle emploiera 4 millions de travailleurs européens en 2050.

Lire aussi : Rachat de REC Solar par Reliance : quid de la gigafactory de panneaux solaires en Moselle ?

Lire aussi : L’industrie solaire européenne renaît : une nouvelle gigafactory s’installera dans le port de Séville

Par Bernard Deboyser, publié le 20 janvier 2022

https://www.revolution-energetique.com/europe-malgre-la-covid-et-laugmentation-des-prix-le-solaire-vole-de-records-en-records/

NDLR : En France, nos gouvernants étant accros au nucléaire, ils ont décidé de laisser volontairement l’énergie solaire « à la traîne » mais sans le dire, afin de tenter de prouver que le nucléaire est la seule solution au problème énergétique. Le pire est qu’il y a des millions de français qui le croient. Puisse cet article leur ouvrir les yeux !

EDF: LES REPRÉSENTANTS DU PERSONNEL DÉCLENCHENT UN DROIT D’ALERTE ÉCONOMIQUE

PARIS (Reuters) – Le CSEC (Comité social et économique central) d’EDF a annoncé jeudi qu’il déclenchait une procédure de droit d’alerte économique à la suite des décisions gouvernementales sur les tarifs appliqués par l’énergéticien français.

Le CSE central sera donc convoqué le vendredi 4 février 2022 prochain pour débattre de ce sujet avec la décision du groupe, est-il expliqué dans un communiqué.

Les représentants du personnel du groupe jugent que les annonces gouvernementales visant à limiter l’impact sur les consommateurs de la flambée actuelle des prix de l’énergie, qui contraignent EDF à vendre davantage d’électricité nucléaire à bas prix à ses concurrents vont plonger le groupe « dans un gouffre financier » et constituent « une extorsion encadrée« .

Reportage Benjamin Mallet, rédigé par Myriam Rivet, édité par Nicolas Delame, publié le 20 janvier 2022 à 12h07

https://www.zonebourse.com/cours/action/ELECTRICITE-DE-FRANCE-4998/actualite/EDF-Les-representants-du-personnel-declenchent-un-droit-d-alerte-economique-37594565/

NDLR: ce qui prouve que cette « fausse mise en concurrence » d’EDF rendue obligatoire par l’Union Européenne au nom de la sacro-sainte règle de « la libre concurrence » est une absurdité. Les seuls « vrais fournisseurs concurrents » sont ceux qui n’achètent pas « à bas prix » leur électricité à EDF (exemple: Enercoop, Planète OUI, … voir https://www.guide-electricite-verte.fr/)

TAXONOMIE: LE NUCLÉAIRE N’EST « NI DURABLE, NI ÉCONOMIQUE » AFFIRME BERLIN

Le nucléaire, générateur de déchets, n’est pas une énergie « durable » ni « économique« , a déclaré jeudi le secrétaire d’État allemand pour l’Environnement Stefan Tidow, Berlin s’opposant à Paris sur l’inclusion de l’atome dans la taxonomie européenne, la liste des investissements « verts« .

« Ce n’est pas une énergie verte, ni durable. La question de la gestion des déchets n’est pas résolue: ce n’est pas économique non plus« , a affirmé M. Tidow devant la ministre française de la Transition écologique Barbara Pompili, à son arrivé à Amiens pour une réunion des ministres européens de l’Environnement.

Berlin s’oppose farouchement à l’inclusion du nucléaire dans le projet de labellisation verte (« taxonomie« ) dévoilé fin décembre par la Commission européenne. Les États membres ont jusqu’à vendredi pour réclamer des modifications, avant la publication du texte final.

« Nous allons d’abord faire comprendre que nous trouvons difficile l’inclusion de l’énergie nucléaire. Puis la Commission fera sa proposition (finale). C’est à ce moment-là qu’on se positionnera (pour la suite du processus), nous réagirons », a expliqué Stefan Tidow.

Le texte final de la Commission sera considéré définitivement adopté quatre mois après sa publication, sauf rejet par une majorité simple au Parlement européen ou par une majorité qualifiée des États (soit 20 États, ce qui paraît hors de portée).

Le texte fixe les critères permettant de classer comme « durables » les investissements dans les centrales nucléaires et à gaz, avec pour objectif d’orienter les investissements privés vers les activités contribuant à réduire les gaz à effet de serre.

La France, confrontée à un mur d’investissements pour relancer sa filière nucléaire (source d’énergie stable et décarbonée), et des pays d’Europe centrale, comme la Pologne, qui doivent remplacer leurs centrales à charbon très polluantes par des centrales à gaz, soutiennent la proposition.

« La Commission a présenté un texte d’équilibre, de compromis. Évidemment, certains pays ont des points (de désaccord), ça fera l’objet de discussions (…) Nous ferons un bon travail ensemble« , a commenté à Amiens Barbara Pompili, alors que Paris occupe depuis janvier la présidence tournante de l’UE.

« Je ne pense pas que ce sujet pèse sur les relations franco-allemandes. Nous avons chacun nos intérêts particuliers, cela est normal« , a abondé M. Tidow.

Quelques pays, Autriche, Luxembourg et Allemagne en tête, ont farouchement bataillé pour exclure l’atome, Vienne dénonçant notamment « une énergie trop onéreuse et trop lente » pour contrer le changement climatique.

« Le nucléaire est une énergie décarbonée. On ne peut pas s’en priver au moment où nous devons baisser très rapidement nos émissions (…) Quand nous aurons les solutions de stockage (pour les énergies renouvelables intermittentes), la question pourrait se poser autrement« , a répliqué jeudi Barbara Pompili.

Par AFP, publié le 20 janvier 2022 à 14h17

https://www.connaissancedesenergies.org/afp/taxonomie-le-nucleaire-nest-ni-durable-ni-economique-affirme-berlin-220120

NDLR : des solutions techniques pour le stockage existent déjà sauf en France (à part quelques STEP en nombre largement insuffisant !). Quelles dépenses a fait l’État dans ce domaine ? Tout pour le nucléaire, rien que le nucléaire et bientôt encore pour le nucléaire. Ça suffit !!

NUCLÉAIRE : LA CUVE DE L’EPR DE FLAMANVILLE EST-ELLE MAL CONÇUE ?

Dans son édition de mercredi 19 janvier 2022, Le Canard Enchaîné détaille le problème sur l’EPR de Taishan et le relie au chantier du Cotentin.

« EDF a du mal à cuver son nucléaire ». Voilà le titre en tête de page 3 du Canard Enchaîné de ce mercredi 19 janvier 2022.

S’agit-il d’un nouvel article consécutif à l’annonce, il y a une semaine, d’un retard et d’un surcoût supplémentaires de 300 millions d’euros pour le chantier du futur réacteur EPR de Flamanville ? Non, il n’est pas question des opérations de reprises de soudures plus longues que prévu.

« L’énergéticien doit faire face à un redoutable casse-tête rencontré sur la cuve du réacteur, là où s’opère la fission nucléaire », annonce d’emblée le journaliste Hervé Liffran. Le souci a été débusqué à la suite d’un incident à l’autre bout du monde, en Chine. La centrale nucléaire de Taishan, avec le premier réacteur EPR en service dans le monde, a été mise à l’arrêt le 30 juillet 2021, après que des barres de combustible endommagées ont causé une accumulation de gaz rares radioactifs dans le circuit primaire du réacteur.

À lire aussi : Incident à la centrale nucléaire de Taishan en Chine : un réacteur finalement arrêté

La circulation de l’eau

En novembre, on apprenait qu’un défaut de conception de la cuve serait à l’origine du problème. C’est un lanceur d’alerte travaillant dans l’industrie nucléaire qui en a informé, sous couvert d’anonymat, la Commission de recherche et d’information indépendantes sur la radioactivité (Criirad), qui a à son tour alerté l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) par courrier. Et l’arrêt de la centrale a été ordonné « en raison de la présence de nombreux et dangereux débris dans l’eau du circuit primaire baignant le cœur du réacteur ».

Quel rapport avec Flamanville ? Les deux EPR, ainsi que celui d’Olkiluoto en Finlande, sont construits sur le même modèle. Selon Karine Herviou, directrice générale adjointe de l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) interrogée par Le Canard Enchaîné, « l’EPR a un problème de conception de sa cuve » :

La circulation de l’eau sous haute pression (à plus de 300 °C) ne s’y passe pas comme prévu et entraîne des vibrations qui usent précocement les assemblages de combustible.

Précision : la cuve du réacteur EPR n’est pas conçue comme les cuves précédentes, et l’eau ne suit pas les mouvements de flux observés sur les réacteurs classiques. Les ingénieurs d’EDF ont donc fait installer dans chaque fond de cuve une pièce de métal (déflecteur) pour réorienter l’eau correctement. Mais ce serait insuffisant.

À lire aussi : Incident sur l’EPR de Taishan : une commission met en garde pour le démarrage de Flamanville

Retour d’expérience

Interrogé ce mercredi à ce sujet, le directeur général adjoint de l’Autorité de sûreté nucléaire, Julien Collet, a répondu : « L’ASN a demandé à EDF de prendre en compte le retour d’expérience de cet événement à l’EPR Taishan 1 en amont de la mise en service du réacteur EPR de Flamanville. EDF devra soit démontrer que l’EPR de Flamanville n’est pas concerné, soit proposer des dispositions pour prévenir la dégradation du combustible. »

EDF travaille actuellement en lien avec l’exploitant de Taishan (TNPJVC) et Framatome à l’interprétation des résultats des contrôles sur le combustible déchargé du réacteur de Taishan 1. Ces analyses visent à identifier les phénomènes ayant conduit à la rupture des gaines de combustible et à déterminer si les autres réacteurs EPR sont concernés. 

Quelles solutions ?

La solution la plus logique serait donc de changer ce déflecteur « avec à la clé un travail de mise au point aussi complexe que ruineux, note l’hebdomadaire. Et personne n’est sûr, vu l’étroitesse de la place disponible dans une cuve d’EPR, que cette réparation soit techniquement envisageable ».

L’autre solution envisagée serait donc de « renforcer les assemblages de combustible, renforcer les grilles de protection pour que les lames résistent aux écoulements », a évoqué Julien Collet.

EDF nous présentera son plan en février, on pourra alors voir si leurs propositions peuvent régler le problème.

À lire aussi : Report du démarrage de l’EPR de Flamanville : Greenpeace demande un moratoire

Autre possibilité évoquée en fin d’article : « Pour limiter les coups de boutoir de l’eau, il s’agirait de faire tourner l’EPR à seulement 60 % de sa puissance, Flamanville passerait alors d’une capacité de 1 650 mégawatts à moins de 1 000 et se retrouverait, pour une facture record de 13 milliards d’euros, moins performante que les réacteurs construits il y a 50 ans… »

Contacté, le service communication d’EDF Flamanville « ne souhaite pas commenter cet article ».

Par Nicolas Lepigeon, publié le 20 Janvier 2022 à 11h00 

Photo en titre:La cuve lors de son entrée, début 2014, dans le bâtiment réacteur du chantier EPR de Flamanville.

https://actu.fr/normandie/flamanville_50184/nucleaire-la-cuve-de-l-epr-de-flamanville-est-elle-mal-concue_48067014.html

L’OPINION DES FRANÇAIS SUR L’ÉNERGIE NUCLÉAIRE

À trois mois de l’élection présidentielle 2022, et dans un contexte de flambée inédite des prix de l’énergie, les questions de politique et de transition énergétiques, et en particulier la place à donner à l’énergie nucléaire, divisent les candidats. Mais qu’en pensent les Français ?

Un peu moins de la moitié des Français déclarent être inquiets à l’égard de la production de l’énergie nucléaire (46%)la façon dont l’énergie est produite, l’état des centrales, les pannes et incidents qui peuvent survenir, le traitement des déchets radioactifs etc. Deux variables sont discriminantes sur ce sentiment d’inquiétude : le niveau de vie et la proximité politique. En effet, les catégories pauvres avec un revenu de moins de 1900 € (62% vs 32% des catégories aisées avec un revenu de plus de 2500 €) et les partisans de la Gauche (61%) témoignent de plus fortes préoccupations face à la production de ce type d’énergie.

De surcroît, les avis ne semblent pas beaucoup plus affirmés s’agissant du souhait d’une sortie du nucléaire au profit des énergies renouvelables à partir du moment où à peine six interviewés sur 10 affirment être prêts à voter pour un candidat à l’élection présidentielle engagé dans cette politique énergétique (58%). C’est le cas notamment de 64% des 18-24 ans, de 80% des partisans de la Gauche et de ceux qui ont voté pour un candidat de gauche en 2017 (70% des électeurs de Jean Luc Mélenchon et 73% des électeurs de Benoît Hamon).

Méthodologie de recueil

L’enquête a été menée auprès d’un échantillon de 1006 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus. La représentativité de l’échantillon a été assurée par la méthode des quotas (sexe, âge, profession de la personne interrogée) après stratification par région et catégorie d’agglomération. Les interviews ont été réalisées par questionnaire auto-administré en ligne du 11 au 12 janvier 2022.

Résultats de l’Étude :   https://www.ifop.com/wp-content/uploads/2022/01/118735-Rapport-version-resultats-publies.pdf

Communiqué de presse :  https://www.ifop.com/wp-content/uploads/2022/01/Reseau-Sortir-du-nucleaire_article57463.pdf

Publié le 20 janvier 2022

https://www.ifop.com/publication/lopinion-des-francais-sur-lenergie-nucleaire/

« LE MANQUE DE TRANSPARENCE SUR LES DÉCHETS NUCLÉAIRES MILITAIRES POSE UN GRAVE PROBLÈME DÉMOCRATIQUE »

Tribune : Pour garantir l’accès aux informations qui font défaut sur le sujet du démantèlement des installations, une « implication parlementaire » est indispensable, estiment le directeur de l’Observatoire des armements, Patrice Bouveret et le porte-parole d’ICAN France, Jean-Marie Collin, dans une tribune au « Monde ».

Tribune. Depuis les années 1950, des déchets d’une durée de vie de plusieurs milliers d’années, pour une partie d’entre eux, ont été volontairement produits dans le cadre du programme militaire nucléaire français. Le fardeau pour les générations actuelles et futures est « officiellement » déjà de 150 000 m3 de déchets radioactifs issus du développement, de la fabrication, des essais, du déploiement, du démantèlement d’armes nucléaires, comme des bâtiments à propulsion nucléaire et des installations afférentes à la construction de cet arsenal. Mais tous ne sont pas répertoriés. À la suite de la décision de l’exécutif de renouveler les composantes de la dissuasion, cette quantité de déchets dangereux et polluants va encore croître dans un silence total si le législateur n’y met pas un terme.

La transparence sur le sujet des déchets nucléaires militaires est un élément essentiel. Elle détermine la sécurité des populations, de l’environnement et la santé des générations futures. Or la comptabilité opaque des chiffres, le défaut de prise en compte de tous les déchets produits, comme de ceux enfouis dans un territoire étranger, le manque de données sur le coût du démantèlement des installations et, plus généralement, l’absence de débat posent un grave problème démocratique.

148 630 m3 de déchets

En février 2021, lors du lancement du programme de sous-marins nucléaires lanceurs d’engins de troisième génération (SNLE 3G), la ministre des armées, Florence Parly, déclarait que « les derniers marins qui patrouilleront à bord des SNLE-3G ne sont pas encore nés ». Nous ajoutons : ni les hommes et les femmes qui auront à gérer les déchets nucléaires pour des milliers d’années !

Si, en 2021, ces déchets, selon l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra), représentent 9 % (148 630 m3) du stock global (1 670 000 m3), ce chiffre interroge en raison d’incohérences que nous présentons dans notre étude « Déchets nucléaires militaires. La face cachée de la bombe atomique française » (disponible sur icanfrance.org et obsarm.org).

Des données ont soudainement augmenté – passant de 760 m3 à 6 400 m3, par exemple, sur le site historique de la butte de Pierrelatte (Drôme), pourtant fermé depuis 1977 – ou diminué sans explication. Par exemple, les déchets à haute activité passent de 239 m3 en 2004 à 236 m3 en 2007, puis à 232 m3 en 2016. Les déchets issus des expérimentations nucléaires dans le Sahara sont, eux, totalement ignorés.

Des « stocks de matières »

Enfin, malgré les alertes de la Cour des comptes et de l’Autorité de sûreté nucléaire, le Commissariat à l’énergie atomique continue de vouloir considérer 198 tonnes de combustibles usés de la marine comme des « stocks de matières », et non comme des déchets nucléaires. Ce refus de faire évoluer ces « stocks » en « déchets » est-il dû au coût de leur traitement, quand on sait que sa faisabilité industrielle au sein de l’usine de La Hague (Manche) n’a pas été démontrée à ce stade, selon le plan national de gestion des matières et déchets radioactifs ? Probablement !

Lire aussi : Stockage des déchets nucléaires : l’Autorité de sûreté nucléaire presse la France de prendre des décisions

En partant de l’hypothèse d’une augmentation qui suivrait une courbe équivalente à celle de ces vingt dernières années, les déchets nucléaires militaires devraient représenter en 2100 un volume minimal de 259 762 m3.

Combien de Françaises et de Français ont-ils conscience que des déchets nucléaires militaires seront enfouis dans le futur centre de stockage géologique profond de déchets radioactifs Cigéo à Bure (Meuse) ? Savent-ils que d’ici à 2050, dans le port de Cherbourg, vont être entreposés près de dix-huit réacteurs nucléaires, notamment de sous-marins retirés du service ? Et que pour les seules installations nucléaires des bases secrètes de Pierrelatte et de Marcoule (Gard), la note colossale du démantèlement est de 8 milliards d’euros ? Un processus qui pourrait voir son coût s’alourdir encore, puisque ce chiffre a déjà augmenté depuis 2011 de 2 milliards d’euros.

La nécessité d’une implication parlementaire

Le Parlement, depuis 1997, est silencieux. Le député Christian Bataille avait pourtant réalisé un travail important – en partie poussé par des travaux de la société civile – soulignant que « le nucléaire militaire produit des déchets pour lesquels des problèmes de gestion se posent. (…) Il faudra certainement un jour que les responsables s’expliquent sur ce qu’ils ont fait et sur ce qu’ils vont faire des déchets qui résultent du programme militaire nucléaire français, et le Parlement ne devra pas, à notre avis, rester inactif dans ce domaine ».

Ces propos restent d’une actualité toujours brûlante, aucun rapport n’ayant été depuis réalisé. Un futur travail de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques semble pour le moins s’imposer. Cette implication parlementaire est indispensable pour garantir le respect de la transparence, de la sécurité, de la bonne gestion des fonds publics comme des engagements internationaux en matière de non-prolifération nucléaire.

Avant de voter les budgets de modernisation et de renouvellement des systèmes de dissuasion, les parlementaires disposent-ils des données sur les conséquences de la production de nouvelles armes nucléaires militaires ? Ont-ils une idée du coût futur de leur démantèlement et de la gestion de ces déchets ? À lire les déclarations d’auditions concernant, notamment, le futur porte-avions à propulsion nucléaire, il n’en a pas été question lors des débats à l’Assemblée.

Volonté de transparence

Enfin, en s’appuyant sur les obligations auxquelles la France est soumise (traité de non-prolifération nucléaire) et sur des communications politiques et diplomatiques officielles, il apparaît nécessaire de créer une nouvelle nomenclature, celle de « futurs déchets des armes nucléaires », afin de donner de la visibilité au sujet. Cette décision manifesterait aussi la volonté de transparence sur le coût financier et les solutions de stockage de toutes les matières nucléaires. Et pourrait être la première étape d’une réflexion sur un processus de désarmement nucléaire.

Nous vivons dans un monde qui a pris conscience de la nécessité de réduire les déchets pour conserver un environnement sain et durable. Les déchets nucléaires, militaires comme civils, ont la particularité d’être extrêmement dangereux et d’une gestion complexe. Seuls le temps et un changement de politique peuvent permettre d’en diminuer les risques. Les décideurs politiques, comme l’opinion publique, ne doivent plus ignorer ce sujet.

Par Patrice Bouveret (Directeur de l’Observatoire des armements) et Jean-Marie Collin (Porte-parole d’ICAN France), publié le 20 janvier 2022 à 06h15

Patrice Bouveret est directeur de l’Observatoire des armements ; Jean-Marie Collin est coporte-parole d’ICAN France. La Campagne internationale pour abolir les armes nucléaires (ICAN) est lauréate du prix Nobel de la paix en 2017.

https://www.lemonde.fr/idees/article/2022/01/20/le-manque-de-transparence-sur-les-dechets-nucleaires-militaires-pose-un-grave-probleme-democratique_6110197_3232.html

« VOULOIR REPARTIR POUR UN NOUVEAU ROUND NUCLÉAIRE ENGAGE TRÈS LOURDEMENT NOTRE AVENIR »

Tribune : Corinne Lepage, ancienne ministre de l’environnement, avocate

L’avocate et ancienne ministre de l’environnement Corinne Lepage analyse, dans une tribune au « Monde », les conséquences de « l’addiction au nucléaire » qui, selon elle, fragilise la France au sein de l’Union européenne, freine le développement des énergies renouvelables et pèse sur le porte-monnaie des Français.

La volonté acharnée du gouvernement et d’une large partie de la classe politique à soutenir, quel qu’en soit le coût et quelles qu’en soient les conséquences, la priorité absolue donnée au nucléaire n’est évidemment pas neutre. Que l’énergie nucléaire soit faiblement émettrice de gaz à effet de serre est une réalité. Pour autant, on constate que la plupart des autres pays européens ont abandonné cette énergie et qu’elle reste très marginale dans les pays qui y ont recours, la Chine en particulier. Le sujet mérite donc d’être longuement réfléchi car il engage très lourdement notre avenir industriel, économique, financier et même sociétal.

Il faut comprendre que cette énergie est aujourd’hui, et demain plus encore, la plus chère. Depuis dix ans, nous sommes nombreux à avoir alerté sur le coût considérable – 100 milliards d’euros selon la Cour des comptes (selon un rapport de février 2016) – de la mise à niveau et maintenance de nos centrales nucléaires. À cela viennent s’ajouter les coûts astronomiques de développement du réacteur nucléaire EPR de troisième génération de Flamanville (Manche), et ceux de la construction de deux réacteurs à Hinkley Point, au Royaume-Uni. Avec un risque financier qui a entraîné, en 2016, la démission du directeur financier d’EDF, M. Piquemal [qui proposait alors un report du lancement du projet et n’avait pas été entendu].

Bataille autour de la taxonomie

C’est la raison pour laquelle EDF a impérativement besoin du soutien de l’État, puis des fonds européens, d’où la bataille autour de la taxonomie [qui désigne la classification des activités économiques en fonction de leur empreinte écologique], bataille destinée à faire reconnaître comme « verts » les investissements dans le nucléaire.

Lire aussi : Coût, gestion des déchets et sécurité : huit questions que pose le retour annoncé du nucléaire en France (Article réservé à nos abonnés)

Il n’est pas besoin de disposer d’un doctorat d’État en droit pour lire les critères de l’investissement durable et constater qu’à l’évidence le nucléaire n’y satisfait pas. De même, classer le nucléaire dans la catégorie des investissements de transition – proposée par la Commission européenne – n’est guère plus satisfaisant. Car on ne peut admettre que soit transitoire un investissement qui verrait le jour entre 2040 et 2050 pour se poursuivre au-delà de 2100.

Lire aussi : La Commission européenne dévoile un projet classant les investissements dans le nucléaire comme « durables »

La volonté manifeste de la France de tordre le cou aux règles de la taxonomie pour y faire entrer de force le nucléaire met en péril cette classification elle-même, voire la cohésion de l’Union européenne. En effet, les experts qui l’ont mise en place sont globalement très opposés à ce non-respect des critères de base.

Soutiens polonais et hongrois

Quant à l’opposition de l’Allemagne, de l’Autriche et d’un certain nombre d’autres pays du nord de l’Europe, mais également du sud (à l’exception de l’Italie), elle est très préoccupante. D’autant plus que la France est soutenue par des États dont les gouvernements nationalistes posent problème aujourd’hui en Europe, à commencer par la Pologne et la Hongrie. Ce choix français va se traduire obligatoirement par de grandes difficultés dans le cadre de la présidence française car, lorsqu’un pays exige une politique que les autres ne souhaitent pas, celui-ci doit nécessairement accepter des compromis dans d’autres domaines, essentiels pour lui. La question qui se pose est donc celle de savoir si le jeu en vaut vraiment la chandelle.

Les très grandes difficultés que connaît aujourd’hui le réseau électrique français trouvent leur source unique dans l’addiction au nucléaire. C’est ce qui a conduit, en France, à généraliser le chauffage électrique pour assurer la vente de l’électricité produite par les centrales nucléaires. La thermosensibilité du budget énergétique de la France représente à elle seule la moitié de celle des autres pays européens. Cela explique l’importance des besoins en cas de refroidissement, l’hiver, et la dépendance de la France à un marché européen dans lequel le mégawattheure (MWh) est cher en cette période de l’année.

Un parc vieillissant

L’addiction au nucléaire a conduit à opposer un mur réglementaire, financier, fiscal au développement des énergies renouvelables en France, à l’origine de la situation catastrophique dans laquelle nous nous trouvons aujourd’hui. La Commission de régulation de l’énergie, pourtant farouche défenseuse du nucléaire, a tiré la sonnette d’alarme et a réclamé un développement massif des renouvelables. Notre parc est très faible et incapable de suppléer la baisse de la production nucléaire, ce qui est normal puisque la politique a été pensée pour cela.

Enfin, et peut-être surtout, le vieillissement du parc et l’insuffisance massive des investissements réalisés depuis la catastrophe nucléaire de Fukushima, en mars 2011, conduisent à l’arrêt, pour des raisons évidentes de sécurité, du quart des centrales nucléaires françaises. Certains pourraient dire qu’il s’agit d’une situation transitoire et que la mise aux normes va s’effectuer. Peut-être, mais les défauts relevés dans les centrales de Chooz (Ardennes) et Civaux (Vienne) [dont EDF a annoncé, le 15 décembre 2021, l’arrêt provisoire après la découverte d’un défaut de soudure] sont systémiques ; les centrales du Tricastin (Drôme), et du Bugey (Ain) sont plus que vieillissantes et les effets du réchauffement climatique sont à venir. Les déclarations du président de l’Autorité de sûreté nucléaire, Bernard Doroszczuk, dans un entretien au Monde (le 19 janvier), qui confirment ce qui précède, sont très inquiétantes, dans la mesure où il craint que la sécurité soit mise à mal pour des besoins d’approvisionnement.

Le fonctionnement de certaines centrales, et surtout leur refroidissement, dépendent de cours d’eau, qui non seulement se réchauffent, mais de surcroît se raréfient. Et que dire des installations en bord de mer, soumises à l’érosion côtière et à la montée des eaux que nous allons connaître ?

Dans ces conditions, vouloir repartir pour un nouveau round nucléaire avec une énergie dont le coût de revient du kilowattheure sera très supérieur à celui du kilowattheure solaire ou éolien est très problématique. Soit il sera pris en charge par l’usager, qui verra augmenter sa facture, soit c’est l’État qui paiera, et donc le contribuable. Ce seront probablement les deux. Une équation d’autant plus délicate que le développement des énergies renouvelables, grâce à l’autoconsommation collective qui se met timidement en place en France, va réduire les coûts de transport de manière drastique et changer les habitudes de consommation.

Tous ces sujets sont majeurs pour notre pays, pour notre avenir et pour l’Europe. Ils mériteraient d’être mis sur la table en sortant des anathèmes, des partis pris irrationnels et du manque de vision à moyen et long terme.

Par Corinne Lepage, avocate. Elle a été ministre de l’environnement de 1995 à 1997 et préside le mouvement politique CAP 21-Le Rassemblement citoyen.

Publié le 20 janvier 2022 à 05h45, mis à jour à 08h26

https://www.lemonde.fr/idees/article/2022/01/20/corinne-lepage-vouloir-repartir-pour-un-nouveau-round-nucleaire-engage-tres-lourdement-notre-avenir_6110192_3232.html

SONDAGE : LA MAJORITÉ DE LA POPULATION PRÊTE À VOTER POUR UN.E CANDIDAT.E ENGAGEANT LA FRANCE DANS LA SORTIE DU NUCLÉAIRE

Dans un sondage exclusif IFOP pour le Réseau « Sortir du nucléaire« , 58 % des Français.es se déclarent prêt.es à voter pour une personne qui, une fois élue à la présidence de la République engagerait la France dans une politique énergétique incluant la sortie du nucléaire et le développement des énergies renouvelables. Un chiffre qui va à l’encontre des dernières prises de position de l’Élysée en matière de nucléaire.

Alors que la campagne présidentielle bat son plein, le Réseau « Sortir du nucléaire » envoie ce jour un Manifeste aux candidat.es, les exhortant à s’engager pour un programme de sortie du nucléaire.

L’opinion publique est favorable à la sortie du nucléaire

C’est l’enseignement de ce sondage : les Français.es sont 58% à être prêt.es à voter pour un.e candidat.e qui engagerait la France vers la sortie du nucléaire (chiffre qui atteint même 80 % chez les sympathisant.es de gauche).

Et même si les catastrophes de Tchernobyl ou Fukushima s’éloignent dans l’esprit des Français.es, près de la moitié d’entre eux se déclare fortement inquiète par la production d’énergie nucléaire. « Le risque lié au nucléaire est réel », rappelle Pauline di Nicolantonio, chargée de campagne du Réseau « Sortir du nucléaire« , « et ce n’est pas une lubie des ONG ! L’Autorité de sûreté nucléaire elle-même a mis en ligne des livrets et des vidéos pédagogiques sur « la bonne conduite à tenir » en cas de catastrophe nucléaire, ça fait froid dans le dos ! ».

Car les installations nucléaires françaises sont exposées à toute une série de menaces : défaillances techniques à répétition, vétusté des installations, défauts de conception, erreurs humaines accrues avec la dégradation des rythmes de travail des sous-traitants, cyberattaques, sécheresses ou inondations susceptibles de s’accentuer avec le réchauffement climatique, vulnérabilité aux séismes, menaces d’attaques terroristes… les sources de risques sont nombreuses et bien réelles ! Pour preuve, en ce début d’année les 4 réacteurs les plus puissants du parc sont à l’arrêt à cause de fissures liées à la corrosion sur les tuyauteries des circuits d’injection de sécurité. Une avarie grave qu’EDF et l’ASN ne s’expliquent pas, et qui n’aurait pas dû advenir.

La position des Français.es qui sont une majorité à se déclarer prêt.es à tourner le dos au nucléaire, ne semble pas résulter d’une réaction à chaud des suites d’une catastrophe mais bien d’une dynamique plus profonde de rejet de cette industrie coûteuse, polluante et dangereuse.

Emmanuel Macron sourd aux demandes des citoyen.nes

Le Président de la République semble aller à rebours de ces attentes sociétales grandissantes : depuis quelques mois, on assiste à une grande opération de communication en faveur du nucléaire. Annonce présidentielle de relance de nouveaux réacteurs, alors même que l’EPR de Flamanville accuse plus de 11 ans de retard et continue d’en accumuler, lobbying agressif auprès de la Commission européenne pour faire passer le nucléaire pour une énergie verte dans le projet de taxonomieL’État français cherche par tous les moyens à redorer le blason d’une industrie actuellement en pleine déroute financière.

Une crise financière auquel le nucléaire contribue largement ! Le chantier de Flamanville explose tous les budgets, et les pannes à répétition des réacteurs français vétustes entraînent de lourdes pertes (environ 1 million par jour par réacteur à l’arrêt). Mais au lieu d’investir dans la transition écologique, Emmanuel Macron et son gouvernement sont prêts à dilapider l’argent public dans la construction de nouvelles centrales… Face à ce manque de considération de l’opinion des Français.es (qui, en matière de nucléaire, n’ont d’ailleurs jamais été associés aux décisions), le Réseau « Sortir du nucléaire » interpelle aujourd’hui les candidat.es à la Présidentielle.

Le Réseau « Sortir du nucléaire » demande explicitement aux présidentiables de signer le Manifeste dans lequel ils et elles s’engagent, en tant que président·e de la République, à faire procéder immédiatement à des études indépendantes sur les impacts passés et actuels de l’industrie nucléaire et à :

. abandonner tout projet de nouvelles constructions nucléaires ;

. engager la fermeture des réacteurs existants et, ce, tout en mettant en place une politique énergétique ambitieuse, alignée sur nos objectifs climatiques et basée sur la sobriété, l’efficacité et les énergies renouvelables.

Ce Manifeste rappelle que le nucléaire est une énergie dont le fonctionnement porte atteinte aux biens communs (démocratie, économie, sécurité, santé, environnement, droits humains…) et qu’il est, de fait, urgent d’en sortir.

Contact presse : Pauline di Nicolantonio – 06 69 21 87 23

Chargée de communication : Charlotte Mijeon – 06 64 66 01 23

Publié le 20 janvier 2022

Retrouvez ce communiqué sur le site : https://www.sortirdunucleaire.org/Presidentielles-une-majorite-de-Francais-es-pret

SAVEZ-VOUS BIEN CE QUE SIGNIFIE OMERTA ?

Communiqué de l’association La Qualité de Vie du 20 janvier 2022 :

Il vous suffit de lire le compte-rendu de l’Assemblée générale de la CLI de SOULAINES du 10 décembre dernier. Vous verrez à quel point son Président Philippe PICHERY est doué pour l’omerta, pour la promotion de l’implantation des poubelles nucléaires dans le Soulainois, et pour la protection des intérêts de l’ANDRA. Lire : le compte rendu (sans censure) de Michel-GUÉRITTE – rédigé à partir du compte rendu « officiel » de la CLI.

http://www.villesurterre.eu/images/M_images/Soulainois-211210-Compte-rendu-AG-de-la-CLI-de-Soulaines-Michel-GUERITTE.pdf

Lors de cette réunion, à propos du projet d’Études environnementales (budget de 30 000 euros) ainsi que du projet d’Étude sanitaire dans le Soulainois, Michel GUÉRITTE a exprimé bon nombre de faits et d’idées. À chaque fois qu’il a demandé : « Et je voudrais bien que quelqu’un dans la salle m’explique que ce que je dis est ridicule ! » Il n’y a jamais eu de réactions de la part des membres de la CLI.

Toujours pas de réponse de la Préfecture de l’Aube à la demande d’annulation de la Réunion publique de la CLI de SOULAINES du 14 décembre 2021 qui était une RÉUNION BIDON !

Le 30 décembre 2021, une lettre recommandée a été adressée à Monsieur le Préfet de l’Aube :

 » Nous vous demandons par la présente d’annuler la Réunion publique d’information organisée par la CLI de Soulaines, le 14 décembre dernier, et de demander à Monsieur Philippe PICHERY, Président de la CLI, d’en organiser une nouvelle, dans les règles.

En effet :

– la réunion s’est déroulée en distanciel, dans un studio de télévision, sans public. 

– il n’y a eu aucune communication pour annoncer cette réunion aux riverains du CSA, en dehors de 3 lignes dans l’Est-Eclair, et la veille de la réunion.

– résultat : il n’y a eu que 18 participants.

– il n’y a pas eu de séance Questions/Réponses, et les questions « embarrassantes » transmises n’ont même pas été citées.

Rappelons que selon les Lois en vigueur, cette réunion publique est obligatoire.

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Le 20 janvier 2022

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L’ASN ENVISAGE L’ABANDON DU RETRAITEMENT DES DÉCHETS NUCLÉAIRES

Le directeur de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) a décrit le 19 janvier les « fragilités du cycle du combustible et du parc nucléaire ». Il a ouvert l’hypothèse d’arrêter à terme le retraitement des combustibles usés, une particularité de l’industrie française.

Pour la première fois, à la connaissance de Reporterre, un responsable du nucléaire en France envisage ouvertement la fin du retraitement des combustibles usés à La Hague (Manche). Mercredi 19 janvier, lors de sa conférence de presse en visio de rentrée, Bernard Doroszczuk, directeur de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN), a dit qu’il fallait réfléchir à cette option : « Il faudra soit prévoir la rénovation des installations actuelles si le retraitement est poursuivi ; soit anticiper la mise en place de solutions alternatives pour la gestion des combustibles usés, qui devront être disponibles à l’horizon 2040, si le retraitement est arrêté. »

Pour comprendre ce qui sonne comme un coup de tonnerre parmi le cercle des experts, il faut rappeler que la France est le seul pays, avec la Russie et le Royaume-Uni, à retraiter les combustibles usés sortis des réacteurs nucléaires. Lancé dans les années 1960, cette série très lourde d’opérations visait à isoler le plutonium, matière indispensable à la fabrication des bombes atomiques. Depuis, le besoin est devenu moins pressant. Mais alors que presque tous les autres pays recourant au nucléaire ont arrêté le retraitement (États-Unis) ou ne l’ont jamais mis en œuvre (Allemagne, Japon, Belgique, Suède, Finlande, etc.), la France a continué. Résultat : au lieu d’avoir une seule catégorie de déchets radioactifs, les combustibles usés, elle a en toute une série. Chacune pose un difficile problème de gestion : plutonium (on n’arrive pas à utiliser tout le stock), actinides mineurs, uranium de retraitement, Mox usé, etc. En évoquant la fin du retraitement, M. Doroszczuk s’attaque donc à une vache sacrée des nucléaristes français.

Pourquoi cette proposition nouvelle ? Parce que, a expliqué le directeur de l’ASN, « une série d’événements fragilise toute la chaîne du cycle du combustible » et plusieurs de ses maillons sont engorgés :

  • la piscine de l’usine de La Hague (Manche), dans laquelle sont stockés pour l’instant les combustibles usés, arrive à saturation;
  • l’usine Melox d’Orano, dans laquelle on recycle une partie du plutonium pour en faire du combustible, dit Mox, marche très mal: « Nous avons trop de pannes. L’an dernier, nous avons produit entre 50 et 60 tonnes alors que le carnet de commandes affiche 120 tonnes par an », a dit à Usine Nouvelle Régis Faure, porte-parole du site Orano Melox. Ainsi, le plutonium s’accumule à l’entrée, tandis qu’en sortie, a expliqué M. Doroszczuk, « ces problèmes qu’Orano n’a pas maîtrisés conduisent à la mise au rebut de déchets qui contiennent plus de plutonium que prévu »;
  • enfin, a révélé le directeur de l’ASN, « la corrosion plus rapide que prévu des évaporateurs de l’usine d’Orano La Hague fragilise les capacités de retraitement ».

Il recommande donc d’anticiper la crise, et soit de choisir la poursuite du retraitement, soit son arrêt. Dans les deux cas, cela impliquera des investissements très conséquents, auxquels il faut réfléchir dès maintenant.

« Un accident nucléaire est toujours possible »

Plus généralement, le directeur de l’ASN a souligné « le besoin absolu de conserver des marges pour qu’il n’y ait pas de concurrence entre les besoins de production et les décisions de sûreté ». En effet, la situation du nucléaire est très tendue, tant actuellement, avec dix réacteurs à l’arrêt, que dans l’avenir : il n’est pas du tout acquis que les réacteurs pourront fonctionner au-delà de quarante ans, a indiqué M. Doroszczuk. Et la filière manque de compétences, tant pour gérer le parc actuel et son démantèlement à venir que la gestion des déchets : il faudrait « former 4 000 ingénieurs par an ». On en est loin.

Le directeur de l’ASN veut bien sûr rester en dehors du débat politique. Mais il est clair que « les messages » qu’il a formulés le 19 janvier devraient être attentivement écoutés et compris par tous les candidats à la présidentielle qui pensent que le nucléaire est la réponse magique au changement climatique. Il a aussi répété durant toute son intervention l’exigence de la sûreté. « Un accident nucléaire est toujours possible », a-t-il rappelé.

Publié le 19 janvier 2022 à 18h51

Photo en titre : Usine de retraitement de La Hague, en 2008, alors Areva. – Wikimedia Commons/CC BY-SA 2.0 FR/Jean-Marie Taillat

https://reporterre.net/L-ASN-envisage-l-abandon-du-retraitement-des-dechets-nucleaires

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STRASBOURG : DES ANTI-NUCLÉAIRES FRANÇAIS ET ALLEMANDS MANIFESTENT PLACE KLÉBER

À Strasbourg ce mercredi en milieu de matinée, des anti-nucléaires français et allemands ont organisé une action place Kléber. Ils protestent contre le greenwashing.

Munis de combinaisons et de masques, ils ont déployé des banderoles et déversé des jerricans dans des bidons. Une opération très visuelle, comme l’a rapporté notre photographe sur place, avec ses clichés.

Au même moment, une vingtaine de militants d’Action non-violente Cop 21 ont manifesté près du Parlement européen. Emmanuel Macron y est attendu dans les minutes à suivre.

Par L’Alsace, publié le 19 janvier 2022 à 10h05, mis à jour le 20 janvier 2022 à 10h51

Les 4 photos : Photos DNA/Cédric JOUBERT4 /4

https://www.lalsace.fr/faits-divers-justice/2022/01/19/des-anti-nucleaire-francais-et-allemands-manifestent-place-kleber

NUCLÉAIRE : LE GENDARME DE L’ATOME RÉCLAME « PLUS DE MARGES »

Pour le président de l’Autorité de Sûreté Nucléaire, Bernard Doroszczuk, le système électrique français fait face à un double défi : l’absence de marge de manœuvre et un déficit d’anticipation sur l’évolution du parc nucléaire. Deux enjeux à prendre en considération dès à présent afin de ne pas mettre en concurrence, le moment venu, sécurité d’approvisionnement et exigences de sûreté.

À bon entendeur. Même si la sûreté des installations nucléaires de l’Hexagone se maintient dans l’ensemble à un « niveau satisfaisant », l’Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN) a tenu à faire passer mercredi, par la voix de son président Bernard Doroszczuk, un certain nombre de messages forts aux pouvoirs publics qui se démènent actuellement pour limiter l’envolée des tarifs de l’électricité.

Alors que les candidats à l’Élysée soupèsent la relance du programme nucléaire évoquée par Emmanuel Macron, le premier vœu du gendarme du nucléaire est « de maintenir des marges de manœuvre dans le dimensionnement du système électrique et des installations » pour ne pas avoir à transiger sur des questions de sécurité qui pourraient mettre le réseau sous très forte tension. Que ce soit à court, moyen ou long termes.

Réacteurs à l’arrêt

Dans cet hiver qui voit le prix de marché de l’électron évoluer à des niveaux stratosphériques, la production nucléaire « est marquée par une moindre disponibilité du parc nucléaire que celle envisagée », rappelle-t-il. Les raisons de cette situation étaient pour certaines connues de longue date (retard de l’EPR de Flamanville, fermeture des réacteurs de Fessenheim, opérations de grands carénages…), mais d’autres ne l’étaient pas (pandémie de Covid-19 et mise à l’arrêt de cinq réacteurs).

Ces dernières semaines, EDF a en effet découvert au sein de cinq réacteurs – à Civaux, Chooz et Penly-, des fissures qui réclament réparations et qui pourraient éventuellement être détectées sur d’autres réacteurs de conception similaires – ce qui pourrait grever davantage la production atomique.

« Il s’agit d’un événement sérieux car il concerne un circuit qui est directement connecté au circuit primaire principal, a précisé Bernard Doroszczuk. C’est un événement sérieux car il possède un caractère potentiellement générique », c’est-à-dire qui peut concerner des familles entières de réacteurs, a-t-il ajouté, jetant un voile sur la suite, et notamment sur d’éventuelles fermetures de sites supplémentaires pour inspection. « Si la sûreté l’exige, nous le ferons », dit-il.

Nucléaire : 4 questions sur le problème de corrosion qui frappe les réacteurs français

Nucléaire : EDF secoué par le manque de disponibilité de ses réacteurs

Ces mêmes enjeux se retrouvent également à moyen et long terme, et c’est le deuxième message de l’ASN. Sera-t-il possible de conserver des marges de manœuvre sur la production si la décision d’arrêter 12 réacteurs nucléaires, en plus des deux de Fessenheim comme le prévoyait la loi de programmation pluriannuelle de l’énergie 2019-2028, est maintenue ? Ce choix devra être « dûment pesé, sauf impératif de sûreté » et « au regard de prévisions réalistes de mise en service de nouveaux moyens de production d’ici 2035 », a mis en garde le président de l’ASN. La décision qui en résultera, « quelle qu’elle soit », devra arriver dans les cinq ans – car il faudra une dizaine d’années ensuite pour pouvoir ajuster le tir.

Parallèlement, « EDF devra questionner et justifier individuellement la capacité des réacteurs les plus anciens à poursuivre leur fonctionnement au-delà de 50 ans », juge le gendarme du nucléaire. Pour pouvoir le faire, l’électricien français va devoir « faire évoluer ses méthodes de justification », prévient l’ASN. Selon l’autorité, la dernière inspection de sûreté des vieux réacteurs de 900 MW « ne permet pas de conclure » à leur poursuite au-delà de 50 ans. Dans les conditions actuelles, ce scénario « présente le risque d’engager le système électrique dans une impasse », a jugé le responsable.

« Plan Marshall »

Enfin, et c’est le dernier vœu de l’ASN, il conviendrait de « mettre en place un véritable plan Marshall » pour le nucléaire si la construction de nouveaux réacteurs est confirmée. Ce cas échéant, la filière industrielle du nucléaire devra se démultiplier pour répondre à l’ampleur du programme dans sa durée – et avec les exigences requises, elle qui peine à achever le chantier de l’EPR de Flamanville. Particulièrement en ce qui concerne les compétences, un souci identifié depuis longtemps. « Une fois le projet industriel décidé, il faut qu’il soit soutenable du point de vue technique et financier », a martelé Bernard Doroszczuk.

Par Enrique Moreira, publié le 19 janvier 2022 à 18h09, mis à jour le 19 janvier 2022 à 18h10

Photo en titre : La mise à l’arrêt non prévue cet hiver de cinq réacteurs, dont les deux de la centrale de Chooz, a mis en évidence le manque de marge de manœuvre du parc nucléaire français. (Pierre_GLEIZES/REA)

https://www.lesechos.fr/industrie-services/energie-environnement/nucleaire-le-gendarme-de-latome-reclame-plus-de-marges-1380385

DES RÉACTEURS NUCLÉAIRES À L’ARRÊT EN RAISON D’UN PROBLÈME DE CORROSION « SÉRIEUX ET INATTENDU »

EDF, qui exploite les centrales françaises, devrait dire d’ici la fin du mois de janvier si d’autres installations du parc pourraient être concernées par cette anomalie encore inexpliquée.

Quelle sera, in fine, l’ampleur du problème ? S’il est encore trop tôt pour le dire, la mise à l’arrêt, ces dernières semaines, de plusieurs réacteurs nucléaires, dont les plus puissants du parc, en raison d’un phénomène de corrosion jusqu’ici inexpliqué, suscite de vives inquiétudes. Cette anomalie pourrait conduire à interrompre le fonctionnement d’unités supplémentaires et aggraver encore, dans les prochains mois, les tensions en matière de sécurité d’approvisionnement électrique.

Le problème a d’abord été identifié sur le réacteur numéro un de la centrale de Civaux (Vienne) à l’occasion de sa visite décennale, un réexamen de sûreté approfondi. Un contrôle par ultrasons de plusieurs soudures du circuit d’injection de sécurité a révélé la présence de fissures dans la tuyauterie, provoquées par un phénomène de corrosion « sous contrainte » – c’est-à-dire une corrosion provoquée par l’action conjuguée d’une contrainte mécanique et d’un milieu agressif. Or le circuit d’injection de sécurité est un élément essentiel : c’est ce système de sauvegarde qui permet d’injecter de l’eau dans le circuit primaire principal pour refroidir le cœur du réacteur en cas de brèche.

Lire aussi « La poursuite de fonctionnement des réacteurs nucléaires d’EDF ne doit pas être la variable d’ajustement de la politique énergétique française » (Article réservé à nos abonnés)

Le 15 décembre 2021, EDF avait annoncé des défauts similaires sur le réacteur numéro 2 de Civaux. Par « mesure de précaution et de responsabilité », le groupe avait alors mis à l’arrêt la centrale de Chooz (Ardennes), de même technologie que l’installation située dans la Vienne. Depuis, l’entreprise a pu confirmer que la tuyauterie de l’une des deux unités de Chooz était bien touchée par la corrosion, les analyses étant encore en cours pour la seconde. Cependant, le problème n’est pas circonscrit aux quatre réacteurs dits « du palier N4 », les plus récents et les plus puissants du parc (1 450 mégawatts). En effet, le 13 janvier, EDF a fait savoir que l’un de ceux de la centrale de Penly (Seine-Maritime), d’une puissance de 1 300 mégawatts, était également affecté.

Ce défaut pourrait-il concerner l’ensemble des réacteurs de 1 300 mégawatts, voire une grande partie des 56 réacteurs du parc français ? Fallait-il, par précaution, arrêter davantage de tranches ? EDF affirme que les défauts constatés à Penly sont de moindre importance que ceux constatés à Civaux ou Chooz. « La mise à l’arrêt d’un réacteur est la décision ultime, que l’on ne prend que lorsqu’on a un doute avéré et grave. Nous n’en sommes pas là, assure Bernard Doroszczuk, le président de l’Autorité de sûreté nucléaire. A priori, le phénomène est moins présent et moins intense sur le réacteur de Penly. Les indications sont très faibles et peuvent ne pas avoir d’incidences en matière de sûreté. Cela reste à analyser. »

Stratégie de contrôle

Le gendarme du nucléaire qualifie toutefois le problème de « sérieux » et d’« inattendu ». Il n’était pas envisagé sur le type de matériau sur lequel il a été constaté, un acier inoxydable en principe peu sensible à la corrosion. Jusqu’à présent, son origine reste inexpliquée. Si EDF a des pistes, le groupe travaille à essayer de caractériser ces défauts en identifiant le périmètre des soudures qui pourraient être concernées, la taille des fissures…

« C’est un événement assez sérieux et inquiétant, estime aussi Karine Herviou, la directrice générale adjointe de l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire. Aujourd’hui, on ne peut pas exclure que l’ensemble du parc soit touché. Nous n’avons pas de fuite ni de brèche dans le bâtiment du réacteur, mais l’on ne peut pas accepter ce genre de défaut évolutif sur ce type de circuit. »

Dans l’immédiat, EDF doit analyser les morceaux de tuyauterie découpés à Civaux et Penly. L’exploitant a également engagé un réexamen complet, pour l’ensemble du parc, des comptes rendus des contrôles effectués lors des dernières visites décennales. « Lorsqu’un contrôleur fait un contrôle non destructif par ultrasons sur une canalisation à proximité d’une soudure, il note les échos qu’il perçoit, explique Bernard Doroszczuk. À la relecture, ces annotations peuvent apparaître comme une indication de corrosion sous contrainte. Évidemment, si c’est un écho très ponctuel, ce n’est pas la même chose que si ce sont des échos groupés ou sur la totalité de la circonférence de la soudure. Dans ce cas-là, il y a évidemment une suspicion plus importante. »

En fonction des résultats, EDF devrait proposer, d’ici la fin du mois de janvier, une stratégie de contrôle en accordant la priorité aux réacteurs les plus susceptibles d’être concernés, et donc pour lesquels un arrêt serait nécessaire. Dès le 13 janvier, l’entreprise a révisé à la baisse son estimation de production nucléaire pour 2022. « Ce défaut générique entraînant la défaillance imprévue des plus puissants réacteurs pose de nombreuses questions d’un point de vue énergétique, a réagi le réseau Sortir du nucléaire. À moyen terme, tabler sur la prolongation massive du parc à cinquante ans et plus, alors que même les plus récents réacteurs connaissent des défauts inquiétants, apparaît comme un scénario bien hasardeux. »

Par Perrine Mouterde, publié le 19 janvier 2022 à 11h15

Photo en titre : La centrale nucléaire de Civaux (Vienne), le 8 octobre 2021.

https://www.lemonde.fr/economie/article/2022/01/19/des-reacteurs-nucleaires-a-l-arret-en-raison-d-un-probleme-de-corrosion-serieux-et-inattendu_6110097_3234.html

L’AUTRICHE FOURBIT SES ARMES CONTRE L’INCLUSION DU NUCLÉAIRE DANS LA TAXONOMIE VERTE EUROPÉENNE

L’Autriche, farouchement antinucléaire au point que son unique centrale n’a jamais fonctionné, ne décolère pas contre le projet de label « vert » en Europe pour l’atome et le gaz. Et portera plainte si Bruxelles persiste et signe.

« Aucune de ces deux formes d’énergie ne sont durables et n’ont donc aucune raison d’être incluses dans la taxonomie« , la liste des activités pouvant bénéficier des avantages de la finance verte, déclare la ministre de l’Environnement Leonore Gewessler, dans un entretien à l’AFP. Depuis son bureau surplombant le Danube au cœur de Vienne, elle dénonce le « greenwashing » d’industries derrière la proposition européenne, envoyée par Bruxelles « le soir du réveillon du Nouvel an, une heure avant minuit !« , s’emporte-t-elle.

Alors que la phase de consultations s’achève vendredi, l’Autriche redouble d’efforts, « d’échanges intensifs » pour convaincre ses partenaires européens de se joindre à son initiative. Pour l’instant, seul le Luxembourg s’est rallié à sa cause. Mais « des voix se sont clairement élevées contre le projet en Espagne, en Allemagne et dans d’autres pays« , assure la responsable écologiste de 44 ans, au pouvoir depuis début 2020 au sein d’une coalition inédite avec les conservateurs.

« Énergie du passé »

« Désormais, la balle est dans le camp de la Commission. Si elle va de l’avant, alors nous lancerons une procédure » pour nullité devant la Cour de justice de l’UE (CJUE), martèle-t-elle, se disant « confiante« .

Le document fixe les critères permettant de classer comme « durables » les investissements dans des centrales nucléaires ou à gaz pour la production d’électricité, avec pour objectif de favoriser les activités contribuant à la réduction des émissions de gaz à effet de serre.

Or selon Mme Gewessler, le nucléaire « ne répond pas aux critères, en particulier celui de ne pas causer de dommages importants à l’environnement« . « La question du stockage définitif des déchets est en suspens depuis des décennies. C’est comme si nous donnions à nos enfants un sac à dos en leur disant : Vous allez résoudre ça un jour« , résume la ministre, évoquant aussi le risque d’accidents comme à Fukushima (Japon) en mars 2011. Pour elle, le nucléaire est « une énergie du passé« , « trop onéreuse » pour lutter contre le changement climatique.

Le projet est cependant défendu par la France et de nombreux pays d’Europe centrale et orientale qui font valoir que les énergies renouvelables (éolien, solaire…), déjà labellisées par la Commission, souffrent de production intermittente et ne permettront pas, à elles seules, de répondre aux besoins en électricité.

Centrale fantôme

L’Autriche, qui tire plus de 75% de son électricité de sources renouvelables, essentiellement grâce à un riche potentiel hydroélectrique, et vise 100% d’ici 2030, n’en est pas à son premier combat européen contre l’atome. En juillet 2015 déjà, elle avait porté plainte pour contester le subventionnement par Londres de la construction de deux réacteurs EPR à Hinkley Point par le français EDF. Un recours rejeté en 2020 par la CJUE.

C’est dès novembre 1978 que ce pays alpin d’Europe centrale a tourné casaque en disant à 50,5% non au nucléaire lors d’un référendum. L’unique centrale du pays, qui devait entrer en service quelques jours plus tard, dresse toujours sa cheminée massive, à une heure de route de Vienne. Elle est précieusement conservée en l’état, y compris les téléphones de la salle de contrôle dotés à l’époque d’une ligne directe avec le chancelier en cas d’urgence.

Les curieux peuvent la visiter, tout comme des experts du secteur venant s’informer sans risques sur le démantèlement des centrales dans cette maquette à taille réelle qui n’a jamais abrité de combustible radioactif. « C’est la seule centrale nucléaire au monde qui a été construite et n’a pas été mise en service« , souligne Stefan Zach, porte-parole du groupe électrique autrichien ENV, propriétaire du site. « Ce fut un choc non seulement pour les 200 employés prêts à s’atteler au travail mais aussi pour le pays entier« , dit-il, dans l’étrange silence du lieu.

Quelques mois plus tard, la catastrophe de Three Mile Island (États-Unis), puis en 1986 de Tchernobyl (Ukraine), ont cependant conforté les Autrichiens dans leur décision, selon M. Zach. « Construire un site nucléaire serait impensable aujourd’hui en Autriche« , dit-il. Tout en regrettant que malgré une interdiction inscrite dans la loi en 2015, son pays continue à importer de l’électricité, notamment issue du nucléaire, pour combler ses besoins énergétiques.

Par AFP, publié le 19 janvier 2022 à 06h46

https://www.connaissancedesenergies.org/afp/lautriche-fourbit-ses-armes-contre-linclusion-du-nucleaire-dans-la-taxonomie-verte-europeenne-220119

« LA POURSUITE DE FONCTIONNEMENT DES RÉACTEURS NUCLÉAIRES D’EDF NE DOIT PAS ÊTRE LA VARIABLE D’AJUSTEMENT DE LA POLITIQUE ÉNERGÉTIQUE FRANÇAISE »

Dans un entretien au « Monde », Bernard Doroszczuk, le président de l’Autorité de sûreté nucléaire, alerte quant à l’absence de marges en matière de sécurité d’approvisionnement électrique.

D’abord, le président de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN), Bernard Doroszczuk, tient à souligner un point rassurant. Malgré les complications dues à la crise sanitaire, « le niveau de sûreté nucléaire et de radioprotection a été tout à fait satisfaisant en 2021, affirme-t-il en préambule de son entretien au Monde. Notamment la conduite des quatrièmes visites décennales des réacteurs les plus anciens ». Le « gendarme » du nucléaire français met cependant en garde contre « une double fragilité inédite » : à la fois pour les réacteurs, mais aussi pour les installations qui fabriquent, retraitent ou valorisent le combustible.

Pour 2022, EDF s’attend à produire de l’électricité nucléaire à un niveau historiquement bas depuis au moins trente ans. Pourquoi ?

Un certain nombre d’éléments étaient tout à fait prévisibles : le réacteur EPR de Flamanville [Manche] n’est pas en service ; les deux réacteurs de Fessenheim [Haut-Rhin] sont fermés [depuis 2020] ; et l’hiver 2021-2022, encore davantage que le précédent, est marqué par les travaux du grand carénage et les visites décennales qui impliquent des mises à l’arrêt plus longues de certains réacteurs. La crise sanitaire, et notamment le premier confinement, a aussi eu des répercussions en cascade sur le calendrier des arrêts. Elle a réduit les marges de disponibilité en hiver.

Lire aussi : Nucléaire, tarifs, financements : les déboires d’EDF et de l’État actionnaire (Article réservé à nos abonnés)

À ces difficultés identifiées s’est ajoutée, depuis décembre 2021, une indisponibilité de quatre réacteurs liée à la découverte d’un aléa tout à fait inattendu de corrosion sur un circuit important pour la sûreté, le circuit d’injection de sécurité. Cette anomalie a conduit EDF, de façon tout à fait responsable, à mettre à l’arrêt quatre réacteurs [ainsi qu’un autre au moins, à Penly (Seine-Maritime), en janvier].

Cette accumulation d’événements mène à la situation que nous redoutions : une tension sur le système électrique qui pourrait mettre des décisions de sûreté en concurrence avec des décisions de sécurité électrique. L’ASN a maintes fois exprimé le besoin de maintenir des marges dans le dimensionnement du système électrique et des installations, pour pouvoir faire face à des aléas. Or, aujourd’hui, il n’y a pas de marge !

Lire aussi : Des réacteurs nucléaires à l’arrêt en raison d’un problème de corrosion « sérieux et inattendu » (Article réservé à nos abonnés)

Dans ce contexte, vous paraît-il possible de mettre à l’arrêt douze réacteurs supplémentaires d’ici à 2035, comme le prévoit la feuille de route énergétique ?

Compte tenu du développement prévisible des usages électriques dans les prochaines années, la situation actuelle de tension devrait conduire le gouvernement à se réinterroger sur ce choix, sauf impératif de sûreté. Ce choix devrait être dûment pesé au regard de prévisions réalistes de mise en service, d’ici à 2035, de nouveaux moyens de production, quels qu’ils soient, pour pouvoir conserver des marges pour la sûreté dans le système électrique.

En parallèle à cette réflexion que devrait mener le gouvernement, EDF doit travailler à démontrer la capacité de chacun des réacteurs les plus anciens à poursuivre son fonctionnement au-delà de cinquante ans. Dans le cadre du quatrième réexamen des réacteurs de 900 mégawatts, l’entreprise n’a justifié la poursuite d’exploitation que de quarante à cinquante ans. Il est fondamental qu’EDF engage dès à présent ses travaux de justification, et éventuellement de recherche. Il ne faudrait pas que, faute d’une anticipation suffisante, la poursuite de fonctionnement des réacteurs résulte d’une décision subie au regard des besoins électriques, ou hasardeuse en matière de sûreté. La prolongation d’exploitation ne doit pas être la variable d’ajustement d’une politique énergétique qui aurait été mal calibrée.

Lire aussi : Les plus anciens réacteurs nucléaires prolongés de dix ans

De nombreux scénarios de transition énergétique s’appuient sur une prolongation de la durée de vie des réacteurs au-delà de cinquante ans…

L’un des six scénarios présentés par le gestionnaire du Réseau de transport d’électricité, notamment, envisage un mix énergétique avec une part d’électricité nucléaire proche de 50 % en 2050. Ce scénario repose à la fois sur un programme ambitieux en matière de nouveau nucléaire et sur le fonctionnement de certains réacteurs au-delà de soixante ans, et quasiment la prolongation de l’essentiel des réacteurs actuels jusqu’à soixante ans. Ce que nous disons, c’est que ce scénario repose sur des hypothèses structurantes qui ne sont pas justifiées à ce stade. Il présente donc le risque d’engager le système électrique dans une impasse, dans le cas où le nombre de réacteurs aptes à fonctionner jusqu’à soixante ans ou au-delà serait insuffisant et ne serait connu que tardivement.

La filière nucléaire semble-t-elle prête à répondre au défi de la construction de nouveaux réacteurs ?

Les nouvelles perspectives de politique énergétique, notamment si elles s’appuient sur une composante nucléaire, supposeront un effort industriel considérable. Pour faire face aux nouveaux projets, aux opérations de démantèlement et aux travaux sur le parc actuel, les entreprises de la filière estiment qu’elles auront besoin de renforcer les compétences d’exécution dans de nombreux domaines. Elles prévoient le recrutement de l’ordre de 4 000 ingénieurs par an. C’est considérable ! Nous insistons sur ce point parce que la qualité de la conception, de la fabrication et du contrôle des installations constitue le premier niveau de sûreté.

Relancer le nucléaire aura aussi des conséquences en matière de gestion des déchets…

Faire le choix du nucléaire pendant encore soixante ans, voire quatre-vingts ans, doit s’accompagner d’une politique exemplaire en matière de gestion des déchets. Aujourd’hui, un certain nombre de solutions permettant de gérer les déchets nucléaires sont sur la table, mais elles n’ont pas encore fait l’objet de décisions. Il ne faut pas procrastiner, il est temps de prendre des décisions. Autoriser la création du centre d’enfouissement de Cigéo à Bure [Meuse], cela demande une décision politique. Sinon, dans les quinze à vingt ans qui viennent, il n’y aura aucune solution de gestion pérenne.

Lire aussi : Coût, gestion des déchets et sécurité : huit questions que pose le retour annoncé du nucléaire en France (Article réservé à nos abonnés)

EDF a annoncé un nouveau retard pour la mise en service de l’EPR de Flamanville. Comment expliquer que le calendrier de réparation des soudures n’ait pas été tenu ?

Le chantier est complexe et EDF prend énormément de précautions ; nous constatons d’ailleurs plutôt un niveau de qualité très élevé sur ce qui a été refait. Mais il y a beaucoup plus de soudures à reprendre que ce qu’EDF imaginait au début : sur une centaine à réparer, seule une vingtaine ont été totalement refaites. L’objectif de terminer d’ici au mois d’avril n’était pas réaliste. Et il n’y a pas que les soudures ! D’autres sujets n’ont pas encore été résolus, alors qu’ils sont sur la table depuis des années : le fonctionnement des soupapes ou encore le colmatage des filtres du réservoir d’eau interne en cas d’accident.

Lire aussi : L’EPR de Flamanville accuse un nouveau retard

Quel bilan peut-on tirer de l’incident qui a eu lieu sur l’EPR de Taishan, en Chine ?

L’analyse n’est pas terminée, mais nous comprenons qu’il y a un phénomène d’usure mécanique des assemblages lié à des vibrations, ainsi que des sujets liés à l’hydraulique spécifique de la cuve de l’EPR. Nous attendons que le retour d’expérience soit totalement tiré par EDF avant de nous prononcer sur les propositions que l’entreprise nous fera.

Dans votre bilan pour 2021, vous relevez aussi une fragilité des installations du cycle combustible. De quoi s’agit-il ?

Cette fragilité est sans précédent. D’abord, il y a eu la confirmation en 2021 que la piscine centralisée pour l’entreposage des combustibles usés, prévue par EDF sur le site de La Hague [Manche], ne serait disponible qu’en 2034. Ce retard imputable à EDF, alors que la saturation des piscines était identifiée depuis 2010 comme devant intervenir à l’horizon 2030, va obliger les exploitants à mettre en place des solutions transitoires.

Ensuite, la société Orano [ex-Areva] rencontre des difficultés avec son usine Melox de fabrication du MOX [un combustible composé de plutonium et d’uranium appauvri], qui fonctionne à mi-capacité et produit beaucoup de rebuts. Cela oblige Orano à entreposer ces rebuts de manière plus importante que prévu, et les capacités d’entreposage seront saturées dès le premier semestre 2022.

Lire aussi : Combustibles nucléaires usés : face au risque de saturation, EDF sommé d’accélérer (Article réservé à nos abonnés)

La troisième difficulté est liée au développement d’une corrosion plus rapide qu’envisagé par Orano sur les évaporateurs de l’usine de retraitement de La Hague, dont ils sont un élément fondamental. Si ces trois éléments venaient à s’aggraver, cela aurait non seulement des répercussions sur la marge à saturation des piscines de La Hague, mais aussi, à terme, sur le fonctionnement des réacteurs eux-mêmes.

Par Perrine Mouterde et Adrien Pécout, publié le 19 janvier 2022 à 11h33, mis à jour à 15h53

https://www.lemonde.fr/economie/article/2022/01/19/la-poursuite-de-fonctionnement-des-reacteurs-nucleaires-d-edf-ne-doit-pas-etre-la-variable-d-ajustement-de-la-politique-energetique-francaise_6110102_3234.html

TROIS AGENCES DE NOTATION SIGNALENT QU’EDF POURRAIT ÊTRE DÉCLASSÉE EN RAISON DE L’INTERVENTION DES POUVOIRS PUBLICS ET DES PANNES NUCLÉAIRES

(MT Newswires) — Électricité de France (EDF.PA) a vu lundi ses notes de crédit abaissées et placées sous surveillance négative après la décision du gouvernement de limiter la hausse des coûts énergétiques pour les ménages et une prévision de baisse de la production nucléaire.

Le 13 janvier, le gouvernement français a déclaré qu’il augmenterait le volume d’électricité qu’EDF doit vendre dans le cadre du programme ARENH à 120 térawattheures d’avril à décembre, afin de limiter la hausse des tarifs réglementés à 4 % pour l’année. Entre-temps, EDF a révélé que sa production nucléaire pour 2022 se situera entre 300 TWh et 330 TWh, en baisse par rapport à l’estimation précédente de 330 TWh à 360 TWh, en raison de l’arrêt prolongé de cinq de ses réacteurs français.

En conséquence, Fitch Ratings a abaissé la note de défaut d’émetteur à long terme d’EDF de A- à BBB+ et l’a placée sous surveillance négative, tandis que S&P Global Ratings a placé la note à long terme BBB+ du producteur d’énergie sous surveillance avec des implications négatives. En outre, Moody’s examine la possibilité d’abaisser la note A3 de la dette senior non garantie d’EDF.

Les agences de notation prévoient d’évaluer l’impact potentiel des mesures prévues sur le profil financier et les bénéfices d’EDF pour 2022, compte tenu de la baisse attendue de la production nucléaire, ainsi que les mesures correctives que le groupe énergétique pourrait mettre en œuvre et tout soutien supplémentaire potentiel du gouvernement.

EDF s’échangeait dans le rouge à plus de 4% à la clôture de lundi.

Publié le 18/01/2022 à 04h52

https://www.zonebourse.com/cours/action/ELECTRICITE-DE-FRANCE-4998/actualite/Trois-agences-de-notation-signalent-qu-EDF-pourrait-etre-declassee-en-raison-de-l-intervention-des-p-37569811/

EST-CE QUE LA FRANCE EST « LE 2ÈME PAYS LE PLUS PROPRE AU MONDE » GRÂCE AU NUCLÉAIRE, COMME LE DIT JORDAN BARDELLA ? (RN)

Le président du Rassemblement National a mis en avant un classement effectué par l’université de Yale, aux États-Unis. Sauf que si cet index met effectivement la France en position plutôt haute, ce n’est pas uniquement grâce au nucléaire. 

Jordan Bardella a défendu lundi 17 janvier sur franceinfo la construction de nouveaux EPR, si Marine Le Pen remporte l’élection présidentielle 2022.

Selon le président du Rassemblement national, « le nucléaire reste l’une des énergies les plus propres » et pour le prouver, il a avancé cet argument : « Il y a un classement, une étude qui a été faite par l’université de Yale il y a quelques mois qui nous disait que grâce au nucléaire, la France était le 2ème pays le plus propre au monde, après la Suisse. » Sauf que c’est plutôt faux, la cellule Vrai du faux vous explique. 

La France désormais 5ème de cet index 

D’abord, la France n’est pas 2ème de cet index environnemental conçu effectivement par l’université de Yale aux Etats-Unis. En réalité, c’était le cas il y a quatre ans mais depuis nous sommes descendu à la 5ème place. Surtout, ce n’est pas « grâce au nucléaire », comme le dit Jordan Bardella que la France figure en bonne place dans ce classement. Cet index prend en compte toute une série de critères environnementaux qui évoluent d’année en année pour comparer les performances dans 180 pays. Au total, 32 indicateurs très différents sont auscultés. On retrouve par exemple la qualité de l’air, de l’eau, les émissions de CO2, la biodiversité, l’agriculture ou encore la gestion des déchets. 

Si on regarde le détail pour la France, elle gagne bien quelques points grâce au nucléaire, mais pas seulement. Nous avons, comme beaucoup d’autres pays, la note la plus élevée sur la protection des aires marines, terrestres ou des espèces. Ce sont par exemple les sites protégés Natura 2000, on en compte un peu plus de 1 700 en France. Comme d’autres pays développés, nous sommes aussi bien classés sur des critères de santé publique. En clair, ces bons points nous font monter au classement alors qu’il n’y a pas de lien avec le nucléaire. Inversement, si on enlève les bonnes notes de la France sur la biodiversité et qu’on se concentre par exemple uniquement sur les émissions de gaz à effet de serre par habitant, nous chutons à la 117ème place

Par Thomas Pontillon, (Radio France), publié le 18/01/2022 à 10h55

Photo en titre : Jordan Bardella était l’invité de franceinfo lundi 17 janvier 2022.  (FRANCEINFO / RADIOFRANCE)

https://www.francetvinfo.fr/replay-radio/le-vrai-du-faux/est-ce-que-la-france-est-le-2e-pays-le-plus-propre-au-monde-grace-au-nucleaire-comme-le-dit-jordan-bardella_4903647.html

NDLR : Mentez, mentez, si personne ne contrôle, il en restera toujours quelque chose et des gogos pour le croire!!

VIVRE AVEC DES CENTRALES NUCLÉAIRES À SA FRONTIÈRE

AVERTISSEMENT: Toutes les opinions affichées dans cet article reflètent l’avis des auteurs, pas celle d’EURACTIV Media network.

Horst Hamm travaille pour la Fondation pour un avenir sans nucléaire et Charlotte Mijeon est porte-parole du Réseau Sortir du nucléaire.

Il existe un décalage majeur entre la politique énergétique, question de souveraineté nationale, et les impacts transfrontaliers sans commune mesure du nucléaire. Un phénomène parfaitement illustré par la catastrophe de Tchernobyl.  À la suite de la fusion du réacteur 4 de la centrale ukrainienne, un nuage radioactif a traversé la moitié de l’Europe. Dans le sud de l’Allemagne, plus de 35 ans plus tard, l’exposition au césium 137 constitue toujours un problème majeur. Des traces de radioactivité plus ou moins importantes sont encore présentes dans le sol, la flore et affecte les animaux qui y vivent.

L’Institut de l’environnement de Munich a indiqué que la viande de sanglier y est souvent contaminée. La consommation de 6 kilogrammes de viande contenant 3 000 becquerels par kilogramme (Bq/Kg) de césium-137 entraîne une exposition à une dose de rayonnement de 240 microsieverts, soit 12 radiographies des poumons. La valeur limite au-delà de laquelle la viande doit être jetée est de 600 Bq/kg. Cependant, elle est quotidiennement vendue sans avoir été testée.

Munich est à 1 374 kilomètres de Tchernobyl, montrant que les dangers posés par les centrales nucléaires ne se limitent pas à leur voisinage immédiat. Cependant, plus la distance est courte, plus le danger est grand. Il existe à ce jour 443 réacteurs nucléaires dans le monde, dont 126 en Europe. Parmi eux, les réacteurs belges Doel 1 et 2 ainsi que Tihange 1 mis en service en 1975 et devant être arrêtés en 2015 à la fin de leur cycle d’exploitation. « Malgré des incidents répétés et des milliers de fissures dans les cuves de pression des réacteurs, le gouvernement belge a décidé de prolonger leur durée d’exploitation jusqu’en 2025 », déplore le Bund für Umwelt und Naturschutz Deutschland (BUND), malgré un avis contraire de la Cour constitutionnelle faute d’étude d’impact sur l’environnement (Décision n° 34/2020 du 5 mars 2020, réf. 6328).

Les édifiantes analyses de l’Institut Biosphère sur les risques de dispersion montrent des impacts sur l’environnement nombreux et conséquents. À cela il faut ajouter l’exploitation des mines d’uranium. La consommation d’électricité nucléaire pollue ainsi des territoires étrangers dans un rapport asymétrique tristement familier. Des nappes fossiles, non régénérées par la pluie, ont ainsi été contaminées pour plusieurs décennies au Niger. La grande majorité de ces exploitations sont en Afrique, en Asie centrale, ou sur les territoires de peuples autochtones (Canada, Australie). 

Le retraitement du combustible a également un impact majeur (98% des rejets de radioéléments du secteur). Le centre de la Hague est ainsi responsable des rejets en mer les plus importants d’Europe. Ce qui fait scandale à Fukushima – le déversement d’eaux contaminées – se produit quotidiennement chez nous. On retrouve des traces de cette pollution, jusqu’au Danemark – un pays qui a pourtant choisi de se passer de nucléaire.

Plus largement, l’eau est un des talons d’Achille du nucléaire, comme l’a montré l’arrêt de la centrale de Chooz en septembre 2020 pour éviter des prélèvements trop importants dans la Meuse. Le constat est le même pour projet de centrale de Jizzakh (Ouzbékistan), qui produirait 88 000 mètres cubes d’eaux tous les ans. Il menace directement le réseau de lacs d’eau douce Aydar-Arnasay, pourtant sur la liste des sites d’importance internationale de la Convention de Ramsar sur les zones humides, et aurait en outre des effets délétères significatifs sur les maigres réserves d’eau du Kazakhstan et Tadjikistan avoisinants. Khujand, la deuxième plus grande ville du Tadjikistan, n’est qu’à 200 km. Malgré une forte opposition des populations locales et avoisinantes, l’Etat s’entête à construire ces réacteurs – considérés par le Groupement européen des autorités de sûreté nucléaire (ENSREG) comme présentant des défaillances importantes en matière de conception et de sécurité.

De l’extraction des ressources jusqu’à la conservation des déchets à vie longue, le nucléaire requiert des conditions politiques et sociétales stables. A l’échelle de l’histoire, la paix en Europe est une exception. Aussi, il est légitime de s’interroger sur le XXIème. Il s’agit d’un véritable enjeu civilisationnel puisque les déchets vont rester dangereux sur une durée supérieure à celle des civilisations humaines.

Le nucléaire civil est parfois directement impliqué dans des conflits, comme l’a montré la menace de l’Azerbaïdjan de de bombarder la centrale arménienne de Metsamor, en octobre 2020. Un acte qui aurait eu des conséquences catastrophiques pour toute la région (Russie, Géorgie, Turquie, Iran et même l’Azerbaïdjan).

Les initiatives se multiplient en Europe pour s’opposer à la construction de centrales aux frontières. La PLAGE (Platform against Nuclear Dangers) rappelle ainsi que si l’Autriche s’était prononcée contre l’énergie nucléaire par référendum en 1978, le pays est entouré de centrales situées entre 40 et 180 kilomètres de sa frontière : Gundremmingungen C et Isar II (Allemagne), Temelin et Dukonavy (République tchèque), Bohunice et Mochovce (Slovaquie), Paks (Hongrie), Krško (Slovénie), Leibstadt, Beznau et Gösgen (Suisse). Beznau 1 et 2, en service depuis 1969 et 1971, disposent d’une licence d’exploitation illimitée, et le risque d’accident augmente constamment. La PLAGE critique également les traités Européens, en premier lieu EURATOM, par lequel tous les États membres financent la recherche nucléaire, qu’ils exploitent ou non des centrales. 

L’industrie nucléaire annonce une « renaissance » afin de « sauver le climat ». Selon l’AIEA, il faudrait installer 715 gigawatts de nucléaire d’ici 2050. Cela représenterait 600 à 700 nouveaux réacteurs, augmenterait considérablement le risque déjà existant et ferait peser une énorme charge économique sur les États décidant de se renucléariser. 

De facto, il n’y a pas eu de renaissance nucléaire depuis des décennies – ce qui a eu des conséquences financières dramatiques pour le secteur. Le constructeur Westinghouse, historiquement le plus important du monde, est en faillite. Areva, le « leader du marché mondial de l’énergie nucléaire », a dû être repris par EDF pour éviter l’insolvabilité, ayant accumulé 10,5 milliards d’euros de pertes en six ans. Des programmes nucléaires nationaux entiers ont été annulés ou « suspendus », notamment pour des motifs économiques – au Chili, en Indonésie, en Jordanie, en Lituanie, en Afrique du Sud, en Thaïlande ou au Vietnam.

Dans le monde entier, les énergies renouvelables sont nettement moins chères que l’énergie nucléaire. En Arabie saoudite, pays riche en pétrole, une centrale photovoltaïque de 600 mégawatts en cours de construction fournira de l’électricité pour 1,04 centimes de dollar – un record mondial de rentabilité. L’énergie nucléaire, quant à elle, coûte au moins dix fois plus, alors que les coûts du stockage définitif des déchets et les risques d’un accident nucléaire sont répercutés sur la collectivité.

Par Charlotte Mijeon (Réseau Sortir du nucléaire) et Horst Hamm (Fondation pour un avenir sans nucléaire), publié le 18 janvier 2022 à 11h 02

Photo en titre : De l’extraction des ressources jusqu’à la conservation des déchets à vie longue, le nucléaire requiert des conditions politiques et sociétales stables. [Martin Lisner / Shutterstock]

https://www.euractiv.fr/section/energie/opinion/vivre-avec-des-centrales-nucleaires-a-sa-frontiere/

LE RÔLE DISCRET DE LA CHINE DANS LES NÉGOCIATIONS SUR LE NUCLÉAIRE IRANIEN

Alors que les négociations sur le nucléaire iranien ont atteint une phase délicate, la Chine, partenaire discrète de Téhéran, tente de se positionner comme un acteur clef. Et pour cause : elle a tout intérêt à une levée des sanctions américaines en Iran, pays avec lequel elle a scellé un accord de coopération historique.

Les discussions sur le nucléaire iranien entrent dans le dur. Les Iraniens ont planté le décor, vendredi 14 janvier, juste avant un week-end de consultations de leurs négociateurs à Téhéran, affirmant avoir atteint le « stade des détails, la partie la plus difficile des négociations« , d’après l’Irna, l’agence de presse officielle iranienne.

Les pourparlers entre le groupe P4+1 (Chine, France, Royaume-Uni, Russie et Allemagne), l’Union européenne, l’Iran et les États-Unis, présents de manière indirecte, ont donc repris lundi à Vienne, avec plus d’enjeu que jamais. Et pour aborder cette phase de négociations délicate, Téhéran peut compter sur la Chine. En coulisses, le négociateur chinois Wang Qun, plus discret que son homologue russe Mikhail Ulyanov friand de tweets et de déclarations à la presse, joue en effet un rôle clef.

Dans les médias chinois, le diplomate au nœud papillon a plusieurs fois souligné le rôle « unique et constructif » de la Chine dans ces pourparlers et son travail avec toutes les parties pour encourager la reprise du processus de négociation entre les Américains et les Iraniens – et ce, au plus vite.

Ainsi, mettant de côté les tensions avec Washington sur les rivalités commerciales, ou encore les désaccords sur Taïwan et la mer de Chine, Wang Qun a négocié pendant des heures avec l’envoyé spécial américain pour l’Iran, Robert Malley, à Vienne, œuvrant à sauver l’accord sur le nucléaire de 2015.

Un rapprochement stratégique entre Chine et Iran

« Les Chinois ont tout intérêt à ce que l’accord soit signé au plus vite pour assurer la diversification de leur approvisionnement en pétrole, mais aussi parce que l’Iran est un partenaire géopolitique« , explique à France 24 Jean-François Di Meglio, spécialiste de la Chine et président d’Asia Centre.

« Les Chinois avaient déjà joué un rôle important lors des négociations ayant abouti à l’accord de 2015« , se souvient par ailleurs Thierry Coville, spécialiste de l’Iran, contacté par France 24. C’est ce qu’a révélé l’ancien chef de la diplomatie iranienne de l’époque, Mohammad Javad Zarif, dans un ouvrage publié juste avant de passer la main au gouvernement de l’ultraconservateur Ebrahim Raïssi, en août 2021. Dans ce long récit présentant les coulisses des deux années de négociations ayant abouti à l’accord de 2015, Mohammad Javad Zarif écrit que chaque fois que celles-ci se trouvaient dans l’impasse, le ministre chinois des Affaires étrangères intervenait, présentait une initiative nouvelle et parvenait à relancer les pourparlers.

Mais depuis quelques mois, les relations entre Pékin et Téhéran ont franchi une nouvelle étape avec la signature d’un partenariat historique de 25 ans couvrant des domaines aussi variés que l’énergie, la sécurité, les infrastructures et les communications. Outre la livraison de pétrole à prix réduit, cet accord stratégique, dont la mise en œuvre a débuté le 15 janvier, prévoit aussi l’assistance sécuritaire de la Chine à l’Iran, notamment par le biais de livraisons de matériel militaire. « La Chine a signé très peu de partenariats de ce type. Il s’agit là d’une véritable alliance diplomatique« , précise Jean-François Di Meglio.

Pour Pékin, qui continue d’importer du pétrole iranien malgré le risque de se voir infliger des amendes par le Trésor américain, une levée des sanctions de Washington sur les échanges commerciaux avec l’Iran constituerait une aubaine. Avant le retrait américain de l’accord en 2018, la Chine importait près de 10 % de son pétrole depuis l’Iran et avait investi dans des infrastructures permettant d’acheter des volumes plus conséquents. Selon Jean-François Di Meglio, « les Chinois sont très intéressés par le brut iranien parce que leurs raffineries sont adaptées au traitement de ce pétrole lourd qui sert de fuel pour approvisionner leurs centrales électriques, leur chauffage ou pour faire rouler leurs camions« .

Diplomatie pétrolière de Pékin au Moyen-Orient

Outre l’aspect financier, le rapprochement avec l’Iran permet à la Chine de contrebalancer les actions américaines et d’affirmer sa montée en puissance diplomatique dans la région, indique Jean-François Di Meglio : « Le Moyen-Orient n’était pas un élément majeur de la diplomatie chinoise. Mais cela a changé depuis cinq ans avec le tournant irakien. Après la guerre, la Chine a saisi l’opportunité de reprendre l’exploitation de champs de pétrole irakiens, qu’elle est en train de remettre en état.« 

À l’ONU, Pékin pèse aussi de tout son vote sur les décisions de la région. D’abord en ce qui concerne l’Iran, mais aussi sur la Syrie, pour laquelle elle s’aligne quasi systématiquement sur les positions russes favorables à Bachar al-Assad.

À lire aussi: : « Pourquoi la Chine veut faire entendre sa voix dans la crise israélo-palestinienne »

À Pékin aussi, depuis quelques semaines, la diplomatie chinoise fonctionne à plein régime. Entre le 10 et le 14 janvier, le ministre des Affaires étrangères Wang Yi a reçu pas moins de cinq de ses homologues dans la région. Les chefs de la diplomatie de l’Arabie saoudite, du Koweït, d’Oman, du Bahreïn et de l’Iran, mais aussi le ministre turc des Affaires étrangères et le secrétaire général du Conseil de coopération du Golfe (CCG), ont défilé tour à tour dans la capitale chinoise.

Et ces visites ne sont pas sans lien avec la phase finale des négociations sur le nucléaire iranien puisqu’elles permettent de rassurer les pays du Golfe sur le dossier, tout en réaffirmant les alliances économiques. L’occasion également pour la Chine de montrer à Washington qu’elle joue désormais un rôle clef dans une région où les Américains sont en perte d’influence.

Par Bahar MAKOOI, publié le 18/01/2022 à 08h54

Photo en titre : L’ambassadeur chinois auprès des Nations unies, Wang Qun, à la sortie du Grand Hotel Wien où se déroulent les négociations avec l’Iran, à Vienne, le 15 avril 2021. © AFP

https://www.france24.com/fr/moyen-orient/20220118-le-r%C3%B4le-discret-de-la-chine-dans-les-n%C3%A9gociations-sur-le-nucl%C3%A9aire-iranien

NUCLÉAIRE : EDF CONFRONTÉE À UNE SÉRIE D’INCIDENTS SUR SES RÉACTEURS FRANÇAIS

5 réacteurs nucléaires sont désormais arrêtés à cause d’un problème de corrosion. L’ensemble du parc nucléaire français est va être désormais passé en revue, ce qui accroît encore un peu plus la tension sur l’approvisionnement électrique en France et sur une filière au centre des débats.

« C’est inquiétant et il va falloir attendre le résultat des inspections pour voir quel est le problème »

Ce problème de corrosion a été détecté en fin d’année dernière. D’abord sur les deux réacteurs de la centrale de Civaux, sur un des deux réacteurs de la centrale de Chooz et depuis la fin de semaine dernière, sur celui de Penly.

Yves Marignac est le chef du pôle expertise nucléaire de l’association Négawatt explique que si « on parle de corrosion sous contrainte, en fait il s’agit de microfissures sur l’acier d’un coude d’un circuit très important qui permet de refroidir le réacteur ». Les 5 réacteurs concernés par ce problème ou soupçonnés de l’être sont à l’arrêt. Et ce ne seront peut-être pas les seuls. Selon Nicolas Goldberg, expert énergie du cabinet Colombus Consulting, « le réacteur de Penly qui est potentiellement le 5ème réacteur touché, est un réacteur qui a été construit à un autre moment et avec d’autres plans. Cela veut dire que Penly pourrait ne pas être le seul réacteur à être touché. C’est inquiétant et il va falloir attendre le résultat des inspections pour voir quel est le problème ».

À lire aussi : Nucléaire : Nouveau retard et surcoût pour l’EPR de Flamanville

Le réacteur de la centrale de Chooz est arrêté jusqu’au 31 décembre prochain. Les deux réacteurs de Civaux  jusqu’au 31 août pour le premier et au 31 décembre pour le second tandis que cela va jusqu’au 30 mai pour Penly, le temps de remplacer les pièces. Des arrêts qui tombent au mauvais moment : « on est actuellement dans un réseau électrique dit sans marge, c’est lié à la fermeture des centrales ces dernières années. Alors c’est une bonne nouvelle pour le climat mais une mauvaise pour le réseau électrique. Cela veut dire que l’on a un risque d’approvisionnement compliqué même si cela ne signifie pas non plus un black-out » affirme Nicolas Goldberg. Il n’y a donc pas de risque de black-out pour l’instant, à condition que d’autres réacteurs ne soient pas arrêtés et surtout s’il ne fait pas trop froid et qu’il n’y a pas trop de vent : « c’est quand il fait froid que l’on consomme beaucoup. On a beaucoup d’éolien en France donc le vent devient un facteur structurant de sécurité d’approvisionnement ».

Yannick Jadot a proposé de renationaliser EDF

À plus long terme, Yves Marignac de l’association Négawatt estime que cette situation fragilise la filière alors même qu’Emmanuel Macron a annoncé en novembre dernier un nouveau programme de construction de réacteurs : « la maîtrise de la demande d’électricité et la réduction des pointes devraient être les priorités du gouvernement. Le développement des renouvelables devrait également être accéléré pour réduire cette dépendance technique nucléaire. À mon sens mes convictions vont à l’inverse de la politique qu’a annoncé Emmanuel Macron ces derniers mois ». Tiraillé entre la demande d’énergie peu chère et les investissements nécessaires à la maintenance du parc nucléaire, le devenir d’EDF doit devenir un sujet politique selon lui. Le candidat à la présidentielle Yannick Jadot a d’ailleurs proposé hier de renationaliser EDF. Le nucléaire en France sera bien un sujet de la campagne ces prochaines semaines.

Par Baptiste Gaborit, publié le 18/01/2022 à 07h00, modifié le 17/01/2022 à 15h08

Photo en titre : Raimond Spekking / Wikimedia Commons

https://www.radioclassique.fr/magazine/articles/nucleaire-edf-confrontee-a-une-serie-dincidents-sur-ses-reacteurs-francais/

PISCINE NUCLÉAIRE DANS LA HAGUE : POUR JEAN MORIN, LES MANCHOIS SONT « MIS DEVANT LE FAIT ACCOMPLI »

Le président du conseil départemental de la Manche Jean Morin juge les délais et le périmètre de la concertation sur le projet de piscine d’EDF insuffisants.

Jean Morin, le président du conseil départemental de la Manche, a adressé un courrier, en date du 6 décembre 2021, à Chantal Jouanno, la présidente de la commission nationale du débat public (CNDP).

« En accueillant sur son territoire depuis la fin des années 1970 les réacteurs nucléaires de Flamanville, l’usine d’Orano et le centre d’enfouissement de l’Andra à Digulleville, la Manche a prouvé plus que n’importe quel autre territoire de France métropolitaine son attachement à la filière nucléaire et à l’indépendance énergétique de notre pays. »

Jean Morin, Président du Conseil départemental de la Manche : « Cela n’autorise pour autant pas à considérer notre département comme un territoire où la filière nucléaire pourrait se passer de l’avis de la population. »

Comme son prédécesseur Marc Lefèvre, il trouve la procédure de concertation sur le projet de piscine d’entreposage de combustibles usés qu’EDF souhaite construire sur les emprises d’Orano la Hague « simple et trop limitée ».

À lire aussi : Nucléaire : le projet de piscine d’EDF sur le site d’Orano La Hague pose question

« Mis devant le fait accompli »

La concertation sur le plan national de gestion de matières et déchets radioactifs, qui a fait l’objet d’un débat public en 2019, « ne peut être brandie comme un bouclier permettant aux acteurs de la filière nucléaire de disposer du territoire national selon leurs besoins », insiste Jean Morin.

Il rappelle d’ailleurs que la CNDP elle-même a incité à pousser plus loin la réflexion sur le choix d’un ou plusieurs sites, « question très sensible au regard de leur dimension territoriale ».

Le public et les associations locales doivent y être associés dès la phase de recherche du ou des sites, afin de ne pas être mis devant le fait accompli. Force est de constater que cela n’a pas été le cas dans la Manche. La décision semble prise avant le début de la consultation du public.

Le choix d’EDF a en fait été annoncé en avril 2021. « D’autres sites avaient été envisagés avant, notamment en région Centre-Val de Loire où les élus s’étaient exprimés contre », observe au passage Valérie Nouvel, vice-présidente en charge de la transition et de l’adaptation au changement climatique, dans le magazine du conseil départemental.

À lire aussi : Nucléaire : à Cherbourg, le débat sur le projet de piscine d’EDF tourne court

La période et le rayon en question

Jean Morin s’interroge aussi sur le calendrier de cette concertation, entre le 22 novembre et le 18 février, avec une majorité de rencontres « dans les jours qui précèdent Noël, une période au cours de laquelle, vous en conviendrez, les Français ont autre chose à l’esprit que de répondre à un questionnaire sur le nucléaire ».

Il regrette également « la faible aire géographique » retenue pour la consultation, limitée au Cotentin, « un territoire où une très large proportion de la population travaille ou connaît quelqu’un qui travaille dans le nucléaire ou chez l’un de ses sous-traitants ». Ce n’est pas dit, mais on comprend que les avis auraient pu être très différents dans le reste du département.

Aucun élu invité à la première réunion

Le propos est plus polémique quand Jean Morin évoque la rencontre avec les deux garants de la concertation, le 22 novembre. « Ils m’ont informé, sans solliciter mon avis, qu’ils seront accompagnés de deux porteurs de projets, salariés d’EDF. Cela m’interpelle fortement sur l’idée qu’ils se feraient de l’indépendance de leur mission. En outre, leur principal propos lors de cet échange a été de me convaincre du bien-fondé du projet d’EDF. »

J’ai par ailleurs appris que la concertation publique débutait le jour même, et qu’aucun élu du conseil départemental n’avait été convié à la première réunion.

À lire aussi : Piscine EDF à Orano La Hague : des réunions, des ateliers et un site internet pour s’informer

Une accusation « insupportable » pour les garants

« Dire que nous sommes inféodés au projet d’EDF n’est pas vrai et c’est insupportable », a vivement réagi Pascal Brérat, l’un de deux garants, mardi soir à l’occasion d’un atelier thématique proposé à Cherbourg.

Pascal Brérat : Il ne m’appartient pas de répondre à la place de la présidente de la CNDP, elle le fera dans les prochains jours.

Quant au rendez-vous avec Jean Morin, « la demande avait été faite un mois auparavant. Nous avions effectivement souhaité la présence de représentants d’EDF, mais nous ne sommes pas intervenus pour soutenir le projet. Et en matière d’indépendance, tous ceux qui voulaient s’exprimer l’ont fait. »

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Par Jean Lavalley, La Presse de la Manche, publié le 17 Janvier 2022 à 6h41 

Photo en titre : Le président du conseil départemental Jean Morin estime que la population et les associations doivent être associées au choix du site de la future piscine d’EDF.

https://actu.fr/normandie/la-hague_50041/piscine-nucleaire-dans-la-hague-pour-jean-morin-les-manchois-sont-mis-devant-le-fait-accompli_47904938.html

BRENNILIS : CONSEIL MUNICIPAL DE SAINT-RIVOAL : AVIS DÉFAVORABLE SUR LE DÉMANTÈLEMENT DE LA CENTRALE NUCLÉAIRE

Le conseil municipal de Saint-Rivoal, réuni samedi 15 janvier, avait à donner un avis sur le démantèlement de la centrale de Brennilis.

Après avoir étudié l’avis rédigé par la Commission locale d’informations (Cli) des monts d’Arrée, il attire l’attention sur plusieurs points. L’ouverture de l’enquête publique pendant la période des fêtes a contraint la possibilité de s’approprier l’ensemble des éléments et d’engager un réel débat public. La question des déchets est peu évoquée, selon le conseil. À ce jour, les plans d’urgences en cas d’accident nucléaire ne sont pas posés ou non partagés avec les habitants des municipalités concernées. Les montants publics mobilisés pour le démantèlement complet sont jugés disproportionnés par les élus au regard des urgences sociétales.

Mais surtout, les interrogations sur le suivi des taux de radioactivité émis et l’adaptation du scénario posé en cas de pollution environnementale ont amené le conseil municipal à émettre un avis défavorable au regard du dossier présenté.

Publié le 17 janvier 2022 à 17h14

Photo en titre : Le conseil municipal de Saint-Rivoal a donné un avis défavorable sur le démantèlement de la centrale nucléaire. (Archives Le Télégramme/Karen Jégo)

https://www.letelegramme.fr/finistere/saint-rivoal/conseil-municipal-de-saint-rivoal-avis-defavorable-sur-le-demantelement-de-la-centrale-nucleaire-17-01-2022-12906191.php

CLIMAT : NE TOUCHEZ PAS AU RAYONNEMENT SOLAIRE, PLAIDENT DES EXPERTS

Paris (AFP) – Les projets de géoingénierie solaire destinés à refroidir la surface de la Terre et limiter le réchauffement climatique sont potentiellement dangereux et devraient être bloqués par les gouvernements, plaident 60 experts et scientifiques dans une lettre publiée lundi.

Injecter des milliards de particules de soufre dans la couche supérieure de l’atmosphère — un des projets les plus controversés de modification intentionnelle des rayonnements solaires– pourrait renvoyer une partie des rayons du soleil, mais les effets secondaires risquent de dépasser les bénéfices, insiste cette lettre ouverte accompagnée d’un texte dans la revue WIREs Climate Change.

« Le déploiement de la géoingénierie solaire ne peut pas être géré au niveau mondial de manière juste, inclusive et efficace. Nous appelons donc les gouvernements, l’ONU et autres acteurs à prendre des mesures politiques immédiates pour empêcher la normalisation de la géoingénierie solaire en tant qu’option contre le réchauffement », écrivent les signataires.

La planète a gagné environ +1,1°C depuis l’ère pré-industrielle, entrainant déjà une multiplication des canicules, inondations ou tempêtes.

Le monde s’est engagé à limiter ce réchauffement bien en deçà de +2°C, +1,5°C si possible, mais les experts climat de l’ONU (Giec) estiment que le seuil de +1,5°C pourrait déjà être atteint autour de 2030.

Et face à l’échec à réduire les émissions de CO2 responsables du réchauffement, certains responsables politiques soutiennent désormais la géoingénierie, pour gagner du temps.

Les scientifiques savent depuis longtemps qu’injecter d’importants volumes de particules réfléchissantes dans la couche supérieure de l’atmosphère pourrait refroidir la planète. Les projections de l’éruption du volcan Pinatubo aux Philippines en 1991 avaient d’ailleurs réduit la température moyenne de la surface de la Terre pendant un an.

Mais la lettre ouverte met surtout en avant les risques.

Une modification intentionnelle des rayonnements solaires pourrait par exemple perturber le régime des moussons en Asie du Sud et dans l’ouest de l’Afrique et pourrait ainsi détruire les cultures dont des centaines de millions de personnes dépendent, selon des études déjà publiées.

Et si la modification des rayonnements prenait fin « pour une raison quelconque, il est très probable que la température de la surface augmenterait rapidement », estime le Giec.

De plus, cette technologie n’empêcherait pas le CO2 de continuer à s’accumuler dans l’atmosphère.

Les signataires, comme le professeur Aarti Gupta de l’université néerlandaise de Wageningen ou le président de l’Agence allemande de l’environnement Dirk Messner, s’inquiètent également du risque de créer un faux espoir de solution face au réchauffement, ce qui pourrait « dissuader les gouvernements, les entreprises et les sociétés de faire tout leur possible pour parvenir à la neutralité carbone dès que possible ».

Enfin, les experts soulignent l’absence de gouvernance pour surveiller ces projets.

Alors la lettre ouverte appelle à un « accord international de non utilisation » qui bloquerait le financement, l’expérimentation et l’octroi de brevets à ces technologies, sans pour autant mettre un terme aux recherches scientifiques.

Par AFP, publié le 17 janvier 2022

Photo en titre : Les projets de géoingénierie solaire destinés à refroidir la surface de la Terre et limiter le réchauffement climatique sont potentiellement dangereux, selon des experts et des scientifiques © AFP/Archives CHANDAN KHANNA

https://www.goodplanet.info/2022/01/17/climat-ne-touchez-pas-au-rayonnement-solaire-plaident-des-experts/

« NI SON ORGANISATION NI SES FINANCES NE PERMETTENT À EDF DE RELEVER TOUS LES DÉFIS QUI LUI SONT POSÉS »

Assurer la sécurité énergétique du pays, porter le savoir-faire français à l’international, produire toujours plus vert et servir de financeur de dernier recours : EDF est soumis à des injonctions politiques contradictoires, souligne dans sa chronique Jean-Michel Bezat, journaliste au « Monde ».

Chronique. Avouons-le, on n’aimerait pas être à la place du PDG d’EDF. Aux commandes du géant de l’énergie depuis 2014, Jean-Bernard Lévy n’est pas du genre à se laisser tordre le bras sans se battre. Mais après d’âpres négociations, l’État actionnaire (à 83,9 %) a fini par lui imposer ses vues : dans le cadre du mécanisme d’accès régulé à l’électricité nucléaire historique (Arenh), imposé par Bruxelles en 2011 au nom de la concurrence, il devra vendre à ses concurrents – à prix soldé, c’est de saison – 20 % de courant de plus que d’ordinaire.

En se payant sur la bête pour financer son « bouclier tarifaire », le gouvernement évite une flambée de 35 % des tarifs des consommateurs, qui ferait désordre à trois mois de l’élection présidentielle.

L’État a payé son écot en réduisant à presque rien la taxe sur l’électricité, une perte de recettes de 8 milliards d’euros noyée dans le déficit budgétaire. Pour EDF, l’injonction du gouvernement est douloureuse et défie le bon sens économique : il achètera de l’électricité jusqu’à 300 euros le mégawattheure (MWh) pour la revendre 46,20 euros à ses concurrents Engie, TotalEnergies ou Eni. L’annonce a eu un effet immédiat, amplifié par les défaillances techniques sur plusieurs centrales : le titre a plongé de 15 % en Bourse, vendredi 14 janvier, détruisant plus de 5 milliards d’euros de valeur. Et l’opération se soldera par une baisse de l’excédent brut d’exploitation de l’ordre de 8 milliards en 2022.

L’Arenh oblige ni plus ni moins EDF à aider ses concurrents quand les cours de l’électricité s’envolent, entravant ses investissements et creusant sa dette. C’est un « poison » qui risque de tuer l’entreprise, dénonce M. Lévy depuis des années. En vain.

Peu de patrons de sociétés publiques sont aussi soumis que lui aux oukases de l’Élysée, de Matignon et de Bercy, ni aussi exposés aux aléas politiques. Cet interventionnisme s’est renforcé au cours des dernières années, l’État faisant tour à tour de la « Fée électricité » le sauveteur de la filière nucléaire et une vache à lait.

Mise en scène politique

En 2016, l’État avait dû voler au secours d’un secteur qui s’en allait à vau-l’eau. Il avait souscrit aux trois quarts à l’augmentation de capital de 4 milliards d’euros d’EDF. Mais M. Lévy avait été prié de reprendre la fabrication des réacteurs d’Areva, en quasi-faillite et lui aussi recapitalisé à hauteur de 5 milliards.

L’intégration d’Areva NP, rebaptisé « Framatome », a changé le profil d’EDF : à ses métiers historiques d’architecte ensemblier de centrales et de producteur d’électricité, il a ajouté celui d’industriel manufacturier. Imagine-t-on demander à Air France-KLM, déjà mal en point, de racheter le motoriste Safran ? Ou à la SNCF, pas très en forme, de reprendre les TGV d’Alstom ?

Le gouvernement lui réclame un nouvel effort : le rachat, pour plus de 1 milliard d’euros, des turbines Arabelle équipant les centrales nucléaires françaises et celles d’autres pays. Cet actif stratégique avait été cédé en 2014 à l’américain General Electric (GE) avec l’ensemble du pôle énergie d’Alstom. Une vente validée par le président François Hollande et son ministre de l’économie, Emmanuel Macron, mais très contestée à droite et à gauche. Le chef de l’État annoncera prochainement le retour de ce fleuron dans le giron national, avec une probable mise en scène politique pour l’ériger en symbole de la reconquête industrielle et se racheter de la calamiteuse opération Alstom-GE.

Macron va quand même donner satisfaction à M. Lévy sur un point : la construction de trois paires de réacteurs EPR à Penly (Seine-Maritime), Gravelines (Nord) et dans la vallée du Rhône. Ce nouveau programme nucléaire, estimé à environ 50 milliards d’euros, pourrait être symboliquement annoncé à Belfort, peut-être en même temps que la reprise de la filiale de GE. Mais EDF traîne une dette de 41 milliards et ne pourra le financer seul. Que l’Europe facilite ses investissements en inscrivant le nucléaire dans sa « taxonomie verte » des énergies concourant à la lutte contre le réchauffement climatique allégera le fardeau ; EDF devra néanmoins faire appel à des fonds publics ou privés.

Flambée des prix

Car à ce projet s’en ajoutent d’autres, qui mettent EDF devant un mur d’investissements : prolongation du parc nucléaire vieillissant, fin du chantier ruineux de l’EPR de Flamanville (Manche), poursuite de la construction des EPR d’Hinkley Point – et lancement de deux autres – au Royaume-Uni, démantèlement des réacteurs arrêtés (en grande partie provisionné). Il doit encore mettre les bouchées doubles dans l’éolien et le solaire pour respecter la trajectoire bas carbone de la France. Quant à sa filiale Enedis, elle a prévu d’investir 69 milliards sur quinze ans pour moderniser et numériser le réseau de distribution.

Le gouvernement n’a pas trouvé d’autre solution à la flambée des prix de l’électricité que de charger un peu plus la barque de l’opérateur historique, qui produit pourtant le courant le moins émetteur de CO2 d’Europe et l’un des moins chers !

Hollande, qui avait nommé M. Lévy fin 2014, reconnaissait, dans Les Echos (4 juin 2021), que ce patron au cuir épais « subit toutes les injonctions contradictoires infligées à EDF » : assurer la sécurité énergétique du pays, porter la filière nucléaire à l’international, produire toujours plus vert, jouer à un jeu de construction industriel et servir de financeur de dernier recours.

Jusqu’à quand ? Ni son organisation ni ses finances ne permettent à EDF de relever tous ces défis. Face à l’hostilité des syndicats et aux exigences de Bruxelles, M. Macron avait remisé le projet Hercule élaboré en 2018-2021 – trop explosif à l’approche du scrutin présidentiel. Le statu quo n’est plus permis. La renationalisation de l’activité nucléaire et l’ouverture des énergies renouvelables à des capitaux privés vont revenir dans le débat et susciter la polémique durant la campagne. Comme une probable recapitalisation. Le sauvetage d’EDF s’imposera comme l’un des grands chantiers industriels du début du prochain quinquennat

Par Jean-Michel Bezat, publié le 17 janvier 2022

https://www.lemonde.fr/idees/article/2022/01/17/l-etat-fait-tour-a-tour-de-la-fee-electricite-le-sauveteur-de-la-filiere-nucleaire-et-une-vache-a-lait_6109743_3232.html

NUCLÉAIRE : LE GOUVERNEMENT AUGMENTE LE PLAFOND DE L’ARENH DE 20 TWH

Face à la hausse sans précédent des prix de l’électricité ces dernières semaines, dans un contexte de tensions sur la disponibilité des installations de production françaises et sur l’approvisionnement gazier de l’Europe, le Gouvernement a décidé de prendre des mesures exceptionnelles pour préserver le pouvoir d’achat des Français et la compétitivité de l’approvisionnement des entreprises.

En complément des mesures déjà engagées, le Gouvernement a décidé d’augmenter à titre exceptionnel de 20 TWh le volume d’ARENH qui sera livré en 2022, afin que l’ensemble des consommateurs bénéficie de la compétitivité du parc électronucléaire français. Ces volumes seront accessibles à tous les consommateurs, particuliers, collectivités comme professionnels, via leur fournisseur selon des modalités qui seront précisées très prochainement. Les fournisseurs répercuteront intégralement l’avantage retiré au bénéfice des consommateurs. Ce point fera l’objet d’une surveillance étroite, en lien avec la Commission de régulation de l’énergie.

Dans le même temps, afin d’assurer une juste rémunération de l’outil de production qui contribue à la protection de l’ensemble des consommateurs français face à cette hausse de prix, le prix de ces volumes additionnels d’ARENH sera révisé à 46,2€/MWh.

Les autorités européennes ont été informées de cette décision qui s’inscrit dans le cadre des mesures exceptionnelles d’adaptation à la situation de crise des prix de l’énergie qui touche l’ensemble des pays européens.

Ce relèvement du plafond de l’ARENH s’ajoute à la baisse pour un an de la taxe portant sur l’électricité (TICFE) à son niveau minimum prévu par le droit européen à compter du 1er février prochain. Cette baisse représente un coût budgétaire pour l’État de 8 milliards d’euros. Combinée au relèvement du plafond de l’ARENH, elle apportera un soutien massif au pouvoir d’achat de tous les consommateurs.

Ces mesures permettront de sécuriser la mise en œuvre du bouclier tarifaire pour l’électricité annoncé par le Premier ministre et inscrite dans la loi de finances pour 2022. En effet, comme il s’y était engagé, le Gouvernement bloquera la hausse des tarifs réglementés de vente de l’électricité à 4% TTC au 1er février pour les consommateurs résidentiels alors que, sans intervention de sa part, la hausse aurait atteint 35%.

Compte tenu de la situation exceptionnelle, le Gouvernement a également décidé d’étendre le bouclier tarifaire en limitant la hausse des tarifs réglementés de vente d’électricité à 4% pour les petits consommateurs professionnels qui en bénéficient en métropole, ainsi que pour l’ensemble des consommateurs professionnels des territoires ultramarins et de la Corse (zones non interconnectées) qui bénéficient de ces tarifs.

Ces mesures viennent en complément de l’action résolue du Gouvernement depuis plusieurs mois pour atténuer les conséquences de la hausse des prix des énergies pour l’ensemble des consommateurs, et notamment les plus modestes, qui s’est traduite par des mesures d’accompagnement fortes :

Un chèque énergie exceptionnel de 100 € a été distribué au cours du mois de décembre 2021. Ce nouveau chèque aide les 5,8 millions de ménages qui avaient déjà reçu un chèque énergie d’un montant moyen de 150€ en avril 2021 à régler leurs factures d’énergie. Ce soutien ciblé sur les ménages les plus en modestes représente une aide de près de 600 M€.

Un bouclier tarifaire a été mis en place pour les prix du gaz, pour lequel les tarifs réglementés ont été gelés à leur niveau du mois d’octobre 2021 durant toute la durée de l’hiver et au besoin jusqu’à la fin de l’année 2022. L’Etat prendra en charge le surcoût induit par ce gel pour les fournisseurs, conformément aux dispositions prévues dans la loi de finances pour 2022.

Enfin, une indemnité inflation, d’un montant de 100 €, est attribuée aux 38 millions de personnes résidant en France dont le revenu net mensuel est inférieur à 2 000 €, entre décembre 2021 et février 2022, soit un soutien additionnel de l’Etat de 3,8 Md€. L’aide est versée en une fois par les employeurs aux salariés, ceux-ci étant intégralement compensés par l’État de ces versements via une aide au paiement de leurs charges sociales.

Barbara Pompili, ministre de la Transition Écologique, a déclaré : « Nous restons mobilisés, comme nous le sommes depuis le début de la crise, pour protéger tous les consommateurs face à la hausse exceptionnelle des prix de l’énergie et sécuriser notre tissu économique et industriel. Cette situation nous rappelle l’importance d’investir dans les économies d’énergie, comme nous le faisons notamment grâce 2 milliards d’euros prévus en 2022 pour les aides à la rénovation énergétique des logements. Dans le même temps, nous préparons l’avenir et sommes engagés pour faire évoluer au niveau européen les marchés de l’énergie vers un fonctionnement qui soutienne une transition énergétique juste. »

Publié le 17 janvier 2022

https://www.enerzine.com/nucleaire-le-gouvernement-augmente-le-plafond-de-larenh-de-20-twh/36442-2022-01

STOP AU GREENWASHING ! LE RÉSEAU « SORTIR DU NUCLÉAIRE » DÉPOSE PLAINTE DEVANT LE JURY DE DÉONTOLOGIE PUBLICITAIRE CONTRE LA DERNIÈRE CAMPAGNE PUBLICITAIRE D’ORANO

À grand renfort de publicités fallacieuses, Orano (ex-Areva) cherche à donner du nucléaire une image jeune et écolo, bien éloignée de la réalité. Dans sa dernière campagne de recrutement, elle propose notamment de lutter contre le changement climatique grâce à un gentil « caillou », passant totalement sous silence la pollution engendrée par l’extraction de l’uranium.

Le Réseau « Sortir du nucléaire » porte plainte ce jour auprès du Jury de Déontologie Publicitaire pour dénoncer cette communication trompeuse.

En novembre 2021, plusieurs médias, dont Le Monde, ont reproduit la campagne publicitaire d’Orano « Surprenez-vous, rejoignez-nous ! », visiblement destinée à attirer un public jeune et sensible à certaines valeurs avec ses petits dessins rappelant le style d’illustratrices engagées comme Pénélope Bagieu.

Lutter contre le changement climatique avec « un caillou » ?

L’un des strips présentait l’uranium comme un « caillou » sympathique aux propriétés naturelles miraculeuses, constituant un levier magique pour lutter contre le changement climatique. Cette communication fallacieuse, non contente de faire l’impasse sur les opérations d’enrichissement de l’uranium, occulte totalement les conséquences de l’utilisation du nucléaire : pollution générée par l’extraction de l’uranium (une des activités principales d’Orano !), par le fonctionnement au quotidien des centrales et des usines, question insoluble des déchets radioactifs, risque d’accident…

En outre, elle diffusait un message trompeur sur la contribution réelle du nucléaire à la lutte contre le changement climatique. Trop lente, trop chère et sujette aux aléas, la construction de nouvelles centrales est hors sujet et hors délai face à l’urgence climatique. N’en déplaise à Orano, tous les exercices de prospective officiels réservent le rôle majeur dans la réduction des émissions aux économies d’énergie et aux énergies renouvelables, pas au nucléaire.

Orano, acteur de l’« économie circulaire » ?

Une autre publicité, qui propose aux futures recrues de participer aux « grands challenges de l’économie circulaire », claironne que le combustible usé serait recyclables à 96 % et qu’il serait même possible de faire « encore mieux ». C’est évidemment faux : l’uranium de retraitement (URT), qui compose 95% du combustible usé, est actuellement stocké sur le site de Pierrelatte dans la Drôme en attendant une potentielle réutilisation qui ne viendra sans doute jamais, l’Autorité de sûreté nucléaire appelant même à en requalifier une partie en déchet. Et aucune recyclabilité n’est envisageable pour les 4 % des déchets les plus dangereux, entreposés à La Hague sans aucune possibilité de retraitement. Orano est bien placée pour le savoir puisque c’est elle qui gère cette usine, l’une des plus polluantes du monde sur le plan chimique et radiologique !

Un arsenal publicitaire au service du greenwashing

Pour Orano, cette campagne publicitaire s’ajoute d’ailleurs à tout un arsenal marketing pour verdir son image et celle du nucléaire. Appels à des influenceurs en vogue, à des « experts » à l’indépendance pourtant douteuse, mise en avant des femmes et des jeunes dans les supports de communication, lancement du jeu en ligne « Go for climate » dans lequel le joueur, en cherchant à composer son mix énergétique idéal, ne peut se passer du nucléaire, expositions virtuelles, visites immersives… Orano veut instiller, dans toutes les strates de l’opinion publique, une image aseptisée et bienveillante du nucléaire, en complète dissonance avec la réalité.

C’est pourquoi le Réseau « Sortir du nucléaire » a décidé de mettre en exergue ce greenwashing insupportable en portant plainte auprès du Jury de Déontologie Publicitaire.

Contact presse : Pauline di Nicolantonio – 06 69 21 87 23

Téléchargez la plainte

Communiqué du 17 janvier 2022

https://www.sortirdunucleaire.org/Stop-au-greenwashing-Le-Reseau-Sortir-du

INVITÉ RTL – PRÉSIDENTIELLE 2022 : JADOT ANNONCE QU’IL NE FERMERA « AUCUNE CENTRALE NUCLÉAIRE »

Invité du Grand Jury sur RTL, Yannick Jadot a annoncé qu’il ne fermerait aucune centrale nucléaire, avant de nuancer quelque peu ses propos.

Invité ce dimanche du Grand Jury RTL – LCI – Le Figaro, le candidat écologiste Yannick Jadot a dévoilé son programme concernant les centrales nucléaires. Et la réponse est simple : il ne fermera aucune centrale en arrivant à l’Élysée s’il est élu en avril prochain, même les plus anciennes. 

Avant de revenir sur sa déclaration. « Progressivement on ferme les centrales nucléaires dont nous n’aurons plus besoin. C’est très compliqué aujourd’hui de savoir quelles sont les plus dangereuses« , concède le candidat. 

« Spontanément, on dit qu’on va fermer les plus vieilles, mais vu l’état de notre parc nucléaire, il faudra s’adapter en fonction des plus dangereuses ou des plus vulnérables vis-à-vis du dérèglement climatique. On sait par exemple que celle de Blaye, à côté de Bordeaux, elle est sous le niveau de la mer« , explique-t-il.

Entre 3 et 5 milliards pour les logements en précarité énergétique

Pour aider les Français, Yannick Jadot a une solution : miser sur l’isolation de leur logement. « On a plus de 6 millions de ménages qui vivent en précarité énergétique, c’est dramatique. Deux millions de familles, les plus précaires, verront leurs logements rénovés sans coût », explique Yannick Jadot. Un budget estimé entre « 3 et 5 milliards«  par l’écologiste. 

Mais il en est certain, c’est « rentable« . « Quand vous empruntez sur 40 ans, c’est quasiment à taux zéro. Investir sur la rénovation, c’est rentable sur 25 ans. Pour les ménages, c’est 600, 700 euros d’économies par an« . 

Yannick Jadot invité du Grand jury RTL, LCI, Le Figaro le 16/01/2022

Photo en titre : Crédit : Nicolas Kovarik /Agence 1827 /RTL

Pour retrouver cet article et écouter l’émission (Le Grand Jury de Yannick Jadot, (53mn 36s ), cliquer sur :

https://www.rtl.fr/actu/politique/invite-rtl-presidentielle-2022-jadot-annonce-qu-il-ne-fermera-aucune-centrale-nucleaire-7900114921

SUÈDE : DES DRONES APERÇUS AU-DESSUS DE DEUX CENTRALES NUCLÉAIRES

Il n’y pas eu encore d’interpellations dans ces affaires, mais la police évoque des « événements extrêmement graves ».

Des drones ont été aperçus au-dessus des centrales nucléaires suédoises de Forsmark (est) et d’Oskarshamn (sud-est), a annoncé la police du pays (en suédois), samedi 15 janvier. Dans le premier cas, les faits se sont produits vendredi soir, à quelque 140 kilomètres au nord de Stockholm. Les autorités ont survolé la zone en hélicoptère et les hommes dépêchés sur place ont vu « le drone se déplacer autour de Forsmark pendant un moment avant de disparaître vers Gräsö (à l’est de la centrale). La police [a continué] d’essayer de localiser le drone, y compris avec son propre drone, mais sans succès », a expliqué la police sur son site.

« Rien n’indique que le drone ait lâché quelque chose sur la zone ou qu’il ait atterri », a-t-elle précisé. Quant à l’intrusion sur le site d’Oskarshamn, les autorités n’ont fourni aucun détail. Des enquêtes préliminaires, conduites au niveau régional, ont été ouvertes, mais aucune interpellation n’a été réalisée, à ce stade, dans ces deux affaires. 

Des militaires déployés sur l’île de Gotland

« Ce sont des événements extrêmement graves. Nous enquêtons sur un lien possible, par le biais de la coordination nationale, entre les incidents », a déclaré Petra Blomqvist, porte-parole de la police, citée par la télévision publique.

Selon la presse locale, des « objets » ont également été aperçus dans les airs aux abords de la centrale nucléaire de Ringhals (ouest) et de la centrale déclassée de Barsebäck (sud), sans qu’aucune intrusion ne soit pour l’heure confirmée. Ces incidents interviennent après le déploiement de véhicules blindés et de dizaines de militaires armés dans les rues de Visby, ville portuaire située sur l’île de Gotland, en mer Baltique – une initiative inhabituelle prise en réponse à « l’activité russe » accrue dans la région. Les effectifs ont depuis été renforcés sur l’île tandis que des troupes ont été aperçues, samedi, à Oskarshamn.

Par franceinfo avec AFP, mis à jour le 15/01/2022 17:36

Photo en titre : Image non datée de la centrale nucléaire de Forsmark, dans l’est de la Suède. (ROGER WIKSTROM / EPA)

https://www.francetvinfo.fr/societe/nucleaire/suede-des-drones-apercus-au-dessus-de-deux-centrales-nucleaires_4918071.html

TRICASTIN : DÉTECTION TARDIVE DE L’INDISPONIBILITÉ PARTIELLE D’UNE FONCTION DE SURVEILLANCE DU CŒUR DU RÉACTEUR

Le 31 décembre 2021, EDF a déclaré à l’ASN un événement significatif pour la sûreté, relatif au non-respect de la conduite à tenir à la suite de l’indisponibilité partielle d’une fonction de surveillance de déséquilibre azimutal de puissance sur le réacteur 1.

Sur un réacteur à eau sous pression, la réaction nucléaire au sein du cœur est surveillée par :

  • un premier système de mesure, appelé RPN, constitué de quatre capteurs de mesure situés autour de la cuve, qui permet de connaître en continu le niveau et la distribution de puissance le long des assemblages de combustible et autour du cœur ;
  • un deuxième système de mesure interne, appelé RIC, qui permet de mesurer de façon plus précise la répartition de la puissance par insertion temporaire dans le cœur du réacteur de capteurs mobiles à l’intérieur de canaux prévus à cet effet.

En fonctionnement normal, si la surveillance par le système RPN de l’équilibre azimutal (la répartition homogène de la réaction nucléaire) est partiellement indisponible, les spécifications techniques d’exploitation (STE) imposent que cette répartition soit vérifiée au moins une fois par heure avec le système RIC.

Lors de l’apparition d’une alarme en lien avec le système RPN, le 27 décembre 2021, EDF a réalisé un premier diagnostic qui n’a pas identifié l’indisponibilité partielle de la fonction de surveillance de l’équilibre azimutal. A l’issue du remplacement d’une carte électronique du système RPN, le 28 décembre 2021, dans le cadre d’une autre intervention, un technicien a constaté l’existence d’un voyant d’anomalie.

L’analyse conduite de cette anomalie, avec l’appui du fabricant, a mis en évidence le 29 décembre 2021 que la surveillance de l’équilibre azimutal par le système RPN était remise en cause par l’anomalie. EDF a alors engagé les mesures compensatoires prescrites par les STE, avec le système RIC, jusqu’au remplacement de la carte électronique défaillante, réalisé le 30 décembre 2021 matin, permettant ainsi le retour à une situation normale.

En raison du non-respect des spécifications techniques d’exploitation, entre le 27 et le 29 décembre 2021, requérant l’utilisation du système RIC durant l’indisponibilité de la fonction de surveillance de déséquilibre azimutal du système RPN, cet événement a été classé au niveau 1 de l’échelle internationale des événements nucléaires INES.

Publié le 10/01/2022, mis à jour le 11 janvier 2022

https://www.asn.fr/l-asn-controle/actualites-du-controle/installations-nucleaires/avis-d-incident-des-installations-nucleaires/detection-tardive-de-l-indisponibilite-partielle-d-une-fonction-de-surveillance-du-caeur-du-reacteur

UN HIVER NUCLÉAIRE POUR LES ETF SUR L’URANIUM ?

Les troubles politiques au Kazakhstan, premier producteur mondial d’uranium, ont fait craindre une interruption de la production.

Les contrats à terme sur l’uranium se négocient à 46,5 dollars le pound au cours de la deuxième semaine de janvier, malgré les craintes d’éventuelles perturbations de l’offre et des perspectives de demande plus élevées. Les troubles politiques au Kazakhstan, premier producteur mondial d’uranium, ont fait craindre une interruption de la production. Les craintes de pénurie de combustible nucléaire ont incité les fonds d’uranium physique à accroître leurs stocks. Sprott Uranium Trust, qui a acheté près d’un tiers de l’offre annuelle mondiale et a contribué à faire grimper le prix de l’uranium de plus de 30 % l’année dernière, a ajouté 1 million de livres d’uranium physique le 8 janvier 2022.

Ailleurs, l’Union européenne élabore des plans pour classer certaines centrales nucléaires et centrales de gaz naturel comme des investissements verts qui peuvent aider l’Europe à réduire les émissions contribuant au changement climatique, une proposition qui, si elle est approuvée, pourrait déclencher une résurgence de l’énergie nucléaire sur le continent dans les prochaines décennies.

Les perspectives potentiellement favorables ont conduit les investisseurs à parier 87 millions de dollars sur 4 ETF (1) sur l’uranium disponibles. Le Global X Uranium ETF a recueilli le plus de fonds (URA, 48 millions de dollars), suivi du North Shore Global Uranium Mining ETF (URNM, 36 millions de dollars). L’année dernière, les ETF d’uranium ont reçu 1,54 milliard de dollars de flux nets et figuraient parmi les ETF les plus performants de 2021.

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Plus d’informations sur © TrackInsight, publié le 14/01/2022 à 16h03

https://www.boursorama.com/bourse/actualites/un-hiver-nucleaire-pour-les-etf-sur-l-uranium-74beb3253cf712e2c97ff90515d15c01

NOTE 1 : ETF = Exchange Traded Funds (ETF) fonds de placement dont l’objectif est de répliquer les performances d’un indice donné.

NDLR : cela ne devrait pas inquiéter la France puisqu’on nous répète inlassablement que le nucléaire rend la France INDÉPENDANTE… à moins que ce ne soit pas vrai… ?

« ILS SONT TRÈS ANGOISSÉS » : EDF FACE AUX PANNES DE RÉACTEURS NUCLÉAIRES

Dix réacteurs sur 56 sont à l’arrêt, soit 20 % de la capacité de production nucléaire française. « En hiver, la disponibilité du parc nucléaire n’a jamais été aussi basse », observe RTE, le gestionnaire du réseau haute tension.

La série noire se poursuit pour EDF. Jeudi 13 janvier, le groupe a annoncé qu’un quatrième réacteur nucléaire, Penly 1, en Seine-Maritime, était concerné par un problème de corrosion sur son système d’injection de sûreté, un dispositif d’une importance capitale en cas d’accident. Son arrêt a été prolongé jusqu’à fin mai. Reporterre fait le point sur la situation.

Combien de réacteurs sont concernés par ce problème ?

Ce problème de corrosion a été détecté sur quatre réacteurs : les deux réacteurs 1 et 2 de 1 450 mégawatts (MW) de la centrale de Civaux (Vienne), le réacteur B2 de 1 450 MW de Chooz (Ardennes) et donc le réacteur 1 de 1 300 MW de Penly.

Tous sont à l’arrêt dans l’attente du remplacement des pièces défectueuses et resteront indisponibles pendant des mois. Aux dernières nouvelles, Civaux 1 devrait redémarrer le 31 août et Civaux 2 le 31 décembre. Chooz 2 ne reprendra du service que le 31 décembre. Quant à Penly 1, il ne sera reconnecté au réseau que le 30 mai.

Le réacteur B1 de Chooz est également à l’arrêt jusqu’au 11 février au moins, sans qu’EDF ne révèle s’il est concerné par ce problème. « Les contrôles et expertises sont toujours en cours (…) et vont se poursuivre jusqu’à l’obtention d’un bilan complet », a écrit le groupe à Reporterre. L’Autorité de sûreté nucléaire (ASN), elle, a écrit à Reporterre que Chooz B1 rencontrait également ce défaut de corrosion et qu’il ne redémarrerait que le 27 juillet prochain.

De quel défaut parle-t-on ?

Civaux 1 et 2, Chooz B2 et Penly 1 présentent tous un phénomène de corrosion et des microfissures à la jonction de leur circuit primaire et de leur système d’injection de sûreté. Le circuit primaire transporte l’eau qui refroidit le cœur du réacteur, formé de la cuve et du combustible nucléaire qu’elle contient. Quant au circuit d’injection de sûreté, il permet d’injecter de l’eau borée dans le circuit primaire en cas de brèche et de perte d’eau dans ce dernier. Objectif : éviter la surchauffe du combustible et la fusion du cœur — ce qui s’était produit lors des accidents de Tchernobyl et de Fukushima.

Plus précisément, il s’agit d’une « corrosion sous contrainte », explique à Reporterre Karine Herviou, directrice générale adjointe de l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN). Soit « un phénomène de corrosion localisé qui se produit sous l’effet d’une contrainte mécanique et dans un milieu chimique agressif — en l’occurrence, le fluide du circuit primaire contient des éléments chimiques comme du bore ».

Centrale nucléaire Civaux 1. © ASN

L’apparition de cette dégradation était improbable. « Dans l’industrie nucléaire, le choix se porte sur des matériaux pas ou peu sensibles à la corrosion sous contrainte, poursuit Mme Herviou. Mais les opérations de soudage engendrent des contraintes résiduelles dans le matériau. Elles sont menées selon des procédés très particuliers visant à limiter la création de ces contraintes et, à la suite du soudage, des procédés de détensionnement sont appliqués pour la limiter encore. » Pour les cinq réacteurs concernés, ces précautions n’ont manifestement pas suffi.

La directrice générale adjointe de l’IRSN a aussi qualifié ce phénomène de « pernicieux » : « Vous pouvez ne rien voir pendant ce qu’on appelle la phase d’incubation, qui peut durer vingt, trente ou quarante ans. Cela explique pourquoi EDF a pu ne rien voir lors des contrôles précédents. Puis, un petit défaut va se créer, une petite fissure, qui va évoluer en fonction des contraintes mécaniques. »

Comment s’explique ce phénomène de corrosion ?

C’est la grande inconnue. « EDF a avancé plusieurs pistes (géométrie des circuits, soudage) qui doivent être vérifiées », a écrit l’Autorité de sûreté nucléaire à Reporterre. « C’est un phénomène qui n’était pas attendu pour ce type d’acier à cet endroit et les causes de ces défauts ne sont pas aujourd’hui bien comprises », a aussi expliqué Julien Collet, directeur général adjoint de l’ASN, à l’Agence France Presse.

« 100 à 150 cas de corrosion sous contrainte ont été relevés dans le monde, avec des origines très diverses, ce qui n’éclaire pas forcément la compréhension de ce qui se passe dans les centrales françaises », indique pour sa part Mme Herviou.

Des hypothèses ont néanmoins déjà été écartées. « Le retour d’expérience international montre que ce phénomène est indépendant de l’âge du réacteur et n’est pas lié au vieillissement », précise la directrice générale adjointe de l’IRSN. De fait, les centrales concernées sont aussi les plus récentes et les dernières mises en service : 1997 et 1999 pour les réacteurs de Civaux, 1996 et 1997 pour ceux de Chooz et 1990 pour celui de Penly.

« EDF ne peut pas nous expliquer ce qui se passe exactement »

Un comité de vigilance a été organisé mardi 11 janvier par la commission locale d’information (CLI) de Civaux pour s’informer sur cette dégradation. Les explications d’EDF ont laissé les membres sur leur faim. « EDF nous a seulement dit qu’il ne s’agissait pas d’un problème de fatigue thermique, qui se produit quand on fait circuler alternativement de l’eau très chaude et de l’eau très froide dans les circuits, ni d’un problème de vibrations. Mais il ne peut pas nous expliquer ce qui se passe exactement », dit à Reporterre Hélène Heintz Shemwell, membre de la CLI et du Groupement de scientifiques pour l’information sur l’énergie nucléaire (GSIEN).

Cette incertitude pèse sur le moral de l’électricien. « On sent qu’ils sont très angoissés, dit Mme Heintz Shemwell. Ils sont moins à l’aise que d’habitude et étaient gênés en répondant on ne peut pas vous dire à nos nombreuses questions. On les a senti déstabilisés. »

S’agit-il d’un problème générique ?

Le parc nucléaire français en fonctionnement est composé de cinquante-six réacteurs produits en série sur quasiment le même modèle, quoique avec différentes puissances (900, 1 300 MW et 1 450 MW). On appelle « anomalie générique » un défaut qui va se retrouver sur tous les réacteurs d’un même palier de puissance — par exemple chez tous les réacteurs de 1 450 MW… — voire sur tous les réacteurs du parc. « À ce stade, un problème générique ne peut pas être exclu », estime Mme Herviou.

Ce qui est certain, c’est que la découverte d’un phénomène de corrosion sur un des réacteurs de Penly de 1 300 MW n’est pas une bonne nouvelle pour EDF. Cela signifie en effet que ce problème n’est pas circonscrit aux réacteurs de 1 450 MW, comme pouvait précédemment l’espérer EDF.

Reste à savoir si d’autres réacteurs de 1 300 MW sont concernés par ce défaut. Pour l’heure, le groupe a décidé de ne pas arrêter les réacteurs de ce palier de puissance. Il s’est plutôt lancé dans le réexamen de tous les résultats des précédents contrôles réalisés sur ces installations et prépare un programme de vérification qui sera communiqué à l’ASN d’ici la fin du mois de janvier. « Il y aura très certainement des contrôles à réaliser dans les prochains mois. (Certains) pourront être faits au cours des arrêts normaux — des réacteurs vont réaliser des visites décennales et évidemment ceux-là feront l’objet de contrôles spécifiques. La question qu’il faudra regarder au travers du programme de contrôle, c’est la nécessité de devoir procéder à des arrêts anticipés ou hors du calendrier prévu », a expliqué M. Collet à l’AFP.

Quelles conséquences financières entraînent ces arrêts pour EDF ?

« L’impact sur les perspectives financières [de ces arrêts] est en cours d’analyse », a écrit EDF jeudi 13 janvier dans un communiqué.

Une chose est sûre, le coût pour le groupe s’annonce considérable. « À Civaux, un réacteur qui ne fonctionne pas représente un manque à gagner d’un million d’euros par jour », dit Mme Heintz Shemwell. Le quotidien Les Échos a relayé les premières estimations de plusieurs bureaux d’analyse économique. Les analystes de Barclays estiment que l’Ebitda [1] serait réduit de 5,5 milliards en 2022. Pour Citi, la facture pourrait atteindre 7 milliards. JP Morgan avance une fourchette de 5 milliards à 10 milliards, selon l’évolution des prix de marché.

Ceci, dans un contexte où le gouvernement a demandé jeudi 13 janvier un effort de quelque 8 milliards d’euros à EDF pour l’aider à contenir la hausse du prix de l’électricité à 4 % (voir notre article). Vendredi en début de séance, à la suite de cette série de mauvaises nouvelles, l’action EDF dévissait de plus de 20 %. En fin de journée, la perte était de 14,59 %.

Quelles sont les conséquences de ces arrêts pour l’approvisionnement électrique cet hiver ?

Là aussi, ces découvertes d’anomalie tombent au plus mal, en pleine froidure hivernale. Jeudi soir, 10 réacteurs sur 56 étaient à l’arrêt, soit 20 % de la capacité de production nucléaire française. À eux seuls, les quatre réacteurs de 1 450 MW à l’arrêt à Civaux et à Chooz représentent 10 % de cette capacité. Jeudi soir, EDF revoyait à la baisse sa prévision de production nucléaire pour 2022 à 300-330 térawattheures (TWh), contre 330-360 TWh précédemment.

« En hiver, la disponibilité du parc nucléaire n’a jamais été aussi basse », a écrit le gestionnaire du réseau haute tension RTE à Reporterre. Cependant, « les cinq arrêts de réacteurs n’ajoutent pas de contraintes pour la sécurité d’approvisionnement car ils étaient déjà considérés à l’arrêt pour tout l’hiver ». RTE avait déjà alerté sur des tensions pour l’approvisionnement électrique dans sa note prévisionnelle du 30 décembre dernier. De nouvelles prévisions devraient être communiquées à la fin du mois.

Par Émilie Massemin , publié le 15 janvier 2022 à 10h55,mis à jour le 15 janvier 2022 à 11h47

Photo en titre : La centrale nucléaire de Penly, en 2012. – © Charly Triballeau / AFP

https://reporterre.net/Ils-sont-tres-angoisses-EDF-face-aux-pannes-de-reacteurs-nucleaires

QUI OSERA SORTIR EDF DE LA BOURSE ?

Le parcours boursier d’EDF est un long chemin de croix. Plusieurs fois, il a été question ces dernières années de retirer de la cote une entreprise dont les caractéristiques se marient mal avec les exigences boursières. Alors que les mauvaises nouvelles s’accumulent à nouveau, il serait temps de faire quelque chose. À la fois pour apaiser le débat sur la stratégie énergétique de la France, mais aussi parce que la cotation de l’énergéticien n’a plus vraiment de sens.

Électricité de France a été introduite en bourse au début de l’année 2006, à un cours de 32 EUR par action pour les particuliers et de 33 EUR pour les professionnels. Actuellement, l’action cote 8,20 EUR, après une chute de 21% sur la seule séance du jour, consécutive à une double lame d’actualité. D’un côté, le gouvernement a décidé de plafonner la hausse des prix réglementés pendant l’année entière (nous ne sommes pas encore à la mi-janvier), de l’autre l’énergéticien a revu en baisse marquée sa prévision de production d’énergie nucléaire pour l’année prochaine à cause de problèmes détectés sur plusieurs réacteurs, qui nécessitent des investigations additionnelles. Entre le manque à gagner sur les prix de l’énergie et la sous-utilisation du parc, il n’y a aucune difficulté à imaginer dans quel état les comptes de l’entreprise vont se retrouver.

Cette situation complique encore une équation déjà quasiment insoluble pour le groupe qui peine à mettre ses investissements au niveau des enjeux sociétaux. En d’autres termes, il y aura encore moins de ressources pour alimenter la transition énergétique, l’évolution du parc nucléaire, les exigences de démantèlement, etc. L’entrée en bourse d’EDF avait permis en son temps de participer au financement du plan de développement du groupe, dans un contexte de dérégulation. C’est en tout cas ce qui avait été vendu à l’époque. Avec succès, puisque je rappelle à ceux qui, comme mes stagiaires, étaient scolarisés en maternelle ou en primaire à l’époque, EDF a été la première capitalisation boursière de France devant Total en 2007 (hors prises en compte du flottant). Sans vouloir faire du mal à mon tonton Jacques, salarié-actionnaire de la première heure, EDF pesait à l’époque plus lourd qu’Apple en bourse. Ça pique un peu.

Cruauté gratuite

Trop d’enjeux contradictoires

Le problème d’EDF, c’est que c’est un animal politique en charge d’un service public essentiel au cœur d’une controverse technologico-dogmatique à l’heure de la transition énergétique post-dérégulation. Dit autrement, l’entreprise est à la merci des choix de l’exécutif français. Elle opère dans un domaine extrêmement sensible pour le portefeuille des électeurs citoyens. Elle dispose d’une technologie dominante, le nucléaire, parmi les plus clivantes. Et se retrouve à gérer de nouvelles contraintes et une transformation à l’heure où ses finances sont à marée basse. J’ajoute à cela qu’EDF cristallise quelques contradictions. Comme par exemple le fait que nous voulons de l’énergie verte mais pas chère. Ou que le gouvernement cherche à accroître la capacité d’investissement du groupe tout en lui coupant les vivres pour limiter les hausses tarifaires.

L’essence d’une cotation en bourse est de lever des fonds pour financer des projets. Des actionnaires individuels et institutionnels seraient-ils prêts à participer à une levée de fonds pour le champion du nucléaire en 2022 ? Franchement, je ne vois pas qui irait se fourrer dans une telle galère. Les recapitalisations précédentes, qui ont contribué à ramener l’État au-dessus de 80% du capital, ont surtout servi à éponger le passé. Je ne nie pas les efforts de modernisation, surtout à l’échelle d’une maison de cette taille, mais ils semblent bien trop minces pour convaincre des investisseurs de mettre au pot dans un projet qui sera, de toute façon, chaperonné par un État français dont la stratégie énergétique n’offre aucune visibilité sur le long terme.

Pour toutes ces raisons et d’autres que je ne détaillerai pas pour ne pas ouvrir un millier d’autres débats, il me semble qu’EDF n’a pas besoin d’étaler ses problèmes au vu et au su de tout le monde en bourse. La réforme de l’énergie dont le pays a besoin gagnerait en sérénité. Reste à gérer le problème du rachat des minoritaires qui seront nécessairement froissés des conditions proposées, même avec une belle prime sur les cours du jour. Le prix de 20 EUR qui avait été évoqué voilà quelques mois lors de la précédente vague de rumeur de retrait de la cote est déjà très loin. 

Par Anthony Bondain, Rédacteur en Chef, publié le 14/01/2022 à 14h34

Photo en titre : © Zonebourse.com 2022

https://www.zonebourse.com/actualite-bourse/Qui-osera-sortir-EDF-de-la-bourse—37549299/

NDLR : la cotation en bourse a l’avantage de mettre au grand jour les problèmes financiers qu’entraîne l’entêtement de l’État à vouloir « à tout prix » redévelopper le nucléaire. Cacher cela n’est pas souhaitable même si toute vérité n’est pas bonne à dire. Pour mémoire, je rappelle que l’action EDF valait plus de 82 euros en septembre 2007 près de deux ans après son introduction en Bourse. Joli placement pour les petits épargnants !

RÉDUIRE LES ÉMISSIONS DE CO2, C’EST BIEN. LA SOBRIÉTÉ, EST-CE MIEUX ?

La question pose le choix de la frugalité ou de la technologie. Même si la réponse peut paraître évidente, elle est néanmoins contrastée, en fonction des besoins à satisfaire. La solution réside très certainement dans un équilibre savamment étudié entre les deux approches. Analyse.

A priori, nous serions tentés de répondre « sobriété » plutôt que « technologie » pour réduire notre empreinte carbone. Nous sommes bien d’accord : le meilleur kWh est celui qu’on ne consomme pas, et le meilleur carburant, celui qu’on ne brûle pas. Car si une voiture électrique émet moins de CO2, son empreinte carbone reste néanmoins importante. Surtout si l’on pense aux gros SUV ou autres véhicules de sport, tout électriques soient-ils

Mais les low-tech ou la sobriété ne peuvent pas apporter une solution à toute question. Comment en effet se passer de technologie si l’on doit isoler sa maison, parcourir une distance de plusieurs centaines de kilomètres, lorsqu’il n’y a pas de transports en commun, se rendre sur un autre continent pour des raisons impératives, ou, tout simplement, si l’on veut rester connecté au reste du monde ?

« Nous devons aussi prendre garde à ne pas déporter le problème. En adoptant massivement les véhicules électriques, nous allons émettre moins de CO2  – en France, du moins, où l’on produit une électricité majoritairement décarbonée —, mais consommer plus de métaux, eux aussi fossiles. En dégradant au passage les écosystèmes de la République démocratique du Congo ou des hauts plateaux andins. Nous devons garder à l’esprit que toute production d’énergie a un prix environnemental », nous rappelle Pierre Toulhoat, ancien directeur scientifique du Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) et membre de l’Académie des Technologies.

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Qu’est-ce que les low-tech ?

Les low-tech, c’est un ensemble de techniques et technologies visant à réduire la complexité des produits et des procédés pour répondre efficacement à nos besoins tout en minimisant la consommation de ressources et la production de polluants. Les low-tech sont également appelées basses technologies ou technologies « appropriées », par opposition à high-tech. L’objectif est de faire mieux avec moins.

Elles doivent répondre aux critères suivants :

  • satisfaire les besoins essentiels de l’homme (alimentation, accès à l’eau, fourniture d’énergie, garantir habitat et santé) ;
  • prendre en compte l’impact environnemental ;
  • imaginer le monde de demain sous le prisme écologique et technologique.

Mais les low-tech, c’est davantage que de la technologie. C’est de manière plus globale une démarche qui permet de combattre l’obsolescence programmée, réduire la part des déchets, favoriser les circuits-courts et la création d’emplois, et diminuer la consommation d’énergie.

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Une dimension environnementale

Pour certains services tels que la fourniture d’électricité, la haute-technologie est indispensable et contribue efficacement à réduire nos émissions de gaz à effet de serre. La contribution des panneaux photovoltaïques et des éoliennes à diminuer la consommation de charbon est indéniable. Au cours du premier semestre de 2020, 21,2 GW de capacités de production au charbon ont été retirés du parc mondial. Le Portugal est le quatrième pays européen à avoir fermé sa dernière centrale au charbon (après la Belgique, l’Autriche, et la Suède).

Mais chaque éolienne a malgré tout une empreinte carbone. Même si leur dette CO2 est effacée en moins d’un an [1], leur impact, généré par la fabrication d’acier, de béton, de composants électroniques, et par le transport de nombreuses pièces et composants, est estimé à environ 1 500 tonnes de CO2 sur leur durée de vie.

Quelques exemples de low-tech : le vélo pour se rendre au travail, le barbecue solaire, le fairphone [2], la maison passive, la maison positive et la maison BBC [3], les panneaux photovoltaïques, le maraîcher du coin plutôt que la livraison à domicile du supermarché, le livre en papier plutôt que la liseuse électronique, etc.

Les low-tech s’inscrivent dans une démarche de « techno-discernement » ou technocritique, c’est-à-dire qu’il faut constamment en évaluer l’utilité, la durabilité, la pertinence au fil des ans.

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Tous les produits low-tech doivent être éco-responsables. La notion de bilan carbone est donc essentielle. C’est pourquoi une démarche low-tech consiste également à faire appel à des fournisseurs de services parfois high-tech, mais qui s’inscrivent dans une démarche responsable :

  • pour son site web, faire appel à un hébergeur écoresponsable, qui utilise les énergies renouvelables ou récupère la chaleur générée par ses serveurs ;
  • utiliser un moteur de recherche « écologique ».

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En France, il existe une école dédiée aux low-tech : la Low-tech Skol à Guingamp en Bretagne. Elle forme des Référent·e·s en Économie Circulaire et Low-Tech pour « accompagner les acteurs économiques dans la prise en compte de leur responsabilité sociétale et contribution au développement durable ».

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Tout est question de service

Le choix se résume souvent à se satisfaire d’un niveau de service moindre, ou à opter pour un service égal, mais via une technologie plus respectueuse de l’environnement. Le mot « sacrifice » est souvent brandi. Mais la réponse dépend en réalité du niveau de confort que l’on se fixe.

Si l’on est disposé à se priver ou à modifier une partie de son confort – encore faut-il savoir quelle part -, la sobriété aura bien plus d’impact bénéfique sur l’environnement que toute solution technologique.

Partir en vacances en TGV, manger moins de viande ou enfourcher son vélo pour se rendre au bureau, sont des habitudes infiniment moins impactantes pour l’environnement. Si par contre abaisser le niveau de service auquel nous sommes habitués n’est pas négociable, alors la technologie peut apporter une réponse efficace pour supprimer ou ne fut-ce que réduire nos émissions de gaz à effet de serre. Les exemples sont nombreux autour de nous : transports en commun, pompes à chaleur alimentées par de l’électricité verte, éoliennes, panneaux solaires, géothermie, etc.

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Votre confort n’est pas le mien

Le problème se complique davantage dès lors que l’on tente de définir la notion de confort. Celui de l’un n’est pas celui de l’autre : certains se sentent mieux dans leur corps depuis qu’ils se rendent au travail en vélo, ou à pied, ou encore depuis qu’ils ont supprimé la viande de leur menu.

Mieux encore : d’autres ont opté pour la simplicité volontaire, une façon de tourner le dos au confort de notre société. Un niveau de confort, pourtant, qu’aucune civilisation n’a jamais atteint dans l’histoire de l’Humanité, bien qu’il ne sera jamais équitablement réparti entre les populations.

Se rendre en TGV dans le Midi peut même procurer un niveau de confort supérieur à celui du voyage en voiture, dès lors que les embouteillages et les énervements qui y sont liés seront évités, de même que le stress sur la route, les files aux péages, les tracas du stationnement en ville, sans parler des risques d’accrochages et autres pannes mécaniques.

Retombées sociales et économiques

Jusqu’ici, nous n’avons pas évoqué les aspects économiques et sociaux. Pourtant chômage, bien-être social, confort financier, impacts psychiques et psychologiques, acceptabilité sociale des réformes environnementales sont des aspects essentiels au bonheur. Peut-on dès lors les dissocier totalement de la réflexion sur la préservation de l’environnement ?

C’est le délai parfois très long entre la cause (brûler nos réserves de carburants fossiles) et l’effet (le déclin des industries polluantes, voire une rupture de l’approvisionnement alimentaire) qui nous aveugle et nous empêche de prendre les bonnes décisions, telle que nous désinvestir des énergies fossiles.

À ce phénomène s’ajoute une dimension politique : la décroissance n’est pas vendeur ; aucun discours politique ne vantera les vertus de la sobriété. Aucun mandataire ne s’aventurera à encourager la décroissance, au risque de perdre son électorat. Ce serait non seulement se mettre à dos tout le monde industriel, mais également une grande majorité de la population qui veut continuer à vivre sans contrainte (majeure). Les manifestations liées aux restrictions dues au Covid en termes de déplacements en avion, de consommation, etc. sont assez éloquentes.

Capture et stockage de CO2

En marge du choix de la sobriété, il existe également la solution du captage et du stockage géologique du CO2 (appelé CSC). Au-delà de la question de la raréfaction des matières premières si l’on continue à consommer au rythme actuel, cette solution est-elle une réelle avancée ?

Le stockage géologique présente certes certains atouts, au stade actuel de la technologie. Mais « si les couches souterraines ou le forage ne sont pas parfaitement étanches, on peut assister à une remontée rapide et massive du gaz. Des nappes de CO2 pourraient alors stagner en surface et créer des conditions difficilement respirables », souligne Pierre Toulhoat.

 Par ailleurs, il faut purifier le CO2 avant de l’injecter. C’est d’ailleurs l’une des opérations qui fait grimper les coûts. Car l’oxygène résiduel va perturber l’équilibre chimique du milieu et déclencher des réactions indésirables telles que l’oxydation des composés sulfurés qui deviennent alors plus solubles. Le CO2 acidifie le milieu.

Les seules solutions envisageables sont celles qui recourent à un site de stockage à proximité immédiate de l’usine émettrice de CO2« Sans quoi, il faudrait le transporter, avec des camions-citernes ou dans des tuyaux », précise Pierre Toulhoat. Avec un bilan économique et écologique très douteux…

Pour être efficace, le stockage géologique doit se faire à grande échelle. Et là, il se heurtera inéluctablement à la question de l’acceptabilité sociale, et de l’injectibilité. Est-il possible d’injecter le gaz carbonique dans tel site souterrain sans devoir recourir à des technologies de fracturation hydraulique ou d’injection d’acide ? Les sites doivent donc être identifiés avec prudence, et les impacts potentiels modélisés avec minutie.

Pierre Toulhoat nous apporte finalement la réponse à notre question initiale : « Il ne faut pas voir les techniques de géoingénierie comme les solutions prioritaires à la crise climatique. Le danger, c’est de croire qu’elles pourraient alléger le poids de nos responsabilités et nous exonérer du caractère d’urgence des mesures à prendre, qu’elles repoussent sur d’autres — les experts de la géoingénierie, ndlr — la responsabilité de l’action. Le danger est queles techniques de géoingénierie participent à cette croyance inébranlable selon laquelle tout problème peut trouver une solution technique ».

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NOTES

[1] Ce concept signifie que tout le CO2 émis sur toute la durée de vie de l’éolienne par sa fabrication, son assemblage, sa maintenance, son fonctionnement pendant 20 ans ainsi que son démantèlement, sont complètement compensés en 10 à 12 mois par le CO2 que l’éolienne a permis (à une centrale au gaz principalement) de ne pas émettre.

[2] Téléphone fabriqué à partir de minéraux non issus de zones de conflits dans le monde, avec notamment de l’or labellisé commerce équitable, et composé d’éléments modulaires, c’est-à-dire remplaçables.

[3] Bâtiment Basse Consommation, qui se fixe une limite de consommation énergétique à ne pas dépasser.

Par Bruno CLAESSENS, publié le 14 janvier

Bruno Claessens est spécialiste en énergies renouvelables depuis 2008. Après avoir été conseiller éolien pendant 8 ans auprès du gouvernement wallon, il développe à présent des projets éoliens terrestres pour une société privée en Wallonie. Il est également président de l’association www.amperes.be qui vise à promouvoir la mobilité électrique, propre et responsable.

https://www.revolution-energetique.com/dossiers/reduire-les-emissions-de-co2-cest-bien-la-sobriete-est-ce-mieux/

NUCLÉAIRE : QUATRE QUESTIONS SUR LE PROBLÈME DE CORROSION QUI TOUCHE PLUSIEURS RÉACTEURS

Cinq réacteurs nucléaires sont concernés par des problèmes de corrosion. Un évènement qui plombe les capacités du parc français, déjà bien mal en point.

La tension s’accroît sur le parc nucléaire français. L’Hexagone, qui en tire la grande majorité de son électricité, comptait jeudi dix réacteurs indisponibles sur 56 et était privé de 20% de ses capacités nucléaires, au moment où la consommation est élevée avec la baisse des températures. 

Parmi eux, quatre font état de problèmes de corrosion sur un système de sécurité et un autre est soupçonné. EDF passe actuellement en revue et jusqu’à la fin du mois l’ensemble du parc nucléaire français à la recherche de nouveaux problèmes de ce type, a indiqué ce vendredi l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN), qui ne sait pas à ce stade si de nouveaux arrêts de réacteurs seront nécessaires en cas de soupçons. 

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Mais ces complications sont déjà pesantes. En raison de ces arrêts, EDF a dû revoir à la baisse jeudi soir son estimation de production nucléaire en 2022, descendant de 330/360 TWh à 300/330. Craignant de possibles coupures cet hiver, le gouvernement compte déjà mettre à contribution ses dernières centrales à charbon. Pendant ce temps, EDF chute de nouveau en Bourse : à la mi-journée, le titre perdait plus de 16%. 

Où et quand sont apparus ces problèmes de corrosion ?

« Lors de contrôles de maintenance préventive sur le réacteur n°1 de la centrale nucléaire de Civaux (Vienne), programmés dans le cadre de sa visite décennale, des défauts ont été détectés à proximité de soudures des tuyauteries du circuit d’injection de sécurité (RIS)« , retrace EDF dans un communiqué publié jeudi. Ces vérifications ont eu lieu le 21 octobre dernier. Les résultats ont par la suite été rendus publics le 16 décembre, par l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN). 

« Au regard de l’origine inattendue des fissurations constatées, EDF a pris la décision de mettre à l’arrêt, dans les meilleurs délais, les réacteurs de conception similaire« , commente cette autorité. Soit la famille des réacteurs les plus puissants (1450 MW) d’EDF, comprenant aussi également Civaux 2, mais aussi « Chooz 1 et 2 » (Ardennes). Des défauts de même sorte apparaissent alors, même si « des contrôles et expertises sont toujours en cours sur le réacteur de Chooz 1 et vont se poursuivre jusqu’à l’obtention d’un bilan complet« . Au total quatre réacteurs étaient donc concernés fin décembre. Tous du même type. 

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Rebelote, ce jeudi, mais cette fois au sein d’une famille différente, celle des réacteurs 1300 MW. « Dans le cadre de la visite décennale du réacteur n°1 de la centrale nucléaire de Penly (Seine-Maritime), des contrôles de maintenance préventive ont fait apparaître des défauts similaires sur le circuit RIS« , relaye EDF. Une information qui suscite l’inquiétude. Il existe en France vingt réacteurs de 1300 MW, dont douze sont exactement de la même génération (ou palier) que celui de Penly. 

À quoi sont dus ces soucis ?

« C’est un phénomène qui n’était pas attendu pour ce type d’acier à cet endroit et les causes de ces défauts ne sont pas aujourd’hui bien comprises, donc il y a un travail d’expertise qui est en cours« , a résumé Julien Collet, directeur général adjoint de l’ASN, à l’AFP. Celui-ci « devrait se poursuivre jusqu’à la fin du mois, a-t-il complété. Sur cette base, EDF va proposer à l’ASN un programme de contrôle des réacteurs du parc« . 

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« L’ASN, avec l’appui technique de l’IRSN, suit avec attention les investigations menées par EDF et les conclusions qui en seront tirées, notamment vis-à-vis du suivi en service sur ces équipements« , a également commenté l’Autorité de sûreté nucléaire. 

Quand les réacteurs concernés pourraient être remis en marche ?

Pas avant longtemps. Le redémarrage du réacteur numéro 2 de la centrale de Chooz (Ardennes) est désormais prévu le 31 décembre, selon le gestionnaire du réseau RTE. Début janvier, son arrêt avait déjà été prolongé jusqu’au 20 avril. Le redémarrage des deux réacteurs de Civaux (Vienne) est attendu le 31 août pour le premier réacteur et le 31 décembre pour le second.  

Les investigations se poursuivent pour déterminer si le réacteur numéro 1 de Chooz est également concerné. Il doit pour l’instant redémarrer le 11 février.  

Penly 1, lui, est arrêté jusqu’au 30 mai. 

La France risque-t-elle des ruptures d’approvisionnement ?

On le comprend : avec de nombreux réacteurs de 1450 MW et 1300 MW à contrôler, le parc nucléaire pourrait faire l’objet d’autres arrêts. « Cela dépendra des éléments qui vont sortir de cette revue et également de la compréhension que l’on a des phénomènes« , tempère néanmoins Julien Collet.  

« Ce qui pose un problème difficile pour les autorités, qui est de savoir si on applique la même logique (que pour les réacteurs de 1450 MW) et on ferme préventivement les réacteurs ou si on privilégie la sécurité électrique« , juge entre autres Yves Marignac, expert nucléaire de l’association NégaWatt. Car « fermer davantage de réacteurs de 1300 MW conduirait inévitablement à des ruptures d’approvisionnement« . 

Le timing est particulièrement mauvais. La France a déjà stoppé une poignée de réacteurs à cause des visites décennales (nécessaires pour prolonger de dix ans la durée d’exploitation), plus nombreuses que d’ordinaire, soulignait L’Express fin décembre. Cinq visites décennales sont toujours en cours dans le pays, et sept autres sont prévues en 2022. « En comparaison, le nombre moyen de visites décennales démarrant dans l’année était inférieur à cinq par an entre 2016 et 2019« , nous expliquait le gestionnaire du réseau RTE. 

Par M.R. avec AFP, publié le 14/01/2022 à 13h09, mis à jour à 13h43

Photo en titre : Photo d’archives de la centrale nucléaire de Penly (Seine-Maritime), le 6 avril 2012. afp.com/Charly TRIBALLEAU

https://www.lexpress.fr/actualite/societe/environnement/nucleaire-trois-questions-sur-le-probleme-de-corrosion-qui-touche-plusieurs-reacteurs_2166090.html

EDF CONTRAINT DE SACRIFIER LA RENTABILITÉ DE SA PRODUCTION NUCLÉAIRE, DÉJÀ AU PLUS BAS

Pour limiter la hausse des factures d’électricité des particuliers et des entreprises en 2022, l’État demande à EDF de vendre davantage de sa production nucléaire au tarif fixe de l’Arenh. Une décision qui va coûter très cher et arrive au plus mauvais moment pour l’entreprise.

Nouvelle série noire dans le nucléaire pour EDF. Les sourires, qui s’étaient affichés chez tous les acteurs de la filière nucléaire début novembre après l’annonce d’Emmanuel Macron sur la construction de nouveaux réacteurs nucléaires, ont disparu. Même l’intégration de l’atome dans la taxonomie verte européenne ne les a pas ramenés. Alors que la crise des prix de l’énergie profite, pour une fois, à EDF – qui pouvait vendre une partie de sa production électrique au meilleur prix sur les marchés, mi-décembre -, la fête est finie.

Les raisons sont multiples. EDF a annoncé avoir découvert des traces de corrosion sur le réacteur nucléaire numéro 1 de la centrale de Civaux (Vienne) lors d’un contrôle de maintenance préventive. Des défauts similaires ont ensuite été constatés sur le réacteur Civaux 2, puis sur celui de Chooz 2 (Ardennes) et les études sont en cours sur celui de Chooz 1. Ces quatre réacteurs de 1 450 MW, les plus puissants du parc français, sont désormais à l’arrêt pour une durée indéterminée.

Disponibilité du parc au plus bas

Pire, le même défaut vient aussi d’être constaté lors de la visite décennale du réacteur de Penly (Seine-Maritime) de 1 300 MW. En plein hiver, sur les 56 réacteurs nucléaires du parc français, 10 sont à l’arrêt, dont 5 des plus puissants. Et ce, au moment où EDF doit mener son grand carénage, avec de longues visites décennales de six mois pour prolonger les centrales, avec un planning chamboulé à cause de la pandémie.

De quoi expliquer la décision du gouvernement de déplafonner la production des deux dernières centrales à charbon en activité du pays, à Saint-Avold (Moselle) et à Cordemais (Loire-Atlantique). La première fermera définitivement en mars. La deuxième pourra jouer les prolongations en attendant le démarrage de l’EPR de Flamanville (Manche). Une mise en service qu’EDF a encore repoussée de six mois, à fin 2023, avec un nouveau surcoût de 300 millions d’euros.

Production revue à la baisse

Bilan de tous ces aléas : EDF a annoncé jeudi 13 janvier qu’il révisait à la baisse son estimation de production nucléaire pour 2022 à 300-330 TWh, contre 330-360 TWh prévus. Il y a dix ans, la même production atteignait les 420 TWh ! Or, le même jour, le gouvernement français a demandé « d’augmenter à titre exceptionnel de 20 TWh le volume d’Arenh » qui sera livré entre le 1er avril et le 31 décembre 2022, « afin que l’ensemble des consommateurs bénéficie de la compétitivité du parc électronucléaire français ». De quoi permettre à l’exécutif de tenir son engagement de contenir la hausse des prix de l’électricité à 4% cette année, et d’alléger un peu les factures d’énergie des entreprises.

Le tarif Arenh, pour Accès régulé à l’électricité nucléaire historique, a été créé en 2010 pour accompagner la libéralisation du marché. Il oblige EDF à vendre jusqu’en 2025, aux fournisseurs d’électricité concurrents qui le demandent, 100 TWh de son électricité nucléaire au tarif de 42 euros le MWh. Il doit aussi fournir au même tarif les opérateurs du réseau – RTE principalement – pour compenser les pertes sur les lignes haute tension, soit pour 2022, 26 TWh de plus. Avec les 20 TWh ajoutés par le gouvernement, ce sont 150 TWh qui sont concernés… Soit quasiment la moitié de la production nucléaire d’EDF prévue en 2022 pour la fourchette basse.

Pour limiter un peu l’impact de cette décision, le prix de ces volumes additionnels d’Arenh sera révisé… à 46,2 euros du MWh. Les détails du nouveau dispositif ne sont pas encore précisés, mais ces volumes seront accessibles à tous les consommateurs, particuliers, collectivités comme professionnels, via leur fournisseur, indique le gouvernement. Ces derniers devront répercuter intégralement l’avantage retiré au bénéfice des consommateurs. C’est la Commission de régulation de l’énergie (CRE) qui devra le vérifier.

Bonne nouvelle pour les entreprises… Pas pour EDF

Pour les entreprises, « c’est une très bonne nouvelle », estime Jean-Sébastien Degouve, président du courtier Opéra Énergie. Avec l’envolée des prix de l’énergie, ce dernier s’apprête à « annoncer à ses clients des augmentations de leur facture pour cet hiver allant de 40% à 100% » ! À ce stade, impossible de mesurer toutefois l’effet de la mesure sur ces hausses. « Les fournisseurs ont acheté leur électricité au prix fort en décembre, lorsqu’ils ont eu leur volume d’Arenh écrêté de 37%. Tout dépendra de la façon dont ils vont revendre l’électricité supplémentaire, dont ils vont hériter à partir d’avril », considère le spécialiste. Pour mémoire, les demandes d’Arenh auprès de la CRE pour 2022 s’élevaient à 160,36 TWh, formulées par 81 fournisseurs – dont de très gros consommateurs, comme la SNCF organisée en fournisseur -, mais hors fourniture de pertes et hors filiales d’EDF.

Sans surprise, la nouvelle est évidemment beaucoup moins bonne pour EDF. Ce dernier estime que l’impact sur son Ebitda des mesures annoncées par le gouvernement, sera de 8,4 milliards d’euros, sur la base des prix de marché au 31 décembre 2021, et à environ 7,7 milliards d’euros sur la base des prix de marché au 12 janvier 2022 – dont environ 3 milliards d’euros dus aux 20 TWh supplémentaires d’Arenh, selon l’expert d’Opéra Énergie. Même si le gouvernement s’engage à aider EDF par la suite, cette opération viendra encore plomber son bilan, qui s’annonçait déjà au plus bas à cause de la faible disponibilité du parc nucléaire.

Par publié le 14 Janvier 2022 à 13h52

https://www.usinenouvelle.com/article/edf-contraint-de-sacrifier-la-rentabilite-de-sa-production-nucleaire-deja-au-plus-bas.N1773577

FISSURES SUR DES TUYAUTERIES CRUCIALES POUR LA SÛRETÉ : LA LISTE DES RÉACTEURS NUCLÉAIRES CONCERNÉS S’ALLONGE !

En ce début d’année, les quatre réacteurs les plus puissants du parc, Chooz et Civaux, sont à l’arrêt suite à la détection d’une anomalie générique préoccupante (fissures sur une tuyauterie du système d’injection de sécurité) qui concerne au moins trois d’entre eux.

Ce 13 janvier, l’Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire a annoncé que le réacteur n°1 de la centrale nucléaire de Penly (Seine-Maritime) était également concerné par ce défaut, information confirmée par EDF. Cette découverte appelle une remise en question du contrôle de la sûreté et des choix énergétiques français, reposant sur un nucléaire dont la fiabilité supposée n’est pas au rendez-vous.

Cette anomalie soulève de nombreuses interrogations concernant l’état de sûreté du parc. Selon Karine Herviou , directrice générale de l’IRSN, « On ne sait pas s’il n’y a pas de problèmes ailleurs. EDF est en train de revoir tous les enregistrements [des contrôles effectués dans le passé sur le parc] ». Un tel aveu sonne comme une remise en question de la qualité des contrôles et de l’analyse des données effectués jusqu’ici. Ces trois dernières années, plus de 10 réacteurs des paliers potentiellement concernés ont connu leur 2ème ou 3ème visite décennale sans que ce problème n’attire l’attention. Faut-il en conclure que les investigations menées étaient superficielles, et ce d’autant plus pour celles effectuées sous le Covid ?

Ce défaut générique entraînant la défaillance imprévue des plus puissants réacteurs du parc, pose également de nombreuses questions d’un point de vue énergétique. Cette situation apporte la preuve renouvelée que le nucléaire, présenté comme fiable par ses partisans, peut s’avérer intermittent. Surtout, elle survient alors même que la disponibilité du parc est historiquement basse, laissant craindre un conflit dangereux entre sûreté et sécurité d’approvisionnement électrique si d’autres réacteurs sont encore concernés. Un risque sur lequel l’Autorité de sûreté nucléaire alerte depuis longtemps déjà [1]…

Entre les retards à répétition pour l’EPR de Flamanville et les défaillances de réacteurs, les prévisions d’EDF sont à revoir. À moyen terme, tabler sur la prolongation massive du parc à 50 ans et plus, alors que même les plus récents réacteurs connaissent des défauts inquiétants, apparaît comme un scénario bien hasardeux et une dangereuse prise de risque, sans même parler d’envisager de nouveaux réacteurs qui accumuleront retard sur retard.

La découverte de ce défaut doit sonner comme un avertissement pour abandonner des projets irréalistes et prendre d’urgence le virage de la sobriété et des énergies renouvelables.

Contact presse : Martial Chateau – 06 45 30 74 66

Note

[1] Déjà, en 2002, Claude-André Lacoste alertait les parlementaires :  » L’obsession est l’apparition d’un problème de sûreté qui soit en même temps générique et grave. Pour illustrer mon propos, en cas de problème de sûreté générique et grave, je serais conduit à aller voir le Premier Ministre et à lui dire : « Monsieur le Premier Ministre, vous avez le choix entre deux décisions possibles : première version, on coupe l’électricité ; deuxième version, on continue à faire fonctionner le parc nucléaire d’EDF dans un mode dégradé. ». Ce n’est vraiment pas le genre de circonstances dans lesquelles je souhaite que moi-même ou mon successeur, nous nous trouvions. »

Communiqué du 14 janvier 2022

https://www.sortirdunucleaire.org/Fissures-sur-des-tuyauteries-cruciales-pour-la

NUCLÉAIRE, GAZ ET UE : « UN CONTRESENS HISTORIQUE QUI PASSE À CÔTÉ DE LA NOUVELLE DONNE ÉNERGÉTIQUE »

TRIBUNE. Le gaz et le nucléaire sont-ils des énergies vertes ? Sous la pression de la France et des pays gaziers comme la Hongrie et la Pologne, la Commission européenne pourrait bien considérer que oui. Une position que dénonce vivement l’eurodéputée EELV Marie Toussaint, qui s’inquiète que les lois de l’économie priment sur le souci écologique.

L’urgence écologique n’habite ni les cœurs ni les esprits des formations politiques majoritaires en Europe. De là découle que l’Europe a beau parler de Green Deal, elle n’en demeure pas moins prisonnière de schémas de pensée obsolètes, déclinés en choix politiques qui tournent le dos à la protection du climat. Comment expliquer l’inertie ? Ce n’est pas seulement une question de psychologie collective, ou de panne de l’imaginaire. Des forces puissantes agissent pour que rien ne change. (NDLR : n’ayons pas peur des mots, cela s’appelle le capitalisme)

Une Commission sous influence

Prenons le débat sur la taxonomie. Imaginée il y a plus d’une décennie, la taxonomie était supposée distinguer les investissements bons pour la planète (labellisés « verts ») des investissements qui la détruisent (labellisés « bruns »). Entre-temps, l’idée de pointer du doigt les investissements bruns a été refusée : elle remettait en cause trop d’intérêts. Dès lors, le ver était dans le fruit.

Ce premier recul allait fatalement en amener d’autres. La méthode choisie, via des actes délégués élaborés dans les bureaux des commissaires, affaiblit le débat public en l’obscurcissant par le camouflage de la réalité, et expose la Commission aux multiples pressions des États membres… et des lobbys. Finalement, une hétéroclite coalition du statu quo a vu le jour : les lobbys font en quelque sorte front commun, Emmanuel Macron choisissant de s’afficher comme un allié des pays pro-gaz du groupe de Visegrad, dont la Hongrie et la Pologne, pour préserver « son » nucléaire. Le résultat est terrible.

Au point où nous en sommes, la Commission européenne propose désormais, en dépit du bon sens, de catégoriser « verts » les investissements dans le gaz et le nucléaire. L’acte délégué proposé prend certes quelques précautions en établissant des conditions pour que les investissements dans le gaz et le nucléaire soient considérés comme « durables ». Mais pour le nucléaire, les conditions posées sont tellement lâches qu’elles s’apparentent à un simple affichage grotesque. Ainsi, toutes les centrales ayant reçu un permis de construire avant 2045 pourront bénéficier du label et de la manne financière qui y est associée.

Le refus de sortir du gaz

Et pour le gaz ? Les nouvelles centrales devront émettre moins de 270 g CO2e/kWh, seuil techniquement assez ambitieux. Mais cela ne doit pas masquer l’essentiel : le refus de sortir du gaz pour répondre à l’urgence climatique. L’Agence internationale de l’énergie elle-même appelle à cesser tout nouvel investissement dans les énergies fossiles, mais la Commission, le président Macron et les pays pro-gaz décident, sur un coin de table, de classifier « vertes » des activités qui auraient dû être classifiées « brunes ».

C’est un contresens historique pour l’Europe qui prend le risque de passer à côté de la nouvelle donne énergétique planétaire, une trahison politique au regard des attentes des citoyennes et des citoyens, une faute morale commise envers les générations futures. Ce choix, s’il venait à se confirmer, aurait des conséquences désastreuses, en cascade. Car détournée de son objet premier, la taxonomie deviendrait un véritable cheval de Troie des ennemis du climat.

En effet, la taxonomie ne sert pas uniquement à orienter les financements privés… nombre des législations concrétisant le Green Deal font ou feront ainsi directement référence à la taxonomie. Ainsi, l’Union fait déjà référence à cette liste d’investissements « verts » et à leurs définitions dans de nombreux textes, notamment en termes de fléchage budgétaire : les plans de relance doivent ainsi être dirigés à 37 % vers les activités « vertes », tandis que la Banque européenne d’investissement ou le Fonds de transition juste sont autant d’outils qui permettront de financer, avec l’argent public européen, ces activités.

On retrouve également cette référence à la taxonomie dans le règlement sur les infrastructures énergétiques, la directive sur les énergies renouvelables, ou le paquet gazier… Si la taxonomie devait être dévoyée et inclure des activités nocives, c’est alors l’argent du contribuable – en plus de celui des acteurs privés – qui irait financer la destruction de la planète avec le blanc-seing d’un label « vert » dont il n’aurait que le nom.

Les lois de l’économie, et celles de la nature

De fil en aiguille c’est en réalité le Green Deal dans son ensemble qui serait menacé. Son existence ne tient qu’à un fil ténu, suspendu qu’il est de fait aux différents actes délégués instituant la taxonomie.

Voilà pourquoi nous autres, écologistes, faisons une fois de plus entendre notre voix : pour alerter les peuples d’Europe au sujet de notre avenir commun. Nous rappelons sans relâche que les lois de l’économie ne sont pas au-dessus des lois de la nature : c’est folie que de penser de pouvoir faire fi de l’urgence écologique.

La bataille n’est pas terminée : les États membres peuvent formuler leurs remarques d’ici au 19 janvier avant une publication de l’acte définitif la semaine suivante. Le Parlement européen comme le Conseil disposeront alors de deux fois deux mois pour exposer leur accord ou rejeter cette proposition. Nous travaillons ardemment à forger les conditions de ce rejet, au sein du Conseil comme du Parlement européen.

De surcroît, le gouvernement autrichien, opposé au nucléaire, ses risques et ses déchets, a déjà annoncé que dans le cas où il viendrait à être adopté, il attaquerait un acte délégué favorable au nucléaire devant la Cour de justice de l’Union Européenne. Puissent alors, dans une telle hypothèse, les juges se montrer d’ardents défenseurs du respect des droits environnementaux des individus et du climat.

Demain n’est pas écrit. À ce stade, nous répétons la conviction qui guide nos pas : par tous les moyens nécessaires, nous devons sauver le vivant qui est en cours de destruction.

Par Marine Toussaint, (juriste, eurodéputée EELV), publié le 12 janvier 2021 à 17h10, modifié à 17h37

https://www.la-croix.com/Debats/Nucleaire-gaz-UE-contresens-historique-passe-cote-nouvelle-donne-energetique-2022-01-12-1201194483

LE FARDEAU DE L’EPR FRAGILISE L’AVENIR D’EDF – DJ PLUS

PARIS (Agefi-Dow Jones)–L’EPR de Flamanville ressemble à son cousin finlandais Olkiluoto 3 entré en service fin 2021, soit avec près de douze ans de retard et une facture trois fois plus élevée que prévu. EDF a annoncé mercredi un nouveau report de la date de chargement du combustible pour le réacteur de la centrale de nouvelle génération en construction à Flamanville, ainsi qu’une nouvelle hausse du coût à terminaison du projet, qui passe de 12,4 milliards à 12,7 milliards d’euros.

EDF prévoit désormais de charger le combustible au deuxième trimestre de 2023, contre fin 2022 auparavant. Une fois les autorisations obtenues de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) et plusieurs paliers de montée en puissance, EDF s’attend à la production des premiers mégawattheures (MWh) sur le réseau « avant la fin de 2023« .

Entré en construction fin 2007, le réacteur EPR de Flamanville devait initialement démarrer en 2012 pour un coût estimé à 3 milliards d’euros.

Le gouvernement s’agace

Les activités de reprise des soudures, suite aux écarts détectés en 2018 sur le circuit secondaire principal, sont la principale raison de ce nouveau retard, a précisé Xavier Ursat, le directeur exécutif d’EDF en charge de la direction ingénierie et projets nouveau nucléaire. Les opérations de remise à niveau des soudures devraient être terminées en août 2022, et non en avril comme estimé auparavant. EDF attend également le retour d’expérience de l’aléa technique rencontré sur le réacteur de type EPR Taishan 1, à l’arrêt depuis plus de six mois.

Ce nouveau surcoût et le retard supplémentaire ne manque pas d’agacer le gouvernement. « Nous serons vigilants à ce qu’EDF tire les leçons des différents retards qu’a connus ce chantier, afin d’améliorer son processus industriel« , a lancé Gabriel Attal, le porte-parole du gouvernement, lors du compte-rendu du conseil des ministres. En 2019, un audit commandé par le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, avait qualifié le chantier de l’EPR « d’échec pour EDF » et la filière nucléaire française. Bruno Le Maire avait dénoncé « un manque de rigueur inacceptable » et sommé EDF, dont l’État est actionnaire à 83,7%, de mettre en place un « plan d’action » d’ici un mois pour remettre la filière nucléaire aux « meilleurs niveaux d’exigence« . Ce rappel à l’ordre n’a pas suffi.

« Onze des douze principaux contrats de l’EPR ont connu des augmentations de coût comprises entre 100 et 700%« , soulignait la Cour des comptes dans un rapport cinglant publié en juillet 2020, parlant de « dérive considérable, même pour un réacteur « tête de série » Les Sages calculaient « que le coût de l’électricité produite par l’EPR de Flamanville pourrait se situer entre 110 et 120 euros/MWh« , soit quasiment le triple du prix auquel EDF revend actuellement de l’électricité nucléaire à ses concurrents (42 euros/MWh) via le système de l’Arenh, l’Accès régulé à l’électricité nucléaire historique.

Les paradoxes de l’État

Les nouveaux déboires du premier EPR français d’EDF tombent mal quelques semaines après qu’Emmanuel Macron a annoncé la construction de nouveaux EPR dans l’Hexagone. Dans un rapport remis en mai 2020 au gouvernement, EDF se disait en mesure de réduire le coût d’un EPR 2 d’environ 30% par rapport à la facture normalisée du chantier de Flamanville grâce à la standardisation des procédés et à la construction, par paire, de ces nouveaux réacteurs sur des sites existants. Construire six EPR 2 coûterait ainsi 46 milliards d’euros, selon EDF. « On ne peut pas établir avec un degré raisonnable de certitude que les économies de construction de futurs EPR 2 par rapport au coût de construction d’EPR de type Flamanville se matérialiseront« , doutait la Cour des Comptes.

Avec 41 milliards de dette nette à fin juin 2021, pour 53 milliards de fonds propres, EDF aura du mal à financer seul ces EPR 2. « Aucun nouveau projet ne saurait être lancé sans une forme de garantie publique, quel que soit le dispositif retenu« , écrivait le rapport de la Cour des Comptes, ce qui reviendrait à transférer la charge au consommateur, donc en augmentant les tarifs, ou au contribuable, via les finances publiques.

Mais comment imaginer la pérennité d’un tel mécanisme alors que le gouvernement actuel, comme tous ses prédécesseurs, s’est engagé auprès des Français à geler les tarifs d’EDF en 2022 pour éviter une envolée de leurs factures ? Le dispositif envisagé par le gouvernement va coûter 8 milliards d’euros aux finances publiques cette année et représenterait un manque à gagner de plusieurs milliards d’euros pour l’excédent brut d’exploitation 2022 d’EDF.

Par Olivier Pinaud, L’Agefi, publié le 13/01/2022 à 09h29

https://www.zonebourse.com/cours/action/ELECTRICITE-DE-FRANCE-4998/actualite/Le-fardeau-de-l-EPR-fragilise-l-avenir-d-EDF-DJ-Plus-37535035/

ALERTE PRESSE : LA FRANCE RÉUNIT L’EUROPE À BREST, AU CŒUR DE SON ARSENAL NUCLÉAIRE POUR DISCUTER DÉFENSE ET RELATIONS INTERNATIONALES

Dans le cadre de la présidence française de l’Union européenne, le gouvernement français organise deux réunions à Brest entre les 12 et 14 janvier 2022 ou seront conviés les 27 ministres de la défense et les 27 ministres des affaires étrangères.

Le choix de cette ville vient dans le prolongement des discours du président Macron à la Sorbonne (2017) relatif à l’Initiative européenne d’intervention et de son discours sur la dissuasion (2020) ou il exprime une volonté de créer une culture stratégique européenne qui repose, de manière formelle, sur la politique de dissuasion nucléaire de la France. Une telle politique viendrait en totale contradiction avec l’accession de plusieurs États européens au Traité sur l’interdiction des armes nucléaires entré en vigueur le 22 janvier 2021 auquel la France s’oppose.

« Une semaine après sa déclaration, avec les membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU, qui affirme qu’une « guerre nucléaire ne peut être gagnée et ne doit jamais être menée », l’hypocrisie de la France se confirme. La présidence française a choisi Brest, cœur de son arsenal nucléaire pour discuter défense et relations internationales. Le « en même temps » est ainsi de rigueur, avec la volonté ferme d’européaniser la dissuasion française ; ceci alors même qu’une partie des États de l’UE rejette les armes nucléaires et que le droit international au titre du Traité sur l’interdiction des armes nucléaires (TIAN) rend illégal ces arsenaux, comme la politique de dissuasion. La manifestation de ce 9 janvier à Brest, co-organisée par notre campagne, a montré une opposition à ces armes et à cette vision sécuritaire de l’union européenne », déclare Jean-Marie Collin expert et co-porte-parole d’ICAN France.

« À l’heure de l’entrée en vigueur du Traité sur l’interdiction des armes nucléaires (TIAN) la France s’enferme dans une démarche jusqu’auboutiste en accueillant sa première réunion des ministres de l’Union européenne dans la ville la plus nucléarisée d’Europe ; la base des sous-marins nucléaires de l’ile longue entreposant plus de 200 armes nucléaires, soit une puissance de plusieurs milliers de kilotonnes. La France doit inscrire sa présidence sur les sujets de défense et de relations internationales en respectant, d’une part, ses propres engagements de désarmement pris notamment dans le cadre du Traité de non-prolifération (TNP) et, d’autre part le nouveau cadre juridique international créé par le Traité sur l’interdiction des armes nucléaires et non en promulguant une politique favorable aux armes de destruction massive », souligne Patrice Bouveret, directeur de l’Observatoire des armements et co-porte-parole d’ICAN France.

Publié le 12 janvier 2022

Photo en titre : cc Eugénie Cazaux

http://icanfrance.org/alerte-presse-la-france-reunit-leurope-a-brest-au-coeur-de-son-arsenal-nucleaire-pour-discuter-defense-et-relations-internationales/

LA SAGA DE L’EPR CONTINUE

“La date de chargement du combustible est décalée de fin 2022 au second trimestre 2023. L’estimation du coût à terminaison passe de 12,4 milliards d’euros à 12,7 milliards”, indique EDF dans un communiqué. 

Sur la base du dernier chiffre de la Cour des Comptes qui était de l’ordre de 19,1 milliards, le coût doit être réajusté à  19,4 milliards: quoi qu’il en coûte …..

La nouvelle du report du démarrage de l’EPR en 2023 n’étonne pas le CRILAN puisque de nombreux sujets se posent comme les soupapes, les soudures, les probables vibrations de la cuve et la tenue du combustible comme en Chine.

C’est ce contexte qui a amené le CRILAN à demander à la CLI de Flamanville une expertise indépendante sur l’EPR afin de vérifier son aptitude à fonctionner.

Alors que le Conseil Départemental et la majorité du bureau de la CLI s’opposent à cette expertise, la nouvelle de ce jour ne fait que renforcer la détermination du CRILAN à l’obtenir lors de l’AG de la CLI Flamanville du mois de février prochain.

PS: une saga est une histoire et une légende.

Par André JACQUES, publié le 12 janvier 2022

https://crilan.fr/la-saga-de-lepr-continue/

EPR DE FLAMANVILLE : UN ÉNIÈME RETARD QUI DISQUALIFIE LES ANNONCES DE NOUVEAUX RÉACTEURS

EDF a annoncé ce matin que le démarrage de l’EPR de Flamanville, en chantier depuis 15 ans, était repoussé de plusieurs mois, à la mi-2023. Le coût de ce projet, déjà multiplié par 6, augmente à nouveau. Cet énième dérapage de la technologie EPR interroge sur le positionnement de certain-es candidat-es à l’élection présidentielle qui en font une promotion irresponsable et déconnectée des faits. Greenpeace France demande un moratoire sur les travaux de l’EPR de Flamanville, afin de conduire une évaluation en toute indépendance de la viabilité des réacteurs nucléaires EPR. 

Pour Nicolas Nace, chargé de campagne Transition énergétique à Greenpeace France, « à l’heure où beaucoup de responsables politiques s’obstinent sur la voie du tout-nucléaire en promettant la construction de nouveaux réacteurs, il faut regarder la réalité en face et arrêter les frais. L’EPR n’est pas une technologie fiable, elle ne permet la maîtrise ni des délais ni des coûts. C’est un fiasco international »

L’incident qui a conduit à l’arrêt du premier EPR mis en service dans le monde, à Taishan, en Chine, il y a près de 6 mois, reste à ce jour non résolu. Au-delà des déboires de chantiers, la technologie EPR se révèle donc défaillante même en fonctionnement. 

L’urgence climatique impose une réduction drastique des émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030. Dans ce contexte, le développement du nucléaire, beaucoup trop lent, est une fausse solution. S’illusionner sur les capacités de l’industrie nucléaire, c’est perdre la course contre les changements climatiques. Au contraire, miser sur les économies d’énergie et les énergies renouvelables permettrait à la France d’atteindre ses objectifs climatiques.

Publié le 12 janvier 2022

Photo en titre: Futura Planète

https://www.greenpeace.fr/espace-presse/epr-de-flamanville-un-enieme-retard-qui-disqualifie-les-annonces-de-nouveaux-reacteurs/

DÉMISSION DE LA CRIIRAD DU GROUPE DE TRAVAIL DE LA CLIGEET CONSACRÉ À LA PROLONGATION DU FONCTIONNEMENT DU RÉACTEUR N°1 DE LA CENTRALE NUCLÉAIRE DU TRICASTIN

Suite à la 4ième visite décennale, après un avis favorable de l’ASN (Autorité de Sureté Nucléaire) sur la prolongation générique des réacteurs de 900 MW, à plusieurs expertises de l’IRSN (Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire) – en particulier sur le risque sismique – et avant une enquête publique prévue ce mois de janvier, la CLIGEET (Commission Locale d’Information des Grands Équipements Énergétiques du Tricastin) doit formuler un avis sur le dossier déposé par EDF relatif au réacteur n°1 de la centrale nucléaire du Tricastin.

Il a été décidé que cet avis serait élaboré par un Groupe de Travail (GT), avalisé ensuite par le bureau de la CLIGEET. Une dizaine de membres se sont portés volontaires pour participer à ce GT, dont la CRIIRAD, en la personne de son représentant, Mr Roland Desbordes. Deux réunions formelles du GT se sont déroulées à l’automne 2021, dans le but de définir la méthode de travail.

La CRIIRAD a exprimé plusieurs fois en réunion la demande que le GT ait la possibilité d’inviter et de consulter, lors de ses sessions de travail, des experts externes et compétents sur plusieurs problématiques importantes à Tricastin : le risque sismique, l’état de la cuve ainsi que celui de l’enceinte de confinement. Cette demande a d’abord été exprimée en GT, puis, lors de la réunion plénière du 25 novembre dernier.

À chaque fois un refus lui a été opposé en réunion. La convocation à la prochaine réunion du Groupe de Travail entérine clairement cette décision : ne seront invités à participer que les experts « officiels », l’ASN, EDF, l’IRSN … tous parties prenantes (à différents titres) du dossier.

La CRIIRAD estime que le manque de pluralisme des sources d’information, en particuliers indépendantes, ne permet pas de garantir un travail approfondi du GT. De plus, cette décision est contraire au statut des CLI, qui encourage au recours à des expertises plurielles, comme le rappelle d’ailleurs l’ASN ( https://www.asn.fr/tout-sur-l-asn/cli ) : « Dans le même esprit, l’ASN considère que le développement d’une offre diversifiée d’expertise dans le domaine nucléaire est indispensable pour que les CLI puissent, en tant que de besoin, s’appuyer dans leurs avis sur des expertises distinctes de celles réalisées pour le compte de l’exploitant ou de l’ASN ».

Dans le cas présent, c’était d’autant plus nécessaire que l’enjeu est très important car Tricastin 1 est la « tête de série » des dossiers qui seront déposés et discutés pour une trentaine d’autres réacteurs dans les années qui viennent.

Cette décision constitue un très mauvais message vis-à-vis de la transparence pourtant revendiquée par la CLIGEET elle-même.

Face à cette situation, la CRIIRAD a décidé de démissionner du GT, ne souhaitant pas être, par sa seule présence, caution d’un fonctionnement qui ne permet pas un travail approfondi.

Contact : Roland Desbordes 06 86 18 01 87 – roland.desbordes@criirad.org

CRIIRAD, 29 cours Manuel de Falla, 26000 Valence

Valence, le 12 janvier 2022

www.criirad.org

COMBUSTIBLES NUCLÉAIRES USÉS : UN DÉBAT AGITÉ À CHERBOURG SUR LE PROJET DE PISCINE D’EDF

Ce mardi 11 janvier 2022, se tenait à Cherbourg (Manche) la cinquième réunion de concertation sur un projet de piscine porté par EDF pour entreposer, à La Hague, les combustibles usés de toutes les centrales nucléaires françaises. Un projet contesté.

D’entrée de jeu, le débat promettait d’être houleux, à Cherbourg (Manche). Ce mardi 11 janvier 2022, la réunion de concertation portant sur le projet de piscine d’EDF, qui veut entreposer à La Hague les combustibles usés de toutes les centrales nucléaires françaises, est sortie des rails.

Fin prématurée du débat

Pour la première fois organisée sur inscription – selon l’argument sanitaire en vogue – la concertation a débuté avec l’arrivée d’une centaine de membres du tout jeune collectif « Piscine nucléaire EDF Stop ». « Il y a trois places devant, six places ici. Mais ceux qui ne sont pas inscrits vont devoir partir », annonce l’animateur du débat. La jauge maximum était fixée à 88 personnes et seulement 48 inscrits au compteur. « Vous pouvez faire sortir vos salariés d’abord », s’écrie une femme, s’adressant à EDF.

Dans une certaine agitation, le micro commence à tourner, entre les personnes de la salle et le garant du débat public, interrogé sur son indépendance. Un calme trompeur revient après l’intervention du maire, Benoît Arrivé, qui invite tous les présents à rester. Au bout d’une heure, la rencontre a tourné court, au lieu des deux heures d’atelier prévues.

Par Liza MARIE-MAGDELEINE (Ouest-France ), publié le 11/01/2022 à 20h37

Photo en titre : Début de débat houleux, à Cherbourg (Manche), sur le projet d’EDF de créer une piscine pour entreposer les combustibles usés à La Hague. | OUEST-FRANCE

https://www.ouest-france.fr/normandie/cherbourg-en-cotentin-50100/combustibles-nucleaires-uses-un-debat-agite-a-cherbourg-sur-le-projet-de-piscine-d-edf-c76c677c-730e-11ec-b5e2-f1d665483d2a

ARMES NUCLÉAIRES : « LEUR POSSESSION EST HAUTEMENT IMMORALE », AFFIRME LE PAPE

Discours devant le Corps diplomatique

Le Saint-Siège soutient « avec fermeté que les armes nucléaires sont des outils inadéquats et inappropriés pour répondre aux menaces contre la sécurité au XXIème siècle, et que leur possession est hautement immorale », a déclaré le pape François en s’adressant aux 183 diplomates réunis pour son discours traditionnel de début d’année.

Le pape est intervenu devant le Corps diplomatique accrédité près le Saint-Siège, le 10 janvier 2022, dans la Salle des Bénédictions.

Le pape souligne que « parmi les armes que l’humanité a produites, les armes nucléaires sont particulièrement préoccupantes ». Leur fabrication, explique-t-il, qui « détourne des ressources aux perspectives d’un développement humain intégral et leur utilisation, en plus de produire des conséquences environnementales catastrophiques, menace l’existence même de l’humanité ».

Évoquant le travail de la 10ème Conférence d’examen du Traité de non-prolifération nucléaire, qui se déroule actuellement à New York, le pape François rappelle que « la reprise à Vienne des négociations sur l’accord nucléaire avec l’Iran (Joint Comprehensive Plan of Action) » est « d’une importance vitale » et souhaite qu’elle « puisse aboutir à des résultats positifs afin de garantir un monde plus sûr et plus fraternel ».

Le pape rappelle également que « tous les conflits sont facilités par l’abondance des armes à disponibilité ».  « Celui qui possède des armes finit tôt ou tard par les utiliser », poursuit-il, reprenant les paroles du saint pape Paul VI qui disait qu’« on ne peut pas aimer avec des armes offensives dans les mains ».

Par Marina Droujinina, publié le 11 janvier 2022 17h33

Photo en titre : Arme nucléaire © Wikimedia Commons / U.S. Department of Defense

https://fr.zenit.org/2022/01/11/armes-nucleaires-leur-possession-est-hautement-immorale-affirme-le-pape/

GREEN PASS NUCLÉAIRE : EN MAI, LA BOMBE SORT POUR L’ITALIE

Les États-Unis commenceront en mai la production à la chaîne de leurs nouvelles bombes atomiques B61-12. Ils prévoient de les disperser dans leurs bases européennes.

Dans quatre mois, en mai, la production à grande échelle de la nouvelle bombe nucléaire B61-12 commence aux USA : l’annonce est faite par l’Administration pour la sécurité nucléaire nationale, NNSA, faisant partie du Département US de l’Énergie (U.S Department of Energy’s National Nuclear Administration). Au fur et à mesure qu’elles sortiront de fabrique, les nouvelles bombes nucléaires seront remises à l’US Air Force, qui les installera dans ses bases en Italie et dans d’autres pays européens à la place des B61.

La B61-12 est une nouvelle arme nucléaire polyvalente qui remplace trois des variantes de l’actuelle B61 (3, 4 et 7). Elle a une tête nucléaire avec quatre options de puissance, à sélectionner en fonction de l’objectif à détruire. Elle n’est pas larguée à la verticale comme la B61, mais à distance de l’objectif sur lequel elle se dirige guidée par un système satellite. Elle peut pénétrer dans le sous-sol, explosant en profondeur pour détruire les bunkers des centres de commandement afin de « décapiter » le pays ennemi lors d’une première frappe (first strike) nucléaire. Pour cette attaque l’US Air Force dispose aussi de la quatrième variante de la B61, la B61-11 pénétrante, modernisée en 2001. La B61-12, confirme la NNSA, peut être lancée soit par le bombardier furtif B-2A et par le futur B-21, soit par des chasseurs à double capacité conventionnelle et nucléaire. Parmi eux il y a les F-16C/D états-uniens basés à Aviano et les Tornado italiens PA-200 basés à Ghedi. Plus adaptés encore à l’attaque nucléaire sont les F-35A, déjà opérationnels aussi dans l’armée de l’Air italienne.

La NNSA communique que « toute la production nécessaire de B61-12 » sera achevée au cours de l’année fiscale 2026. Le programme prévoit la construction de 500 bombes, avec un coût d’environ 10 milliards de dollars (chacune se trouvant ainsi coûter le double de ce qu’elle coûterait si elle était construite entièrement en or). Leur nombre effectif reste cependant secret, comme reste en grande partie secret leur déploiement géographique. Cela constitue le facteur déterminant de la capacité offensive des bombes nucléaires B61-12. Si elles étaient toutes déployées en territoire états-unien, prêtes à être transportées avec les bombardiers stratégiques, cela ne constituerait pas une modification substantielle des dispositifs stratégiques actuels. Les B61-12 seront par contre déployées dans d’autres pays au bord surtout de la Russie, prêtes à être transportées et lancées par les F-35 et d’autres chasseurs.

Les bases d’Aviano et Ghedi ont été restructurées pour accueillir les chasseurs F-35 armés des nouvelles bombes nucléaires. À Ghedi, 30 chasseurs italiens F-35A peuvent être déployés, prêts à l’attaque sous commandement US avec 60 bombes nucléaires B61-12. Il n’est pas exclus qu’elles soient déployées aussi dans d’autres bases sur le territoire italien. Il n’est pas exclus que, en plus d’être déployées en Allemagne, en Belgique et aux Pays-Bas, elles soient aussi déployées en Pologne, dont les forces aériennes participent depuis des années aux manœuvres Otan de guerre nucléaire, et dans d’autres pays de l’Est. Les chasseurs Otan déployés dans les républiques baltes, au bord de la Russie, peuvent être eux aussi armés des B61-12. Il n’est pas exclus que les nouvelles bombes nucléaires puissent être déployées aussi en Asie et Moyen-Orient contre Chine et Iran. Bien qu’elles soient classées comme « armes nucléaires non-stratégiques », les B61-12, rapprochées des objectifs, ont des capacités offensives analogues à celles des armes stratégiques (comme les têtes nucléaires des missiles balistiques intercontinentaux). Elles sont ainsi des armes déstabilisantes, qui provoqueront une réaction en chaîne accélérant la course aux armements nucléaires.

Les 5 puissances nucléaires membres permanents du Conseil de Sécurité des Nations Unies – États-Unis, Russie, Chine, France et Royaume-Uni – affirment, dans une déclaration conjointe (3 janvier), qu’« une guerre nucléaire ne peut être gagnée et ne doit jamais être menée » et : « Nous demeurons déterminés [… à] poursuivre de bonne foi des négociations sur des mesures efficaces relatives à la cessation de la course aux armements nucléaires à une date rapprochée et au désarmement nucléaire ». Que les USA s’engagent alors à ne pas déployer dans d’autres pays, et mieux encore à ne pas produire, les nouvelles bombes nucléaires B61-12.

Par Manlio Dinucci, (Réseau Voltaire, Rome (Italie), traduction Marie-Ange Patrizio, publié le 11 janvier 2022, source Il Manifesto (Italie)

https://www.voltairenet.org/article215280.html

LA CORÉE DU NORD EFFECTUE UN NOUVEAU TIR, PROBABLEMENT UN MISSILE BALISTIQUE

Moins d’une semaine après le lancement d’un missile hypersonique, Pyongyang a tiré ce mardi 11 janvier un projectile non identifié au large de sa côte Est. Il s’agirait d’un missile balistique, selon l’armée sud-coréenne et les garde-côtes japonais.

La Corée du Nord a lancé un « missile balistique présumé » vers la mer, a annoncé ce mardi l’armée sud-coréenne, moins d’une semaine après que Pyongyang eut assuré avoir testé un missile hypersonique.

Le projectile a été tiré en direction de la mer située à l’est de la péninsule coréenne à 07 h 27 (23 h 27 GMT à Paris), ont précisé les chefs d’état-major interarmées de Corée du Sud dans un communiqué.

Le tir a aussi été rapporté par les garde-côtes japonais, qui ont parlé d’un « objet ressemblant à un missile balistique ».

Quelques heures avant le tir, six pays, dont les États-Unis et le Japon, avaient exhorté la Corée du Nord à cesser ses « actions déstabilisatrices »  en amont d’une réunion à huis clos du Conseil de sécurité des Nations unies à propos de l’essai, la semaine dernière, de ce que Pyongyang a présenté comme un missile hypersonique.

L’armée sud-coréenne a indiqué que « le missile balistique présumé » lancé mardi a atteint des vitesses hypersoniques, ce qui témoigne d’un « progrès » par rapport l’essai de la semaine dernière. L’engin a atterri à l’extérieur de la zone économique exclusive du Japon.

« Motivations politiques et militaires »

La France, le Royaume-Uni, l’Irlande et l’Albanie se sont joints à l’appel « à s’abstenir de toute nouvelle action déstabilisatrice […] et à engager un dialogue constructif vers notre objectif commun de dénucléarisation complète ».

Selon des experts, Pyongyang pourrait avoir fait coïncider à dessein son tir avec la réunion onusienne.

« Le lancement a des motivations politiques et militaires », a expliqué à l’AFP Shin Beom-chul, chercheur à l’Institut coréen de recherches sur la stratégie nationale.

« La Corée du Nord poursuit ses essais pour diversifier son arsenal nucléaire, mais elle a planifié le tir le jour de la réunion du Conseil de sécurité de l’ONU pour maximiser son impact politique » a-t-il ajouté.

Renforcement militaire

Selon Park Won-gon, professeur à l’Université pour femmes Ewha de Séoul, la fréquence des essais indique que Pyongyang pourrait procéder à des lancements avant les Jeux olympiques de Pékin le mois prochain.

La Corée du Nord a été interdite de participation aux JO d’hiver par le Comité international olympique (CIO) après avoir refusé de participer aux Jeux d’été de Tokyo en 2021 pour cause de pandémie.

Depuis l’accession au pouvoir de Kim Jong Un, il y a dix ans, la Corée du Nord a réalisé de rapides progrès en matière de technologie militaire, au prix de sanctions internationales.

Malgré une situation économique encore aggravée par la pandémie, Kim Jong Un a assuré en décembre qu’il poursuivrait le renforcement de son arsenal militaire.

En 2021, la Corée du Nord, dotée de l’arme nucléaire, a assuré avoir testé avec succès un nouveau type de missile mer-sol balistique (SLBM) ainsi qu’un missile de croisière de longue portée et une arme lancée depuis un train.

Refus de pourparlers

En 2021, la Corée du Nord, dotée de l’arme nucléaire, a assuré avoir testé avec succès un nouveau type de missile mer-sol balistique (SLBM), un missile de croisière de longue portée, une pièce d’armement lancée depuis un train et ce qu’elle a décrit comme une ogive hypersonique.

L’essai de mardi intervient alors que Pyongyang a refusé de répondre aux appels américains à des pourparlers.

Le dialogue entre Pyongyang et Washington demeure dans l’impasse après l’échec des pourparlers entre Kim Jong Un et le président américain d’alors Donald Trump en 2019.

Le gouvernement du successeur de Donald Trump, Joe Biden, a affiché à plusieurs reprises sa volonté de rencontrer des émissaires nord-coréens et de viser la dénucléarisation. Mais Pyongyang a rejeté l’offre, accusant les États-Unis de mener des politiques « hostiles ».

La Corée du Nord fait l’objet de sanctions internationales pour ses programmes d’armement interdits. La pression sur son économie en grande difficulté a été renforcée par la stricte fermeture des frontières ordonnée pour lutter contre la pandémie de coronavirus.

Par Ouest-France avec AFP, publié le 11/01/2022 à 06h12

Photo en titre : Selon des experts, la Corée du Nord pourrait avoir fait coïncider à dessein son tir avec une réunion du Conseil de sécurité de l’ONU à propos de l’essai, la semaine dernière, de ce que Pyongyang a présenté comme un missile hypersonique. | KCNA / EPA-EFE

https://www.ouest-france.fr/monde/coree-du-nord/la-coree-du-nord-effectue-un-nouveau-tir-probablement-un-missile-balistique-65a7dcc9-c47b-4f40-a01e-109276710a03

NUCLÉAIRE : À LA CGT, LA MUE DE PHILIPPE MARTINEZ FÂCHE CERTAINS MILITANTS

Deux ans après le rapprochement entre Philippe Martinez et Jean-François Julliard, le directeur de Greenpeace France, la mue du secrétaire général de la CGT passe toujours mal chez certains militants.

La mue verte de la CGT passe toujours aussi mal, deux ans après le rapprochement entre Philippe Martinez, le secrétaire général, et Jean-François Julliard, le directeur de Greenpeace France. En mai 2020, les deux hommes publiaient, avec 18 autres ONG et organisations syndicales, un plan de sortie de crise mixant sauvegarde de l’emploi et défense de la planète. Le texte comportait 34 revendications, parmi lesquelles l’arrêt des aides publiques aux secteurs polluants (pétrole, nucléaire…).

Le numéro un de la CGT est régulièrement pris à partie

Tout l’inverse de ce que pensent la CGT d’EDF ou encore les puissantes fédérations de la chimie et des mines-énergie, qui dénoncent la « mafia de l’éolien« . Depuis, ces bastions n’ont cessé de critiquer de tels rapprochements. « Consommer moins et mieux, si c’est pour faire disparaître la moitié des ­emplois industriels, ça ne sert à rien, tempête un opposant à Martinez. On ne va pas tous aller réparer des vélos!« 

Régulièrement, le numéro un de la CGT est donc pris à partie, accusé d’être instrumentalisé par Cécile Duflot, directrice d’Oxfam France, et Aurélie Trouvé, ancienne coprésidente d’Attac, artisanes du pacte scellé entre Martinez et Julliard. Pour l’heure, Martinez tient bon. 

Par Emmanuelle Souffi, publié le 11 janvier 2022 à 10h00

Photo en titre : Le secrétaire général de la CGT, Philippe Martinez. (Sipa)

https://www.lejdd.fr/Politique/nucleaire-a-la-cgt-la-mue-de-philippe-martinez-fache-certains-militants-4086875

NDLR : ne lâche rien Philippe, tu es sur le bon chemin.

Petite info : j’ai eu la chance d’avoir un professeur du nom de Jean Fourastier (économiste célèbre) qui en 1965 a écrit un livre dont le titre est : « Les 40 000 heures ». 40 000 heures, c’est le temps de travail d’une vie d’un travailleur moyen, à savoir 25 à 30 heures/semaine pendant 35 ans. C’était en tout cas ce qui était estimé en 1965, pour un avenir « proche » : avec les progrès fulgurants dans le domaine technologique, comment pourrait-il en être autrement ?

Et bien conseille à tes opposants de lire ce livre s’ils veulent profiter de la vie plutôt que de s’abrutir à travailler pour le système capitaliste qui les exploite et ruine la planète !

« LE NUCLÉAIRE N’EST PAS UNE ÉNERGIE VERTE » POUR LA MINISTRE BARBARA POMPILI

La ministre de la Transition écologique, Barbara Pompili, était face à Jean-Jacques Bourdin ce mardi sur RMC et BFMTV. 

L’augmentation du prix de l’électricité contenue à 4% cette année

« On s’est engagé à protéger les Français en leur proposant un bouclier tarifaire. On va tenir cet engagement l’augmentation, elle sera maintenue à 4%, comme ça a été annoncé sur toute l’année 2022, même après la présidentielle. Après, on continue de travailler parce que si ça continue d’augmenter, il risque d’y avoir des reports et moi ce que je ne voudrais pas, c’est que le fait qu’on maintienne les prix en 2022 entraîne des augmentations en 2023. Et donc on travaille à des solutions qui vont vous être annoncées très bientôt”.

À LIRE AUSSI – Bouclier tarifaire contre les hausses des tarifs du gaz et de l’électricité: ce qu’il faut retenir des annonces de Jean Castex

EPR de Flamanville: « Difficile » pour fin 2022

EDF me dit fin 2022, mais j’ai tendance à penser que ce sera difficile de tenir la fin 2022, on verra. J’ai été témoin comme vous de ces annonces régulières sur la mise en route de l’EPR de Flamanville. Il va falloir et on le fait déjà, tirer des leçons d’expérience de cet EPR. Je ne dis pas que ce ne sera pas avant fin 2023 ou 2024, je dis simplement que pour l’instant, on m’annonce fin 2022, mais je pense que ça va être difficile”.

Besoin de plus d’énergies renouvelables

Aujourd’hui, on a 70% de nucléaire dans notre mix électrique. Mon problème aujourd’hui, c’est que j’ai trop de nucléaire et que je n’ai pas assez de renouvelable pour faire l’appoint. Là, j’ai un problème parce que j’ai trop de centrales nucléaires arrêtées donc je n’ai pas de marge de manœuvre. Nous allons avoir besoin de plus d’électricité dans les années qui viennent et nous voyons que nous sommes déjà en tension maintenant. On ne va pas pouvoir construire une centrale nucléaire en moins de 15-20 ans. Donc on a besoin de renouvelable pour l’appoint et aussi de faire des économies d’énergie”.

 LIRE AUSSI – La France va devoir importer de l’électricité cette semaine… et ça va coûter cher

Le nucléaire est-il une énergie verte?

Non. C’est une énergie qui produit des déchets qui sont dangereux et qui vivent très longtemps. Et donc c’est un héritage donné à nos enfants qui ne peut pas être considéré comme vert. Par contre, le nucléaire est décarboné. C’est-à-dire qu’il ne produit pas de gaz à effet de serre et c’est en ça qu’il ne peut être considéré comme une aide pour baisser les gaz à effet de serre. Vert voudrait dire que c’est parfait pour l’environnement, ce n’est absolument pas le cas”.

La fermeture du site d’enfouissement des déchets de Stocamine

« Stocamine, il faut qu’on arrête de tergiverser. Ça fait 20 ans que ça dure, et moi aujourd’hui, je ne laisserai pas la situation perdurer. Le risque, c’est que les gens qui travaillent dans cette mine aient des accidents parce que c’est une mine qui se referme sur elle-même. Et le risque, c’est qu’on n’ait plus le temps de la refermer correctement. J’ai annoncé il y a un an qu’on allait arrêter de retirer les déchets qui sont dedans parce qu’on ne pourra pas tous les retirer, il y en a 44.000 tonnes. Ce qu’il faut, c’est l’isoler pour qu’il ne puisse plus y avoir de remontées, parce qu’il y a une nappe phréatique au-dessus, qui est la nappe phréatique d’Alsace, et il ne faut surtout pas qu’elle soit polluée. C’est la seule solution. Arrêtons de mettre en danger les gens qui travaillent là-dedans« .

Publié le 11/01/2022 à 09h41

Photo en titre : La ministre de la Transition écologique Barbara Pompili a assuré sur RMC et BFMTV ce mardi matin que le nucléaire n’était pas une énergie verte, alors que la Commission européenne s’apprête à la classer justement comme « énergie verte ».

https://rmc.bfmtv.com/emission/le-nucleaire-n-est-pas-une-energie-verte-pour-la-ministre-barbara-pompili-2053461.html

DEUX ANCIENS CHEFS DE LA SÛRETÉ NUCLÉAIRE CONTESTENT LA PERTINENCE DE L’ATOME COMME RÉPONSE AU CLIMAT

Tandis que le commissaire européen au Marché intérieur, Thierry Breton, plaide pour 500 milliards pour les centrales de nouvelle génération, des responsables de haut niveau émettent des doutes sur les coûts et les délais inhérents à la filière.

Les centrales nucléaires européennes de nouvelle génération nécessiteront un investissement de « 500 milliards [d’euros] d’ici à 2050 », estime Thierry Breton dans un entretien au Journal du dimanche du 9 janvier. Le commissaire européen au Marché intérieur juge « crucial » d’ouvrir la labellisation verte au nucléaire dans le cadre de la transition énergétique et de la taxonomie européenne.

« Les centrales nucléaires existantes, à elles seules, nécessiteront 50 milliards d’euros d’investissements d’ici à 2030. Et 500 milliards d’ici à 2050 pour celles de nouvelle génération ! » affirme le commissaire français. Pour Thierry Breton, « inclure le nucléaire dans la taxonomie est donc crucial pour permettre à la filière d’attirer tous les capitaux dont elle aura besoin ».

Depuis la présentation du projet de taxonomie par la Commission européenne, les prises de position s’enchaînent. Dans un communiqué daté du 3 janvier, quatre experts, parmi lesquels deux anciens chefs d’autorités de sûreté nucléaire, Greg Jaczko, ancien président de la Commission de réglementation nucléaire des États-Unis, et Wolfgang Renneberg, ancien chef de la sûreté des réacteurs, de la radioprotection et des déchets nucléaires en Allemagne, soulignent « le caractère extrêmement coûteux » de la filière. Vulnérable aux défauts internes, mais aussi aux impacts externes comme l’élévation du niveau de la mer, les tempêtes et les inondations, le nucléaire est « risqué pour l’investissement sur les marchés financiers, et donc dépendant de subventions publiques et de garanties de prêts très importantes ».

Une réponse coûteuse et hors délai

Ces anciens responsables de haut niveau soutiennent que « pour apporter une contribution pertinente à la production mondiale d’électricité, jusqu’à plus de dix mille nouveaux réacteurs seraient nécessaires, selon le type de réacteurs ».

Ils soulignent que le nucléaire est « plus cher que les énergies renouvelables en termes de production d’énergie et de réduction des émissions de CO2, même en tenant compte des coûts des outils de gestion du réseau comme le stockage d’énergie ».

Ils affirment que le nucléaire en tant que stratégie contre le changement climatique est « trop lourd et complexe pour créer un régime industriel efficace pour les processus de construction et d’exploitation des réacteurs dans le délai de construction prévu et la portée nécessaire à l’atténuation du changement climatique ».

Outre les problèmes techniques et de sécurité non résolus « associés à de nouveaux concepts non éprouvés », « il est peu probable qu’il apporte une contribution pertinente à l’atténuation du changement climatique nécessaire d’ici les années 2030 en raison des délais de développement et de construction extrêmement longs du nucléaire et des coûts de construction écrasants du très grand volume de réacteurs qui seraient nécessaires pour faire la différence », estiment Greg Jaczko et Wolfgang Renneberg, appuyés par Bernard Laponche, ancien ingénieur au Commissariat à l’énergie atomique (CEA) et docteur ès sciences en physique des réacteurs nucléaires, et Paul Dorfman, secrétaire du comité du gouvernement britannique CERRIE (Committee Examining Radiation Risks of Internal Emitters), comité examinant les risques de radiation des sources d’émission internes au pays.

Par Agnès Sinaï, (Journaliste rédactrice spécialisée), publié le 10 janvier 2022 dans Actu-Environnement.com (revue très intéressante que nous vous conseillons)

Photo en titre : © Chalabala. Le projet de taxonomie de la Commission considère le nucléaire comme une énergie de transition.

https://www.actu-environnement.com/ae/news/anciens-chefs-surete-nucleaire-contestent-pertinance-atome-climat-38875.php4

PROJET DE LABEL « VERT » POUR LE NUCLÉAIRE: BRUXELLES PROLONGE LES CONSULTATIONS

La Commission européenne a prolongé de neuf jours, jusqu’au 21 janvier, le délai de consultation des États membres au sujet de son projet de label « vert » pour certaines centrales nucléaires et à gaz, a annoncé un porte-parole lundi.

Une proposition de texte, débattue depuis des mois et encore provisoire, a été envoyée aux 27 États de l’UE le 31 décembre, peu avant minuit.

Le document fixe les critères permettant de classer comme « durables » les investissements dans des centrales nucléaires ou à gaz pour la production d’électricité, avec pour objectif d’orienter les investissements privés vers les activités contribuant à la réduction des émissions de gaz à effet de serre.

Cette inclusion du nucléaire dans les activités pouvant bénéficier de la finance verte, accordée comme pour le gaz à titre transitoire, a suscité l’opposition d’une poignée de pays membres, dont l’Allemagne, et une levée de bouclier d’associations écologistes.

Le projet est cependant défendu par la France et de nombreux pays d’Europe centrale qui font valoir que les énergies renouvelables (éolien, solaire…), déjà labellisées par la Commission, souffrent de production intermittente et ne permettront pas, à elles seules, de répondre aux besoins en électricité.

La Commission européenne a annoncé le 1er janvier avoir ouvert avec les États membres et des experts une phase de consultation sur son projet de texte, qui devait s’achever le 12 janvier. Les avis récoltés pourront conduire à des modifications du texte, dont la version finale doit être publiée d’ici à la fin du mois.

« La date limite pour le feedback sur le projet de Taxonomie pour le nucléaire et le gaz a été repoussée du 12 au 21 janvier« , a annoncé lundi sur son compte Twitter un porte-parole du ministère allemand de l’Environnement, Stephan Gabriel Haufe.

Le porte-parole en chef de la Commission, Eric Mamer, a confirmé ce délai supplémentaire lors d’un point de presse à Bruxelles. « Nous sommes juste au début de l’année, il y a eu les vacances de Noël. Donc c’est normal qu’on donne un peu plus de temps« , a-t-il dit.

Après la publication du texte final, durant une période de quatre mois, le Parlement européen aura la possibilité de le rejeter par un vote à la majorité simple. Le Conseil européen pourrait théoriquement aussi s’y opposer en organisant un vote, mais il lui faudrait pour cela réunir 20 Etats membres, ce qui paraît hors de portée.

Par AFP, publié le 10 janvier 2022 à 14h03

https://www.connaissancedesenergies.org/afp/projet-de-label-vert-pour-le-nucleaire-bruxelles-prolonge-les-consultations-220110

Union européenne : le casse-tête du nucléaire dans la taxonomie verte

BREST : PLUS DE 300 MANIFESTANTS ANTI-ARMES NUCLÉAIRE DÉFILENT AVANT UN SOMMET EUROPÉEN DANS LA VILLE

Plus de 300 personnes ont manifesté ce dimanche 9 janvier dans les rues de Brest. Ils dénoncent le sommet européen réunissant les 54 ministres de la défense et des affaires étrangères qui aura lieu dans la ville du 12 au 14 janvier. Les manifestants souhaitent l’abandon de la dissuasion nucléaire.

Un peu plus de 300 manifestants se sont rassemblés ce dimanche place de la liberté à Brest pour dénoncer les armes nucléaires. Ce défilé, à cette date, n’est pas un hasard, c’est quatre jours avant le sommet réunissant les ministres de la Défense et des Affaires étrangères des 27 pays de l’Union européenne. Les ministres se retrouveront du 12 au 14 janvier à Brest. L’objectif des participants est de faire pression sur les élus. Ils souhaitent que l’Europe quitte la dissuasion nucléaire comme principe de défense et de paix.

Le cortège est parsemé de drapeaux des différentes organisations contre l’armement nucléaire : PCF, CGT, Europe-Écologie Les Verts, mais aussi Le mouvement pour la paix ou le Cian 29, le collectif finistérien pour l’interdiction des armes nucléaires, à l’origine de la mobilisation. Des représentants Belges et Portugais pour la fin des armes nucléaires sont même venus faire des discours. « Les guerres, il y en a eu assez, il faut peut-être penser un peu différemment », estime Annie. Elle ne veut pas que la France continue de suivre l’OTAN et les États-Unis, ou crée une Europe de la défense. « Je ne vois pas ce que l’on peut aller soutenir les décisions guerrières des États-Unis. Avoir une Europe aussi de la défense, je crois qu’il vaut mieux penser à négocier, à la diplomatie« , ajoute-t-elle. 

Reine vient exprès de Saint Malo, et elle veut surtout une chose : la ratification par la France et les pays européens du Traité sur l’interdiction des armes nucléaires, qui est entré en vigueur il y a maintenant un an. « On est pour que la France, qui va présider le conseil européen, mène une politique en ce sens », affirme la malouine. Le message envoyé par cette réunion n’est, pour elle, pas le bon. 

Des actions citoyennes utiles

Les actions citoyennes peuvent avoir du poids pour Roland de Penanros, l’un des porte-paroles du collectif pour l’interdiction des armes nucléaires dans le Finistère. « Il y a eu d’autres combats avant ceux-ci : les armes biologiques, les armes chimiques… Ça a toujours été des démarches de l’opinion publique qui ont fait modifier les choses », assure-t-il. D’autres actions sont prévues pendant la réunion informelle des 54 ministres de la Défense et des Affaires étrangères européens, notamment un pique-nique ce jeudi en face des capucins, le lieu de la rencontre.

Par Thibault Lecoq, France Bleu Breizh Izel, publié le dimanche 9 janvier 2022 à 20h32

Photo en titre : Les manifestants de plusieurs organisations ont déambulé dans Brest ce dimanche 9 janvier. © Radio France – Thibault Lecoq

https://www.francebleu.fr/infos/societe/brest-plus-de-300-manifestants-anti-armes-nucleaire-defilent-avant-un-sommet-europeen-dans-la-ville-1641756730

ANTINUCLÉAIRES : RÉSISTANCES ET ALTERNATIVES AU NUCLÉAIRE (IV)

1-Le sens de la limite.

On le sait ou on va le découvrir, des philosophes, des économistes, des sociologues, des anthropologues et d’autres auteurs ont analysé depuis longtemps de façon radicale le système qu’ils qualifient selon les cas de capitaliste, de néo libéral, de techno scientiste, de productiviste ou d’anthropocène, système qui a étendu son emprise sur la Terre. Chaque auteur le fait dans le cadre de sa pensée générale et en insistant sur tel et tel élément mais ce point commun est bien là.

Nombreux ont été ces auteurs, ainsi Claude Levi Strauss, Jacques Ellul, Ivan Illich, Guy Debord , Bernard Charbonneau, Edgar Morin, Herbert Marcuse, André Gorz, Cornelius Castoriadis , François Partant, René Dumont, Théodore Monod, Jean Rostand, Kostas Axelos, Paul Virilio, Serge Latouche…d’autres encore. Nombreux sont aussi les citoyen(ne)s qui personnellement et collectivement (associations, mouvements…) partagent ces analyses.

. Jacques Ellul demandait avec force : Qu’est-ce qu’une société qui ne se donne plus de limites ?

. Ivan Illich insistait sur le fait que la crise obligera l’homme à « choisir entre la croissance indéfinie et l’acceptation de bornes multidimensionnelles

. Cornelius Castoriadis en appelait à nous défaire des « fantasmes de l’expansion illimitée

Toute l’œuvre splendide, pionnière, gigantesque et porteuse d’Edgar Morin nous le redit sans cesse sous de multiples formes.

Deux idées fortes entre autres, sont présentes dans leurs écrits et leurs actions :

. d’une part le système productiviste est lancé dans une course en avant autodestructrice, il faut donc être en rupture globale avec ce système,

. d’autre part une croissance illimitée sur une planète limitée nous amène vers une gigantesque collision entre l’environnement et les activités humaines.

Il faut donc « retrouver le sens de la limite » (expression de l’introduction de l’ouvrage « Radicalité,20 penseurs vraiment critiques »collection Frankenstein,2013).

2- Un concept alternatif, celui de limites des activités humaines, concept porteur des principes.

Dans la ville de Pripyat, près de Tchernobyl, une statue en bronze devant le cinéma représentait Prométhée levant les bras au ciel pour prendre le feu des dieux. Il était dans la toute-puissance.

Après le drame du 26 avril  1986 la statue du Titan  a été enlevée de la ville fantôme et placée devant la centrale nucléaire pour rendre hommage aux « liquidateurs. » (Voir  « Prométhée à Tchernobyl », François Flahault, Le Monde diplomatique, septembre 2009.)

C’est donc la dénonciation de la fuite en avant, c’est également l’élaboration d’un concept porteur de principes. Ce concept ne condamne-t-il pas indirectement le nucléaire ?

Ce concept de limites ne se traduit-il pas par au moins quatre principes que l’on retrouve par exemple en droit international de l’environnement(DIE) ? (Voir notre ouvrage de DIE, éditions Ellipses, quatre éditions de 2010 à 2018).

De façon plus globale on retrouve les trois premiers principes dans la remarquable « Plate-forme pour un monde responsable et solidaire », publiée par le Monde diplomatique d’avril 1994, qui est à la fois « un état des lieux des dysfonctionnements de la planète et une mise en avant de principes d’action pour garantir un avenir digne au genre humain », plate-forme portée par la « Fondation pour le progrès de l’homme », plate-forme qui devrait être symboliquement affichée sur beaucoup de portes d’universités et de lycées dans le monde, étudiée et débattue dans de nombreux cours.

Le quatrième principe a vu le jour dans des textes de plus en plus nombreux, c’est le principe de non-régression.

Le principe de précaution selon lequel les sociétés humaines ne doivent mettre en œuvre de nouveaux projets, produits et techniques, comportant des risques graves ou irréversibles, qu’une fois acquise la capacité de maitriser ou d’éliminer ces risques pour le présent et le futur. La précaution veut répondre à des risques graves ou irréversibles, mal connus ou inconnus, alors que la prévention est une réponse face à des risques connus.

Le principe de modération de ceux et celles qui, pris dans la fuite en avant des gaspillages, seront amenés à remettre en cause leur surconsommation, leur mode de vie, à brûler moins d’énergie, à maitriser leurs besoins pour adopter des pratiques de frugalité, de simplicité, de décroissance. André Gorz écrivait : « Il est impossible d’éviter la catastrophe climatique sans rompre radicalement avec les logiques qui y conduisent depuis cent cinquante ans. »

Le principe de sauvegarde : les sociétés humaines doivent aller vers des modes de production et de consommation sans prélèvements, sans déchets et sans rejets susceptibles de porter atteinte à l’environnement. D’où l’existence de ces luttes pour développer des technologies propres, des énergies renouvelables et pour consacrer des éléments de l’environnement, comme par exemple l’eau, comme biens publics mondiaux (BPM) ou comme éléments du patrimoine commun de l’humanité (PCH).

Enfin le principe de non-régression. Sauvegarde signifie aussi que lorsqu’une avancée décisive, sur un point de protection importante, a été acquise, un verrou juridique doit être alors posé. Un exemple significatif est celui du Protocole de Madrid sur l’Antarctique (1991) qui interdit les recherches minérales pour cinquante ans. On ne doit pas revenir en arrière dans la protection. C’est donc ce que l’on nomme le principe de non- régression. La nécessité vitale de réduire les atteintes à l’environnement ne peut que contribuer à convaincre les législateurs, les juges et la société civile d’agir en vue de renforcer la protection des acquis environnementaux au moyen de la consécration de ce principe de non- régression. (Michel Prieur est l’inspirateur de ce principe. Voir par exemple sous sa direction et celle de Gonzalo Sozzo, « La non-régression en droit de l’environnement », Bruylant , 2012).

On peut ajouter que le concept de limites au cœur des activités humaines se rattache à des théories et des pratiques de décroissance et de post-croissance à travers une économie soutenable (s’éloignant du culte de la croissance, s’attaquant aux inégalités criantes à tous les niveaux géographiques, et désarmant le pouvoir financier ainsi que… la course aux armements), à travers le principe de modération de ceux et celles qui, pris dans la fuite en avant des gaspillages, seront amenés à remettre en cause leur consommation, leur mode de vie, à brûler moins d’énergie pour adopter des pratiques de frugalité, de simplicité. Essentielles sont aussi des relocalisations d’activités, des circuits courts, des richesses redistribuées.

Essentielle également cette ennemi redoutable : la compétition, remise en cause par la consécration de biens communs (eau, forêts…), par des coopérations, des solidarités, par l’appartenance à notre commune humanité, par des périls communs qui devraient nous fraterniser. (Voir nos articles « Sommes-nous fraternisés par les périls communs ? » sur le blog de Mediapart et sur notre site « au trésor des souffles« .)

3-Les consécrations des « crimes contre les générations futures » et de l’interdiction des recherches « contraires à  l’intérêt commun de l’humanité. »

Dans la future « Déclaration universelle  des droits de l’humanité » (Voir nos articles spécifiques), qui a été écrite par une équipe française en 2015 et qui sera un jour peut-être enfin consacrée par les Nations Unies, la notion, englobant l’environnement et la paix, de « crime contre les générations futures » pourra voir le jour. (Déjà cité dans notre « Droit international de l’environnement », éditions Ellipses.) L’enfouissement irréversible de déchets radioactifs devrait en faire partie, d’autres pratiques anti écologiques gravissimes aussi.

De même dans un traité devront être interdites les recherches sur les armes de destruction massive, (nucléaires, biologiques, chimiques), comme portant atteinte à l’intérêt commun de l’humanité. Ce jour-là sera l’une des plus importantes avancées de l’humanité, si elle y arrive.

 (Voir « Les recherches scientifiques sur les armes de destruction massive : des lacunes du droit positif à une criminalisation par le droit prospectif », intervention au colloque international du RDST, mars 2011 à Paris, Jean-Marc Lavieille, Julien Bétaille, Simon Jolivet, Damien Roets, in « Droit, sciences et techniques : quelles responsabilités ? » Éditions LexisNexis, 2011).

Les luttes anti nucléaires, comme celles contre les changements climatiques, se sont souvent faites, se font et se feront probablement souvent, à travers la non-violence.

4-Les résistances non-violentes. 

il s’agit de résister en pensant et en mettant en œuvre des moyens conformes aux fins que l’on met en avant. Si l’on veut la démocratie il faut des moyens démocratiques, si l’on veut la justice il faut des moyens justes, si l’on veut la paix il faut des moyens pacifiques, si l’on veut la protection de l’environnement il faut des moyens écologiques.

Face aux théories et aux pratiques dominantes, voire écrasantes à travers l’histoire, qui correspondent à la pensée de Machiavel « Qui veut la fin veut les moyens », il faut résister en se fondant sur cette pensée radicale et lumineuse de Gandhi : « La fin est dans les moyens comme l’arbre est dans la semence. » (Voir « Tous les hommes sont frères », Folio essais, Gallimard). (Voir aussi nos articles « Les moyens et les fins » sur ce blog de Mediapart et sur notre site « au trésor des souffles »)

Autrement dit aucun moyen n’est neutre, si l’on veut lutter pour la paix on ne peut que résister avec des moyens pacifiques, la course aux armements est un des moyens opposés à la paix parce qu’elle ne fait qu’accroitre l’insécurité, les guerres, les injustices et la dégradation mondiale de l’environnement.

– L’histoire de la non-violence, en partie méconnue, révèle l’efficacité de ces méthodes d’action qui, comme le disait Jacques de Bollardière , «  mobilisent par-delà le mépris, la violence et la haine. »(Voir à ce sujet la revue opérationnelle « Non-violence Actualité », et la  remarquable revue « Alternatives non-violentes », directeur François. Vaillant, ainsi que les travaux, eux aussi remarquables, de l’Institut de recherche sur la résolution non-violente des conflits-IRNC, créé par François Marchand , Jean-Marie Muller, Christian Mellon, Jacques Sémelin , Christian Delorme.)

– Ces moyens reposent sur un cadre non-violent c’est-à-dire un respect de la dignité  humaine, une exigence de justice, une combativité positive (et non une agressivité)  face au conflit. (Jacques Sémelin, La non-violence expliquée à mes filles, Seuil, 2000).

– Cette méthode de règlement des conflits refuse la violence d’oppression dans laquelle on impose sa loi, et  elle refuse aussi la violence de soumission dans laquelle on renonce à ce que l’on pense être essentiel.

On cherche ensemble, dans le respect des personnes et la confrontation, des solutions justes. (Jean-Marie Muller, Lexique de la non-violence, ANV,1998). Jacques Sémelin insiste sur « trois principes majeurs : l’affirmation de l’identité du sujet résistant (…), la non coopération collective(…), la médiatisation du conflit c’est à dire susciter la constitution de « tiers » qui appuient sa cause. » (Jacques Sémelin, « Du combat non-violent » dans l’ouvrage « Résister. Le prix du refus », sous la direction de Gérald Cahen, éditions Autrement, Série Morales n°15,1994)

La non-violence n’a pas le monopole de certains des moyens qui suivent. Ces moyens, énumérés à titre indicatif, font partie des pratiques essentielles de l’action non-violente. Il s’agit , de façon non exhaustive, de la non-coopération, la  désobéissance civile (Alain Refalo, Les sources historiques de la désobéissance civile, colloque Lyon  2006), l’obstruction non-violente, l’objection de conscience, la grève de la faim, la grève, le sit in (s’asseoir sur la voie publique en particulier sur des places), le boycott, le refus de l’impôt sur les armements, les pétitions…(Jean-Marie Muller, « Stratégie de l’action non-violente », Seuil,1981). Les non-violents ont aussi des pratiques d’éducation à la paix, 

Dans cette perspective ne pensons pas que sera toujours dérisoire ce que Jean Rostand appelait  de ses  vœux : « l’objection collective scientifique » face à  ce que certains qualifieront d’inacceptable. Des scientifiques sont entrés (personnellement et/ou collectivement) et entreront demain en résistance, au grand jour ou plus discrètement.

Ils ont vécu ou vivront, et d’autres avec eux, le retournement de la question du risque. Au lieu de se demander « Qu’est-ce que je risque si je fais cela ? » ils se demandent « Qu’est-ce que les autres risquent si je ne le fais pas » ?

De façon plus générale d’ailleurs ce retournement se pose dans des rapports entre le risque et la prudence. « C’est dans l’incertitude et le risque qu’il faut assumer nos actes » écrit Simone de Beauvoir.

Ajoutons que nombreuses pourront être les situations où on va se demander « Si je vais au milieu de tel ou tel conflit qu’est-ce que je risque ? Mais si je n’y vais pas qu’est-ce que l’autre risque ? » On peut  alors « tomber »  en solidarité.

Il est cependant clair que les résistances contre le nucléaire devront être plus globales, ce sont et ce seront celles de l’ensemble des sociétés civiles (citoyen(ne)s, associations, réseaux, fronts communs,…), d’États, d’organisations régionales et d’autres acteurs, par exemple des collectivités territoriales, des juridictions à tous les niveaux géographiques, des administrations, des entreprises…

À propos de la non-violence constatons avec force qu’ une partie de plus en plus importante des jeunes générations, dans le sillage de multiples formes de résistance non-violentes locales et des deux immenses résistances non-violentes, celles de la marche du sel en 1930 en Inde et celle des populations de l’Est en 1989,ont commencé des marches de résistances non-violentes, demain probablement gigantesques, dans les luttes pour des politiques radicales face aux retombées cataclysmiques du réchauffement climatique. Elles ne sont pas « le » remède miracle, elles peuvent être cependant  de puissants leviers pour soulever les montagnes, avec aussi d’autres moyens.

5-Un  rappel très rapide des alternatives au nucléaire civil et militaire.

Les coûts des énergies renouvelables et leurs multiples avantages écologiques apparaitront de plus en plus porteurs et contribueront à ces remises en cause du nucléaire civil. 

De même les économies massives et planifiées des ressources énergétiques.

Des « alternatives de défense » pourront contribuer à des remises en cause du nucléaire militaire. Ainsi  « La dissuasion civile » constitue un ouvrage remarquable (Christian Mellon, Jean-Marie Muller, Jacques Sémelin, publié par la  Fondation pour les Études de Défense Nationale en 1985 (Voir aussi la revue « Alternatives non-violentes. »).(Voir enfin nos deux ouvrages « Construire la paix », éditions la Chronique sociale, 1988.)

Remarques terminales

Ainsi doit peu à peu voir le jour dans les vies des peuples, des générations présentes et futures, ce concept, porteur de principes et de multiples remises en cause, le concept de LIMITES  AU  CŒUR DES  ACTIVITÉS  HUMAINES.

Qu’est-ce qu’une société qui ne se donne plus de limites? N’est-ce pas la question des questions que pose le nucléaire et que nous devons impérativement lui poser?

Le nucléaire n’est-il pas un des éléments qui nous fait perdre le sens de la limite ?

Sa force n’est-elle pas en même temps sa folie ?  N’est-il pas un des reflets de ce productivisme autodestructeur ?

Mais il y a des « fous » porteurs de sagesse, porteurs d’une utopie créatrice qui prend les moyens de se réaliser, ceux et celles qui ne désespèrent pas d’un monde viable et qui, en personnes, en associations et en peuples, le disent dans leurs vies, à travers des moyens conformes aux finalités de démocratie, de justice, d’environnement et de paix.

Oui, ainsi que l’écrivait Gandhi dans une formule radicale et lumineuse :  « La fin est dans les moyens comme l’arbre est dans la semence

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Par Lavieille, Enseignant-chercheur (surtout en droit international de l’environnement, du désarmement, en relations internationales) et militant, publié le 9 janvier 2022

https://blogs.mediapart.fr/lavieille/blog/090122/antinucleaires-resistances-et-alternatives-au-nucleaire-iv

NUCLÉAIRE : LE PROJET DE PISCINE D’EDF SUR LE SITE D’ORANO LA HAGUE POSE QUESTION

La concertation autour du projet de construction par EDF d’une nouvelle piscine sur le site d’Orano se poursuit. Une réunion publique a eu lieu ce vendredi à Jobourg (Manche).

En 2030, selon l’Autorité de sûreté nucléaire (ARS), les piscines d’entreposage de combustibles usés vont arriver à saturation. Pour faire face à ce défi, sur le site d’Orano de la HagueEDF souhaite construire une piscine d’entreposage de 6 000 tonnes de combustibles usés.

C’est bien là que le bât blesse. Vendredi, en cette soirée d’hiver, à l’initiative du collectif « Piscine nucléaire EDF Stop » plus d’une centaine de personnes se sont rassemblées à la salle communale de Jobourg pour recueillir « d’autres sources d’information, en complément de celles données par EDF », précise le collectif.

À lire aussi : Nucléaire : le projet de piscine d’EDF sur le site d’Orano La Hague fait des remous

Un manque de places

Parmi elles : des habitants du secteur mais aussi des élus, à l’image de Manuela Mahier, maire de La Hague et de Guillaume Hédouin, conseiller régional de Normandie. Par manque de place, d’autres n’ont pu rejoindre la salle. Le collectif les a invités à revenir le lendemain pour une même réunion.

C’est d’abord François Bartier, habitant d’Omonville-la-Rogue et animateur de la soirée, qui a ouvert le débat. Il a pris soin de lire un texte, daté du 6 décembre 2021 et écrit par Jean Morin, président du Conseil départemental, à l’attention de Chantal Jouanno, présidente de la Commission nationale du débat public. Dans cette lettre, le président du Conseil départemental rappelle notamment à l’intéressée « l’importance de recueillir l’avis de la population ».

À ce sujet, Marie Tassel, habitante de Virandeville a tenu à rappeler : « Dès les premières réunions de concertation organisées par EDF, j’ai entendu beaucoup de questions de la part des habitants qui ne trouvaient pas de réponses. » Elle décide donc de prendre les choses en main et rencontre ce public en leur proposant « une autre information ». C’est la naissance du collectif qui compte actuellement une centaine de personnes. 

« Chacune reçoit tous les quinze jours une note d’information. Si vous voulez vous inscrire sur la liste de diffusion, il suffit de nous donner votre mail. »

À lire aussi : Nucléaire : pour sa sécurité, Orano teste les drones

« Nous voulons penser à un avenir pour notre bout de terre »

Cette soirée a été aussi l’occasion, pour de nombreux habitants, d’exprimer clairement leur position sur la construction de cette fameuse piscine. Et les jeunes aussi ont porté leurs voix. À l’instar d’Aimé, habitant de La Hague, dont la prise de parole a laissé place à de nombreux applaudissements.

« Finalement, ce qui revient le plus souvent, ce sont les gens qui disent : tout est déjà pourri. Foutu pour foutu. Ce n’est pas facile d’entendre ça à 20 ans. Nous voulons penser à un avenir pour notre bout de terre. Nous avons bien compris qu’avec le nucléaire, comme pour le reste, l’héritage n’est pas facile. Mais pour nous, la question ne se pose pas, nous ne pouvons pas dire que tout est foutu. Il faut bien que nous pensions à un avenir, le moins dégueulasse possible. »

Les échanges se sont poursuivis jusqu’à tard dans la soirée.

À lire aussi : Piscine EDF à Orano La Hague : des réunions, des ateliers et un site internet pour s’informer

Agenda : Mardi 11 janvier à 18 h 45 à la salle polyvalente Chantereyne de Cherbourg, atelier EDF sur le thème des « enjeux socio-économiques ».

Par Christopher Cordeiro, (La Presse de la Manche) publié le 9 janvier 2022 à 12h05 

Photo en titre : Par manque de places, de nombreuses personnes n’ont pas pu assister à la réunion du collectif « Piscine nucléaire EDF Stop ». (©Christopher CORDEIRO)

https://actu.fr/normandie/la-hague_50041/nucleaire-le-projet-de-piscine-d-edf-sur-le-site-d-orano-la-hague-pose-question_47785025.html

COMMUNIQUÉ DU COLLECTIF NATIONAL « ARRÊT DU NUCLÉAIRE » : « PAS DE NUCLÉAIRE DANS LA TAXONOMIE VERTE EUROPÉENNE »

La Commission Européenne, sous la pression du lobby nucléaire européen et du gouvernement français, prévoit d’inclure l’énergie nucléaire dans la « taxonomie verte » (classification des investissements considérés comme favorables aux objectifs environnementaux de l’Union Européenne). Elle a envoyé un projet de texte aux États membres, le 31 décembre 2021 peu avant minuit, et publié un communiqué à ce sujet (1).

Ce projet (2) fixe quelques conditions, notamment une limitation dans le temps des projets nucléaires qui pourraient bénéficier d’un accès à des financements avantageux. Les projets de construction de nouvelles centrales atomiques devront avoir obtenu un permis de construire avant 2045, et les travaux permettant de prolonger la durée de vie des centrales existantes devront avoir été autorisés avant 2040.

Des experts indépendants, qui ont conseillé jusqu’à présent la Commission pour l’élaboration de la taxonomie, ont fait connaître le 21 décembre leur opposition à ce projet (3). Le règlement sur la taxonomie prévoit d’ailleurs que la « plateforme sur la finance durable » et le « groupe d’experts des États membres sur la finance durable » doivent être consultés avant l’adoption finale du texte par la Commission en janvier 2022. Ils ont jusqu’au 12 janvier pour apporter leurs contributions.

Nous, citoyennes et citoyens européens, refusons l’inclusion de l’énergie nucléaire dans la taxonomie verte. Car l’énergie nucléaire nuit considérablement à chacun des six objectifs environnementaux de l’Union Européenne.

Avec le nucléaire, pas d’Atténuation du changement climatique : les deux-tiers de l’énergie utilisée par les centrales nucléaires sont rejetés dans les fleuves, les mers et l’atmosphère qu’ils réchauffent significativement.

pas d’Adaptation au changement climatique : incendies, sécheresses, inondations menacent les centrales nucléaires situées en bord de mer ou de rivières pour leur refroidissement.

pas d’Utilisation soutenable de l’eau et des ressources marines : l’industrie nucléaire utilise d’énormes quantités d’eau qu’elle accapare, réchauffe et contamine durablement par des effluents radioactifs et chimiques.

pas d’Économie circulaire : la fission nucléaire de l’uranium produit des éléments radioactifs qui n’existent pas dans la nature et qui deviennent des déchets ingérables ; le nucléaire, militaire et civil, produit des catastrophes, détruit des vies humaines et de la valeur économique.

pas de Prévention des pollutions : l’industrie nucléaire a besoin d’autorisations de rejets d’effluents radioactifs et chimiques, qui sont de véritables droits de polluer.

pas d’Écosystèmes en bonne santé : le nucléaire est un facteur de détérioration de la santé et d’altération du génome, non seulement pour les travailleurs de cette industrie mais aussi pour la population dans son ensemble et pour tous les organismes vivants.

La construction de nouveaux réacteurs et la prolongation du fonctionnement de ceux qui existent ne sont pas acceptables pour toutes ces raisons et pour les dangers majeurs auxquels ils soumettent les populations européennes. Elles ne doivent pas être facilitées par de nouveaux avantages indus liés à l’inclusion du nucléaire dans la taxonomie verte européenne.

Ce projet doit être abandonné par la Commission Européenne.
Pour s’opposer en ligne à l’inclusion du nucléaire dans la taxonomie verte européenne,

une cyberaction, proposée par Cyberacteurs en partenariat avec l’Observatoire du nucléaire et le Collectif Antinucléaire Ouest, a permis d’envoyer plus de 3 200 messages à la Présidente de la Commission Européenne ;

– une nouvelle cyberaction, « Pas de nucléaire dans la taxonomie verte européenne », est en ligne jusqu’au 12 janvier 2022 et permet de faire connaître à la Présidente de la Commission Européenne et aux Euro-députés notre opposition à ce projet :

https://www.cyberacteurs.org/cyberactions/pasdenuclynairedanslataxonomieverte-5145.html

Pour plus de précisions voir l’argumentaire en ligne :

http://collectif-adn.fr/2021/JE/taxonomie-verte.html#argumentaire

Publié le 7 janvier 2022 par le Collectif Arrêt Du Nucléaire (http://collectif-adn.fr) et les groupes ou collectifs : ADN 26-07 / ADN34 / Amis de la Terre Poitou / Bien Profond / Collectif Halte Aux Nucléaires Gard (CHANG) / Collectif Contre l’Ordre Atomique (CCOA – ADN75) / L’Observatoire du nucléaire / Réaction en chaîne humaine (RECH) / Tchernoblaye / Théâtre de l’ADN / Stop Nucléaire 56

NOTES:

1) : https://ec.europa.eu/commission/presscorner/detail/fr/IP_22_2

2) : https://www.lesechos.fr/monde/europe/bruxelles-devoile-un-projet-de-label-vert-pour-le-gaz-et-le-nucleaire-1375922

3) : https://www.elseurope.eu/event/europ-es-

STARFISH PRIME : LA BOMBE NUCLÉAIRE QUI A ÉBRANLÉ LE MONDE

Le 9 juillet 1962, les États-Unis ont fait exploser une arme nucléaire au-dessus de l’océan Pacifique. Baptisée Starfish Prime [première étoile de mer, NdT], elle faisait partie d’une dangereuse série d’essais de bombes nucléaires en haute altitude, au plus fort de la Guerre froide. Ses effets immédiats ont été ressentis à des milliers de kilomètres à la ronde, mais elle a également eu des répercussions considérables qui nous touchent encore aujourd’hui.

En 1958, l’Union soviétique a demandé l’interdiction des essais atmosphériques d’armes nucléaires et est allée jusqu’à y mettre fin unilatéralement. Sous la pression politique extérieure, les États-Unis acquiescent. Cependant, à la fin de 1961, des pressions politiques internes à l’URSS ont contraint Khrouchtchev à rompre le moratoire, et les Soviétiques ont recommencé leurs essais. Alors, de nouveau sous pression, les États-Unis ont répondu par leurs propres essais.

C’était une époque effrayante à vivre.

Les États-Unis, inquiets du fait qu’une bombe nucléaire soviétique qui exploserait dans l’espace pourrait endommager ou détruire leurs missiles intercontinentaux, ont mis en place une série de tests d’armes à haute altitude appelée Projet Fishbowl (qui faisait partie de l’opération Dominic) afin de découvrir par eux-mêmes ce qui se passe lorsque des armes nucléaires explosent dans l’espace. Des essais à haute altitude avaient déjà été réalisés auparavant, mais ils avaient été mis en place à la hâte et leurs résultats n’étaient pas concluants. Fishbowl a été créé pour adopter une approche scientifique plus rigoureuse.

Boum ! La bombe explose

Le 9 juillet 1962, les États-Unis lancent un missile Thor depuis l’île Johnston, un atoll situé à environ 1 500 km au sud-ouest d’Hawaï. Le missile s’élève en arc de cercle jusqu’à une altitude de plus de 1 100 km, puis redescend. À la hauteur préprogrammée de 400 km, quelques secondes après 9h00 UTC, l’ogive nucléaire de 1,4 mégatonne a explosé.

1,4 mégatonne équivaut à l’explosion de 1,4 million de tonnes de TNT. Cependant, les armes nucléaires sont fondamentalement différentes des simples explosifs chimiques. Le TNT libère son énergie sous forme de chaleur et de lumière. Les armes nucléaires génèrent également de la chaleur et de la lumière, ainsi que de grandes quantités de rayons X et de rayons gamma – des formes de lumière à haute énergie – ainsi que des particules subatomiques comme les électrons et les ions lourds.

Lorsque Starfish Prime a explosé, les effets ont été dévastateurs. Voici une vidéo montrant les images réelles de l’essai :

(Pour voir la vidéo (45s) cliquer sur le lien en fin d’article)

Comme vous pouvez le voir, l’explosion était à peu près sphérique ; l’onde de choc s’est propagée dans toutes les directions de manière à peu près égale puisqu’il n’y a pratiquement pas d’atmosphère à cette hauteur. Une autre vidéo présente de nombreuses autres vues de l’essai ; j’ai fait un lien direct vers ces séquences, mais si vous commencez par le début, il s’agit en fait d’un documentaire d’une heure sur l’essai.

Photo de l’explosion de l’essai nucléaire à haute altitude Starfish Prime au cours de l’opération Dominic, le 9 juillet 1962. (Crédit : U.S. Govt. Defense Threat Reduction Agency via Wikimedia Commons)

Les atomiser jusqu’à ce qu’ils brillent

L’un des effets immédiats de l’explosion a été une immense aurore visible à des milliers de kilomètres à la ronde. Les électrons sont légers et se déplacent rapidement loin de l’explosion. Un électron en mouvement est affecté par un champ magnétique. Ces électrons ont donc circulé rapidement le long des lignes de champ magnétique de la Terre et sont tombés dans la haute atmosphère. À une hauteur d’environ 50 à 100 kilomètres, ils ont été arrêtés par les atomes et les molécules de l’atmosphère terrestre. Ces atomes et molécules ont absorbé l’énergie des électrons et ont réagi en brillant, créant ainsi une aurore artificielle.

Des ions lourds (atomes dépourvus d’électrons) sont également créés lors de l’explosion, et sont absorbés un peu plus haut dans l’atmosphère. L’image ici montre cette lueur vue par un avion quelques instants après l’explosion nucléaire. Le filament plumeux est dû aux débris de la bombe, tandis que la lueur rouge est peut-être due à des atomes d’oxygène incandescents ; cela tend à provenir d’atomes situés à plus de 100 km d’altitude, la lueur est donc probablement due aux ions lourds qui frappent notre air.

Subir l’impulsion d’une arme nucléaire

Mais les effets étaient bien plus qu’un simple spectacle lumineux. Lorsque la bombe a explosé, ces électrons ont subi une incroyable accélération. Lorsque cela se produit, ils créent un champ magnétique bref mais extrêmement puissant. C’est ce qu’on appelle une impulsion électromagnétique, ou IEM. La force de l’impulsion était si énorme qu’elle a affecté le flux d’électricité sur la Terre à des centaines de kilomètres de distance ! À Hawaï, elle a fait sauter des centaines de lampadaires et provoqué de nombreuses coupures de téléphone. D’autres effets ont été observés, notamment des surtensions électriques dans les avions et des coupures radio.

L’IEM avait été prédit par les scientifiques, mais l’impulsion de Starfish Prime était bien plus importante que prévue. Et il y avait un autre effet qui n’avait pas été prédit avec précision. De nombreux électrons de l’explosion ne sont pas retombés dans l’atmosphère terrestre, mais sont restés dans l’espace pendant des mois, piégés par le champ magnétique de la Terre, créant une ceinture de radiations artificielle au-dessus de la surface de notre planète.

Lorsqu’un électron à grande vitesse frappe un satellite, il peut générer une sorte d’IEM miniature. Les détails sont complexes, mais l’effet net est que ces électrons peuvent endommager les satellites et leurs composants électroniques. L’impulsion d’électrons provenant de la détonation de Starfish Prime a endommagé au moins six satellites (dont un soviétique), qui ont tous fini par tomber en panne à cause de l’explosion. D’autres défaillances de satellites à l’époque peuvent également être liées à l’explosion.

L’effet global a choqué les scientifiques et les ingénieurs. Ils s’attendaient à quelque chose de beaucoup plus limité, sans commune mesure avec ce qui s’est produit. C’est pourquoi les essais nucléaires à haute altitude effectués ultérieurement par les États-Unis dans le cadre de l’opération Fishbowl ont été conçus pour avoir un résultat beaucoup plus faible. Bien que l’énergie des explosions soit encore classifiée, on estime qu’elle était comprise entre quelques dizaines et quelques centaines de kilotonnes, soit une fraction de l’explosion de 1,4 mégatonne de Starfish Prime.

Des répercussions en aval

Les effets physiques à long terme de l’explosion se sont estompés après quelques mois, mais les ramifications perdurent aujourd’hui. En 2010, la Defense Threat Reduction Agency [Agence pour la réduction des menaces militaires, NdT] a publié un rapport intitulé « Collateral Damage to Satellites from an EMP Attack » »Dommage collatéral des satellites par une attaque par impulsion électromagnétique, NdT] dont je recommande vivement la lecture si vous avez trop dormi ces derniers temps. Il détaille les effets d’une explosion nucléaire à haute altitude et explique comment une telle explosion pourrait être utilisée pour mettre hors d’état de nuire un pays entier d’un seul coup.

Je suis d’avis qu’il vaut mieux savoir que ne pas savoir, même si ce savoir est terrifiant. Dans ce cas, être prévenu, c’est être armé. Cette connaissance de l’IEM existe depuis des décennies, donc plus nous la comprenons, mieux nous pourrons l’utiliser pour éviter que les méchants n’essaient quelque chose de ce type.

Et si je peux me distancer des aspects politiques et humains horribles de tout ceci, il y a eu beaucoup d’enseignements scientifiques. Les IEM sont fascinants, et n’ont pas besoin d’armes nucléaires pour se produire. Le soleil émet des particules à haute énergie et de la lumière pendant les tempêtes solaires. De la même manière, celles-ci peuvent endommager nos satellites et nuire à nos astronautes dans l’espace.

Les connaissances acquises grâce à Starfish Prime nous ont permis de mieux comprendre la physique des IEM et d’en atténuer les effets. Il est intéressant de noter qu’une supernova ou un sursaut gamma (une sorte de super-supernova) proche aurait des effets très similaires et pourrait même affecter directement notre atmosphère. La bonne nouvelle, c’est qu’il n’y a pas de progéniteurs potentiels de supernovae ou de sursauts gamme assez proches pour nous nuire. Cependant, comme notre Soleil est en orbite autour de la galaxie, il se peut que l’un d’eux ait explosé à proximité, il y a des millions ou des milliards d’années. Certains pensent que l’extinction de l’Ordovicien il y a 440 millions d’années – lorsque les trilobites ont disparu – pourrait être due à un sursaut gamme proche. Les preuves sont certes sommaires, mais intrigantes.

Essai nucléaire de Castle Romeo sur l’atoll de Bikini. (Crédit : Département de l’énergie des États-Unis via Wikimedia Commons)

Leçon à tirer du cinquantième anniversaire

Alors, que faire de tout cela ? Quelles conclusions peut-on en tirer ?

Les conclusions scientifiques sont plutôt évidentes – l’existence des IEM, les dommages causés aux satellites, les aurores artificielles et les ceintures de radiation – et ont enrichi nos connaissances.

Mais à quel prix ? J’étais vivant et j’entrais dans l’âge adulte à la fin de la Guerre froide. Je n’étais pas né lorsque Starfish Prime a explosé, mais je me souviens d’autres essais, et je me rappelle certains des cauchemars que je faisais, enfant, à propos de la guerre nucléaire. Ce n’était pas de l’histoire ancienne ; c’était il y a quelques années à peine. L’inquiétude concernant les armes nucléaires est toujours réelle, comme il se doit, même si la situation a quelque peu évolué depuis.

Il peut sembler insensé aujourd’hui que deux puissances aussi importantes (sans compter la Chine, qui représentait également une menace nucléaire crédible à l’époque) testent des armes nucléaires sur notre propre planète. C’était peut-être de la folie. Quoi qu’il en soit, l’idée de deux ennemis dotés d’une telle capacité à se détruire l’un l’autre et à se détruire eux-mêmes est à l’origine du principe de la destruction mutuelle assurée – il est donc insensé d’attaquer, car cela garantit sa propre destruction.

Cela suppose que l’un des groupes en question ne veut pas mourir. Avec certains fanatiques religieux, cette dissuasion non seulement disparaît, mais devient en fait une incitation. C’est une des raisons pour lesquelles je soutiens les efforts de renseignement raisonnés et bien étudiés des gouvernements. Ces efforts peuvent être détournés, bien sûr, et nous devons donc être vigilants et surveiller les observateurs. Mais il ne fait aucun doute qu’ils sont nécessaires. Les méchants sont là, dehors.

Je vous invite donc, en ce triste anniversaire, à en lire davantage sur l’explosion qui nous a tant appris sur les conséquences inattendues, et à réfléchir à la fragilité de notre existence – et à la raison pour laquelle nous devons nous battre si fort pour elle.

Je vous laisse avec une dernière chose. Tirée d’un article que j’ai écrit en 2010, voici une vidéo d’Isao Hashimoto montrant l’emplacement et les informations de chaque détonation nucléaire sur Terre. Je l’ai intitulée « Mais à quoi pensions-nous ? »

NDLR : pour voir la vidéo (14mn24 s) cliquer sur le lien ci-dessous

Source : Discover Magazine, Phil Plait, 09-07-2012, traduit par les lecteurs du site Les-Crises

Par Les Crises, publié le 9.janvier.2022

Photo en titre : Starfish Prime (Crédit : Defense Atomic Agency via Wikimedia Commons)

https://www.les-crises.fr/starfish-prime-la-bombe-nucleaire-qui-a-ebranle-le-monde/

NUCLÉAIRE: L’ALLEMAGNE ASSUME SON DÉSACCORD AVEC LA FRANCE

L’Allemagne est en désaccord avec la France sur la question du nucléaire, a affirmé, ce vendredi 7 janvier, la secrétaire d’État allemande aux Affaires européennes, Anna Lührmann. En question, la taxonomie, ou le label vert européen accordé aux nouvelles centrales nucléaires.

En Europe, Paris et Berlin incarnent sur l’atome des positions diamétralement opposées. L’Allemagne aura fermé fin 2022 ses trois dernières centrales encore en activité et mise sur les énergies renouvelables tandis qu’en France, 70% du courant est d’origine nucléaire

Le gouvernement allemand est résolument hostile à l’attribution par la Commission européenne d’un label vert aux centrales nucléaires, une mesure appelée de longue date par la France, et annoncée le 31 décembre dernier par Bruxelles.

Un label vert pour le gaz et le nucléaire

« Je crois que nous avons une relation tellement étroite et profonde, nous nous connaissons tellement bien qu’on peut se dire : on accepte d’être en désaccord sur le nucléaire, a expliqué vendredi 7 janvier la secrétaire d’État aux affaires européenne Anna Lührmann. Ensuite, nous pouvons nous concentrer sur les sujets sur lesquels nous voulons avancer ensemble et ils sont nombreux. Le nucléaire n’est pas une énergie durable parce que nous ne savons pas ce qu’il adviendra des déchets. »

Le projet de label vert accordé au gaz et au nucléaire sous certaines conditions embarrasse le gouvernement allemand, notamment le parti Vert, qui a fait de la fin de l’atome l’une de ses marques de fabrique. Berlin, qui se sait en minorité sur ce point en Europe, ne pourra s’opposer au projet de Bruxelles, mais espère bien influencer le texte en jouant sur des points de détails et sur le calendrier du futur texte. 

Par RFI avec notre correspondante à Berlin, Nathalie Versieux, publié le 07/01/2022 à 15h00

Photo en titre : La centrale nucléaire de Grafenrheinfeld, en Allemagne. Rainer Lippert (wikimédia)

https://www.rfi.fr/fr/europe/20220107-nucl%C3%A9aire-l-allemagne-assume-son-d%C3%A9saccord-avec-la-france

ENTRETIEN. L’AUTRICHE EST PRÊTE À CONTESTER SI L’EUROPE ACCORDE LE LABEL VERT AU NUCLÉAIRE ET AU GAZ

Sous pression de certains États européen, la dernière mouture de son label «vert» pour attirer les capitaux privée inclut le gaz et le nucléaire. L’Autriche, qui a banni l’atome dans sa Constitution, négocie pour le faire sortir de ce classement et se réserve le droit « d’engager un recours juridique » dans le cas contraire, confirme le diplomate Wolfgang Wagner.

L’Union européenne a engagé une course contre la montre pour devenir le premier continent neutre en carbone en 2050 et atteindre dès 2030 une baisse de 55 % de ses émissions de gaz à effet de serre, cause du réchauffement climatique.

Pour y arriver, la Commission européenne, présidée par Ursula von der Leyen, propose une palette d’outils dans un grand Pacte vert. L’un d’entre eux s’appelle la « taxonomie ». Il s’agit d’une classification qui permettra d’accorder un label « vert » aux activités les moins polluantes.

Mais la France ainsi que la Pologne et ses voisins de l’est ont fait pression pour y inclure l’énergie atomique et davantage de gaz. Ces deux énergies ont fini par être ajoutées à un seuil de 270 g de CO2 e/kWh.

Cette nouvelle version a fait bondir les cinq États membres antinucléaires de l’Union européenne, dont l’Autriche, prête à contester cette « taxonomie » si l’énergie atomique y figure après les ultimes négociations, pour un résultat attendu à la fin du mois de janvier, explique à Ouest-France, Wolfgang Wagner, chargé d’Affaires à l’ambassade d’Autriche.

Au sein de l’UE, l’Autriche est sans doute le pays le plus opposé au nucléaire. Pourquoi ?

Dès 1978, après de longues discussions, les Autrichiennes et Autrichiens se sont prononcés par référendum contre l’utilisation de l’énergie nucléaire, et il existe aujourd’hui encore un large consensus à ce sujet. Les deux motivations principales étaient le risque en termes de sécurité et aussi la problématique du stockage définitif. La même année, la fission nucléaire à des fins énergétiques a été interdite par une loi, et plus tard cette interdiction a même été ancrée dans la Constitution. Les catastrophes de Tchernobyl [1986] et Fukushima [2011], ainsi qu’une série d’autres accidents dans des centrales nucléaires, ont montré que les réserves n’étaient pas infondées. Et la problématique du stockage définitif est toujours non résolue.

La taxonomie, le classement des énergies durables pour orienter les investissements privés, divise les Européens. Quelle est la position de l’Autriche ?

L’Autriche soutient pleinement le Règlement Taxonomie et l’idée de mobiliser des capitaux privés pour la transition énergétique en Europe, mais il s’agit ici de la mise en œuvre du règlement. La proposition de la Commission européenne d’accorder sous certaines conditions le « label vert » à l’énergie nucléaire et au gaz, et donc d’y rediriger des flux financiers, doit être strictement rejetée.

Ce qui nous importe, ce n‘est pas tant le refus catégorique de l’énergie nucléaire car chaque pays a le droit de façonner lui-même son mix énergétique. Mais l’énergie nucléaire comme source d’énergie polluante n’a pas sa place dans le projet de la taxonomie. Oui, cela va clairement à l’encontre de l‘essence même de la taxonomie si des technologies énergétiques polluantes comme des centrales nucléaires ou des centrales à gaz devaient désormais être qualifiées de durables. La conséquence serait que des sources de financement devant être dirigées vers des technologies énergétiques vraiment durables ne le seraient alors pas.

La ministre de l’Environnement autrichien a indiqué qu’un recours juridique était possible ? Où en est cette démarche ?

Un cabinet d’avocats international conclut dans son expertise que l’énergie nucléaire et le Règlement Taxonomie ne sont pas compatibles. Nous pensons par conséquent avoir des arguments importants non seulement sur le plan politique, mais aussi sur le plan du droit européen. Maintenant, il s’agit de faire valoir notre point de vue dans le cadre des négociations actuelles sur la proposition de la Commission européenne. Si cela n’aboutit pas, mon gouvernement se réserve le droit d’engager un recours juridique.

Propos recueillis par Christelle GUIBERT, (Ouest-France), article publié le vendredi 7 janvier 2022 à 20h01

Photo en titre : En Autriche, les militants antinucléaires du mouvement AtomStopp. © AtomStopp

https://www.ouest-france.fr/europe/ue/entretien-l-autriche-prete-a-contester-si-l-europe-accorde-le-label-vert-au-nucleaire-et-au-gaz-189640b2-6e4d-11ec-8165-e952f387eb50

PRAIRIES AGRIVOLTAÏQUES : QUEL EST L’IMPACT DES PANNEAUX SUR LA CROISSANCE DE L’HERBE ? RÉSULTAT POSITIF

L’agrivoltaïsme consiste à faire cohabiter sur une même parcelle une installation photovoltaïque et une activité agricole, par exemple l’élevage de moutons. Mais jusqu’ici, très peu de recherches ont été menées pour déterminer scientifiquement l’impact des panneaux sur la croissance de l’herbe. C’est la raison pour laquelle, l’INRAE[1], Photosol[2] et JPee[3] se sont associés depuis l’été 2020 pour étudier la question.

Deux sites ont été mis à la disposition de l’INRAE pour mener une expérimentation rigoureuse de l’influence des modules sur les prairies. Le premier se situe à Braize dans l’Allier, à 300 mètres d’altitude, et le second dans le Cantal à Marmanhac, à 900 mètres d’altitude. Les conditions climatiques différentes permettent d’obtenir des résultats représentatifs d’environnements variés.

Chacun des deux sites est associé à un élevage de moutons et dispose gratuitement du pâturage. Cette coactivité agrivoltaïque permet d’entretenir les prairies à peu de frais, et comme on le verra ci-dessous, elle profite de la présence bénéfique des panneaux sur la pousse de l’herbe. Une situation gagnant-gagnant en quelque sorte.

Sous les panneaux, la croissance de l’herbe est jusqu’à 200 % supérieure 

Les scientifiques de l’institut ont placé des sondes de température et d’humidité dans l’air et sur le sol, des capteurs du rayonnement solaire, ainsi qu’une mini-station météo qui mesure les précipitations, la vitesse et la direction du vent. Des observations sont effectuées sous les panneaux, dans les allées, ainsi que dans des zones témoins, en dehors de l’influence des modules photovoltaïques. Les chercheurs ont analysé l’humidité du sol, la hauteur de pousse de l’herbe et la qualité du fourrage.

Les résultats des mesures effectuées pendant l’été 2020 ont démontré qu’en moyenne sur les deux sites, l’humidité au sol était 28 % plus importante sous les panneaux que dans les allées exposées au soleil. Quant à la température au sol, elle était de 4 à 6°C inférieure, évitant ainsi plus facilement la sécheresse. « Pendant l’été 2020, nous avons constaté que la croissance de l’herbe était de 125 % à 200 % supérieure sous les panneaux à celle qui pousse en plein soleil », explique Catherine Picon-Cochard, directrice de l’unité de recherche sur l’écosystème prairial à l’INRAE. « L’indice de végétation est aussi plus élevé, c’est-à-dire que l’herbe reste verte plus longtemps », ajoute-t-elle.

Un atout pour les éleveurs

Des résultats que confirment Photosol et JPee : « Au cours de cette première année d’étude, nous avons observé un meilleur maintien de la production cumulée de biomasse, avec un étalement plus lisse de la ressource fourragère sur l’année », confirment-ils avec l’INRAE dans un communiqué. « Alors que le changement climatique modifie les calendriers fourragers, cette meilleure productivité estivale peut être un atout pour les éleveurs » précisent-ils.

Barbara Pompili et le Sénat favorables à la technique

Les résultats de cette nouvelle étude plaident en faveur d’un développement de l’agrivoltaïsme. Du côté du Sénat, en tout cas, on y croit : la chambre haute du parlement français vient d’adopter une résolution invitant le gouvernement à faciliter le déploiement de la technologie. « Cette pratique pourrait répondre aux enjeux agricoles et de développement durable de notre pays : souveraineté alimentaire, reconquête de la biodiversité, production d’énergie renouvelable », a déclaré Jean-François Longeot, un sénateur du Doubs.

Quant à Barbara Pompili, la ministre de la Transition écologique qui a été auditionnée par les sénateurs à cette occasion, elle s’est également montrée favorable : « Pour moi il s’agit vraiment d’une technologie vertueuse qui contribue à la fois au développement des énergies renouvelables et à l’adaptation de l’agriculture aux changements climatiques », a-t-elle expliqué.

NOTES

[1] INRAE : Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement

[2] Photosol est une entreprise qui développe, finance et exploite des installations photovoltaïques. La société détient en propre et exploite 450 MWc de solaire en France.

[3] JP Énergie Environnement est un producteur indépendant français d’énergies renouvelables fondé en 2004. JPee développe, finance, construit et exploite des parcs éoliens et solaires sur l’ensemble du territoire français.

Par Bernard Deboyser, publié le 7 janvier 2022

https://www.revolution-energetique.com/prairies-agrivoltaiques-quel-est-limpact-des-panneaux-sur-la-croissance-de-lherbe/

ENCORE UN RÉACTEUR ARRÊTÉ, LA FRANCE PRIVÉE DE 10 % DE SA CAPACITÉ NUCLÉAIRE

Et un troisième réacteur de 1 450 mégawatts (MW) en rade. Jeudi 6 janvier, EDF a indiqué qu’elle prolongeait de trois mois l’arrêt du réacteur n°2 de la centrale de Chooz (Ardennes). Ceci parce qu’elle y a détecté la même dégradation du circuit d’injection de sûreté que sur les réacteurs 1 et 2 de Civaux (Vienne).

Cette série a débuté le 21 octobre, quand EDF a annoncé à l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) avoir découvert un problème de corrosion et de fissuration sur la tuyauterie reliant le circuit d’injection de sûreté au circuit primaire du réacteur 1 de Civaux. Le circuit d’injection de sûreté est un dispositif de secours d’une importance extrême dans certaines situations accidentelles. « Le cœur du réacteur est normalement refroidi par l’eau qui circule dans le circuit primaire du réacteur. En cas de brèche sur le circuit primaire, celui-ci va progressivement se vidanger, et ne pourra à terme plus assurer sa fonction de refroidissement du cœur, avait expliqué l’ASN à Reporterre. Dans une telle situation, le circuit d’injection de sécurité permet d’injecter de l’eau borée dans le circuit primaire, afin de continuer à refroidir le cœur et, par l’effet du bore, d’étouffer la réaction nucléaire. » S’il ne fonctionne pas, la situation peut dégénérer jusqu’à la fusion du cœur — le scénario des pires accidents nucléaires jamais enregistrés à Fukushima au Japon en 2011, à Tchernobyl en URSS en 1986 et à Three Mile Island aux États-Unis en 1979.

Lire aussi : Corrosion et fissures : les quatre plus gros réacteurs nucléaires français à l’arrêt

Après cette découverte, EDF a arrêté Civaux 1 et envoyé les tuyauteries dégradées au laboratoire pour expertise. Elle a également mis hors service les trois autres réacteurs de 1 450 MW du parc nucléaire français, Civaux 2, Chooz 1 et Chooz 2, pour vérifier leurs installations. Bien lui en a pris : Civaux 2 et désormais Chooz 2 ont révélé la même défaillance du circuit d’injection de sûreté. « Les contrôles et expertises réalisés sur les portions de tuyauterie du circuit d’injection de sécurité du réacteur n°2 de Chooz ont permis de confirmer qu’il s’agit du même type de défauts que ceux identifiés à Civaux », a indiqué jeudi 6 janvier un porte-parole d’EDF à l’AFP. Reste à savoir si Chooz 1 restera épargné. « Les analyses des contrôles et expertises sont toujours en cours sur le réacteur n°1 de Chooz », a encore précisé le groupe

La France privée de près de 10 % de sa capacité nucléaire

Si Chooz 1 doit théoriquement être reconnecté au réseau le 23 janvier, Civaux 1, Civaux 2 et Chooz 2 ne pourront recommencer à fonctionner qu’entre fin mars et fin avril. Ces indisponibilités des quatre réacteurs les plus récents et les plus puissants tombent au plus mal, en privant la France de près de 10 % de sa capacité nucléaire au moment où elle a le plus besoin d’électricité. Le 30 décembre dernier, le gestionnaire du réseau haute tension RTE a alerté sur les tensions d’approvisionnement pour janvier et février, en raison notamment d’une disponibilité du parc nucléaire « en deçà des minima historiques ». Une situation qui a conduit le gouvernement à publier un projet d’arrêté renforçant le recours aux deux dernières centrales à charbon françaises pour passer l’hiver.

Lire aussi : Les centrales à charbon à la rescousse pour passer l’hiver

Publié le 7 janvier 2022 à 17h32

https://reporterre.net/Encore-un-reacteur-arrete-la-France-privee-de-10-de-sa-capacite-nucleaire

C’est maintenant que tout se joue…

La communauté scientifique ne cesse d’alerter sur le désastre environnemental qui s’accélère et s’aggrave, la population est de plus en plus préoccupée, et pourtant, le sujet reste secondaire dans le paysage médiatique. Ce bouleversement étant le problème fondamental de ce siècle, nous estimons qu’il doit occuper une place centrale et quotidienne dans le traitement de l’actualité.

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RÉHABILITATION DU NUCLÉAIRE PAR L’UE : LE LUXEMBOURG RÉAFFIRME SON OPPOSITION

Alors que la Commission européenne a adopté un nouvel acte à ce propos, le Luxembourg s’oppose une nouvelle fois à la classification du nucléaire et du gaz naturel comme énergies «durables».

Le sujet de la taxonomie des activités durables, censée orienter les investissements sur les marchés des capitaux vers les activités favorables à l’environnement, revient sur le tapis à l’occasion d’une proposition de la Commission européenne. À travers un acte délégué distinct du 31 décembre dernier, elle entend intégrer dans cette taxonomie l’énergie nucléaire et le gaz naturel.

Au Luxembourg, le ministère de l’Environnement, du Climat et du Développement durable, celui de l’Énergie et de l’Aménagement du territoire et celui des Finances se sont réunis pour affirmer, dans un communiqué, l’opposition du gouvernement à cette décision de la Commission. Ils rappellent que «depuis le début des négociations le gouvernement s’oppose à une éventuelle inclusion de l’énergie nucléaire et du gaz naturel dans la taxonomie».

Le communiqué poursuit en notant que le «Luxembourg signalera son opposition à la Commission dans le délai prévu». Si le texte est adopté en l’état en janvier, le Luxembourg continuera à s’opposer au sein du Conseil à cette décision de la Commission. Le Luxembourg est également en train de considérer des voies de recours juridique contre la décision au cas où elle serait adoptée en l’état, en étroite concertation avec l’Autriche.

Une question de «crédibilité»

À l’appui de cette opposition, les trois ministères affirment leur conviction que «la véritable transition vers la neutralité climatique doit faire abstraction des énergies fossiles tout comme de l’énergie nucléaire, technologie coûteuse et hautement dangereuse non seulement pour les citoyens, mais aussi pour l’environnement et les ressources naturelles».

À lire aussi: À la COP26, le Luxembourg dit non à une finance durable incluant le nucléaire

La ministre de l’Environnement, du Climat et du Développement durable, Carole Dieschbourg, qui ne ménage pas ses efforts contre ce projet de la Commission européenne soutenu notamment par la France, a dit mardi «qu’inclure le nucléaire et le gaz naturel dans la taxonomie des finances durables serait de nature à sérieusement entamer sa crédibilité

Claude Turmes, le ministre de l’Énergie, y était allé de plusieurs tweets en réagissant à chaud en amont du communiqué, parlant notamment d’une «provocation» de part de la Commission et d’un risque d’écoblanchiment de la technologie nucléaire à risque.

Enfin, la toute nouvelle ministre des Finances, Yuriko Backes, a commenté l’opposition luxembourgeoise en avançant que «en tant que l’un des chefs de file en matière de finance durable, le Luxembourg reste fermement engagé à contribuer au développement d’une taxonomie crédible qui puisse servir de standard à l’échelle internationale».

Par Le Quotidien dans À la Une, publié le 07/01/22 à 14h31, mis à jour le 07/01/22 à 15h03 |

Photo en titre : La Commission européenne souhaite intégrer le nucléaire et le gaz naturel dans la liste des investissements durables. Elle a adopté un acte en ce sens le 31 décembre. (Photo : AFP)

https://lequotidien.lu/a-la-une/rehabilitation-du-nucleaire-par-lue-le-luxembourg-reaffirme-son-opposition/

CRISE AU KAZAKHSTAN : MENACE SUR L’URANIUM ET LE NUCLÉAIRE MONDIAL ?

L’État d’Asie centrale s’est embrasé après une hausse sensible des prix du gaz. Des troubles qui ont un impact direct sur les prix de l’uranium, dont le pays est le premier producteur.

Au Kazakhstan, la tension ne faiblit pas. Le pays est depuis plusieurs jours en proie à des manifestations monstres, qui ont fait des dizaines de morts côté manifestants, à la suite d’une augmentation des prix du gaz dans l’ex-république soviétique. L’état d’urgence a été décrété sur le territoire et le président Kassym-Jomart Tokaïev, craignant un soulèvement dans le pays alors que les protestataires se sont déjà emparés de plusieurs bâtiments administratifs, a demandé l’aide de la Russie voisine pour contenir les émeutiers.  

Corollaire de cette crise, l’uranium, matière première nécessaire au fonctionnement des centrales nucléaires, voit son cours augmenter sur les marchés internationaux. Sur le Nymex, première bourse d’échange au monde sur les métaux, il a passé la barre symbolique des 45 dollars ces derniers jours, son plus haut niveau depuis fin novembre. Peu étonnant, souligne Teva Meyer, maître de conférences en géographie et géopolitique à l’Université de Haute-Alsace et spécialiste du nucléaire : « Les évènements au Kazakhstan ont forcément un effet sur le marché de l’uranium, à cause de la part que représente le pays dans les réserves disponibles et son rôle comme premier producteur mondial [40% de parts de marché environ] ».  

LIRE AUSSI >> Kazakhstan : « Cette crise est très problématique pour Poutine »

La Russie, par exemple, dépend « presque entièrement de cette source pour ses besoins internes comme pour l’alimentation en combustibles des réacteurs russes VVER à l’étranger« , rappelle Teva Meyer. Mécaniquement, l’instabilité que connaît le pays a un impact direct sur les principales entreprises du secteur en Bourse. Kazatomprom, la compagnie nationale minière du pays, cotée à Londres, a perdu 8% mercredi, puis plus de 6% jeudi. Le canadien Cameco, l’un des plus grands producteurs au monde, a également perdu 6% ces dernières 24 heures sur les marchés.

Peu de risque de pénurie

Faut-il pour autant craindre une pénurie pour le secteur de l’atome au niveau mondial ? Probablement pas. Sur place, les protestations n’ont pas encore débouché sur un quelconque arrêt des mines. « L’exploitation de l’uranium se déroule comme prévu, il n’y a pas eu d’arrêt de production. La société remplit ses contrats d’exportation« , jugeait un porte-parole de Kazatomprom peu après le début du conflit. Un constat confirmé à L’Express par le groupe Orano, partenaire de Kazatomprom sur les gisements de Muyunkum et Totkuduk, qui constituent la plus grande mine au monde. Ce seul site, exploité par la coentreprise Katco, étant capable de produire 4000 tonnes d’uranium par an. « Notre site est situé dans une région isolée, loin des zones de tension. À ce stade, l’activité n’est pas suspendue et il n’y a pas d’impact sur l’approvisionnement en uranium« , souligne-t-on du côté de l’entreprise, qui ajoute qu’aucun rapatriement n’est encore prévu à ce stade.  

Le Kazakhstan, terre de convoitise de l’industrie nucléaire. Crédit Teva Meyer

Pour Teva Meyer, il y a peu d’inquiétude à avoir sur une éventuelle rupture d’approvisionnement pour les pays nucléarisés. D’abord en raison du contexte local : « La production d’uranium au Kazakhstan est réalisée par une méthode d’injection de liquide dans le sol, à la différence des mines à ciel ouvert ou en puits comme au Niger ou en Namibie. Les exploitations demandent moins de présence physique en surface et sont donc moins sensibles aux aléas sécuritaires« , explique cet expert. Les producteurs de combustibles disposent également « de stocks tampon d’uranium ainsi que de combustibles déjà assemblés pour éviter les risques de ruptures. »  

Par Lucas Mediavilla, publié le 07/01/2022 à 13h05, mis à jour à 15h07

Photo en titre : dans une usine de production nucléaire kazakh-chinoise située à Ust-Kamenogorsk, le 12 novembre 2021. Xinhua via AFP

https://lexpansion.lexpress.fr/actualite-economique/crise-au-kazakhstan-menace-sur-l-uranium-et-le-nucleaire-mondial_2165654.html

NDLR : Rassurez-vous braves gens, la France n’est pas concernée puisque, nos gouvernants nous le répètent à l’envi, le nucléaire nous rend indépendants! Cette «indépendance» serait-elle un mensonge ? Vous croyez? À méditer !

NUCLÉAIRE : UNE FILIÈRE DU DÉMANTÈLEMENT ENCORE À CONSTRUIRE

Factuel : La France a encore un important travail à fournir pour structurer les activités liées à la déconstruction de ses centrales, y compris de celles qui ne sont déjà plus en service. Le secteur paraît encore peu rentable.

Moins de quatre décennies : c’est le temps qu’il a fallu à la France pour construire son parc nucléaire aujourd’hui en fonctionnement. En quête d’indépendance électrique, le pays a mis en service cinquante-huit réacteurs entre la fin des années 1970 et la veille de l’an 2000. Mais, à l’heure où l’exécutif projette de nouvelles unités, une question s’impose déjà en sens inverse : combien de temps faudra-t-il pour déconstruire tout ou une partie du parc ? Combien de temps pour évacuer tous les déchets, radioactifs ou conventionnels ?

Sur décision politique, les deux réacteurs à eau pressurisée de Fessenheim (Haut-Rhin) ont cessé leur activité dès 2020. Bien qu’il n’existe aucune limite précise d’âge, douze autres sont aussi promis à la fermeture d’ici à 2035, selon la programmation pluriannuelle de l’énergie, feuille de route gouvernementale.

Construction, exploitation, déconstruction. Si l’industrie française a déjà bien structuré les deux premières étapes pour ses centrales nucléaires, la dernière demeure en suspens. « Un travail important reste à faire pour développer une filière nucléaire du démantèlement », poursuit cette même programmation pluriannuelle. La CGT, organisation syndicale majoritaire dans la branche de l’électricité, demande une maîtrise publique. Sans recourir à une « externalisation » à tout crin des activités, fait valoir Virginie Neumayer, représentante des salariés du groupe EDF, exploitant des centrales.

Un rapport, remis en 2020 au ministère de la transition écologique et à celui de l’économie et des finances, fait part d’un « marché mondial ». Soit, entre l’Europe, l’Amérique du Nord et l’Asie, « déjà plus de cent cinquante réacteurs arrêtés (auxquels il faut ajouter de nombreuses installations de recherche et d’importantes unités du cycle du combustible) » – certains de ces réacteurs, aux États-Unis, étant déjà parvenus à leur démantèlement intégral.

Un secteur encore peu rentable

Tous pays confondus, quelque quatre cent cinquante autres « seront progressivement arrêtés au cours des cinquante prochaines années, auxquels il faudra ajouter ultérieurement tous ceux qui sont en construction ou en projet », poursuit le document. Encore vagues, les estimations d’un chiffre d’affaires global peuvent aller du simple au double : entre 300 milliards et 600 milliards d’euros sur un siècle.

Qui dit marché, dit souvent salon. En septembre 2021, la Société française d’énergie nucléaire a choisi le Palais des papes d’Avignon pour sa « conférence internationale sur les défis du démantèlement », en anglais dans le texte. Trois jours pour rassembler divers acteurs du secteur. Le groupe EDF, outre l’exploitation de ses centrales, ambitionne aussi d’exporter ses activités de traitement de déchets radioactifs et de démantèlement. Il a créé une filiale à cette fin en 2016, Cyclife.

Sylvain Granger, directeur des projets déconstruction-déchets pour le groupe, s’attend à une croissance « des clients tiers ». En Europe, voire au Japon, dans les dix prochaines années. « Il est clair que c’est conditionné au fait qu’effectivement, cette activité rapporte une marge raisonnable », estime-t-il.

Comparativement, ce secteur reste pourtant encore peu rentable. Sur le plan national, les activités de déconstruction et celles d’assainissement représentaient à peine 2 % et 1,3 % du chiffre d’affaires global du nucléaire français en 2019, selon le comité stratégique de la filière. Très loin derrière les activités d’exploitation et de maintenance du parc existant (67,7 %), ou celles liées au cycle du combustible (13,5 %), comme l’extraction, la fabrication, le retraitement et le recyclage de l’uranium.

« Le principal frein au développement pour la filière française dans le domaine du démantèlement est d’ordre économique », insiste un rapport de la mission d’information de l’Assemblée nationale, en octobre 2021, sur le suivi de la fermeture de la centrale nucléaire de Fessenheim. Il ne s’agit pas d’« une activité attrayante, notamment pour les jeunes, ajoute le texte. Bien que le démantèlement constitue une étape dans la vie de toute installation nucléaire et dure nécessairement au moins une décennie et souvent beaucoup plus, il pâtit d’une image négative, celle de la fin d’une filière ».

Pour Cécile Arbouille, déléguée générale du Groupement des industriels français de l’énergie nucléaire (Gifen), « il s’agit d’un domaine en cours de développement, avec des spécificités ». Parmi celles-ci, des aléas concernent notamment la déconstruction d’installations expérimentales du Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA), de petites structures construites avant même le déploiement de réacteurs plus puissants – et dont certaines ont déjà été démantelées. « Il y a parfois eu beaucoup d’évolutions faites à l’intérieur de ces laboratoires de recherche, sans la même traçabilité qu’aujourd’hui », explique Laurence Piketty, administratrice générale adjointe de cet établissement public à caractère industriel et commercial.

« Il ne s’agira pas d’un eldorado verdoyant »

Des complications techniques ralentissent aussi la déconstruction de la toute première génération de réacteurs nucléaires d’EDF, à l’arrêt depuis plusieurs décennies et toujours en cours de démantèlement : six à uranium naturel graphite gaz (UNGG) et un à eau lourde, outre l’ex-surgénérateur de Creys-Malville, en Isère, lui aussi dans l’attente. A l’inverse, la déconstruction des réacteurs actuels posera moins de difficultés, assure l’électricien.

Ce dernier s’appuie sur l’expérience du premier réacteur de Chooz (Ardennes), de même technologie que les réacteurs de deuxième génération, bien que trois à cinq fois moins puissant. Construit à l’intérieur d’une caverne, ce prototype a fonctionné entre 1967 et 1991. Son démantèlement a commencé en 2007, il est censé s’achever en 2024 – deux ans plus tard que prévu, notamment en raison des ralentissements dus au Covid-19.

Selon le Groupement des industriels français de l’énergie nucléaire, moins d’un quart des 3 200 entreprises de la filière nucléaire en France ont commencé à travailler dans le secteur du démantèlement

« Le démantèlement ne correspond pas à un simple chantier de démolition, pour les entreprises, il ne s’agira pas d’un eldorado verdoyant, des contraintes s’ajoutent notamment pour la radioprotection [la protection contre les rayonnements ionisants] », rappelle Ludovic Mathieu, chercheur au Centre d’études nucléaires, à l’université de Bordeaux-Gradignan.

Selon le Gifen, moins d’un quart des 3 200 entreprises de la filière nucléaire en France ont commencé à travailler dans le secteur du démantèlement. Pour autant, certains sous-traitants estiment bon de se préparer dès maintenant. De façon « à être toujours plus efficace, plus innovant tout en respectant les coûts à l’horizon 2030, estime Alain Gauvin, directeur général d’Onet Technologies. Une de nos lignes de produits concerne ce que nous appelons les investigations. » Comprendre : des outils de modélisation pour donner à voir les espaces en trois dimensions, voire plus, y compris avec leur niveau d’irradiation.

Le démantèlement peut aussi favoriser l’amélioration de machines téléopérées, lorsqu’il s’agit d’éviter une exposition humaine à de trop fortes radiations. Environ « 99,9 % de la radioactivité d’une centrale nucléaire est évacuée dès le déchargement du combustible », assure EDF.

En France, un cadre légal oblige les exploitants à prendre leurs dispositions financières. Depuis 2006, la loi sur la gestion durable des matières et des déchets radioactifs attend d’eux qu’ils « évaluent, de manière prudente, les charges de démantèlement de leurs installations ». Il leur revient aussi de constituer les « provisions correspondant à ces charges » et d’affecter « à la couverture de ces provisions les actifs nécessaires ».

Fin 2018, au cumul, l’estimation de l’ardoise future dépassait 46 milliards d’euros en valeur brute. Pour plus de la moitié, cette somme concerne EDF, dont l’État est encore actionnaire majoritaire. Le restant à payer se répartit entre deux autres exploitants. D’une part, la société Orano, pour ses usines de traitement et de recyclage du combustible. D’autre part, le CEA pour ses installations de recherche. Le calendrier prévisionnel « s’étale sur près d’un siècle, mais 80 % environ de ces charges sont à décaisser d’ici à 2050 », rappelle la Cour des comptes dans un rapport publié en 2020. Selon ce calendrier, les pics annuels, « d’un montant annuel de près de 1,5 milliard d’euros, interviendraient entre 2030 et 2045, cette période concentrant près de la moitié des charges futures ».

L’encadrement législatif mérite encore réflexion. Depuis 2015, la loi impose aux exploitants d’effectuer les démantèlements « dans un délai aussi court que possible – dans des conditions économiquement acceptables ». Problème : dans leur rapport, les conseillers de la Cour des comptes estiment que les autorités administratives du pays « ne sont pas aujourd’hui organisées pour apprécier les arbitrages proposés par les exploitants entre les différents objectifs législatifs et réglementaires de coûts, de délais et de niveau d’assainissement ». Selon le code de l’environnement, le décret permettant le démantèlement d’une installation suit l’avis d’une entité administrative indépendante, l’Autorité de sûreté nucléaire.

La filière nucléaire française, qui revendique plus de 200 000 emplois directs et indirects, a encore du mal à chiffrer les perspectives spécifiques d’embauches. Selon Sylvain Granger, le futur démantèlement de Fessenheim pourrait mobiliser entre soixante et soixante-dix personnes sur le site. Soit environ dix fois moins que lorsqu’il approvisionnait l’Alsace en électricité.

La localité du Haut-Rhin pourrait aussi accueillir un technocentre. Le projet vise « à valoriser des composants métalliques issus des installations nucléaires », selon le contrat stratégique de la filière nucléaire française. Ces ferrailles et autres gravats de très faible activité (TFA) sont appelés à prendre une importance croissante, au gré des opérations de démantèlement à venir, et pourraient complexifier la question de leur stockage. « En Europe, la majorité des pays pratiquent une politique de libération des déchets TFA, qui sont donc gérés dans des filières de déchets conventionnels. Ce n’est pas le cas en France, sauf dérogation », écrit l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire. Comme un chantier dans le chantier.

Par Adrien Pécout, publié le 7 janvier 2022 à 11h00

https://www.lemonde.fr/economie/article/2022/01/07/nucleaire-une-filiere-du-demantelement-encore-a-construire_6108530_3234.html

NUCLÉAIRE : DANS LA HAGUE, LES OPPOSANTS SE MOBILISENT CONTRE LE PROJET DE PISCINE EDF

En marge de la concertation sur le projet de piscine EDF à Orano La Hague, un collectif d’opposants s’organise et tiendra une réunion publique ce vendredi 7 janvier 2022 à Jobourg.

La concertation autour du projet d’EDF de construction d’une piscine d’entreposage de 6 000 tonnes de combustibles usés sur le site d’Orano la Hague a repris après les fêtes de fin d’année. Une nouvelle réunion publique a eu lieu mardi 4 janvier 2022 à l’espace culturel des Pieux.

Lundi prochain 10 janvier, une rencontre est prévue sur le marché de Carentan avant un atelier thématique mardi à Cherbourg, sur le thème des enjeux socio-économiques.

À lire aussi : Piscine EDF à Orano La Hague : des réunions, des ateliers et un site internet pour s’informer

Une réunion d’opposants ce vendredi à Jobourg

Ce vendredi, à 20 heures à la salle communale de Jobourg, le collectif « Piscine nucléaire EDF Stop » organise de son côté une réunion publique, non inscrite au calendrier de la concertation.

« Rien n’est décidé, la construction de ces piscines aux portes de Jobourg n’est pas une fatalité », insiste le collectif qui souhaite, avec cette réunion, proposer d’« autres sources d’information, en complément de celles données par EDF ».

Parmi les intervenants, David Boilley, docteur en physique nucléaire et président de l’Association pour le contrôle de la radioactivité dans l’Ouest (ACRO), très critique, on le sait, envers ce projet.

À lire aussi : Nucléaire. Projet de piscine d’EDF sur le site d’Orano La Hague : des épines du côté du parc aux Ajoncs

« Trop c’est trop ! »

Critique, c’est aussi le cas de ce collectif composé d’habitants de la Hague, anti ou pro nucléaires, retraités et actifs d’Orano, des agriculteurs, des pêcheurs qui pensent que « trop, c’est trop » et que le projet de piscine d’EDF revient à créer sur La Hague « la poubelle nucléaire « provisoire » de la France pour cent ans de plus ».

La première piscine, objet de la concertation – un deuxième bassin pourrait être construit ensuite -, permettrait d’entreposer sous eau 6 500 tonnes de combustibles usés. En particulier du Mox, combustibles issus du retraitement par Orano, et pour lequel aucun réemploi n’est pour le moment prévu.

Au bout du compte, cela représenterait 13 000 tonnes de combustibles, soit l’équivalent de 160 cœurs de réacteurs, entreposés pendant un siècle.

À lire aussi : Nucléaire : le projet de piscine d’EDF sur le site d’Orano La Hague fait des remous

« Des dangers qui s’accumulent »

Ce projet, s’il se concrétise, représente dix ans de travaux au minimum, un trafic routier intense et quotidien « à deux cents mètres des habitations de Jobourg » pour « creuser et évacuer des terres contaminées », puis acheminer les combustibles usés.

C’est un bouleversement radical du paysage, une image dégradée pour la région…

« Des dangers qui s’accumulent », résume donc le collectif. « Curieusement, la solution de l’entreposage à sec n’a pas été retenue alors que tous les autres pays nucléarisés ont recours à cette technique. »

Il ajoute que le débat public de 2019 sur le plan national de gestion des déchets et matières radioactives, s’il relève le besoin de nouveau entreposages, « n’a jamais eu pour objet le lieu d’implantation des piscines ».

En raison de la situation sanitaire, les interventions seront retransmises en direct sur la page Facebook piscine nucléaire stop, puis sur Youtube.

Par Jean Lavalley, publié le 7 janvier 2022 à 6h45 

Photo en titre : Le collectif insiste sur le fait que les transports, pour le terrassement et l’évacuation des terres contaminées sur le site retenu par EDF pour le projet, utiliseront le rond-point des Chèvres, « à deux cents mètres des habitations de Jobourg ». (©DR)

https://actu.fr/normandie/la-hague_50041/nucleaire-dans-la-hague-les-opposants-se-mobilisent-contre-le-projet-de-piscine-edf_47722301.html

LE CLASSEMENT SCIENTIFIQUE EUROPÉEN DES ACTIVITÉS DURABLES EST POLITISÉ POUR INCLURE L’ÉNERGIE NUCLÉAIRE

Au lieu de donner à l’industrie nucléaire une nouvelle injection financière pour des solutions du passé, l’UE devrait se concentrer sur des questions urgentes, telles que la recherche de solutions communes au problème existant de déchets de haut niveau, et l’adoption d’une réglementation forte sur la sûreté nucléaire et sur les développements pacifiques de la technologie nucléaire.

Une carte blanche signée par les membres du sous-groupe de taxonomie de l’Union européenne DNSH Technical Expert Group (TEG) et par d’autres experts (voir la liste complète ci-dessous)

Une initiative politique majeure récente de la Commission européenne a été la « taxonomie de l’UE« , c’est-à-dire l’établissement d’une liste d’investissements considérés comme durables sur le plan environnemental, via six objectifs environnementaux. Pour être reprise dans cette liste (ce qui offre des avantages financiers), l’activité doit satisfaire à des critères d’examen technique (TSC) et ainsi démontrer une contribution substantielle à un objectif environnemental, tel que l’atténuation du changement climatique, tout en ne causant aucun préjudice significatif aux cinq autres objectifs environnementaux (DNSH « Do not significant harm« ). Il faut aussi démontrer que des garanties sociales sont en place.

La taxonomie fournit un langage commun pour les rapports sur le développement durable, une base pour l’évaluation des obligations vertes et bien plus encore. Pour les acteurs des marchés financiers internationaux, la taxonomie permettra d’évaluer la durabilité de leurs investissements européens. Son utilisation est en outre obligatoire pour l’UE et les États membres, lors de l’introduction de normes de durabilité environnementale des produits financiers, telles qu’un label écologique pour les produits d’investissement ou une norme sur les obligations vertes. Elle s’appliquera également à 37 % des activités considérées comme « respectueuses du climat« , financées par les plans de relance COVID-19 de l’UE. Son approche scientifique doit certifier à un large éventail d’acteurs internationaux que les déclarations environnementales ne sont pas de l’écoblanchiment.

Le nucléaire doit être exclu de la taxonomie « verte » européenne

Le groupe d’experts techniques (TEG) sur les technologies a estimé que l’énergie nucléaire ne satisfait pas aux critères retenus. Il a donc recommandé à la Commission que le nucléaire ne soit pas inclus dans la taxonomie. Les implications financières importantes de ces recommandations du TEG, entrainèrent alors un lobbying intense en coulisses, créant une coalition d’états impulsée par la France.

La Commission a alors chargé son ancien Centre commun de recherche (JRC) de rédiger un rapport technique en 2020. Ce rapport concluait différemment, et entre autres que les critères de non nocivité de l’énergie nucléaire sur la santé sont satisfaits si l’État membre de l’UE en question considère que cette activité peut être autorisée (en vertu des directives internationales et européennes applicables en matière de radioprotection).

Les experts du TEG pensent que les partisans de l’énergie nucléaire ont orienté sélectivement l’interprétation des connaissances scientifiques et la formulation de l’évaluation de la durabilité, afin d’utiliser la taxonomie de l’UE pour apposer une empreinte « scientifique » sur ce qui est principalement une position politique sur l’énergie nucléaire, visant à satisfaire les quelques États membres de l’UE qui souhaitent promouvoir les technologies associées.

La génération actuelle de centrales nucléaires « ne cause-t-elle pas de dommages significatifs » ? Deux problématiques spécifiques au nucléaire se démarquent : le risque d’accident catastrophique et la gestion des déchets nucléaires de haute activité (HLW).

Pour les déchets, nous observons que les déclarations et conclusions du rapport JRC et des experts Euratom (article 31), ne peuvent pas être pleinement fondées sur des preuves scientifiques. Le stockage géologique des déchets nucléaires de haute activité complique l’assurance qualité et le contrôle adéquat et indispensable du conditionnement des déchets, ainsi que la surveillance des impacts sur la santé et la préservation des connaissances et de la mémoire pendant des milliers d’années. Il faut aussi une démonstration opérationnelle du stockage des déchets en Europe. Malgré la base scientifique solide et les connaissances géologiques recueillies, peut-on, sans expérience avec cette technologie, vraiment garantir que les HLW resteront isolés des humains et de l’environnement pendant des milliers d’années ? L’absence d’alternative au stockage géologique en profondeur en tant que « solution » au problème des déchets nucléaires, n’enlève rien à son caractère éthiquement problématique.

Les preuves scientifiques indépendantes présentées à la Commission européenne par le groupe TEG montrent des impacts négatifs sur l’environnement naturel, des nombreux processus à l’œuvre aujourd’hui dans le cycle de vie de l’énergie nucléaire – de l’extraction de l’uranium à l’élimination des déchets.

Un accident, lui, est caractérisé par une faible probabilité, mais des risques de conséquences élevées pour l’homme et l’environnement. En fait, le principe du pollueur-payeur ne s’appliquera jamais aux détenteurs du pouvoir économique. Les conséquences énormes et à long terme d’un d’accident grave dépassent la capacité d’une organisation ou même d’un État membre.

La taxonomie n’est pas conçue pour répondre à de tels risques – déchets et accidents – qui ont un impact intergénérationnel de plusieurs milliers d’années, ce qui en fait un instrument inapproprié pour décider de la nature durable de l’énergie nucléaire.

Les centrales nucléaires seront de plus en plus confrontées à d’autres problèmes, liés au changement climatique : pénurie d’eau de refroidissement, risque d’inondations et de catastrophes naturelles, comme le montre Fukushima … L’exploitation minière et le traitement du minerai d’uranium peuvent aussi endommager les écosystèmes et les cours d’eau environnants.

Rigidité du nucléaire contre la transition énergétique

Il est aussi difficile d’accepter que l’énergie nucléaire soit retenue comme énergie de transition dans la classification européenne. Car l’économie du nucléaire est rigide : elle entraîne un effet de « verrouillage« , technique et économique, précisément contraire aux principes de la taxonomie. Dix ans et parfois plus pour la construction, 50 ans d’activité, 20 à 50 ans de démantèlement, l’horizon de nouvelles centrales nucléaires bloque les sociétés pendant environ 80 à 110 ans, sans compter la gestion quasi infinie des déchets de haute activité. L’encourager encore pendant une telle période va détourner des capitaux bien nécessaires aux énergies renouvelables, qui présentent peu de risques à long terme pour l’homme et l’environnement.

En outre, les centrales nucléaires centralisent la production l’énergie et sont donc peu compatibles avec la production d’énergie renouvelable décentralisée, sur laquelle des communautés locales et d’autres acteurs peuvent agir, comme l’éolien, le solaire, la bioénergie. Des systèmes nucléaires hybrides à petite échelle sont proposés, mais leur démonstration commerciale prendra des dizaines d’années.

L’inclusion proposée de l’énergie nucléaire dans la taxonomie de l’UE montrent donc des incompatibilités et incohérences qui fragiliseront les principes et les critères d’examen technique de cette taxonomie de l’UE et donc la crédibilité et la position de l’Europe auprès de ses propres citoyens et de ses pairs internationaux

Pour ces raisons et d’autres exposées dans notre déclaration complète, il est raisonnable de conclure que les risques présentés par l’énergie nucléaire ne satisfont pas au principe « ne pas causer de dommages significatifs » et aux critères d’examen technique de la taxonomie de l’UE, tant que la technologie et la gestion du cycle du combustible ne sont pas avérées durables dans leur ensemble (c’est-à-dire sur base des principes de Rio).

La voie à suivre

Le contrôle du nucléaire nécessite un haut niveau d’expertise technique, dans des structures expertes indépendantes de l’industrie nucléaire, capables donc de mieux sauvegarder le bien commun aux niveaux international, européen et national.

Au lieu de donner à l’industrie nucléaire une nouvelle injection financière pour des solutions du passé, l’UE devrait se concentrer sur des questions urgentes, telles que la recherche de solutions communes au problème existant de déchets de haut niveau, et l’adoption d’une réglementation forte sur la sûreté nucléaire et sur les développements pacifiques de la technologie nucléaire.

Les signataires de cette lettre comprennent que l’industrie nucléaire a besoin d’un cadre réglementaire fort et permanent pour que ses opérations actuelles, la gestion des déchets et le déclassement soient autorisés et effectués de manière sûre.

C’est pourquoi nous encourageons les institutions de l’UE à inscrire et harmoniser ce cadre dans le nouveau paradigme de transition énergétique. Mais nous, experts du TEG, nous maintenons notre recommandation à la Commission européenne selon laquelle l’énergie nucléaire, même si elle est autorisée, n’a pas sa place dans la taxonomie européenne des activités durables sur le plan environnemental.

Liste complète des autres experts signataires : Dawn Slevin, Dr. Erik Laes, Paolo Masoni, Jochen Krimphoff, Fabrizio Varriale, AndreaDi Turi, Dr. Ulrich Ofterdinger, Dr. Dolores Byrne, Dr. Petra Kuenkel, Ursula Hartenberger, Kosha Joubert, Dr. Paul Dorfman, Anders Wijkman, Prof. Petra Seibert.

Publié le 05 janvier 2022 à 17h26, mis à jour à 18h14

Photo en titre : Par ©JEAN LUC FLEMAL (Contribution externe)

https://www.lalibre.be/debats/opinions/2022/01/05/le-classement-scientifique-europeen-des-activites-durables-est-politise-pour-inclure-lenergie-nucleaire-XYI6G2MWDBBZ5KIP75ZKBKPEYU/

EDF PROLONGE L’ARRÊT D’UN RÉACTEUR NUCLÉAIRE DE CHOOZ OÙ UN DÉFAUT A ÉTÉ IDENTIFIÉ

L’arrêt du réacteur numéro 2 de la centrale de Chooz a été prolongé jusqu’au 20 avril.

EDF a prolongé de trois mois l’arrêt d’un réacteur de la centrale nucléaire de Chooz (Ardennes), indiquant ce jeudi y avoir détecté un défaut similaire à celui d’une autre centrale à l’arrêt, ce qui privera donc la France de cette source d’électricité pour l’hiver. L’arrêt du réacteur numéro 2 de Chooz a été prolongé jusqu’au 20 avril, selon les données publiées sur le site du gestionnaire du réseau RTE. Il devait initialement revenir sur le réseau électrique le 23 janvier.

EDF avait annoncé à la mi-décembre l’arrêt par précaution des deux réacteurs de Chooz pour vérification d’éventuels défauts sur son circuit de refroidissement de secours, après la détection de défauts à Civaux (Vienne), une autre centrale de même modèle, dont l’arrêt avait alors été prolongé.

« Les contrôles et expertises réalisés sur les portions de tuyauterie du circuit d’injection de sécurité du réacteur n°2 de Chooz ont permis de confirmer qu’il s’agit du même type de défauts que ceux identifiés à Civaux« , a indiqué un porte-parole d’EDF.

10% de la capacité nucléaire en moins

L’arrêt en plein hiver de quatre réacteurs, les plus puissants et les plus récents du parc français, prive la France de près de 10% de sa capacité nucléaire au moment où elle a le plus besoin d’électricité. RTE avait fin 2021 relevé son « niveau de vigilance » pour le mois de janvier en raison des tensions sur l’approvisionnement.

Sur le même sujet : La mise en service de nouveaux réacteurs nucléaires envisagée entre 2035 et 2037

Pour le réacteur numéro 2 de Chooz, « la solution de réparation est en cours d’instruction » avec l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN), précise EDF. « Les analyses des contrôles et expertises sont toujours en cours sur le réacteur n°1 de Chooz« , ajoute le groupe. Son redémarrage est pour l’instant théoriquement prévu le 23 janvier. Les deux réacteurs de Civaux doivent pour leur part redémarrer fin mars et avril.

Par P.L. avec AFP, publié le 06/01/2022 à 16h40

https://www.bfmtv.com/economie/entreprises/energie/edf-prolonge-l-arret-d-un-reacteur-nucleaire-de-chooz-ou-un-defaut-a-ete-identifie_AD-202201060360.html

LE NUCLÉAIRE ET LE GAZ FOSSILE INCLUS DANS LA TAXONOMIE VERTE EUROPÉENNE : VICTOIRE POUR LE LOBBY, DÉFAITE POUR LE CLIMAT ET LES POPULATIONS

Communiqué de presse. Voici quelques jours, le projet d’acte délégué censé régler le sort du nucléaire et du gaz dans la taxonomie verte européenne a fuité. Ceux-ci deviendraient désormais éligibles aux financements privés sous l’étiquette mensongère de technologies « de transition » – une classification que certains ne manqueront pas d’utiliser pour présenter l’atome comme une énergie « propre » !

Nous dénonçons la diplomatie atomique menée par la France depuis plusieurs années, qui a abouti à cette proposition absurde et dangereuse. Initialement destinée à lutter contre le greenwashing, la taxonomie serait vidée de son sens.

Le résultat des coups de pression de la France et du lobby nucléaire

Ce projet d’acte délégué constitue le dernier épisode d’un feuilleton navrant. Alors que le Parlement européen avait initialement exclu le nucléaire de la taxonomie, le lobby nucléaire européen a fait le siège de la Commission Européenne [1] et multiplié les manœuvres pour tenter de sauver cette industrie en déroute et la repeindre en vert. Il a même obtenu le rejet du rapport initial qui pointait le caractère non durable du nucléaire, et son remplacement par un autre, rédigé par des personnalités proches de l’industrie [2], qui parvenait à la conclusion surréaliste que le nucléaire ne pose pas plus de problèmes environnementaux que les énergies renouvelables !

Surtout, ce texte porte la marque de la diplomatie atomique insupportable menée par la France, qui a cumulé pressions, double discours et marchandages. Tout en se présentant comme la championne du climat, elle n’a pas hésité à s’allier avec des pays qui soutiennent activement les énergies fossiles pour qu’ils soutiennent en retour l’inclusion du nucléaire dans la taxonomie, et a fini par plaider elle-même pour le gaz fossile. Pour Emmanuel Macron, tous les moyens ont été bons pour créer un rapport de force européen en faveur du nucléaire. Y compris rendre visite, le 13 décembre, à un chef de gouvernement ennemi des droits humains comme Viktor Orban pour renforcer le bloc pronucléaire !

Résultat de ces manœuvres : les nouveaux réacteurs ayant reçu un permis de construire avant 2045, tout comme les travaux destinés à prolonger le fonctionnement des réacteurs existants approuvés avant 2040, pourraient être éligibles aux financements. Un programme taillé sur mesure pour EDF, déjà encombrée d’une lourde dette et qui, sans soutien financier, ne serait pas en mesure de mener de front ses projets de construire 6 nouveaux réacteurs EPR et de faire perdurer son parc vieillissant jusqu’à 50 ans de fonctionnement et plus !

Le nucléaire n’est ni propre, ni bon pour le climat, ni une énergie « de transition » !

Nous dénonçons une situation orwellienne, où les mots n’ont plus aucun sens, et qui fait perdre toute crédibilité à un mécanisme initialement destiné à lutter contre le greenwashing. Dangereux, polluant même en fonctionnement régulier [3], producteur de déchets dont la dangerosité persiste sur des durées supérieures à celles des civilisations humaines, fortement consommateur d’eau, le nucléaire ne peut pas être considéré comme « ne provoquant pas de dommages« .

Les faibles émissions du nucléaire ne suffisent pas à en faire une solution dans la lutte contre le changement climatique. Miser sur de nouveaux réacteurs, coûteux, lents à construire et sujets aux aléas, est une stratégie incompatible avec l’urgence climatique. Et même si cette nouvelle étiquette accordée au nucléaire ne suffirait pas à inciter les investisseurs privés à se tourner massivement vers des projets aussi risqués et hasardeux, chaque euro englouti dans cette technologie ferait cruellement défaut aux vraies filières d’avenir, notamment celles des économies d’énergie et des énergies renouvelables.

Enfin, comment pourrait-on parler d’activité « de transition » pour une technologie qui s’accompagne d’infrastructures aussi lourdes, destinées à perdurer pendant des décennies ? Sous couvert de « transition », il s’agirait en réalité de maintenir le plus longtemps possible un système énergétique dépassé, dangereux, vulnérable aux aléas climatiques et incompatible avec une Europe sobre, renouvelable et résiliente.

Ni le nucléaire, ni le gaz fossile ne devraient avoir de place dans cette taxonomie. Nous appelons les parlementaires européens à rejeter cet acte délégué et saluons les États qui, comme l’Autriche et le Luxembourg, ont annoncé leur intention de le contester en justice s’il devait être adopté.

L’attitude lamentable de la France sur ce sujet et sa complicité avec les lobbies industriels [4] laissent craindre le pire pour la présidence française de l’Union Européenne qui commence. Il est consternant que les intérêts privés prétendent ainsi dicter les décisions européennes, au mépris des populations et de la démocratie.

Notes :

[1] Voir l’enquête de l’ONG Reclaim Finance : https://reclaimfinance.org/site/2021/07/22/bye-bye-la-science-bienvenue-aux-lobbies-le-gaz-le-nucleaire-et-la-taxonomie-de-lue/

[2] Voir l’enquête de Greenpeace : https://www.greenpeace.org/eu-unit/issues/climate-energy/45537/nuclear-industry-ties-call-eu-research-bodys-impartiality-into-question/

[3] Même en fonctionnement non accidentel, le nucléaire va de pair avec la pollution des mines d’uranium et d’importants rejets chimiques et radioactifs dans l’environnement. En un mois, l’usine de retraitement de La Hague rejette autant de radioactivité dans la Manche que celle contenue dans les eaux stockées sur le site de Fukushima depuis plus de 10 ans.

[4] Voir l’enquête publiée par l’Observatoire des Multinationales : https://multinationales.org/IMG/pdf/sous_influence.pdf

Par le Réseau sortir du nucléaire, publié le 6 janvier 2022

Contact presse : Martial Chateau – 06 45 30 74 66

Retrouvez ce communiqué sur le site : https://www.sortirdunucleaire.org/Le-nucleaire-et-le-gaz-fossile-inclus-dans-la

BREST : UN CONTRE-SOMMET EUROPÉEN POUR LE DÉSARMEMENT NUCLÉAIRE

Alors que les 54 ministres européens de la Défense et des Affaires étrangères sont attendus à Brest du 12 au 14 janvier, un collectif pacifiste organise un contre-sommet dès samedi. Une manifestation est prévue dimanche dans la ville dont la rade abrite le cœur de la dissuasion nucléaire française.

Pendant trois jours, Brest (Finistère) va accueillir les réunions informelles des ministres de la Défense et des Affaires étrangères, organisées dans le cadre de la présidence française de l’Union Européenne. À cette occasion, le collectif du Finistère pour l’interdiction des armes nucléaires (CIAN) compte bien faire entendre sa voix. Ce groupe qui rassemble une quinzaine d’organisations politiques, syndicales et associatives a décidé d’organiser un contre-sommet européen, du 8 au 13 janvier dans la cité du Ponant.

À lire aussi :  Brest accueillera 54 ministres européens du 12 au 14 janvier

Pour ces militants de la paix, le choix de Brest ne doit rien au hasard. Il démontre selon eux « l’ambition du gouvernement Macron de profiter des six mois de présidence de l’UE pour pousser ses pions et faire de la force de frappe française la pièce centrale d’une future défense européenne ». Depuis le Brexit, la France est le seul état membre de l’Union Européenne à disposer de l’arme nucléaire.

Pour Roland de Penanros, de l’Université européenne de la paix, la France doit s’aligner « sur la position majoritaire des pays du monde en signant le traité d’interdiction des armes nucléaires« , comme l’ont déjà fait 86 états dont l’Irlande, l’Autriche et Malte. Une revendication qui sera au cœur des débats, dès ce samedi.

Manifestation et pique-nique militant

Des délégations de mouvements pacifistes étrangers feront le déplacement à Brest. Et participeront à la « manifestation joyeuse pour une Europe sans armes nucléaires » prévue dimanche après-midi en centre-ville. Des cars seront aussi affrétés de Lorient, Rennes, Nantes et Angers. Jeudi 13 janvier, à l’heure du déjeuner officiel des ministres européens dans les Ateliers des Capucins bouclés, les militants organiseront un pique-nique juste en face, sur le boulevard Jean Moulin. Des débats sont également prévus.

Le programme du contre-sommet

Samedi 8 janvier : débat « Quatre heures pour le désarmement nucléaire » à la faculté Victor Ségalen (14h-18h).

Dimanche 9 janvier : rencontre avec des délégations étrangères à la Maison des syndicats à 11h30. Manifestation pour le désarmement nucléaire entre la place de la Liberté et les Capucins de 14h à 16h30.

Jeudi 13 janvier : pique-nique militant boulevard Jean Moulin de 12h à 14h. Projection du film « Ils vont arrêter la bombe » et débat avec des représentants de plusieurs candidats à l’élection présidentielle, à la Maison des syndicats de 17h à 22h.

Par Nicolas Olivier, France Bleu Breizh Izel, France Bleu, publié le mercredi 5 janvier 2022 à 15h00 –

Photo en titre : Ces militants de la paix ont l’intention de se faire entendre, du 8 au 13 janvier. © Radio France – Nicolas Olivier

Pour mémoire, Brest est la première base atomique d’Europe.

Vous pouvez retrouver cet article et écouter Roland de Penanros (51 s) membre de l’Université européenne de la Paix, en cliquant sur :

https://www.francebleu.fr/infos/international/brest-un-contre-sommet-europeen-pour-le-desarmement-nucleaire-1641387418

NUCLÉAIRE : UN RISQUE IMPENSABLE ET IMPENSÉ

Emmanuel Macron veut pourtant relancer la filière française.

Le risque nucléaire, s’il est minoré par l’actualité immédiate, en particulier celle liée à la pandémie, n’en reste pas moins réel. La probabilité d’un accident n’est pas nulle, en particulier en France, qui compte 58 réacteurs. Elle tend à s’accroître avec la multiplication d’événements climatiques extrêmes : tempêtes, sécheresses, inondations. Les conséquences d’un tel accident seraient si catastrophiques qu’elles demeurent difficiles à concevoir. Mais les précédents de Tchernobyl et de Fukushima nous instruisent en la matière.

En plus des décès immédiats et de la morbidité à long terme, des territoires entiers deviendraient inhabitables et impropres à toute activité, particulièrement agricole, et ce, pendant des décennies. A minima. Si un accident de l’ampleur de Tchernobyl devait se produire en France, ce serait presque la moitié du territoire métropolitain qui serait contaminée. Pour combien de temps ? Cela dépendrait des types d’éléments radioactifs concernés. Sous le sarcophage de Tchernobyl, il reste 100 kilogrammes de plutonium : un microgramme suffit à tuer un être humain. Et il conserve sa nocivité pendant… 25 000 ans. (NDLR : en réalité, au bout de 24 110 ans, le Plutonium 239 n’a perdu que LA MOITIÉ de sa radioactivité d’origine.)

Emmanuel Macron, décidant seul d’un choix aussi crucial pour l’avenir du pays, veut pourtant relancer la filière atomique française en promettant de construire six nouveaux EPR (pour Evolutionary Power Reactor, la troisième génération de réacteurs), prétendument plus sûrs. Il témoigne là d’une hubris prométhéenne (1). La machinerie d’un réacteur est gigantesque et complexe, l’énergie dans le cœur du réacteur phénoménale. Comment penser pouvoir contrôler de telles installations ? La saga des EPR le montre bien. Le chantier de celui de Flamanville a plus de dix ans de retard et son coût est passé de 3,3 à 19,1 milliards d’euros comme l’estimait la Cour des comptes dans un rapport publié en 2019. Les malfaçons se sont accumulées, quelquefois sciemment cachées aux autorités de sûreté nucléaire, comme ce fut le cas au mitan des années 2010 avec la cuve de la centrale. Pour l’EPR finlandais, c’est douze ans de retard et un coût multiplié par quatre. Les deux seuls EPR fonctionnant déjà sont ceux de Taishan, en Chine. Mis en service en 2018, ils affichent un surcoût de 60 %. Durant l’été 2021, l’un des deux réacteurs a dû être arrêté en raison de fuites de gaz radioactifs. Selon les éléments actuellement disponibles, il s’agit d’un défaut de conception de la cuve enfermant le cœur (2). Mais « tout est sous contrôle ».

Prévoyant la possibilité d’une catastrophe, et sous l’influence du lobby français, la Commission internationale de protection radiologique a cyniquement proposé de relever les seuils de radiation admissibles. Cette dose « acceptable » était auparavant de 1 milliSievert (mSv) par an ; elle est passée à 20 mSv en 2016. Ce tour de passe-passe permettra de ne pas avoir à évacuer autant de personnes en cas d’accident ; cela coûtera moins cher. Tant pis pour la protection des habitants, qui pourront rester vivre sur des terres contaminées. Cela sans parler des problèmes insolubles liés aux déchets et au démantèlement de centrales vieillissantes. Le nucléaire, une énergie « verte et peu chère » ?

Par Hélène Tordjman, Maîtresse de conférences à Sorbonne-Paris-Nord.

(1) : Le mot hubris désigne la conduite d’une personne qui agit avec démesure, avec intempérance. Par orgueil, par confiance excessive en soi ou grisée par le pouvoir, une personne faisant preuve d’hubris finit par perdre le fil et risque de prendre de mauvaises décisions qui pourraient être fatales.

(2) : Voir www.criirad.org

Par Hélène Tordjman, publié le 5 janvier 2022

http://www.politis.fr/articles/2022/01/nucleaire-un-risque-impensable-et-impense-43933/

OPÉRATION SPÉCIALE CAMPAGNE DE DONS : LE SITE POLITIS EN ACCÈS LIBRE.

Cet article vous est offert, ainsi que tous ceux publiés pendant notre campagne de sauvetage, du 17 novembre et le 31 décembre. Faites-le savoir autour de vous. C’est le moment ou jamais de faire connaître notre journal. Politis ne doit pas mourir !

LES VERTS EUROPÉENS ENVISAGENT DE POURSUIVRE LA COMMISSION AU SUJET DE LA TAXONOMIE

Les Verts européens évaluent actuellement s’ils doivent suivre l’exemple autrichien et poursuivre la Commission européenne au sujet des règles de taxonomie de l’UE qui pourraient qualifier l’énergie nucléaire et le gaz de sources d’énergie « vertes ».

« Nous, les Verts européens, envisageons de déposer une plainte auprès de la Cour de justice européenne contre les plans de la Commission européenne visant à classer les investissements dans les centrales gazières et nucléaires comme étant durables et respectueux du climat », a déclaré à die Welt le co-leader des Verts européens et eurodéputé autrichien Thomas Waitz.

Après que les plans de la Commission visant à qualifier l’énergie nucléaire et le gaz de sources d’énergie durables ont été rendus publics vendredi (31 décembre), l’Autriche a rapidement annoncé qu’elle engagerait une action en justice contre la Commission européenne si elle poursuivait ses plans.

« Si ces plans devaient être mis en œuvre de cette manière, nous engagerons des poursuites », a déclaré la ministre autrichienne du Climat, Leonore Gewessler, ajoutant que l’énergie nucléaire est « dangereuse et ne constitue pas une solution dans la lutte contre la crise climatique. »

Lire aussi : L’Autriche menace de poursuivre la Commission au sujet des règles de taxonomie de l’UE

L’Autriche poursuivra la Commission européenne en justice si elle poursuit son projet d’inclure l’énergie nucléaire dans les règles de taxonomie de l’UE sur la finance durable, a déclaré la ministre de la Protection du climat Leonore Gewessler ce week-end.

Les Verts européens sautent maintenant dans le train en marche et s’efforcent de trouver une majorité au Parlement européen contre l’inclusion des deux sources d’énergie.

« Nous voulons maintenant aussi mobiliser une majorité au Parlement européen contre ces projets », a souligné M. Waitz.

Toutefois, les actions en justice ont peu de chances d’aboutir, selon Walter Obwexer, professeur de droit européen à l’université d’Innsbruck. Les fondements juridiques potentiels de ces poursuites ne sont « pas très prometteurs », a-t-il déclaré à l’ORF.

L’Allemagne, qui est également opposée à l’inclusion de l’énergie nucléaire dans les règles de taxonomie, s’est abstenue de se joindre à l’action en justice car « la Commission européenne semble être sur une base juridique solide », a déclaré lundi (3 janvier) le porte-parole du gouvernement allemand, Steffen Hebestreit.

La ministre allemande de l’Environnement, Steffi Lemke, a également exprimé des doutes quant à la possibilité d’arrêter l’inclusion de l’énergie nucléaire dans la taxonomie, car il n’y a pas de majorité parmi les pays de l’UE contre cette inclusion, a-t-elle déclaré à la radio Bayern 2.

Par Oliver Noyan, (EURACTIV Allemagne), publié le 5 janvier  2022 à 8h21

Image en titre : « Nous voulons maintenant aussi mobiliser une majorité au Parlement européen contre ces projets », a souligné M. Waitz. [Nicholas Ahonen/Shutterstock]

https://www.euractiv.fr/section/energie/news/les-verts-europeens-envisagent-de-poursuivre-la-commission-au-sujet-de-la-taxonomie/

IDN : « PREMIER PAS INSUFFISANT POUR PRÉVENIR LA GUERRE NUCLÉAIRE »

Initiatives pour le Désarmement Nucléaire et la déclaration des 5 membres permanents du Conseil de sécurité

Initiatives pour le Désarmement Nucléaire rappelle que malgré la déclaration commune de la Chine, la France, les États-Unis, le Royaume-Uni et la Russie affirmant qu’« une guerre nucléaire ne peut être gagnée et ne doit jamais être menée », 2000 bombes atomiques sont en état d’alerte permanent, susceptibles d’être lancées en quelques minutes. « IDN reste convaincue, comme de nombreuses organisations de la société civile et les 122 États qui ont adopté le Traité sur l’interdiction des armes nucléaires (TIAN), que la seule voie « pour éviter la guerre nucléaire et éviter les courses aux armements » passe par l’élimination progressive, multilatérale et vérifiable des armes nucléaires. »

Le 3 janvier 2022, les chefs d’État ou de gouvernement des cinq puissances nucléaires parties au Traité de Non-Prolifération (TNP), soit la Chine, la France, les États-Unis, le Royaume-Uni et la Russie, ont publié une déclaration « pour prévenir la guerre nucléaire et éviter les courses aux armements ». Ce texte était destiné à la Conférence d’examen du TNP qui aurait dû s’ouvrir à New York le 4 janvier mais a dû être reportée une troisième fois, probablement au mois d’août, pour cause de pandémie.

Comme de nombreuses organisations de la société civile, IDN avait demandé aux dirigeants des puissances nucléaires d’adopter la doctrine proclamée par Reagan et Gorbatchev en 1985 selon laquelle « une guerre nucléaire ne peut être gagnée et ne doit jamais être menée ». Les présidents Biden et Poutine ont réaffirmé cette déclaration lors de leur sommet de Genève en juin 2021. Il est important que les Cinq, donc y compris la France, se soient enfin ralliés à cette demande de nombreux pays et de la société civile.

Le but de cette réaffirmation, comme l’indique le titre de la déclaration du 3 janvier, est de réduire le risque de guerre nucléaire, ce dont il faut évidemment se féliciter. Déjà en 2010, la Conférence d’examen du TNP s’était dite « vivement préoccupée par les conséquences catastrophiques sur le plan humanitaire qu’aurait l’emploi d’armes nucléaires ».

Parmi les mesures présentées comme une contribution à la réduction du risque de guerre nucléaire, les Cinq mentionnent le « déciblage », affirmant qu’« aucune de nos armes nucléaires ne prenait pour cible l’un d’entre nous ou un quelconque autre État », ce qui suscite à la fois l’intérêt et le scepticisme. En revanche, ils ignorent le « dé-alertage » demandé par de nombreux pays et la société civile compte tenu des quelque 2 000 armes nucléaires susceptibles d’être lancées avec un préavis de quelques minutes possiblement en réponse à une fausse alerte ou un piratage informatique. Ils ignorent encore la revendication du « non-emploi en premier », à laquelle on sait le président Biden favorable, et qui exclurait des frappes nucléaires en riposte à des attaques non nucléaires.

Somme toute, les Cinq ne donnent aucune véritable suite concrète à leur volonté d’éviter tout emploi d’arme nucléaire, qu’il soit intentionnel, accidentel ou non autorisé. Ils font même leur la volonté, lancée sous Trump, de « mettre en place un environnement de sécurité permettant d’accomplir davantage de progrès en matière de désarmement ». Autant dire renvoyer aux calendes toute élimination effective des armes nucléaires malgré les engagements pris dans l’article VI du TNP. Comment les programmes actuels de modernisation des armes nucléaires mis en œuvre par toutes les puissances nucléaires pour plusieurs décennies et des milliards d’euros contribuent-ils à cet « environnement de sécurité » ? Et comment en même temps « prévenir la poursuite de la dissémination de ces armes » et continuer à les rendre attrayantes aux proliférateurs en leur attribuant la capacité d’assurer la sécurité ultime de leurs possesseurs ?

IDN reste convaincue, comme de nombreuses organisations de la société civile et les 122 États qui ont adopté le Traité sur l’interdiction des armes nucléaires (TIAN), que la seule voie « pour éviter la guerre nucléaire et éviter les courses aux armements » passe par l’élimination progressive, multilatérale et vérifiable des armes nucléaires.

Par Initiatives pour le Désarmement Nucléaire (IDN), publié le 5 janvier 2022

Photo en titre : Des armes nucléaires peuvent circuler à Diego-Garcia, base militaire à l’origine de la déportation des Chagossiens.

https://www.temoignages.re/social/droits-humains/idn-premier-pas-insuffisant-pour-prevenir-la-guerre-nucleaire

L’AUTRICHE MENACE DE POURSUIVRE LA COMMISSION AU SUJET DES RÈGLES DE TAXONOMIE DE L’UE

L’Autriche poursuivra la Commission européenne en justice si elle poursuit son projet d’inclure l’énergie nucléaire dans les règles de taxonomie de l’UE sur la finance durable, a déclaré la ministre de la Protection du climat Leonore Gewessler ce week-end.

Le projet de règlement sur la taxonomie de l’UE – une liste d’activités économiques et les règles qu’elles doivent respecter pour être qualifiées d’investissements verts – a été divulgué vendredi (31 décembre). Dans sa forme actuelle, le règlement labellise également le gaz et l’énergie nucléaire comme des sources d’énergie durables, ouvrant ainsi la voie à de futurs investissements dans les centrales nucléaires.

Le ministre du climat, Mme Gewessler, a qualifié cette démarche d’« opération de cape et d’épée » et a souligné que, pour l’Autriche, ni l’énergie nucléaire ni le gaz ne devraient être inclus dans la taxonomie, car ils sont « nuisibles à l’environnement et détruisent l’avenir de nos enfants ».

« Nous allons examiner de près le projet actuel et avons déjà commandé un avis juridique sur l’énergie nucléaire dans la taxonomie », a déclaré Mme Gewessler sur Twitter samedi (1 janvier).

« Si ces plans devaient être mis en œuvre de cette manière, nous engagerons des poursuites », a-t-elle ajouté, affirmant que l’énergie nucléaire est « dangereuse et ne constitue pas une solution dans la lutte contre la crise climatique. »

Quinze pays de l’UE, et notamment la France, ont fait pression pour que l’énergie nucléaire soit incluse dans la taxonomie de l’UE. L’Autriche, qui a interdit l’utilisation de l’énergie nucléaire dans les années 1970, est farouchement opposée à cette initiative.

Mme Gewessler a déjà déclaré lors d’un entretien exclusif avec EURACTIV en novembre que si « la taxonomie de l’UE inclut l’énergie nucléaire, nous sommes prêts à la contester devant les tribunaux. »

Lors d’un entretien exclusif, la ministre autrichienne de l’Énergie et du Climat, Leonore Gewessler, a confié à EURACTIV que son pays était prêt à aller devant la justice si l’UE décidait d’inclure l’énergie nucléaire dans sa taxonomie verte pour une finance durable.

La question a également été l’un des sujets les plus divisés lors de la dernière réunion du Conseil européen en décembre, où l’Autriche s’est fermement opposée à ce que l’on fasse référence à l’énergie nucléaire et aux règles de la taxonomie dans la conclusion finale de la réunion du Conseil, au grand dam des États membres plus pro-nucléaires.

Par Oliver Noyan ( EURACTIV Allemagne ), publié le 3 janv. 2022

Photo en titre : Leonore Gewessler (à gauche), ministre autrichienne de l’Action pour le climat, de l’Environnement, de l’Énergie, de la Mobilité, de l’Innovation et de la Technologie. [OLIVIER HOSLET/EPA]

https://www.euractiv.fr/section/energie/news/lautriche-menace-de-poursuivre-la-commission-au-sujet-des-regles-de-taxonomie-de-lue/

« LE GAZ ET LE NUCLÉAIRE NE SONT PAS DES ÉNERGIES VERTES »

La Commission européenne entend classer dans sa taxonomie verte le gaz et le nucléaire comme « énergies de transition ». Une erreur, selon Neil Makaroff du Réseau Action Climat, qui pointe une « alliance toxique » entre pays, dont la France, en faveur de cette décision.

Neil Makaroff suit les politiques européennes au sein du Réseau Action Climat (RAC).

Reporterre — Qu’est-ce que la taxonomie verte, à quoi servira-t-elle ?

Neil Makaroff — Il s’agit de déterminer les activités économiques, et notamment les énergies, qui sont favorables pour le climat. Cette classification fera un peu office de label vert : une activité estampillée comme vertueuse par cette taxonomie pourra toucher des financements dédiés à la transition écologique. Plus d’un tiers du plan de relance européen — 37 % — doit être fléché vers la transition… donc vers des filières « labellisées » vertes. Cela concerne aussi les subventions des États membres, les prêts de la Banque européenne d’investissement, ou des investissements privés. La taxonomie est donc un outil important, avec des enjeux financiers très forts. C’est pourquoi certaines industries — le gaz et le nucléaire en premier lieu — ont très fortement poussé pour être intégrées à la taxonomie.

Au départ, elle a été élaborée à partir de critères scientifiques et objectifs — ni le nucléaire ni le gaz n’en faisaient partie. Sauf que le politique s’en est mêlé et chaque État a voulu pousser ses propres intérêts. Toute une première partie de la taxonomie a été adoptée en fin d’année dernière — classant comme « vertes » les énergies renouvelables, la rénovation des bâtiments, l’efficacité énergétique dans l’industrie, etc. Mais la question du nucléaire et du gaz a été laissée de côté, car trop polémique.

La Commission européenne a finalement décidé, le 31 décembre dernier, que le nucléaire et le gaz seraient considérés comme des « énergies de transition ». Quelles conséquences cela pourrait-il avoir ?

L’industrie nucléaire et le gaz fossile n’ont pas été classés comme énergies « vertes », mais bien comme « énergies de transition ». Ce qui signifie que les critères seront revus tous les cinq ans, et que l’obtention du « label » est soumise à des conditions. Les projets gaziers avec des permis délivrés jusqu’en 2030 seraient également éligibles, à condition qu’ils émettent moins de 270g CO2e/kWh — ce qui correspond à des centrales plutôt performantes. Les projets nucléaires construits d’ici 2045 pourraient être labellisés s’ils prévoient des plans de gestion des déchets radioactifs et de démantèlement.

Pourquoi le gaz et le nucléaire ne doivent pas être intégrés à la taxonomie ?

Ce ne sont pas des énergies vertes. Le gaz est la première source d’émission de gaz à effet de serre du secteur électrique en Europe, devant le charbon. D’après la Commission européenne elle-même, pour respecter nos objectifs climatiques, il nous faut réduire notre consommation de gaz de 36 % d’ici 2030. Et là, nous ferons le contraire : investir dans cette ressource fossile ! C’est extrêmement dangereux, et ce d’autant plus que l’argent investi dans ces centrales ne pourra pas l’être dans des énergies réellement vertes. Cela nous maintient dans un schéma de dépendance : une centrale à gaz a un cycle de vie de trente à quarante ans, donc investir aujourd’hui dans du gaz nous contraint pour l’avenir.

« J’ai rarement vu un lobbying aussi fort de la part de la France »

Quant au nucléaire, c’est certes une énergie peu émettrice de gaz à effet de serre. Mais la taxonomie verte retient d’autres critères écologiques : la gestion des déchets et les risques pour l’environnement. Or le nucléaire ne répond pas du tout à ces objectifs. La question des déchets radioactifs est loin d’être traitée, et cette énergie fait peser des risques sur l’environnement — que ce soit de manière directe par son impact sur les cours d’eau ou de manière moins immédiate par le risque d’accident.

Quel rôle a joué le gouvernement français dans ce basculement ?

La France a mené une offensive très agressive en faveur du nucléaire, mais également en faveur du gaz. Elle s’est alliée avec des pays comme la Hongrie, la Pologne ou la République tchèque pour que soient intégrées ces deux énergies fossiles. Nous avons dénoncé cette alliance toxique, qui pourrait faire capoter la transition énergétique en Europe.

J’ai rarement vu un lobbying aussi fort de la part de la France. Le gouvernement a cherché par tous les moyens à orienter les discussions. Parce que l’avenir de la filière nucléaire française dépend énormément de cette labellisation européenne : sans elle, elle risque de rencontrer de grosses difficultés de financement, alors même qu’elle est en pleine crise économique.

Cette décision de la Commission européenne a provoqué l’ire de certains pays européens, dont l’Allemagne et l’Autriche. Que va-t-il se passer à présent ?

L’Autriche a effectivement menacé de porter plainte si le nucléaire était intégré à la taxonomie verte. Et plusieurs dirigeants allemands sont montés au créneau ; c’est d’ailleurs rare de voir une telle fronde de la part de l’Allemagne, plutôt encline au consensus.

La décision de la Commission européenne, publiée le 31 décembre, est en consultation jusqu’au 12 janvier. C’est un temps très court, surtout pour un sujet aussi sensible. Les États membres peuvent rejeter ce texte — à condition de réunir une majorité qualifiée, soit 65 % des États représentant 65 % de la population. Le Parlement européen peut aussi le rejeter. Si c’est le cas, la Commission devra revoir sa copie. Autrement dit, rien n’est joué, et le débat est loin d’être terminé.

Par Lorène Lavocat (Reporterre), publié le 4 janvier 2022 à15h39

https://reporterre.net/Le-gaz-et-le-nucleaire-ne-sont-pas-des-energies-vertes

C’est maintenant que tout se joue…

La communauté scientifique ne cesse d’alerter sur le désastre environnemental qui s’accélère et s’aggrave, la population est de plus en plus préoccupée, et pourtant, le sujet reste secondaire dans le paysage médiatique. Ce bouleversement étant le problème fondamental de ce siècle, nous estimons qu’il doit occuper une place centrale et quotidienne dans le traitement de l’actualité.

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L’OMERTA FRANÇAISE : À QUI PROFITE LE CRIME NUCLÉAIRE AU SAHARA ?

Les essais nucléaires et la réparation des préjudices qui y sont associés demeurent des questions encore brûlantes dans plusieurs pays occidentaux. Si le gouvernement du Royaume-Uni a adopté une attitude d’indifférence hostile, avec la complicité du pouvoir australien, qui a régulièrement débouté les victimes de leurs demandes d’indemnisation, les États-Unis, quant à eux, ont pris des mesures compensatoires certes mais insuffisantes.

La France, autre puissance nucléaire, se trouve pour sa part dans une position intermédiaire.

Les 210 essais nucléaires réalisés entre 1960 et 1996 ont pourtant eu des conséquences à la fois sanitaires et environnementales, longtemps niées par l’État français pour diverses raisons.

Dans ce contexte, l’ouvrage de Chakib Abdessalam, suscite donc un légitime intérêt au regard de la question victimale.

Depuis 1996, les démarches de multiples civils et militaires concernés par les retombées des essais atmosphériques polynésiens ont fini par aboutir à la loi Morin n° 2010-2 du 5 janvier 2010, qui prévoit une procédure d’indemnisation des victimes dont les souffrances et les pathologies peuvent être liées aux essais nucléaires français menés dans le Pacifique.

Indépendamment de cette démarche d’ouverture, un grand silence et des tabous entourent toujours les essais nucléaires conduits dans le Sahara au cours des années 1960. Dans son ouvrage, Chakib Abdessalam souligne, à juste titre, que tout un travail mémoriel reste encore à entreprendre.

Notons aussi que « la poursuite du travail conjoint concernant les lieux des essais nucléaires en Algérie et leurs conséquences ainsi que la pose de mines aux frontières » a été clairement préconisé par l’historien Benjamin Stora dans son récent rapport remis le 20 janvier 2021 au Président Macron. Une section consacrée à ces essais nucléaires en pourrait être le premier jalon.

L’auteur vilipende et dénonce, avec un style à la fois littéraire et polémique, l’arrogance coloniale française, le déni des conséquences délétères des expériences militaires sur les populations, et plus particulièrement le saccage du Sahara, territoire pourtant unique par sa flore et sa faune endémique et son environnement fragile et sensible. L’auteur met sa parfaite connaissance et expertise du terrain au service de sa cause. Celle des peuples nomades du Sahara, utilisés comme des cobayes non seulement par la puissance coloniale, mais aussi par le pouvoir algérien après la guerre d’indépendance.

L’auteur en fustige la corruption, l’incompétence et va même plus loin en affirmant que le FLN a trahi les Touaregs et les autres peuples sahariens dès les accords d’Évian, récemment dénoncés par la société civile de la diaspora, en accordant à la France d’y poursuivre ses essais et mises au point d’armes spéciales, bactériologiques, chimiques, biologiques, spatiales, balistiques et essais nucléaires plusieurs décennies durant. D’ailleurs, l’auteur parle même de « colonisation du Sahara central » par Alger, alors que ce territoire est selon les historiens du Maghreb d’une « marocanité millénaire ».

D’ailleurs, Chakib Abdessalam salue le courage du sultan du Maroc Mohammed V, dès 1956, puis en 1958 à Monrovia et à l’Onu avec les premiers grands panafricanistes, qui écrivit une lettre de refus au Général De Gaulle en mars 1960 après que ce dernier l’ai informé trois jours avant l’explosion de la deuxième bombe atomique au-dessus de Reggane pour lui faire part de son opposition résolue aux essais nucléaires perpétrés au Touat, avec l’opération « Gerboise bleue » conduite le 13 février précédent à Reggane, au lieu-dit « Hammoudia ».

A contrario, l’auteur dénonce la lâcheté des militaires algériens. Il n’est guère plus souple avec certaines manifestations du Hirak, dont il estime que les tendances anti-françaises ont été inspirées par un pouvoir algérien incompétent mais prompt à rejeter la faute vers Paris, Rabat et l’impérialisme occidental. Cela étant, le lecteur ne peut que soutenir la population du grand Sahara, victime collatérale de la colonisation française, de la complicité et de la duplicité du FLN de l’époque, et plus tard de l’hostilité et du pillage de la junte militaire du pouvoir algérien.

Chakib Abdessalam brosse un portrait élogieux, sincère et émouvant des victimes de cette hécatombe. Il apparaît d’ailleurs que la décision d’implanter un centre d’essais nucléaires dans cette partie du Sahara a aussi entraîné une forme de désastre culturel en détruisant des modes de vie séculaires, voire millénaires, pour les remplacer brutalement par une sédentarisation forcée assortie d’une féroce paupérisation.

En outre, l’auteur appelle les responsables de cette situation à réparer autant que possible leurs immenses dégâts jusqu’à présent impunis, dans une optique de justice mémorielle et de droit humain élémentaire.

La véhémence qui submerge à certains moments le livre, et l’emploi d’un langage poético-métaphorique peut parfois dérouter mais ce style est bien celui des traditions orales historiques authentiques des populations sahariennes et touarègues à qui il donne la parole.

Le sujet abordé est fort, dense et complexe et débouche au final sur la situation actuelle catastrophique de la région centrale du grand Sahara transformé en mouroir et qui mérite de susciter de plus amples débats des deux côtés de la Méditerranée.

La lecture de l’ouvrage demeure néanmoins fortement conseillée à toute personne qui souhaite en savoir plus sur une page de l’histoire des relations tumultueuses et chaotiques franco-maghrébines encore fort méconnue du grand public et qui désire plus largement aborder sur de nouvelles visions la géopolitique du Maghreb, du Sahara et du Sahel.

« À qui profite le crime nucléaire au Sahara ? Nucléaire, bactériologique, chimique, biologique, balistique, spatial, pétrole, or »,

de Chekib Abdessalam, est paru dans la collection Allure saharienne (340p, Isbn 9782357591059), Éditions Alfabarre, Paris 2021. Il a été préfacé par Abderrahmane Mekkaoui,

Par Perspectives Med, publié le 3 janvier 2022

https://www.perspectivesmed.com/lomerta-francaise-a-qui-profite-le-crime-nucleaire-au-sahara/

LA GAUCHE SERA ÉCOLOGISTE OU DISPARAÎTRA

Une raison majeure du désarroi de la gauche est qu’elle n’a pas achevé sa mue idéologique. Si elle a intégré l’exigence écologique, elle n’en a pas encore tiré les conséquences : dire aux classes moyennes qu’il faut réduire la consommation matérielle et aller vers une société du lien.

À l’orée d’une année qui va engager le pays pour cinq ans, il serait facile de déplorer l’éclatement de la gauche, la faible capacité de l’écologie à s’imposer dans le débat politique, le caractère apparemment inexorable des politiques de droite autoritaire ou extrême. On pourrait se contenter d’expliquer cette situation par le matraquage médiatique orchestré par des médias massivement contrôlé par les ultra-riches ; et rappeler que la trahison par les sociaux-démocrates des intérêts populaires a contribué à dégoûter ouvriers, employés et chômeurs de la « gauche » dans son ensemble.

Mais ces constats convenus – ce qui ne signifie pas qu’ils sont faux – passent à côté d’une raison majeure de l’impuissance de la gauche : elle n’a pas encore achevé le travail d’intégration de la question écologique dans son analyse, dans son programme, dans sa culture.

Ce qu’on appelle « la gauche » s’est constituée au début du XIXe siècle en recueillant les idéaux de la Révolution française puis en y intégrant l’exigence d’un sort moins misérable pour les travailleurs. Elle est devenue l’expression de la classe ouvrière et a trouvé son identité politique dans la revendication de la justice sociale.

En chemin, la gauche s’est appropriée l’idée que l’augmentation globale de la production matérielle était un progrès. Il ne restait, au fond, qu’à régler la question de la répartition des richesses. Mais en matière de productivisme, le capitalisme a de loin dépassé son challenger prétendument communiste, qui s’effondra en 1991. Le capitalisme, sans rien changer aux rapports de propriété, avait su faire émerger une importante classe moyenne, qui trouve dans le confort matériel une raison suffisante de supporter voire de soutenir l’oligarchie.

À partir des années 1980, l’inégalité recommença à croître fortement, quoique sans abaisser significativement le niveau de vie des classes moyennes. Et les partis socio-démocrates, qui avaient pris l’ascendant sur les partis communistes déconsidérés par leur soutien à l’URSS, se rallièrent au capitalisme. Ils se concentrèrent sur la conquête des classes moyennes en abandonnant la masse pourtant toujours considérable des « petites gens ».

Mais un mouvement d’idées a commencé à semer le trouble. Il s’appuyait sur le constat scientifique que l’augmentation continue de la production matérielle – ce que l’on appelle la croissance – met en danger les conditions d’équilibre de la biosphère et menace la possibilité du bien être de l’humanité. D’abord marginalisé, ce courant d’idées, l’écologisme, a imposé la réalité du péril et commencé à influencer la scène politique. Mais si des penseurs des années 1970 – Barry Commoner, André Gorz, Murray Bookchin, Ivan Illich – articulaient la critique du productivisme avec l’analyse des rapports de force sociaux, il a fallu attendre le début des années 2000 pour qu’il devienne clair que la réduction des inégalités est cruciale pour résoudre la question écologique. C’est de ce constat qu’est né Reporterre en 2007, pour expliquer au jour le jour comment les riches détruisent la planète. Non pas l’humanité, les riches. La gauche a commencé à intégrer l’écologie à son corps de doctrine.

Mais l’a-t-elle véritablement fait ? C’est là qu’est le hiatus.

L’écologie est un enjeu de répartition des ressources

Rappelons pourquoi l’écologie est un enjeu de répartition des ressources. Dans une société très inégalitaire comme celle d’aujourd’hui, il règne un gaspillage énorme, parce que la dilapidation matérielle de l’oligarchie sert d’exemple à toute la société. Chacun à son niveau, dans la limite de ses revenus, cherche à acquérir les biens et les signes les plus valorisés. Médias, publicité, films, feuilletons, magazines diffusent le modèle culturel des dominants. Comment alors l’oligarchie bloque-t-elle les actions nécessaires pour prévenir l’aggravation de la crise écologique ? Directement, bien sûr, par les puissants leviers – politiques, économiques et médiatiques – qu’elle contrôle et dont elle use afin de maintenir ses privilèges. Mais aussi indirectement par son modèle de consommation qui imprègne toute la société et en définit la normalité. Ainsi se retrouve-t-on avec des niveaux records d’émissions de gaz à effet de serre, de destruction de la biodiversité, de pollution des écosystèmes.

Or, pour résoudre la crise écologique, il est vital d’arrêter la dilapidation des ressources : il s’agit de ramener la consommation matérielle à un niveau compatible avec l’équilibre de la biosphère. Mais qui doit réduire sa consommation ? Pas les pauvres et les salariés modestes déjà réduits à une portion de plus en plus congrue. Les hyper-riches doivent réduire drastiquement leur consommation. Mais même si on les prive de SUV énormes, de montres clinquantes, de shopping à Saint-Tropez et d’avions privés, ils ne sont pas assez nombreux pour que cela réduise autant que nécessaire la pression écologique globale. C’est à l’ensemble des classes moyennes occidentales que doit être proposée la réduction de la consommation matérielle.

Les classes moyennes devront réduire leurs émissions de moitié d’ici dix ans

Ce constat est bien illustré par le travail du World inequality Lab sur les inégalités mondiales en matière d’émissions de gaz à effet de serre. Dans leur rapport 2022, les chercheurs se sont intéressés au cas de divers pays, dont la France. Ils analysent les conséquences d’une réduction des émissions de gaz à effet de serre pour respecter l’Accord de Paris, qui vise à éviter un réchauffement de plus de 2°C, et ce dans un esprit d’égalité. On y constate que les 10 % les plus riches, qui émettent 24 tonnes de CO2 par an, devront diminuer les émissions de 19 tonnes. Mais les classes moyennes – ou les 40 % de gens les plus riches en-dessous des 10 % supérieurs – ne sont pas en reste : ils émettent en moyenne 9 tonnes et devront réduire leurs émissions de moitié !

Schéma de gauche : la répartition des émissions de tonnes de CO2 par Français, en 2019, selon les groupes de revenus (ensemble de la population, 50 % les plus pauvres, 40 % plus riches, 10 % les plus riches). Schéma de droite : la réduction nécessaire par chacun selon les groupes de revenu pour atteindre l’objectif de 2030 (source : World inequality report 2022, chapitre 6).

On peut refuser de voir les chiffres : c’est que ce font les droites en refusant l’objectif d’égalité et en prétendant que les technologies suffiront à réduire les émissions de gaz à effet de serre. Cette prétention est inacceptable au regard de l’évolution depuis plusieurs décennies : dans les pays développés, les émissions ne décroissent que lentement. De 25 % en trente ans dans l’Union européenne, par exemple. Si l’on veut vraiment éviter un réchauffement insupportable, il faut changer drastiquement la donne. Ce qui revient pour la gauche à bouleverser son paradigme à l’égard des classes moyennes : ne pas lui promettre plus de biens, mais une vie renouvelée par les liens et l’autonomie dans la décroissance matérielle globale.

C’est la principale leçon que nous apprend la pandémie de covid : non seulement le capitalisme en a créé les conditions, par la destruction de la biodiversité, l’explosion des élevages industriels, le libre-échange frénétique ; mais pour y faire face durablement, il faut une politique sanitaire qui maintienne un bon réseau de santé en s’attachant à prévenir les maladies environnementales, à commencer par l’obésité. Rien n’est d’ailleurs plus révélateur que le fait que les dirigeants actuels ne tiennent aucun compte de cette leçon, et ne s’en remettent qu’à la technologie – les vaccins – et à l’autoritarisme.

Santé, éducation, soins aux personnes âgées, goût de la fête et de la convivialité, autonomie agricole et modération alimentaire, économies d’énergie et efficacité, urbanisme limitant le besoin de déplacements, restauration de la nature – autant de chantiers qui améliorent la vie et qui sont les axes d’une politique de gauche plaçant l’autonomie, donc l’émancipation, au cœur de son programme. Comme le résumait Ivan Illich, « la seule solution à la crise écologique est que les gens saisissent qu’ils seraient plus heureux s’ils pouvaient travailler ensemble et prendre soin l’un de l’autre ».

On voit ainsi les tâches qui attendent la gauche : assumer la radicalité de la catastrophe écologique, et donc la radicalité de la politique nécessaire ; rouvrir un horizon d’espoir pour les classes populaires ; ramener les classes moyennes à une vision libératrice qui passe par la rupture avec l’oligarchie et son monde d’enfermement. Cela ne sera sans doute pas possible dans les mois qui viennent. Mais ceux-ci doivent être, au moins, un temps de clarification.

Par Hervé Kempf , (Reporterre), publié le 4 janvier 2022 à 09h09

Photo en titre : Place de la République, mi-décembre 2021, à Paris. – © Julien de Rosa /AFP

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